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Hommage à Jean Salem
0:00 Oui, je vous demandais exceptionnellement un peu de silence. Je ne parle pas de formaliser de la minute de silence, mais tout de même. Je ne l'ai pas mis dans le plan parce que c'est tout à fait indépendant du rythme de nos ateliers, mais nous avons subi une grosse perte. La philosophie en général et la philosophie matérialiste en particulier, et dans la philosophie matérialiste, le matérialisme historique a perdu avec Jean Salem, un de ses représentants les plus difficiles à remplacer.
0:40 Je ne dis pas ça parce que c'était un ami intime, c'était un ami, mais j'ai vu trop peu, malheureusement, il a eu... Je n'oublierai jamais qu'il s'est déplacé, ce qui n'arrivait pas souvent à la librairie Tropiques, quand je... Quand je présentais la série que le libraire appelait Hegel Plage pendant l'été, et que j'étais très très honoré de sa visite, c'était surtout un extraordinaire passeur, et qu'il avait réussi cet exploit incroyable d'imposer une tête de pont marxiste en pleine Sorbonne, à une époque où la Sorbonne était spécialement...
1:25 Parce qu'il y a eu des périodes glorieuses de la Sorbonne, accomplissait sa contre-révolution idéologique comme tout le monde à l'époque. Mais je veux dire, dans un amphithéâtre, tous les samedis depuis des années, il y avait un séminaire qui n'était pas du tout réservé à des marxistes, loin de là qu'ils recevaient ce qui se faisait sans doute de mieux dans la philosophie progressiste européenne, et même du monde entier.
1:55 Et donc j'ai été... Nous savions qu'il avait une longue maladie, et... Mais enfin, je veux dire, on se surprend toujours à espérer le miracle, et c'est une perte à remplacer. Voilà, je voudrais juste avoir une petite pensée pour Jean Salem, et même une grande, et surtout pour ceux qui le connaissent peut-être pas assez, de ne pas hésiter à se documenter sur lui. C'était... Nous avions le même éditeur, les éditions Delga, déjà pour certaines publications, il a édité chez Vrin, il a édité...
2:30 Chez bien d'autres éditeurs, mais vous trouverez ça... Vous êtes meilleur navigateur que moi, vous trouverez ça sur le net, bien sûr. Je ne voulais pas continuer notre atelier, sans déplorer cette perte, et sans surtout vous enjoindre d'être attentif à ces publications. Je termine ce préambule sur ce point, c'est son extraordinaire ouverture.
3:03 À la fin de sa vie, je veux dire, il décidait de passer une licence de science, il apprenait de nouvelles langues, je veux dire, c'était... un éventail de compétences rarement égalées. Et même si ça... si le pointillé qui assure la continuité de sa pensée et de sa publication, c'est une passion pour le matérialisme antique, celui de Démocrite, d'Épicure et de Lucrèce, et bien au-delà. Et voilà.
3:38 Ça reste grâce à ses livres. Je pense à un très beau passage de Proust, après la mort de Bergotte, où on voit les livres de Bergotte ouverts dans les vitrines d'un libraire, et dit comme les ailes déployées d'un ange, comme ça, qui assurait la pérennité de celui qui avait disparu. J'espère que les livres de Jean Salem feront la même chose pour lui. Et en tout cas pour ses lecteurs et ses lectrices, dont je vous souhaite de faire partie. Donc, j'espère que la plupart d'entre vous ont eu connaissance du plan de la séquence d'aujourd'hui.
Totalité organique, carte et roman-feuilleton
4:15 C'est un plan indicatif, je le rappelle, comme je l'ai dit la dernière fois, il peut m'arriver de traiter la troisième ligne avant la deuxième. Je dis ça, non pas parce que, par un amour immodéré pour le chaos, rassurez-vous, mais parce que les différents points s'impliquent mutuellement, ce n'est pas une progression linéaire. On n'étudie pas quelqu'un de manière exhaustive en commençant par les semelles de ses souliers en terminant par ses cheveux, je veux dire. Ou l'inverse. Nous avons affaire à une totalité organique et non pas une totalité mécanique.
4:48 Avec un texte. Et en plus, je vous ai distribué cette carte, on va en avoir besoin, vous allez voir pourquoi. Parce qu'il va être pas mal question du hasard aujourd'hui, et je vous avais déjà alerté sur le parcours, rien moins qu'hasardeux, de Nerval dans cette nouvelle. Quand je parle de parcours, ce n'est pas une métaphore, c'est vraiment au sens un peu plus propre. C'est-à-dire son déplacement local, comme on dit chez Aristote, son déplacement dans l'espace.
5:18 Pourquoi ça commence à Francfort sur le main ? Pourquoi ça se poursuit à Paris ? Pourquoi à Paris on fait le tour de toutes les bibliothèques sans trouver le livre qu'on cherche ? Pourquoi de Paris on part à Compiègne ? Il y a un ordre. On peut, si vous voulez, c'est à la mode maintenant, pour l'alimentation de parler de traçabilité. Et même dans les domaines extra-alimentaires, maintenant, le mot a fait florès. Il y a une traçabilité du parcours Nervalien en général, et d'Angélique en particulier.
5:53 Alors, pour cette fois-ci en particulier, j'ai eu recours à la carte. Parce que, je vous le dis d'emblée, s'il va être question du hasard, avant qu'il en soit question de manière un peu plus abstraite et philosophique dans quelques instants, je vais tout de même continuer la lecture du texte que nous avions commencé. Quand je dis la lecture, on ne fait que ça, vous me direz. Mais là, je parle de lecture au sens analytique, c'est-à-dire vraiment en scrutant le détail du texte, y compris des détails qui ont l'air d'être là de manière totalement contingente ou hasardeuse, pour montrer que ce n'est justement pas du tout le cas, et qu'il y a autant de rigueur dans le déploiement du détail de ce texte, pas qu'il y en a dans les lignes d'un grand peintre ou dans les notes de musique d'un Bach ou d'un Schoenberg.
6:45 Alors, je vous demanderai pour... Je ne suis pas spécialement flic, mais est-ce que vous pourriez lever le doigt à ceux qui ont le livre ? C'est pour des raisons pratiques. Ah ben c'est pas mal, donc vous pouvez le montrer aux voisins. Voilà. Parce que ce serait bien qu'on le lise en même temps. Est-ce que conclure ou pas qu'il y a hasard ou non, vous voyez, il faut qu'on le décide ensemble.
7:17 Je ne peux pas décider tout seul qu'il n'y a pas de hasard. Alors, on va commencer par la dixième lettre. Vous savez que ce texte est divisé en chapitres, mais ces chapitres sont appelés par Nerval des lettres. Je le rappelle que ce texte a été envoyé d'abord au directeur du journal national, où Nerval avait un contrat pour faire un feuilleton. C'était très à la mode avec son pote Alexandre Dumas et toute cette génération. Eugène Sue qui avait un grand succès avec les mystères de Paris.
7:47 C'est l'époque où les auteurs se faisaient la main avec le roman feuilleton, qui avait un énorme succès populaire. D'ailleurs, qui avait tellement de succès, c'était tellement devenu populaire, le peuple c'était celui des barricades, que, vous vous rappelez, c'est même ce qui déclenche la logique invoquée par Nerval de la nouvelle. De la recherche du livre. C'est qu'il faut absolument le trouver, ce livre qu'il avait trouvé par hasard en Allemagne, qu'il n'avait pas pu se procurer à ce moment-là parce qu'il n'avait pas assez d'argent pour l'acheter en voyage.
8:17 Et il se dit, je serai à Paris dans deux jours, Paris, capitale du livre, je le trouverai. En fait, vous avez suffisamment remarqué à quel point il se débrouillait pour ne pas le trouver. et en même temps la nécessité de le trouver. Pourquoi ? Parce que, je le résume avec cette phrase, avec cette citation de l'auteur lui-même, « À mon retour à Paris, je trouvais le monde des lettres dans un état de terreur inexprimable. »
8:47 On parle du hasard aujourd'hui. Je ne voudrais pas que vous pensiez qu'il y a des mots comme ça, que c'est de l'humour, bien sûr. Je ne dis pas qu'arriver à Paris, il s'est fait décapiter. Non, non. Mais enfin, employer le mot « terreur », c'est un mot fort. Il ne peut pas y avoir de hasard. C'est ce qu'on va essayer de voir se confirmer aujourd'hui. Je trouvais le monde des lettres dans un état de terreur inexprimable. D'une manière générale, historiquement, comme c'est ni littéraire ni philosophique, c'est pour l'instant historique, j'y vais très vite, c'est l'époque où il y a la reprise en main par Guizot, d'abord financièrement, économiquement, et surtout avec le prince Napoléon, Napoléon III.
L'amendement Riancey et la « terreur » des lettres
9:23 Napoléon dit le petit par Victor Hugo, où il y avait des tas, le peu de liberté qu'il y avait réussi, malgré la restauration, à rentrer dans les mœurs, était remis en question. Et très précisément, ça venait de s'aggraver, d'où l'allusion de Nerval qui était inexprimable, avec le fameux amendement Riancey, je le rappelle, parce qu'il y a de nouveau venu tout de même, et puis pour rafraîchir la mémoire des autres, Riancey du nom de celui qui avait pondu l'amendement, si je puis dire, qui disait aux auteurs de romans feuilletons, vous voyez, on y vient, qui disait, ou bien vous faites de l'histoire, ou bien vous faites du roman.
10:05 Vous ne faites pas comme M. Dumas, vous voyez, Trois-Mousquetaires, Comte de Monte-Cristo, on ne sait jamais si on est dans la fiction, dans l'histoire, vous voyez. C'est extraordinaire de voir l'État s'occuper de la distinction des genres littéraires, tout de même. C'est presque confortant, c'est pour une fois que l'État s'intéresse. Vous savez, vous tenez pour ceux qui s'intéressent au cinéma, où finit la réalité, où commence la fiction.
10:39 Vous avez déjà vu un doc sans aucune fiction, sans aucun souci de mise en scène, ou l'inverse, une fiction qui ne fasse appel à rien de ce qui est matériellement avéré. Je ne sais pas, je te demande, tu connais mieux le cinéma que moi. Tu es d'accord, c'est difficile à séparer quand même, à la limite, je veux dire. Donc voilà, l'amendement Riancey, c'était ça. Vous choisissez, ou bien vous faites du roman, ou bien vous faites de la fiction, on dirait aujourd'hui, ou bien vous faites de l'histoire.
11:12 Donc, il faut que je trouve le bouquin pour prouver que c'est un document du 18e siècle, que l'abbé a bien existé, etc., et qu'on ne croit pas que c'est la fertile imagination de l'auteur qui l'a apporté. Et terreur, parce que, d'abord financière, si le journal auquel il envoie son feuilleton régulièrement se voit dénoncé comme mélangeant les genres, en faisant du feuilleton roman, comme dit Nerval à l'époque, il y a une amende par exemplaire saisie, ça peut atteindre des sommes exorbitantes, et donc mettre tout le journal et ses équipes sur la paille.
Trois lieux : Francfort, Paris, le Valois
11:53 Donc, on était là. On a vu que, très vite, il y a trois grandes parties, en gros, du point de vue spatial, je reviens maintenant à l'itinéraire de Nerval, il y a très rapidement le début qui est en Allemagne. On ne sait pas ce qu'il y fait, on sait qu'il est sur le retour, puisqu'il dit je serai dans deux jours à Paris. Et à Francfort, au moment de la foire de Francfort, qui reste encore maintenant une des principales, sinon la principale foire commerciale d'Europe, et donc parmi les plus importantes du monde, bien sûr au stand du livre, encore aujourd'hui, la foire du livre de Francfort est la plus importante, tous les éditeurs du monde le savent, n'est-ce pas ?
12:34 La seule fois où j'ai rencontré des éditeurs angolais, en pleine guerre civile angolaise, c'était la foire de Francfort. J'ai fait ça parce que le président Agostinho Neto, qui a lutté contre le régime fasciste de Salazar, portugais, pour libérer l'Angola, était un grand poète. J'ai pu me procurer un exemplaire de son recueil de poèmes au stand du Portugal, au petit stand du Portugal, de l'Angola, pardon, mais lusophone, à la foire de Francfort.
13:05 Il se trouve à la foire de Francfort, il tombe, Gérard adore faire le badaud, et il tombe sur ce livre qui l'intéresse, pour des tas de raisons. Nerval, il a toujours été un passionné de la chose livre, du monde du livre, même presque indépendamment de son contenu, des fois, ce qu'on appelle de la bibliophilie, des exemplaires rares, des choses comme ça. Et là, c'était intéressant en plus, un abbé qui avait renoncé au froc, ce qu'on appelle un défroqué, n'est-ce pas ? Qui avait renoncé aux ordres, et qui avait été plusieurs fois embastillé, qui s'était évadé, qui a failli fonder une république, qui voulait transformer la France, le royaume en république, enfin, en plein 18e siècle, début du 18e siècle, ce n'est pas évident, voilà, qui avait, il voulait se procurer le livre, il n'a pas les moyens, donc il y a une partie en Allemagne, trois pages.
13:58 Trois pages après, on est à Paris, là, il y a l'état de terreur, je vais vous expliquer pourquoi, c'est beaucoup plus long, parce qu'on fait un peu toutes les bibliothèques, et avec à chaque fois des digressions, je ne reviens pas, on en a vu plusieurs exemples, il y a une série de digressions s'accompagnant d'une série d'excuses par l'auteur de réitérer ces digressions, j'insiste beaucoup là-dessus, parce que ce n'est pas évident à remarquer, non seulement la digression interrompe le cours du récit, mais en plus, l'auteur passe son temps à dire, je ne voudrais pas ici abuser du procédé qui consiste à, enfin, vous voyez, ça s'appelle la prétérition, vous savez, quand on dit, c'est pas que je sois raciste, mais que je sois raciste, ça commence comme ça, et donc, il y a Pascal, Pascal le penseur, qui a très bien vu ça dans un magnifique aphorisme, où il dit, il cite un fâcheux, comme on disait à son époque, qui en rajoutait un peu dans l'excuse, en disant, excusez-moi de grâce, monsieur, s'il vous plaît, et Pascal commente, sans cette excuse, je n'ai point aperçu
15:08 qu'il y ait une injure, vous voyez, il y a des gens qui aggravent ce qu'ils ont fait en s'excusant, encore, non, mais excusez-moi, je ne dis pas ça pour vous blesser, vous voyez, 14 fois, c'est comme ceux qui marchent sur le pied 14 fois dans le bus et qui se disent, oh, pardon, bon, et, donc, Nerval, il fait ça tout le temps, comme s'il tenait à ce que le lecteur voit bien qu'il y a une digression, quand même, à marquer le coup, comme on dit, donc deuxième partie Paris, c'est une des plus longues, avec beaucoup d'humour, mais un humour toujours entouré d'inquiétudes, par exemple, il ne trouve pas le bouquin, mais en attendant, il fouille dans les archives de police de l'époque de Louis XIV, avec des gens qu'on arrête, avec des disputes sanglantes dans les ménages, des choses comme ça, des archives de police, vous voyez, des faits divers, c'est rare, il y a rarement des happy ends dans les faits divers dont les archives parviennent jusqu'à nous, qui est bien connu que les pages blanches de l'histoire, celles où il ne se passe rien, rien de grave, sont les pages blanches, justement, et qu'on retient que ce qui a pu être dramatisé, et puis la troisième partie, la longue, se passe dans le pays
16:18 où il a passé son enfance, mais il nous garde bien, au départ, de dire que c'est pour ça qu'on y va, au départ, si vous vous rappelez bien, c'est dans la quatrième lettre, donc je reviens au fait qu'il appelle ce chapitre des lettres, dès la quatrième lettre, il y a une coupure vis-à-vis du séjour parisien, quand il dit, j'ai eu l'idée d'aller aux archives de France, où l'on m'a communiqué la généalogie authentique des Bucquoy, ne trouvant pas le livre, il se renseigne un peu sur la famille, les ancêtres, pourquoi pas, leur nom patronymique est Longueval, on avait remarqué que dès l'énoncé de ce patronyme, Longueval, déjà on avait un pied dans le Valois, un pied ou une queue, comme vous voulez, puisque Longueval termine le nom des comtes de Longueval, donc Longueval, Gérard de Nerval, si vous allez dans la région, d'ailleurs, vous pouvez le voir, sur la carte, c'est peut-être trop petit, mais il y a un petit patelin, vous voyez, entre, oui, Paris, Paris est là où il y a marqué Saint-Denis à peu près, vous voyez, en bas à gauche, il y a Saint-Denis,
17:28 au sud de Saint-Denis, là où il y a marqué Découvrez les bars et restos, c'est à peu près l'emplacement de Paris, ça tombe bien pour les bars et restos, donc on est à peu près au nord-est, vous voyez, si vous vous déplacez vers Ermenonville, parc naturel régional, Oise, Pays de France, voilà, alors vous remarquerez qu'il y a marqué Pays de France, je fais un petit laïus un peu géographique, mais c'est important, vous me direz, bien sûr, on sait bien qu'on est en France par là quand même, on est aux portes de Paris, non, mais ça c'est l'origine, c'est la vraie micro-région, division de l'île de France, petite partie de l'île de France qui a donné son nom à tout le pays, à tout notre pays, parce qu'à l'origine ça a été le premier arrêt des francs migrants de Germanie, tout simplement, le premier arrêt, le premier stade où ils sont restés un peu plus longtemps qu'ailleurs, oui, les francs de Clovis, ce que je veux dire, donc, moi j'ai connu l'époque où il n'y avait pas encore l'aéroport de Roissy, il y avait un petit hameau qui s'appelait, qui s'appelait toujours Roissy en France, si vous connaissez un peu la région, ça fait drôle qu'on précise qu'on est en France, mais oui, mais c'est pas évident, c'est la France, or, la France a un sol riche, cette France-là, cette petite France, c'est les dernières tâches
18:38 du lœss qui viennent de Chine, bref, et d'Ukraine, très fertiles, donc aucun intérêt dans le paysage, à perte de vue, c'est la betterave, la culture extensive jusqu'à l'horizon, et par contre, ça se voit sur la carte, vous voyez, la tâche un peu plus sombre, là où il y a marqué parc naturel régional, c'est la forêt, ça ne se voit pas parce que c'est en noir et blanc, normalement c'est en vert, c'est la forêt, dès que le sol fertile, le calcaire et le lœss laissent la place au sable, nos ancêtres n'étaient pas idiots, ils n'allaient pas couper des arbres pour qu'il y ait du sable, c'est stérile, d'ailleurs ceux qui ont eu des enfants en bas âge sont peut-être allés se balader à la mer de sable, Achille, il te connaît ?
19:22 Il y a quelques-uns qui connaissent ? Allez-y, c'est très beau, comme dit Nerval, d'ailleurs on le verra tout à l'heure, il y a assez de sable pour que du centre ne voie pas d'autre horizon, on peut se croire dans le ténéré, pas avec la température qui fait en ce moment, si vous y allez un 15 août, vous pouvez avoir l'illusion que vous êtes en plein Sahara, voilà, mais pas assez pour qu'en 5 minutes de marche on arrive à l'endroit le plus charmant du monde, etc. Oui, parce qu'on a tellement coupé d'arbres à l'époque des guerres avec l'Angleterre, il fallait faire des bateaux, fin 18e et surtout à l'époque de Napoléon, que sur le sable ça ne repousse pas comme ça et donc il y a encore des taches qu'on appelle là-bas Chaalis, la mer de sable.
19:59 Donc, là c'est les forêts, c'est très contrasté, je vous le dis, parce que Nerval joue sur toutes ces dichotomies, tout ce qui permet d'éliminer le hasard et créer une logique, c'est-à-dire des dichotomies, le haut, le bas, la droite, la gauche, et ici, la France, le Valois, voilà, le Valois, c'est là où ça commence à avoir la tâche, vous voyez ? Bien, donc, reportons-nous à la page 110, si vous voulez bien, c'est-à-dire à la 10e lettre.
Changement de ton et déterminabilité
20:30 On a déjà fait du chemin, on a quitté Paris, avec donc ce passage, je me suis interrompu, je le répète de tête, leur nom patronymique est Longueval, en compulsant les dossiers qui se rattachent à cette famille, j'ai fait une trouvaille des plus heureuses et une foule d'archives m'ont renvoyé à d'autres archives qui doivent exister à la bibliothèque de Compiègne. Donc, regardez sur la carte, vous voyez où est Compiègne ? À peu près au milieu, en haut, vous voyez ?
21:00 De Paris à Compiègne, vous êtes bien obligés de passer par Ermenonville Senlis. Il ne nous le dit pas au départ. Moi, ma thèse, pour éliminer le hasard, c'est que le but de tout ça, c'est d'aller à Ermenonville où il y a la tombe de Rousseau. Pour l'instant, il n'y a rien qui nous le garantit. Il n'y a même pas question de Rousseau du tout. Mais, déjà, en jetant, si vous voulez, sa flèche à Compiègne, c'est une manière déjà de se diriger dans la bonne direction.
21:31 Il se met dans la bonne direction, bien s'orienter. En plus, lui qui était si précis jusque-là, une foule d'archives qui doivent exister à la bibliothèque de Compiègne. Alors, on y a été, je n'insiste pas, ça c'était la quatrième lettre et là, il commence à nous séduire. Il y a un changement de ton sur lequel je vais attirer votre attention. Ce n'est pas seulement un changement d'intrigue, ce n'est pas seulement une digression, c'est un changement de ton. Ça se sent dans la voix, dans la tonalité du texte, de la parole nervalienne. Jusqu'à là, c'était le ton du journaliste, du persiflage, un peu frondeur, un peu anti-pouvoir absolu.
22:08 Bon, voilà, c'est courant, un écrivain un peu frondeur de l'époque. Un jeune France, comme on disait, il a fait partie de la bataille d'Hernani, Nerval. Il paraît qu'il s'était suspendu au grand lustre comme avec une liane comme ça, en pleine bataille d'Hernani. Et là, changement de ton, ceux qui ne sont pas chasseurs ne comprennent point assez la beauté des paysages d'automne. En ce moment, malgré la brume obstinée, nous apercevant des tableaux dignes des grands maîtres flamands.
22:38 Toujours ces brumes transparentes et colorées qui font penser à l'Embarquement pour Cythère de Watteau Le lyrisme, ces observations, ne doivent pas vous étonner. Vous, c'est vous et moi, c'est le lecteur. tout d'un coup, il passe à l'impératif. Le lyrisme, c'est ça. Je ne dois pas vous étonner. Fatigué des vaines et stériles agitations de Paris, je me repose devant ces campagnes si vertes et si fécondes. Stériles agitations de Paris, campagnes vertes et fécondes. Vous voyez, vous parlez de dichotomie. Plus il y a de dichotomies bien symétriques comme ça, moins il y a de hasard.
23:13 On ne sait pas encore quel est l'enjeu. On peut éliminer le hasard sans savoir encore pourquoi il n'y a pas de hasard. C'est la distinction que fait Hegel entre la détermination, là je sais ce qui est à l'œuvre, je ne sais pas moi, la pesanteur, la chaleur qui dilate un corps, la jalousie, la libido, peu importe. Une détermination et la déterminabilité ou déterminité. Ça dépend un peu des traductions. C'est-à-dire le fait qu'on sent qu'il n'y a pas de hasard, qu'il y a bien de la détermination dans l'air sans qu'on ait encore déterminé laquelle.
23:48 C'est la distinction qui a, je le dis pour ceux qui veulent vraiment travailler le texte, entre la détermination « bestimmung » et la déterminabilité « Bestimmtheit ». En ce temps, je joue avec vous à le « Bestimmtheit ». On élimine de plus en plus, c'est de plus en plus probable qu'il n'y ait pas de hasard, même si on ne sait pas encore où il veut en venir, comme on dit en français. Quelle est la détermination qui gouverne son déplacement ? Donc, on en était là, il y a ce changement de ton, en particulier ce passage où il dit « c'est le jour des morts que je vous écris, pardon de ces idées mélancoliques ».
24:29 Vous voyez ? Là, il s'excuse de nouveau « pardon de ces idées mélancoliques » et il ne s'excuse plus de rompre, de faire une entorse à l'intrigue, il s'excuse d'être mélancoliques, il s'excuse de changer de ton, ce qui est encore plus troublant, comme si la voix s'enrouait, n'est-ce pas ? Comme si l'heure n'était plus à persifler. Sur la quoi, il s'entend à merveille en d'autres occasions. On en était là. Et puis, le moral lui revient dès qu'il arrive à Senlis, c'est une ville qui le rend toujours heureux.
25:00 Vous voyez où est Senlis ? Elle est au cœur du dispositif, au cœur de cet ensemble de forêts, de cette tâche sombre, n'est-ce pas ? Ceux qui s'intéressent, il y a la forêt de Chantilly, pour pas m'en dite, derrière il y a la forêt d'Halatte, il y a la forêt de Pontarmé, peu importe. Et la forêt d'Ermenonville en bas à droite, si vous regardez bien. Voilà. Vous allez voir pourquoi ces précisions toponymiques, sont importantes. Topographique, on ne va pas parler de topologie, ça c'est pour Thomas. C'est rue la topologie.
Sylvain, Sylvie, Sylvanectes
25:30 Alors, j'intéressais beaucoup la topologie à l'époque des structuralistes. Je ne sais pas si j'y comprenais grand-chose, mais en tout cas, ils en parlaient beaucoup. Donc, dixième lettre, vous y êtes, page 110. Maintenant, j'enchaîne et j'avais besoin de ce préambule pour rafraîchir un peu la mémoire. Plongeons un petit peu dans le détail du texte, avant de décider que vous décidez qui est hasard ou pas. Je ne voyage jamais dans ces contrées sans me faire accompagner d'un ami que j'appellerais de son petit nom, Sylvain.
26:00 Est-ce qu'il y en a déjà parmi vous qui trouvent que le prénom est dû au hasard ? Je vous pose la question. Et sinon, pourquoi ? Petit exercice de déterr'... Oui ? Pardon ? Oui ? C'est Sylvestre, oui, bravo. Il faut que ce soit un nom francophone d'origine qui nous le dise. Enfin, messieurs, quand même, mesdames. Ça sent la forêt.
26:32 Au moment où on entre dans les forêts, surgit Sylvain. Sous la plume de qui ? De l'auteur, dont le texte est le plus connu, l'auteur de Sylvie. Et qui va nous parler d'Angélique, on n'y est pas encore, des tribus qui habitaient là, les ancêtres de Robin des Bois, les Sylvanectes. Sylvain, Sylvie, Sylvanectes. Nul hasard. Je ne voyage jamais dans ces contrées sans me faire accompagner d'un ami que j'appellerai de son petit nom, Sylvain. C'est un nom très commun dans cette province.
27:03 Regardez bien. Le féminin, le gracieux nom de Sylvie, pof, sans y toucher comme ça, illustré par un bouquet de bois de chantilly dans lequel allait rêver si souvent le poète théophile de Viau. Ça existait tout ça. Il y a d'ailleurs, quand vous arrivez à Senlis, encore maintenant, un restaurant nul d'ailleurs. J'espère qu'on m'entend pas. C'était à l'époque où ça a changé de direction. Maintenant, c'est bien. Ça s'appelle le chalet de Sylvie. Après, je vous dis n'importe quoi, je n'y suis jamais allé. J'ai évité. Il y a de très bons restaurants à Senlis, par contre.
27:33 Non, non, c'est vrai. C'est vrai. Depuis Roissy, il y a tous les cadres d'Air France. Il y a les pilotes. Il y a de l'argent. Il y a de l'abonnement. Puis Senlis, c'est une ville merveilleuse. C'est splendide. Vraiment. Donc, j'ai dit à Sylvain, attention, un dialogue s'engage. J'ai dit à Sylvain, allons-nous à Chantilly. Regardez la carte. Si on dit oui, on se rapproche ou on s'éloigne d'Ermenonville ? Donc, de la tombe de Rousseau.
28:03 Oui, on s'éloigne. Je ne sais pas qu'on s'éloigne, on va en sens inverse. Si on est à Senlis, Chantilly est à l'ouest et Ermenonville est à l'est. D'accord ? Et ça, c'est Nerval qui a envie d'aller à Chantilly. C'est pas ? Et voilà que Sylvain, je réponds, il m'a répondu non. Tu as dit toi-même hier qu'il fallait aller à Ermenonville. Et voilà que Sylvain va servir à Nerval d'exprimer sa volonté sans se dire pour rien.
28:33 Moi, je voulais aller à Chantilly, mais vous voyez, Sylvain, bon, oui, tiens, à Ermenonville. Alors, on va voir les raisons que donne Sylvain. Il m'a répondu non. Tu as dit toi-même hier qu'il fallait aller à Ermenonville pour gagner et l'auteur qui a dit et si on allait à Soissons à Ermenonville. Visiter ensuite les ruines du château de Longueval en Soissonnais. C'est le seul rapport avec le début du texte. N'oublions pas que Longueval, c'est le nom patronymique des Bucquoy, donc le fameux abbé de Bucquoy qu'on cherche depuis le début. La seule continuité, c'est qu'on va essayer de reconnaître les ruines d'un de ces châteaux près de Soissons.
29:07 Vous voyez ? Voilà. Sur la limite de la Champagne. Oui, répondis-je hier soir, je m'étais monté la tête à propos de cette belle angélique de Longueval. C'est quand même le titre de la nouvelle. Et je voulais voir le château d'où l'a été enlevé par la Corbinière, l'homme qu'elle a suivi contre la volonté de ses parents et qu'elle a suivi dans toute l'Europe, ce qui était très audacieux pour l'époque, pour une jeune femme du XVIIe siècle quand même, en habit d'homme sur un cheval. Est-ce sûr du moins, répond Sylvain, que ce soit là le Longueval véritable car il y a des Longuesvals et des Longuevilles partout, de même que des Bucquoy.
29:41 Ouh là là, c'est un peu inquiétant pour nous. On croyait, ça y est, on tenait enfin le Bucquoy et là, il paraît qu'il y a des Longuesvals, des Longuesvilles et des Bucquoy, il y en a partout dans la région. Bon, alors, je saute un petit peu le passage qui suit et par contre, avant, là où il y a marqué correspondance, je lis le dernier alinéa et alors là, j'attire votre attention. Il semblerait donc prouver, me dit Sylvain, que le château de Longuesvals était situé aux environs de Soissons. Donc, on va dire complètement à l'est, si vous regardez bien.
30:12 De toute façon, être très à l'est sur la carte. Il semblerait donc prouver, me dit Sylvain, que le château de Longuesvals, je fais une parenthèse, encore maintenant et peut-être même plus encore que jamais, c'est un pays magnifique à visiter parce qu'à cause de la dépopulation rurale et de la misère et du nombre d'exploitations agricoles qui ont fermé, je veux dire, il n'y a plus que de forêts et de résidences secondaires de Parisiens. Il semblerait donc prouver, me dit Sylvain, que le château de Longuesvals était situé aux environs de Soissons, donc ce ne serait pas le moment de revenir vers Chantilly. Ce changement de direction a déjà risqué de te faire arrêter une fois.
L'arrestation au café de Senlis
30:47 À mon retour à Paris, je trouvais la littérature dans un état de terreur inexprimable. Je vous ai dit que je prenais le mot terreur relativement au sérieux et voilà que maintenant, on apprend qu'ils se sont faits arrêtés. Arrêtés pourquoi ? Parce qu'on se balade dans le paysage français, quand même. Alors là, on va revenir en arrière. On va revenir en arrière et vous allez voir, voilà, à la page 74, si vous voulez bien.
31:26 74. Vous gardez la page, 210, j'avais pris en bas, on est obligé de faire la gymnastique des pages, c'était comme ça. et je ne tiens pas compte du récit d'Angélique qui est parallèle à tout ça. Bon, voilà. Si vous regardez le haut de la page 74, il y a la fin d'une narration des aventures d'Angélique au moment où son amant, qui est un petit bidasse de l'époque, je veux dire, on est au 17e siècle, quitte furtivement, à l'époque, c'était grave, si on vous surprenait, le père vous abattait d'un coup de mousquet ou vous tranchez la gorge, je veux dire, c'était sérieux, le père ou le mari, le frère, les trois maintenant, même sans être en Corse.
32:13 Alors, il s'approcha, il, là-haut, c'est le père, le père d'Angélique, il s'approcha tout à coup de l'amoureux, lui tira par surprise l'épée du baudrier, on est en pleine forêt, je vous saute les détails, et lui mettant le pistolet sur la gorge, dit au laquais, ôtez les éperons à ce traître et vous allez un peu devant, parce qu'il a vu sortir de la chambre de sa fille, c'est tout. Bon, c'est pas l'histoire d'Angélique qui m'intéresse. Interruption. Je ne voudrais pas imiter ici le procédé des narrateurs de Constantinople, regardez bien le texte, ou des conteurs du Caire, Nerval, ne rate pas une occasion de rappeler dans ce petit voyage aux portes de Paris qu'il est en train d'écrire l'immense voyage en Orient.
32:53 Le point commun, c'est que tout ça tire vers l'Est, que ce soit à Francfort par rapport à Paris. C'est-à-dire à l'inverse, la marche du temps, enfin la marche du soleil, c'est pas qui marque le temps. Donc, je veux dire, on a déjà vu, je ne sais pas si vous vous en souvenez, lorsqu'il se plaignait de la manière dont le Bibliothèque nationale était mal géré, et parce que les livres se perdaient trop facilement, parce qu'on les prêtait trop facilement, il dit, il prend en contre-exemple l'excellente gestion de la Bibliothèque d'Alexandrie dans l'Antiquité, où ceux qui venaient consulter des ouvrages étaient logés pendant toute la longueur de leur séjour, etc., etc., vous voyez, et croyez-en un visiteur qui en a foulé les ruines, vous voyez, il ne rate pas une occasion, et il réhabilite d'ailleurs les Arabes injustement accuser d'avoir brûlé la Bibliothèque d'Alexandrie alors que les historiens savent bien que ce sont des chrétiens qui en outre ont massacré dans les rues la célèbre Hypatie philosophe pythagoricienne.
33:49 Voilà, c'est normal qu'ils nous racontent tout ça dans les chapitres précédents. Là, pareil, je ne voudrais pas imiter ici le procédé narrateur de Constantinople ou des conteurs du Caire qui, par un artifice vieux comme le monde, suspende une narration à l'endroit le plus intéressant, afin que la foule revienne le lendemain au même café. C'est un peu ce qu'on fait cette année. L'histoire de l'abbé de Bucquoy existe, je finirai bien par la trouver. On dirait que dès qu'il est dans le Valois, il se moque de nous un peu. L'histoire, on a le temps de la trouver, elle existe, je finirai par la trouver.
34:20 En attendant, si on parle d'autre chose. Alors, on parle de quoi ? Je saute ce qu'il y a après et je vais en bas de la page 74 pour regarder bien. J'ai appris que la poste de Senlis avait mis 17 heures, donc lui, il est à Senlis, il envoie les pages qu'il écrit, donc ce que nous lisons au directeur du journal à Paris, avait mis 17 heures pour vous transmettre une lettre qui en 3 heures pouvait être rendu à Paris. Je pense que cela ne tient pas à ce que je sois mal vu dans ce pays où j'ai été élevé. C'est la première fois qu'il dit explicitement qu'il a un lien personnel avec la région.
34:53 Et on est à la page 74. Et on a déjà fait Francfort, Paris, dans ce pays où j'ai été élevé. Mais voici un détail curieux. Rappelez-vous pourquoi je suis venu en arrière. C'est à propos de l'arrestation. Alors là, maintenant, je ralentis. Il y a quelques semaines, je commençais déjà à faire le plan du travail que vous voulez bien publier et je faisais quelques recherches préparatoires sur les Bucquoy dont le nom a toujours résonné dans mon esprit comme un souvenir d'enfance.
35:24 Mais il fallait nous le dire à ce moment-là. Je me trouvais à Senlis avec un ami. Un ami breton. Ce n'est pas Sylvain, c'est un ami breton. C'est à Senlis. Avec un ami, donc vous voyez au cœur du Valois, avec un ami breton, très grand, et à la barbe noire. Ça ne vous dit rien l'histoire de barbe. Oui, vous êtes trois barbus là déjà, je sais.
35:54 Mais Catherine, elle le sait. Historiquement, c'est important ce détail. À l'époque, pourquoi ? Pardon ? Non, je réfléchis. Il n'y a pas eu des décisions de justice concernant le port de la barbe. Ah, c'était quelqu'un. Un peu plus tard. Ça a été interdit. On ne pouvait pas être enseignant avec la barbe parce que ça veut dire qu'on était révolutionnaire. Je dis au passage, mais enfin, n'anticipons pas. je me trouvais à Senlis avec un ami, l'ami breton, très grand, et à la barbe noire.
36:25 Après de bonnes... Arrivés de bonne heure par le chemin de fer qui s'arrête à Saint-Maxence et ensuite par un omnibus qui traverse les bois en suivant la vieille route de Flandre, nous eûmes l'imprudence d'entrer au café le plus apparent de la ville pour nous y réconforter. C'était long les voyages à l'époque quand même. Il y a un omnibus d'aller là. Donc on se prend un petit verre quand même. Ce café était plein de gendarmes. Je suis en train de faire un parallèle entre Nerval et Kafka. En Kafka, il y a toujours du procès et une arrestation qui rôde. Ce n'est pas avec une angoisse.
36:55 Là, c'est de l'humour donc on ne fait pas attention. Mais le résultat est exactement le même. Regardez bien. Ce café était plein de gendarmes dans l'état gracieux, c'est-à-dire que son pompe pète, qui après le service leur permet de prendre quelques divertissements. Les uns jouaient au domino, les autres au billard. Ces militaires s'étonnèrent sans doute de nos façons et de nos barbes parisiennes. Vous voyez ? Pour des gendarmes, c'est suspect d'avoir des barbes parisiennes à 35 km de Paris. Mais il n'en manifestera rien ce soir-là.
37:25 Le lendemain, nous déjeunions à l'hôtel excellent de la truite qui file. Ça vous fait marrer la truite qui file. Vous avez raison. Essayez d'attraper une truite qui file. C'est aussi dur que d'attraper l'abbé de Bucquoy, dites-donc. Ce livre insaisissable, comme on dit, ce moucheron insaisissable, comme on dit, on va quelques pages plus loin. Et il ajoute à côté, en parenthèse, je vous prie de croire que je n'invente rien parce qu'il va dire que le lecteur va croire que j'en rajoute l'hôtel de la truite qui file. Ce qui est extraordinaire, vous n'avez pas l'édition critique, la pléiade.
37:59 C'est un peu lourd. Vous allez voir que ça va être très utile de la voir tout à l'heure, beaucoup plus que ce que je suis en train de dire maintenant. Mais, dans le texte premier, il y a marqué justement non pas la truite qui file, mais l'hôtel de la truite. La truite, mais la truite. la femelle du port, de la truite qui file. Vous voyez ? La truite qui file lorsqu'un brigadier va nous demander très poliment nos passeports. Pardon, ces minces détails, nouvelle excuse, mais cela peut intéresser tout le monde. Là, on passe du roman personnel à l'intérêt collectif, aux libertés qui sont en train de se rétrécir en France.
38:34 Nous lui répondîmes, laissons la voix off, à la manière dont un certain soldat répondit à la maréchaussée. Nerval continue à persifler. Selon une chanson de ce pays-là même. J'ai été bercé avec cette chanson. On lui a demandé où est votre congé. Le congé que j'ai pris, il est sous mes souliers. C'est-à-dire, je me suis fait la malle. La réponse est jolie, mais le refrain est terrible. Spiritus sanctus, c'est ce qu'on chante pendant les répouillées, les enterrements. Quoniam bonus. Ce qui indique suffisamment que le soldat n'a pas bien fini. Notre affaire a eu un dénouement. Mais vous voyez, il plaisante, mais il y a un danger qui rôde.
39:10 Notre affaire a eu un dénouement moins grave. Aussi, avions-nous répondu très honnêtement qu'on ne prenait pas d'ordinaire de passeport pour visiter la grande banlieue de Paris. Le brigadier avait salué sans faire d'observation. Nous avions parlé à l'hôtel d'un des Saint-Val d'aller à Ermenonville. Puis, le temps étant devenu mauvais, l'idée a changé et nous sommes allés revenir retenir nos places à la voiture de Chantilly qui nous rapprochait de Paris. Donc, on comprend pourquoi tout d'un coup, Nerval veut aller à Chantilly. Change, change d'idée par cause de la météo, le temps ayant changé.
39:42 Quoi de plus changeant que la météo. Au moment de partir, nous voyions arriver un commissaire orné de deux gendarmes. Dites donc, la hiérarchie, ça monte. Qui nous dit vos papiers ? Nous répondions ce que nous avions dit déjà. Eh bien, messieurs, dit ce fonctionnaire, vous êtes en état d'arrestation. Mon ami, le breton, fronçait les sourcils, ce qui aggravait notre situation. Les bretons, c'est un peu comme les corses, il ne faut pas trop les chercher. Je lui ai dit, calme-toi, je suis presque un diplomate, j'ai vu de près à l'étranger des rois, des pachas et même des padichas.
40:14 Et je sais comment on parle aux autorités. Monsieur le commissaire, dis-je alors, parce qu'il faut toujours donner leur titre aux personnes, j'ai fait trois voyages en Angleterre et l'on ne m'a jamais demandé de passeport que pour me conférer le droit de sortir de France. Je reviens d'Allemagne où j'ai traversé dix pays souverains. L'Allemagne n'était pas encore unifiée, y compris la Hesse, la Hesse, un port capital, encore aujourd'hui, Francfort. On ne m'a même pas demandé mon passeport en Prusse. Eh bien, je vous le demande en France.
40:44 Vous savez que les malfaiteurs ont toujours des papiers en règle. Pas toujours. Je m'inclinais. J'ai vécu sept ans dans ce pays. J'ai même des restes de propriété. Mais vous n'avez pas de papier. C'est juste. J'ajoute un petit détail qui ne dit pas à la Nerval et qui est encore plus angoissant. S'il présente ses papiers. On verra qu'il ne s'appelle pas Gérard de Nerval. Vous savez que c'est un emprunt. De même que Balzac ne s'est jamais appelé de. C'était à la mode à l'époque d'avoir des particules.
41:15 Et pour faire un peu ancien régime, il s'appelle Gérard Labrunie, comme Pagani, comme tout le monde. Je veux dire, Labrunie. Bon. Et son père était d'Agen, du sud-ouest, prince d'Aquitaine à la tour Aboli. Et donc, les gendarmes m'ont fait en droit de dire, mais dites donc, vous n'avez pas des papiers à votre nom, là, vous usurpez un nom. Oui, il y a tout ça. Son identité n'est pas claire, rappelez-vous, dans son poème le plus célèbre, n'est-ce pas ? Je suis le ténébreux, le veuf, c'est-à-dire, on sait ce qu'il est, mais par contre, son identité, suis-je amour ou phébus, Lusignan ou Biron ?
41:50 Vous voyez, il y a une hésitation sur l'identité qui est typique, et qui, bien sûr, dans le cas de quelqu'un dont la folie est emblématique, ce n'est pas dans l'histoire des lettres françaises, ce n'est pas toutefois un détail indifférent, cette hésitation sur l'identité. Souvent, la schizophrénie est appelée par la psychiatrie syndrome de dépersonnalisation. Je dis au passage, je ne suis pas spécialiste, mais je vous dis ce que je peux que j'en sais. Donc, c'est juste. Croyez-vous maintenant, continue Nerval, que des gens suspects iraient prendre un bol de punch dans un café où les gendarmes font leur partie le soir ?
42:25 Cela pourrait être un moyen de se déguiser mieux. Je vis que j'avais affaire à un homme d'esprit. Eh bien, monsieur le commissaire, ce n'est pas un humour très appuyé Nerval, mais quand vous avez l'habitude, on finit par se marrer comme une baleine. Eh bien, monsieur le commissaire ajoutait, je suis tout bonnement un écrivain, je fais des recherches sur la famille des Bucquoy de Longueval et je veux préciser... Donc, je veux, on va savoir le but, là. Il ne nous l'a pas dit, mais je veux préciser la place où retrouver les ruines des châteaux qu'il possédait dans la province.
42:58 Ce n'est ni de retrouver le livre, vous voyez, tous les buts qu'on a passés en revue depuis le début du texte, là, ils sont oubliés maintenant. Il s'agit d'un nouvel objectif, c'est de préciser, d'identifier, d'ailleurs, faire un petit tour sur les ruines, parce qu'il y a longtemps qu'ils n'existent plus, des châteaux qu'il possédait dans la province, et au pluriel, les châteaux, le front du commissaire s'éclaircit tout à coup. Ah, vous êtes occupé de littérature ? Moi aussi, monsieur, j'ai fait des vers dans ma jeunesse, une tragédie. Un péril succédé à un autre. Le commissaire paraissait nous inviter à dîner pour nous lire sa tragédie, il fallait prétexter des affaires à Paris.
Quitter Senlis : surmoi, épaisseur historique, Rousseau
43:32 Bon, je saute. Revenons à la page 110. Voilà l'arrestation. Je vous l'ai lu pour éliminer de plus en plus le hasard. Un péril, au gros, dès l'instant que Nerval se rapproche de son but, comme s'il y avait, vous voyez, chaque fois qu'il réalisait son souhait, il y avait un surmoi au sens freudien, n'est-ce pas, je prends ça pour mieux faire comprendre. sans les contenus que Freud voudrait y mettre, mais je vais dire en tout cas formellement un surmoi, c'est-à-dire une force en lui qui dit tu ne devrais pas satisfaire ton désir, n'est-ce pas, une auto-censure, si vous voulez, en tout cas, vous voyez, il arrive sur sa terre maternelle et voilà que les dangers se multiplient.
44:16 Donc, c'est ce que lui rappelle Sylvain, je reviens à la page 111, n'est-ce pas, et à la fin du paragraphe qui précède la correspondance ce changement de direction a déjà risqué de te faire arrêter une fois parce que, dit Sylvain, un homme du pays de bon sens, un paysan, c'est censé être un forestier, parce que les gens qui changent d'idée tout à coup paraissent toujours des gens suspects. Ben dites-nous, Laurent Nerval, c'est un champion. Voilà, je saute, parce qu'après, c'est une digression où il répond à un de ses lecteurs, je saute et allons-y à la page 115.
44:50 pour ne pas interrompre le déplacement local, rappelez-vous que c'est ça ma continuité, géographique, j'ai sauté une digression, on revient à Paris, on parle d'exemplaires, de librairies, et on était à Senlis et voilà qu'il faut bien quitter Senlis pour aller à Ermenonville, vous avez vu la carte, puis à Soissons, on ne va pas rester à Senlis, même s'il a l'air de s'y plaire. Je quitte Senlis à regret, mais mon ami le veut, vous voyez, c'est toujours, moi je n'y suis pour rien, c'est mon ami le veut pour me faire obéir à une pensée que j'avais manifestée un peu d'avance.
45:21 Je suis même plaisé tant dans cette ville, on va savoir pourquoi, regardez bien, où la Renaissance, le Moyen-Âge, époque différente, l'époque romaine, se retrouve ça et là au détour d'une rue, dans une écurie, dans une cave. Ce qui plaît à Nerval, ce qu'il va découvrir là, non parce qu'on pourrait croire qu'il est content de quitter la ville pour la campagne. Le béton, ce n'est pas le béton à l'époque, la brique, la pierre, pour la nature. Non, c'est pour l'histoire, pour l'épaisseur historique.
45:53 Il y aura tellement d'exemples que je n'en ai pas pour l'instant, je ne continue, je ne sais pas. C'est comme si c'était un voyage dans le temps, et pas seulement un déplacement dans l'espace. Au détour d'une rue, dans une écurie, ou dans une cave. Je vous parlais de ces tours des Romains recouvertes de lierre, le fameux passage qu'on a fait en lecture comparée. Je ne reviens pas, on s'est assez attardé. L'éternelle verdure dont elles sont vêtues fait honte à la nature inconstante de nos pays froids. En Orient, les bois sont toujours verts. Voilà qui lui revient les souvenirs d'Orient au cœur de la brumeuse en Ile-de-France.
46:25 Chaque arbre a sa saison de mue, mais cette saison varie selon la nature de l'arbre. Ceux qui ont vécu en Afrique voient très bien ce qu'il veut dire. C'est ainsi que j'ai vu au Caire les sycomores perdent leurs feuilles en été. En revanche, ils étaient verts au mois de janvier. Bon. Je saute à regret parce que c'est très beau le chapitre qui suit où il joue beaucoup sur les toponymes, les bois de Pontarmé, de Chaalis. Je saute. Et on n'a toujours pas parlé de Rousseau. Et voilà que vous tournez la page, page 116, deuxième alinéa.
46:58 Il est en train de faire la liste de ce à quoi il faut renoncer pour quitter Senlis. Allez, il ne faut pas que ça nous retienne trop. Les clochers aigus hérissés de saillies régulières qu'on appelle dans le pays des ossements, je ne sais pourquoi, retentissent encore de ce bruit de cloches qui portaient une douce mélancolie dans l'âme de Rousseau. C'est la première fois que Rousseau apparaît. C'est pas ? Et donc, bien sûr, regardez l'enchaînement. L'incidence qu'a le patronyme Rousseau sur le déplacement local qui suit, accomplissons le pèlerinage que nous nous sommes promis de faire, non pas près de ses cendres qui reposent au Panthéon, on en vient de Paris, mais près de son tombeau situé à Ermenonville dans l'île dite des Peupliers.
47:40 Et voilà un nouvel objectif bien défini, extrêmement bien défini dans l'espace cette fois, parce que si vous connaissez un peu l'endroit, c'est un petit étang avec une île qui est grande comme deux fois cette salle et encore, au milieu de l'étang, c'est un endroit admirable. Bien, la cathédrale de Senlis, il a du mal à quitter, l'église Saint-Pierre qui sert aujourd'hui de Casernes aux cuirassiers, le château de Henri IV adossé aux vieilles fortifications de la ville, les cloîtres byzantins, encore une époque, de Charles le Gros et de ses successeurs, n'ont rien qui doivent nous arrêter.
48:11 Ouais, c'est une façon de parler, lui traîne un peu les pieds. C'est encore le moment de parcourir les bois malgré la brume obstinée du matin. Voilà, là, on peut enfin démarrer un voyage à pied à la Schubert. On a mis du temps, hein. N'est-ce pas ? Et là, commence le temps fort de mon intervention. Oui, je suis désolé, tout ça n'était qu'un préambule. Nous sommes partis de Senlis à pied, à travers les bois, aspirant avec bonheur la brume d'automne.
La marche en forêt et la noyade supprimée
48:42 Alors là, merci, excusez-moi, voilà. On enchaîne, vous voyez, vous l'avez la page, page 116, nous avions parcouru une route qui aboutit au bois et au château de Mont-l'Évêque, ça y est, c'est la magie du voyage à pied, il n'y a plus les digressions. ça va être effectivement la plus longue séquence de marche à pied sans digression de toute la nouvelle et sur la carte, ça correspond, regardez bien, le trajet qui va de Senlis à Ermenonville.
49:12 Si vous regardez bien, on est en pleine forêt, c'est des sentiers forestiers à l'époque, il n'y a pas de goudron, c'est quelquefois très vaguement empierré sans plus, il ne faut pas que ça soit trop boueux, et il y a une quinzaine de kilomètres pour concilier à peu près. Ça m'envoie là, j'y reviens, vous n'avez pas d'édition critique dans les mains. Nous sommes partis de Senlis à pied à travers les bois aspirant avec bonheur la brume d'automne. Vous avez l'impression qu'on pourrait marcher comme ça, la brume d'automne avec le bonheur, la fraîcheur, le plaisir de marcher, le sol qui porte, ramasser les champignons, on est en automne, après tout.
49:52 Seulement, si vous prenez dans la Pléiade où il y a toutes les variantes, il se trouve que dans les Faux Saulniers, vous vous rappelez qu'Angélique est la reprise d'une nouvelle déjà écrite qui s'appelle les Faux Saulniers dont il a censuré certains passages, n'est-ce pas, la plupart du temps pour des raisons politiques, parce que les temps avaient changé pour écrire en Angélique. Or, moi je tiens à vous restituer le passage qui existait là, juste après aspirant avec bonheur la brume d'automne et avant d'enchaîner sur nous avions parcouru qui aboutit à Mont-l'Évêque, nous avions parcouru avant, vous voyez, entre les deux phrases, vous avez une note là d'ailleurs, ne parlez pas tant pour la regarder chez vous si vous voulez, la note numéro 3 où ils disent c'est de là que s'intercale le fameux passage de la Noyade.
50:38 vous allez voir et juger si c'est un hasard que Nerval n'ait pas retenu ce passage. Voilà donc tel que vous le trouvez dans la Pléiade. Mon ami Sylvain me dit « Te souviens-tu du temps où nous parcourions ces bois quand tes parents te laissaient venir chez nous ou tu avais d'autres parents ? » Nerval était un petit Parisien qui habitait rue du Faubourg-Saint-Martin où il est né d'ailleurs, qui s'appelait rue Saint-Martin à l'époque et de temps en temps il allait dans la région avec sa mère a suivi son père dans les campagnes napoléoniennes il ne l'a jamais connu et donc il a été élevé par des cousines et des tantes lorsque l'oncle était absent à Paris on le mettait chez des tantes et des cousines à la campagne et donc on voit dans d'autres petits Parisiens en sourde petite lutte de classe j'en dis pas plus avec le jeune Sylvain n'est-ce pas ?
51:34 « Te souviens-tu du temps où nous parcourions ces bois quand tes parents te laissaient venir chez nous ou tu avais d'autres parents ? Je me souviens lui dis-je que tu m'as abandonné une fois dans le danger ? » Alors là quand tu vois bien tu n'as pas le texte c'était un remous de l'oise vers Neufmoulin je voulais absolument passer c'est des gamins 10-12 ans pour revenir par chemin plus court chez ma nourrice tu me dis on peut passer le paysan est censé bien connaître les coins on peut passer les longues herbes et cette écume verte qui surnage dans les coudes de nos rivières me donnèrent l'idée que cet endroit n'était pas profond je descendais le premier puis je fais un plongeon dans sept pieds d'eau c'est-à-dire qu'il a encore un mètre cinquante d'eau au-dessus de lui alors tu t'enfuis craignant d'être accusé d'avoir laissé se nailler en patois se noyer le petit parisien je cite c'est souligné et résolu à dire si l'on t'en demandait des nouvelles qu'il était allé où il avait voulu voilà les amis Sylvain rougit ne répondit pas déjà c'est plus que dramatique comme épisode il échappe de peu la noyade au fait est-ce qu'il y échappe ?
52:39 c'est ce qu'on va voir oui ce qu'il le raconte alors comment il y échappe ? à la ligne mais ta soeur ta soeur qui nous suivait pauvre petite fille c'est étrange c'est lui qui est en situation on devrait dire le pauvre et voilà qui dit pauvre petite fille pendant que je m'abîmais les mains en me retenant même après mon plongeon aux feuilles coupantes des iris c'est magnifique pardon excusez-moi oui c'est ça me tira par les cheveux de toute sa force pour me retirer de l'eau tu vois je ne te dois rien et donc il y a une scène incroyable n'est-ce pas où il y a le fantôme de la noyade et la soeur de Sylvain qui le tire par les cheveux pour le tirer du fond et pour l'amener pour le ramener à la surface or si certains d'entre vous dans le même recueil folio ont eu la très bonne idée de lire les autres filles du feu en particulier
La même noyade dans Sylvie
53:49 Sylvie qui est la plus lue vous verrez que cette scène de la noyade se répète mais cette fois avec quelqu'un qui ne s'appelle pas Sylvain mais qui s'appelle le grand frisé qui est aussi quelqu'un du village qui est aussi un paysan et qui est censé dans Sylvie avoir été le frère de lait de Nerval donc un rival par rapport au nourrice je parle en termes analytiques ici bien sûr donc vous voyez il y a un danger de nouveau et on va apprendre dans Sylvie que ce frère de lait est fiancé à la Sylvie que lui revient de Paris pour épouser après l'avoir laissé tomber pendant 15 ans et en se disant une petite paysanne je vais arriver de Paris moi je vais la subjuguer elle va arriver un bohème fauché et elle a vu ce petit paysan qui a fait un effort qui est un garçon pâtissier elle va l'épouser ça c'est l'histoire à la flaubert plus superbe et la fin de Sylvie est terrible avec beaucoup à la fois d'auto-ironie et d'amertume et Nerval jusqu'à dire c'était bien ma chance d'avoir un frère de lait dans le pays de Rousseau qui avait banni les nourrices dans l'Émile bon donc vous voyez pourquoi je tenais à restituer le passage qui a été omis par Nerval d'Angélique alors là
54:59 on est obligé d'accuser le hasard c'est terrible n'est pas de se rappeler de se souvenir qui lui rappelle à la fois qu'il a failli se noyer et si vous connaissez un peu le champ analytique le champ freudien vous saurez que le fantôme de la noyade est très répandu et qu'il est lié vraiment à ce qui est complètement inconscient puisqu'on ne peut pas avoir la mémoire de ce qui est prénatal c'est à dire de l'époque où nous étions tous noyés dans le liquide prénatal tout de même la naissance étant un arrachement à cette poche d'eau à cette poche liquide et premièrement et deuxièmement pour montrer que Nerval ne pense pas du tout ce que je suis en train de dire comme logique et surtout ce qui m'intéresse plus comme rigueur parce que je ne voudrais pas que vous croyez que je fais de l'interprétation c'est que regardez le tout début de cette digression enfin regardez vous ne l'avez pas sous les yeux en regardant les grands arbres qui ne gardaient plus à leur sommet qu'un bouquet de feuilles jaunies Sylvain me dit te souviens-tu pour remarquer que nous étions à la phrase nous sommes partis de Senlis à pied à travers les bois aspirant avec bonheur à la brume d'automne on est en pleine dimension horizontale avec un sol qui porte sous les pieds
56:10 ferme là on est à l'inverse dans un sol qui se dérobe entièrement puisque c'est de l'eau on ne peut pas faire plus opposer comme dit que Tomineau et surtout la phrase commence par aller vers le haut te souviens-tu en regardant les grands arbres vous voyez il y a tout d'un coup la dimension haut-bas qui prend le pas sur la dimension nord-sud qu'on était en train d'accomplir ouest-sud-est je fais exprès pour vous montrer à quel point le hasard est éliminé mais du moindre détail même l'auteur lui-même ne s'aperçoit pas à quel point il est dans la rigueur n'est-ce pas donc je voilà je vous dis très rapidement le même épisode dans Sylvie que j'ai mis à part ici je vous passe parce qu'on ne va pas raconter l'histoire de Sylvie en plus il est dans un petit repas à Campagnard il vient de Paris il vient se heurter à l'échec il croyait épouser la petite Sylvie son ancienne petite amie de cette petite fille du village si vive et si fraîche avec ses yeux noirs et son teint légèrement hâlé ben oui c'est une paysanne et puis là il la retrouve quasiment fiancée mais il ne sait pas encore qu'elle est fiancée il a bien vu
57:20 qu'elle avait un amoureux hier au bal c'est tout ce qu'il voit et ils vont faire un petit repas Campagnard dans laquelle assiste le père Dodu qui est un robuste paysan du village qui aime bien chanter des chansons égrillardes vous allez voir et qui a connu Rousseau te voilà petit parisien me dit le père Dodu tu viens pour débaucher nos filles moi père Dodu tu les emmènes dans les bois pendant que le loup n'y est pas père Dodu c'est vous qui êtes le loup ah je l'ai été tant que j'ai trouvé des brebis à présent je ne rencontre plus que des chèvres et qu'elles savent bien se défendre mais vous autres vous êtes des malins à Paris oui il y a cette dichotomie maintenant le parisien qui vient draguer les paysannes nouvelle dichotomie vous êtes trop jeune maintenant tout ça est mixte c'est pas trop jeune on ne l'est jamais assez mais je me rappelle qu'il y a une époque où il suffisait à avoir une petite anglaise non non je parle des voitures les Triumphs les Morgan vous savez les petites voitures de sport il ne valait pas de tripette mais enfin ça faisait du bruit ça allait un peu vite c'était nerveux je te rappelle Dominique tu en as connu encore toi avec marqué 75 derrière il n'y a pas une fille qui résistait tout au long des routes de campagne je veux dire je vais sur la Côte d'Azur je vais en Corse ça vous intéresse alors c'est ce que Nerval fait comprendre c'est vieux comme le monde
58:30 tout ça vous direz que ça c'est l'histoire ancienne c'est fini heureusement c'est ce qu'on dit donc alors le père Dodu il est bon le père Dodu alors mais vous autres vous êtes des malins à Paris Jean-Jacques avait bien raison de dire l'homme se corrompt dans l'air empoisonné des villes père Dodu vous savez bien que l'homme se corrompt partout Nerval plus lucide n'est pas que que la dichotomie un peu simpliste du père Dodu le père Dodu se mit à entonner un air à boire qu'on voulut en vain l'arrêter à un certain couplet scabreux que tout le monde savait par coeur Sylvie ne voulait pas chanter malgré nos prières disant qu'on ne chantait plus à table j'avais remarqué déjà que l'amoureux de la veille était assis à sa gauche il y avait je ne sais quoi dans sa figure ronde dans ses cheveux ébouriffés qui ne m'étaient pas inconnus il se leva et vint derrière ma chaise en disant tu ne reconnais donc pas parisien une bonne femme qui venait de rentrer au dessert après avoir servi me dit à l'oreille vous ne reconnaissez pas votre frère de lait ça fait longtemps qu'il n'est pas venu sans cet avertissement j'allais être ridicule c'est toi le grand frisé c'est toi même qui m'as retiré de l'eau Sylvie était riait aux éclats
59:40 de cette reconnaissance sans compter disait ce garçon en m'embrassant que tu avais une belle montre en argent et qu'en revenant tu étais bien plus inquiet que de ta montre que de toi même parce qu'elle ne marchait plus tu disais la bête est noyée ça ne fait plus tic tac qu'est-ce que mon oncle va dire une bête dans une montre dit le père Dodu voilà ce qu'on leur fait croire à Paris aux enfants vous voyez que dans des textes différents avec des diégèses différentes et des intrigues différentes je parle d'une nouvelle topographie qui n'a rien à voir avec le reportage d'Angélique il y a des épisodes qui reviennent d'une manière quasi obsessionnelle comme celui de la noyade donc si j'insistais sur toutes ces dichotomies en particulier je tiens à celle qui a l'air la plus abstraite et qui est peut-être la plus intéressante le sol qui porte car pour qu'on puisse faire le voyage pour arriver jusqu'à la tombe de Rousseau il faut qu'on puisse marcher pour ça il faut qu'il y ait un sol porteur il ne faut pas que des policiers nous arrêtent il ne faut pas que le sol se dérobe il ne faut pas traverser l'Oise sans faire attention et si vous je fais l'intertextualité quand j'ai un doute je regarde
Sol porteur et verticalité : Aurélia, les Chimères, Hölderlin
1:00:50 je je détermine Nerval par Nerval dans Aurélia le récit de sa folie il y a un rêve certains d'entre vous ont peut-être vu Aurélia un rêve alors aucun rapport avec le contexte où nous sommes là c'est des visions qui le terrorisent ou qui l'enthousiasment ça dépend un petit peu des fois c'est le c'est l'épanchement du songe dans la vie réelle comme il disait il était à la clinique quand il fait ses rêves et il y a un rêve où il visite une société idéale qui vit dans les montagnes un petit peu dans le Caucase ou dans le Tibet enfin loin du monde une espèce de société parfaite politiquement scientifiquement qui arrive à avoir le progrès technique tout en gardant la pureté des mœurs d'origine enfin bref une espèce de monde idéal et ce qui est intéressant c'est que ce monde là il le décrit entièrement en hauteur je vous cite un extrait de ce rêve tout changeait de forme autour de moi ça c'est très onirique l'esprit avec qui je m'entretenais n'avait plus le même aspect il était très différent c'était un jeune homme qui désormais recevait de moi les idées plus qu'il me les communiquait était-je allé trop loin dans ces hauteurs qui donnent le vertige on retrouve la dimension
1:02:00 verticale dans le rêve il me semble comprendre que ces questions étaient obscures ou dangereuses même pour les esprits du monde que je percevais alors peut-être aussi un pouvoir supérieur m'interdisait-il ses recherches je me vis errant dans les rues d'une cité très populeuse et inconnue je remarquais qu'elle était bossuée de collines et dominée par un mont un mont qui domine des collines la notion verticale est bien affirmée tout couvert d'habitation à travers le peuple de cette capitale j'ai distingué certains hommes qui paraissaient appartenir à une nation particulière leur air vif résolu l'accent énergique de leurs traits me faisaient songer aux races indépendantes et guerrières des pays de montagne ou de certaines îles peu fréquentées par les étrangers toutefois c'est au milieu d'une grande ville et d'une population mélangée et banale qu'ils savaient maintenir ainsi leur individualité farouche qu'étaient donc ces hommes mon guide me fit gravir des rues escarpées et bruyantes où retentissaient les bruits divers de l'industrie nous montâmes encore on n'arrête pas de monter par de longues séries d'escaliers au-delà desquels la vue se découvrit ça et là des terrasses revêtues de treillage et rends-moi la treille où le pampre à la rose s'allie de treillage des jardinets
1:03:10 ménagés sur quelques espaces aplatis des toits des pavillons légèrement construits peints et sculptés avec une capricieuse patience des perspectives reliées par de longues traînées de verdure grimpante séduisaient l'œil et plaisaient à l'esprit comme l'aspect d'une oasis délicieuse d'une solitude ignorée au-dessus du tumulte et des bruits d'en bas qui là n'était plus que murmure je vous ai déjà dit que la prose de Nerval c'est un peu sa tentative de guérison en particulier Angélique qui est sa tentative de guérison la plus prolongée alors que les poèmes des Chimères que vous avez à la fin du volume que vous avez entre les mains sont toutes rédigées dans un état qu'il appelle même de rêverie supernaturaliste c'était un siècle avant qu'on parle de surréalisme le mot est assez parlant c'est des visions qu'il a fait à la clinique pleine crise de folie et c'est pour ça que les poèmes sont beaucoup plus étranges et plus mystérieux que sa prose qui a l'air d'être très transparente la treizième revient c'est encore la première et c'est toujours la seule ou c'est le seul moment car es-tu reine toi la première ou la dernière es-tu roi toi le seul ou le dernier amant tout ça est un peu comme des formules magiques des mystères des énigmes
1:04:20 un peu comme des formules oraculaires formules de magicien de fée de bénédiction et de malédiction or si vous regardez bien la dimension verticale est omniprésente dans les poèmes c'est à dire c'est une instance de la folie la dimension verticale c'est pour ça qu'il a bien fait de bannir le chapitre que je vous ai restitué parce qu'il faut cette fois-ci résister à la tentation du roman personnel et s'acheminer vers la tombe de Rousseau où il y a un intérêt collectif vous devinez la fin de mon plan n'est-ce pas où je montre qu'il y a une dialectique du particulier l'universel en jeu dans ce texte donc voilà je vous cite cette courte citation d'Aurélia pour vous montrer la dimension verticale d'Aurélia qui est explicitement le récit de ses crises de folie mais dans les chimères vous trouvez par exemple dans Myrtho qui est une des plus connues avec El Desdichado je pense à toi Myrtho divine enchanteresse au Pausilippe altier de mille feux brillants le Pausilippe et c'est la montagne qui domine Naples pour tous ceux qui ont fait passer des vacances à Naples tout de suite c'est le début du poème
1:05:30 il y a une dimension au Pausilippe altier altier altitude de mille feux brillants à ton front inondé des clartés d'Orient aux raisins noirs mêlés avec l'or de ta tresse tout ça se passe en haut n'est-ce pas que ce soit le front dans le poème suivant il m'a marqué le front de sa lèvre irritée et dans le Desdichado vous avez mon front est rouge encore du baiser de la reine le front est omniprésent il y a un poème où un autre fou Hölderlin exprime une éclaircie tout d'un coup après une nuit d'orage quand un jour de fête au matin sort pour voir son champ et que toute la nuit les orages ont résonné et là il y a tout d'un coup une éclaircie à un moment d'illumination on aurait dit chez Rimbaud au sens strict au sens propre et figuré à la fois il décrit un petit peu tout ce qui se passe les bruits de tonnerre qui résonnent encore loin et le contraste mais debout dans la paix et du soleil sont les arbres de la futaie dans cette agitation météorologique il y a la tranquillité des arbres qui regardent le soleil mais debout dans la paix et du soleil sont les arbres de la futaie pourquoi je les cite ?
1:06:37 parce qu'il dit d'eux-mêmes sont ceux qui et il parle des poètes car le poème s'appelle Au poète il est dédicacé au poète c'est à nous de faire comme ces arbres dit Hölderlin dans le poème je le résume très vite malheureusement il dit c'est à nous de nous dresser tête nue comme le front vulnérable tête nue pour supporter le rayon divin la beauté du moment c'est pas dans la nature illuminée par l'orage et par l'éclaircie de nous dresser tête nue pour capter le rayon divin et de le tendre aux hommes pour que pour eux il soit amorti bref que les hommes ne risquent pas de devenir fous comme nous nous c'est le sacrifice qu'on fait au divin vous savez que pour expliquer sa folie il arrive dans une fameuse lettre quand il revient de Bordeaux dit et je peux bien le dire que Apollon m'a frappé oui ce sont des choses qu'il faut prendre au sérieux quand il parle de front je multiplie ces exemples pas pour vous saouler mais pour éliminer de plus en plus le hasard parce que là je passe d'un texte à l'autre et d'un auteur à l'autre voilà donc allez je crois qu'on a suffisamment d'éléments maintenant pour faire un petit bilan de
Le hasard comme rencontre de deux nécessités
1:07:47 et réfléchir sur ce mot que je répète depuis le début de la séance qui est celui de hasard je suis allé du côté de l'opéra avant-hier pour retenir des billets et ça alors quel hasard je tombe sur Romand c'est pas vrai je dis ça comme ça ça nous arrive souvent d'employer le mot hasard dans ça il faut toujours commencer par capel par réfléchir qu'est-ce que le hasard qu'est-ce que nous appelons le hasard nous avons des flagrants délits on s'en sert tous les jours du mot n'est-ce pas devine ce qui s'est passé ce matin je suis tombé par hasard sur un percepteur disons moi qui n'ai rien payé oui ça veut dire quoi dans ce cas là hasard est-ce que quelqu'un peut le dire est-ce que ça veut dire que je suis allé là tout à fait au hasard et que lui était là tout à fait par hasard est-ce que ça veut dire ça est-ce que ça veut dire qu'il y a beaucoup oui voilà
1:08:59 ce qui n'était pas prévu c'est qu'on se rencontre mais il y a bien toute une logique le contraire du hasard qui explique pourquoi moi j'étais là c'était pour acheter les billets pour la représentation et lui il était là parce qu'il voulait assister aux réunions de motards qui est près de la Bastille n'importe quoi il est passionné de motos voilà donc ces deux nécessités le contraire du hasard j'ai déjà évoqué une fois le livre d'un anti-marxiste notoire immense savant prix Nobel de biologie c'est pas ah bon sang ça m'échappe merci Monod en co-écrit avec Francis Jacob à l'époque ils avaient eu le prix Nobel à eux deux le titre c'était le hasard et la nécessité c'est une dichotomie classique depuis l'antiquité en philosophie est-ce que les choses se produisent selon une nécessité n'est-ce pas soit matérialiste les atomes de démocrite soit le fatum ordonné par les dieux n'est-ce pas la vengeance des dieux bref une nécessité dans les deux cas ou alors est-ce que c'est en errant au hasard vous voyez on est en train de faire des distinguos ça ne veut pas dire une chose le hasard mais des choses différentes voire contradictoires j'y arrive
1:10:09 pour l'instant dans le cas le plus courant de celui que nous employons je suis tombé par hasard sur ça veut dire je ne voulais pas ce jour-là je n'avais pas comme intention de rencontrer Romain je ne pensais même pas qu'il était à Paris vous voyez à la limite donc là hasard est bienvenu ça veut dire il y a ma nécessité il y a la sienne et au croisement de deux nécessités il y a un hasard qui les fait se télescoper hasard faisons le bilan de ce qu'on vient de dire veut dire ici absence d'une fin ce que vous disiez tout à l'heure après méditation aucun des deux n'avait pour finalité la rencontre par contre lorsqu'on se demande si l'émission d'énergie dans les atomes se fait selon une loi rigoureuse et prévisible et déterminable ou bien au hasard là le mot change ça ne veut pas seulement dire qu'il n'y a pas de fin mais qu'il n'y a pas de loi ce qui est très différent on fait comme si il n'y avait plus de loi vous voyez la grande différence qu'il y a entre la finalité qui ne veut pas du tout dire
Mécanique quantique, prévisibilité et prestige de la science
1:11:19 qu'il n'y a pas de loi il y a des lois je suis allé à la Bastille retenir mon billet j'ai pris le métro il y a des tas de nécessités de contraintes matérielles que je respecte et qui continuent à s'exercer tout au long de mon parcours comme dans le parcours de Romain tandis que le second sens qui est beaucoup plus radical encore le hasard ne veut pas dire seulement négation d'une privation oui pardon excusez-moi privation d'une fin mais négation d'une loi c'est-à-dire qu'on affirme qu'il y a le hasard au cœur de l'être ce qui est très différent alors je ne veux pas faire de l'épistémologie ici surtout que j'ai affaire des scientifiques très purs alors je ne veux pas ce qu'on fait de ridicule mais je plaisante parce que l'épistémologie n'est pas la science une réflexion sur la science mais encore faut-il que ce soit une réflexion sur la science et non pas sur ce qu'on a entendu soi-disant être scientifique je dis ça parce qu'on entend souvent dire grâce à la théorie des quantas le hasard a surgi dans l'être on le lit ça vous avez dû le lire comme moi ça ça arrive on le lit non pas chez les grands physiciens mais chez ceux
1:12:29 qui parlent à leur place c'est l'idéologie alors que quand vous regardez de près je parle sous votre censure vigilante je l'espère non seulement le déterminisme n'a pas été contredit par la mécanique quantique mais au contraire il a été étendu en des sphères insoupçonnées je veux dire que la mesure la détermination et la prévisibilité quantique est autrement plus fine que toutes celles qui l'ont précédé y compris la mécanique newtonienne je le rappelle au hasard il peut rester des marges d'indétermination et même Heisenberg d'incertitude n'est-ce pas c'est comme ça qu'on dit non ?
1:13:10 les relations d'incertitude tu n'as pas l'assure ? ça dépend des gens ça dépend des traductions c'est ça ? un jour bon et vous savez que pour Heisenberg on ne peut pas déterminer à la fois la position et la vitesse d'une particule c'est pas pour Heisenberg c'est une loi la relation d'incertitude ou bien on arrive à déterminer la vitesse mais on se condamne à ne pas savoir sa position avec exactitude ou bien on détermine sa position et on modifie sa vitesse et ainsi de suite bref bon mais ça ne veut pas dire que le hasard a triomphé non il a reculé encore avec la théorie des quanta voilà donc je tenais à bien distinguer ces deux sortes de hasard il y a un qui n'est pas incompatible du tout avec la nécessité mais qui surgit lorsque deux nécessités se rencontrent deux nécessités n'allant pas dans la même direction c'est mon exemple de rencontre avec Romain tout à l'heure voilà alors ce sont des choses importantes parce que d'où vient le prestige de la science le prestige qu'avait la science
1:14:20 à une époque en tout cas dans nos sociétés et qui l'a encore pour une bonne part ça varie selon les époques quand Galilée est en train de fonder la physique c'était très mal payé un mathématicien ou un physicien ce qui était le mieux payé c'était un théologien ou un avocat un juriste ça dépend des valeurs de chaque société à chaque époque c'est très important de savoir ça la science n'avait pas encore son prestige c'était la théologie et même la philosophie n'existait que comme ancilla theologiae n'est-ce pas servante de la théologie comme on disait à l'époque voilà il se trouve que lorsque grâce au détour théorique des sciences la technologie qui s'appuie sur ces détours théoriques a produit des effets spectaculaires sur les foules surtout à partir de fin du 18ème 19ème siècle bien sûr c'est à ce moment là que la science a un énorme prestige et surtout avec l'efficacité de sa prévisibilité c'est un vieux c'est une des plus vieilles finalités humaines que d'essayer par rapport à un danger
1:15:31 de le circonscrire au maximum que ce soit la maladie le danger que ce soit l'accident en voiture on ne peut jamais éviter tout à fait l'accident par définition l'accident c'est le triomphe du contingent du non nécessaire justement n'est-ce pas l'accident a un sens logique aussi n'est-ce pas et la dent du hasard comme disait Parménide la dent du hasard qui vient mordre sur tous nos efforts pour essayer de le circonscrire ce qui est d'autant meilleure raison pour le circonscrire au maximum n'est-ce pas donc depuis la nuit des temps depuis l'homme la ruse et l'intelligence humaine est consacrée que ce soit à l'agriculture à essayer de prévoir et pour ça pour que la nature se laisse prévoir pour que l'être si vous préférez ce qui est donné se laisse prévoir pour ça s'il se laisse prévoir c'est qu'il est soumis à des lois c'est ça qu'on appelle le déterminisme c'est des rappels que je fais au passage un des premiers triomphes ça a été Thalès dans l'antiquité lorsqu'il a commencé à pouvoir prédire les éclipses avec ses calculs les éclipses de soleil en particulier au point que
1:16:42 l'histoire on n'a pas des textes en direct c'est un mélange d'anecdotes mais si elles parviennent jusqu'à nous de 1500 ans après c'est qu'un fond de vérité il paraît qu'ils se baladaient un jour au pied des pyramides en Egypte et que les égyptiens un peu agacer par le prestige de ce grec lui disent dis donc toi l'égyptien le grec est si fort mesure un peu la grande pyramide ça veut dire par 60 degrés à l'ombre tu parles d'une dimension verticale moi je m'arrêterai avant la moitié et Thalès a répondu l'ombre de Thalès mesure la pyramide qu'est-ce que je vais me fatiguer un peu là-haut mesurer mon ombre et mesurer moi et ils avaient même un rapport avec l'ombre de la pyramide en bas il avait trouvé les homothéties les similitudes on dit en mathématiques les triangles semblables voilà mais le plus fort c'est que ça marche c'est extraordinaire comme disait la nature dans 3 ans 24 heures et 12 minutes il y aura une éclipse et qu'en fait l'obé le petit ton les magiciens et les sorciers ils ne faisaient pas ça ils ont pris un coup là les sorciers surtout que Thalès n'était qu'un début un embryon après ça a fait des progrès
Ermenonville et les illuminés : du roman personnel à l'intérêt collectif
1:17:52 surtout à partir de la physique galiléenne c'est des rappels importants à faire parce qu'il y a les enjeux derrière ces problématiques hasard le monde était-il gouverné par le hasard ou non s'il n'était pas gouverné par une certaine nécessité rien ne serait prévisible le monde serait-ce que Kant appelait une rhapsodie sans suite avec ceci du XVIIe siècle qui est bien à lui n'est-ce pas une rhapsodie sans suite donc qu'est-ce qui se télescope dans le texte d'Angélique que nous avons vu pas seulement une nécessité mais deux nécessités je résume un peu ce qu'on avait vu la dernière fois mais cette fois je le creuse on n'avait pas eu le temps il y a une nécessité individuelle c'est son roman personnel je ne m'y attarde pas trop et lui non plus c'est pour ça que j'ai tenu à vous lire à vous restituer la digression qu'il a censurée lui-même dans la rédaction d'Angélique la partie sur la noyade son roman personnel qui fait penser à son rapport à son complexe maternel comme on dirait en psychologie dite des profondeurs il le laisse de côté pour ne pas se laisser distraire de la dimension horizontale
1:19:02 qui va l'amener à quoi ? mais regardez regardez le chapitre qui suit enfin je vais vous dire exactement voilà essayez de vous reporter à la page 123 on a progressé un peu depuis que qu'on est parti de Senlis et on arrive alors il parle de Châalis c'est pas marqué sur la carte c'est tout petit mais c'est quoi 3 km nord d'Ermenonville je vous le dis il n'y a qu'une abbaye il n'y a même pas d'agglomération il y a une abbaye un château où Henri IV a abrité ses amours avec Gabrielle je précise non pas pour faire plaisir à Closer mais parce que ça va avoir une importance dans la suite en quittant Châalis il y a encore on est presque arrivé à Ermenonville il y a encore à traverser quelques bouquets de bois puis nous entrons dans le désert c'est la mer de Sable dont je vous parlais tout à l'heure il y a assez de désert pour que du centre on ne voit point d'autre horizon pas assez pour qu'en une demi-heure de marche on arrive au paysage
1:20:12 le plus calme le plus charmant du monde tiens on rappelle quelque chose ça s'appelle une hyperbole le paysage le plus charmant du monde il y en a des milliers de paysages le plus charmant du monde mais ça fait deux fois qu'il reprend cette expression la première fois rappelez-vous c'est quand pour la première fois il nous enjoignait de quitter Paris je vous rappelle ce passage où il nous séduit après avoir dit voilà les Bucquoy sont apparentés au Longueval on va aller à Compiègne et pour nous persuader qu'il faut y aller et que ce n'est pas une corvée la vieille France provinciale est à peine connue de ces côtés surtout qui font pourtant partie des environs immédiats de Paris au point où l'île de France le Valois et la Picardie se rencontrent on avait parlé des limites et des frontières divisé par l'Oise et l'Aisne ses rivières aux cours si lents et si paisibles en été virgule il est permis de rêver les plus belles bergeries du monde et je vous avais dit c'est là qu'il veut aller c'est pas un lieu précis c'est là où il y a une limite au point où l'île de France Picardie et le Valois se rencontrent ce n'est ni en Valois ni en Picardie ni en Ile-de-France mais là où elles se rencontrent
1:21:22 et bien là l'expression revient au moment où on arrive à la tombe de Rousseau regardez bien enfin Ermenonville j'y arrive regardez bien on arrive au paysage le plus calme le plus charmant du monde une nature suisse on est maintenant à faire les Alpes Suisses en pleine Ile-de-France au milieu du bois par suite de l'idée qu'a eue René de Girardin c'était le maître des lieux c'est celui qui a invité Rousseau j'allais dire à venir mourir chez lui Rousseau est resté 6 semaines il est mort au bout de 6 semaines enchanté par le séjour qu'il avait eu trop court à Ermenonville René Girardin y transplantait l'image du pays dont sa famille était originaire il était originaire de Suisse M. de Girardin et là vous avez cette notation quelques années avant la révolution le château d'Ermenonville était le rendez-vous des illuminés qui préparaient silencieusement l'avenir et tout d'un coup Nerval rattache sa complaisance vers le monde initiatique et l'illuminisme à la préparation de la révolution française c'est avéré historiquement qu'il y a un lien entre les idées révolutionnaires n'est-ce pas et l'illuminisme vous savez que Mozart était maçon à l'époque c'était pas du tout la maçonnerie d'aujourd'hui c'était pas de la cooptation entre copains c'était sortir de la misère et avoir une solidarité encore à l'époque
1:22:32 toute l'intelligence européenne Goethe Beethoven après tout tout le monde était maçon voilà donc très rapidement je fais quand même juste ce paragraphe vous allez voir qu'il y a des noms que certains vous sont familiers dans les soupers célèbres d'Ermenonville donc il y avait des soupers dans le château avant la Révolution on a vu successivement c'est une successeur des illuminés les plus célèbres le comte de Saint-Germain Mesmer c'est lui qui a presque inventé le magnétisme Cagliostro développant dans des causeries inspirées des idées et des paradoxes dont l'école dite de Genève héritait plus tard je crois bien que monsieur de Robespierre ça se corse notre affaire le fils du fondateur de la loge écossaise d'Arras vous savez que Robespierre était d'Arras tout jeune encore peut-être encore plus tard c'est l'encours Saint-Martin Dupont de Nemours et Cazotte vint exposer soit dans ce château soit dans celui de Le Peletier de Mortefontaine à 3 km de là exposer quoi ?
1:23:36 des idées bizarres qui se proposaient les réformes d'une société vieillie laquelle dans ses modes même les modes au sens glamour avec cette poudre qui donnait au plus jeune front un faux air de vieillesse indiquait la nécessité d'une complète transformation on dit tout mon agent on n'est plus dans le roman personnel là on n'est plus dans le roman personnel et voilà je ne voudrais pas continuer parce que j'ai calculé que nous avons encore 4 séances d'ici juin à la fin de ce cycle et je ne voudrais pas déflorer ce qui nous attend c'est à dire la manière dont le temps va se gâter où le sol ne va plus porter les pieds de Nerval je vous l'ai dit d'avance mais dès qu'on va quitter Ermenonville dès qu'on va s'éloigner de la tombe de Rousseau il va se plaindre des chardons n'est-ce pas à demi gelés mais encore vivaces pour le citer qui nous atteignait la poitrine et qui retardait notre marche oui je suis très sérieux mais je crois que vous avez bien compris qu'il n'y a pas une once de hasard à la virgule près dans ce texte mais je ne voudrais pas non plus on a entamé la demi-heure des questions vous voulez la parole ça peut être sur le hasard
Rationalité scientifique et rationalité littéraire
1:24:46 la nécessité sur la scène de l'arrestation par les policiers dans le café de Senlis c'est comme vous voulez oui Jean c'est au sujet de la rationalité on parle beaucoup de hasard donc tu as bien démontré qu'il y avait effectivement dans le processus à mesure qu'on avance dans l'oeuvre à l'insu de l'écrivain enfin de Nerval du hasard donc qui est mis de côté par une sorte de rationalité alors ma question elle porte là-dessus est-ce qu'il y a selon toi une différence entre la rationalité scientifique dont tu parlais tout à l'heure et cette forme de rationalité poétique ici enfin poétique littéraire la question est d'autant meilleure vous savez que les répondeurs aiment toujours dire que la question est bonne mais la preuve c'est que c'est celle que m'a posé Tristan tout le cours d'aujourd'hui
1:25:58 ne fait que développer je présume que Tristan tu comprends ce que je veux dire Tristan m'a envoyé un mail en s'excusant de l'envoyer un peu au dernier moment mais non c'est très bien en disant est-ce qu'on ne pourrait pas revenir sur cette histoire de science de la nature science humaine science sociale c'est bien ça je ne trahis pas ta question d'après Kant il y a un abîme infranchissable entre les deux et tu me poses la même question est-ce que c'est la même il y a deux questions il y a le rationnel contre l'irrationnel est-ce que c'est le chaos le hasard total avec absence de loi absence de rationalité rien n'est prévisible rien n'est déterminable et donc pas de science possible non plus et puis s'il y a une rationalité est-elle celle des sciences dites dures aujourd'hui des sciences de la nature et je préfère appeler moi des sciences que quelqu'un t'intéresse à la manière dont je parle normative pardon normative non non non parce qu'on peut dire que la morale est encore plus normative ou l'esthétique tu vois que historique pardon historique
1:27:08 non non non je ne parle pas justement du côté humain en parlant de la physique de la chimie de la biologie ou des mathématiques à part les mathématiques peut-être oui non des sciences de quoi de la matière bien c'est pas incompatible au contraire la matière c'est ce qui est plus déterminé oui des sciences de la matière et là je reprends parce qu'il y en a qui sont un peu dans la confusion la science de la matière science de la nature qu'est-ce que c'est pourquoi on ergote là dites donc allez montons au quatrième étage avec mes deux pots vous connaissez mon histoire de deux pots et bien vas-y raconte plus fort le pot de fleurs naturelles oui et à côté le pot de fleurs artificielles dites donc voilà les auditeurs ça fait plaisir je peux mourir oui pardon non je ne continue pas des fleurs en plastique oui c'est ça on lâche du haut d'une fenêtre oui quatrième étage au moins pour que ce soit sérieux et qui vont tomber à la même vitesse et qui vont atterrir en bas à la même vitesse je ne sais pas mais en tout cas elles vont tomber selon la même loi la bonne vieille loi de Galilée Newton la chute des corps l'attraction universelle donc ce n'est pas une loi de la nature seulement sinon il n'y aurait que
1:28:18 le pot de fleurs naturelles et encore le pot lui n'est pas naturel allez on les arrache du pot on jette les fleurs naturelles en plastique comme ça et les fleurs artificielles et les fleurs naturelles elles tombent tous selon la même loi donc ce sont des lois qui s'appliquent aussi bien à la matière naturelle les roses de mon jardin qu'aux fleurs en plastique qu'au monde artificiel et non naturel ce sont donc bien des lois de la matière si on veut parler rigoureusement on n'est pas obligé de parler rigoureusement si vous me dites la loi de la chute des corps tu vois la nature je ne vais pas vous dire qu'est-ce que ces âneries non ce n'est pas une ânerie mais ça peut être un piège lorsque on développe d'autres problématiques la matière est une notion allez soyons maintenant dans la logique qui embrasse tout ça je parle de la discipline la logique qui est commune à la philosophie et aux sciences la notion de matière est plus extensive que celle de nature tout simplement donc vous prenez un grand ensemble global qui est la matière dans laquelle vous faites ce qu'on appelle une partition chez les ensemblistes et dans en deux grands sous-ensembles il y a une matière dans laquelle l'homme n'est pour rien c'est pas l'homme qui est à l'origine du Big Bang c'est pas l'homme
1:29:28 qui fait que j'aurai faim demain c'est pas l'homme qui l'a décidé ça ça vient de la nature et puis il y a des choses comme je dois respecter le feu rouge au hasard et puis je dois rester monogame ou je dois être polygame ça dépend je me rappelle parce que j'avais un domestique quand j'étais gamin à qui j'engueulais parce qu'un bon petit raciste de petit blanc quand on est enfant on est impitoyeux je lui disais c'est pas bien vous avez plusieurs femmes c'est quoi ça et il me disait c'est parce que c'est pas bien que les femmes fassent le trottoir si on laisse les femmes célibataires elles vont faire le trottoir c'était l'argument qu'il donnait pour la polygamie c'était mignon bon voilà je dois dire que les morales peuvent être comme disait Pascal vérité en deçà des Pyrénées erreur au delà voilà donc je vais commencer à répondre à ta question enfin à la question commune à Tristan à toi je ne vais pas être les deux les seuls à la poser ici c'est le gros enjeu est-ce que ce sont les mêmes législations moi je réponds très clairement non non pas parce qu'elles sont seulement différentes mais parce que je suis d'autant plus sûr qu'elles ne sont pas les mêmes qu'elles sont inverses c'est-à-dire qu'elles sont incompatibles je veux dire par là que la loi et je reprends mon exemple de la faim qui me commande de manger quand j'ai faim
Loi naturelle et règle sociale
1:30:38 vient être prise à contre-pied par la courtoisie autre législation qui me fait dire madame je vous en prie c'est vrai que vous d'abord j'ai été élevé comme ça ce serait un jeu impersonnel j'espère que vous faites pareil quand même vous n'êtes pas des bandes de bûches encore que j'ai eu des morphales tout à l'heure voilà il y a des tas de sanctions vous savez Durkheim celui qui a fondé la sociologie donc là je réponds de nouveau à vos deux questions qui est à l'origine des sciences sociales pratiquement chronologiquement enfin avec Auguste Comte le premier à faire de manière méthodologique Durkheim disait que ce qui est commun à toutes les lois proprement sociales c'est-à-dire venant de la société et non pas de la nature c'est qu'elles sont coercitives d'une manière sévère ou d'une manière légère le rire le ridicule qui vient comme ça pénaliser un propos ridicule précisément est une manière de coercition légère vous voyez ce que je viens pour montrer quelqu'un qui n'est pas dans le coup qui n'est pas dans le groupe qui n'a pas le code de la société où il se trouve que ce soit une équipe de foot ou que ce soit une bande de
1:31:49 je ne sais pas pourquoi je suis dans le sport de volleyeurs sur la plage voilà donc pourquoi j'insiste sur cette énoncée de Durkheim qu'il y a un point commun à toutes les lois humaines c'est qu'elles ont un côté coercitif parce qu'aucune loi humaine ne prescrit de retirer sa main quand on la laisse sur le gaz allumé vous êtes d'accord pourquoi ? pourquoi ce n'est pas la peine ?
1:32:22 parce qu'on la retire vite ah ben oui ce qui prouve bien que la loi naturelle elle n'a pas besoin d'être prescrite on n'a pas besoin de faire la législation demain il faut que tu aies faim non le propre de la loi naturelle c'est qu'elle se passe de toute institution nouvelle dichotomie l'institution n'est pas l'instinct elle en prend le contre-pied l'instinct sexuel est là pour reproduire l'espèce au maximum la faire durer le plus longtemps possible avec le plus grand nombre d'individus possible pour toutes les espèces animales depuis les bactéries jusqu'au alors que la loi dit tu auras une seule femme selon les époques les lieux je veux dire ils disent donc ça ne va pas avec la reproduction indéfinie de l'espèce ça la restreint plutôt à la limite ça la codifie ça ne vous a l'air de rien parce que vous vous êtes à Paris vous pouvez draguer tous les azimuts mais dans une société comme au fond de l'Amazonie non je suis sérieux où je présume qu'il y a 100 habitants allez qui vit là il y a 100 habitants allez 50 hommes 50 femmes 53 femmes 47 hommes statistiquement d'accord j'élimine les filles impubères le 4ème âge
1:33:33 les femmes qui sont déjà mariées ma mère ma soeur toute la prohibition il ne reste pas grand choix non mais c'est sérieux vous vous en foutez mais c'est un drame pendant que je vous parle là il y a des papous qui sont en train de faire la guerre au village voisin pour faucher deux femmes ça fait des fois un mort et demi avec des flèches ça ne va pas faire pas des millions de morts ce n'est pas les guerres pour le pétrole je ne fais pas la morale mais quand même je veux dire l'histoire romaine commence par l'enlèvement des sabines le rapte des sabines les sabines ils étaient quoi à 15 km de Rome c'était des petites luttes de village à l'époque pas loin c'est ça c'est important ce qu'on est en train de dire pourquoi ça parce que tu as une loi qui n'a rien à voir avec la nature qui dit tu prends toutes les femmes que tu veux sauf ta mère ta soeur après ça varie un peu sur la société si la cousine germaine à tel degré après ça mais il y a des règles il y a des lois dans la nature la chute des corps ou la chaleur qui dilate les corps la loi de la conservation de l'énergie des lois ça veut dire valable partout et toujours même dans des galaxies où on n'arrivera jamais on sait qu'elles s'exercent c'est fort ça
1:34:43 la chaleur dilate les corps actuellement dans l'étoile Bételgeuse pardon tu me combles c'est pour ça je suis en train d'introduire la loi différente de la règle voilà c'est descriptif et l'autre c'est le prescriptif voilà c'est pas moi c'est Lévi-Strauss qui propose la règle pour les choses humaines c'est un peu moins fort que la loi et la loi parce qu'il n'y a pas d'exception la règle de l'inceste par exemple de la prohibition de l'inceste bien sûr oui alors là il ne faut pas retomber dans le jeu de mots bien sûr voilà oui Grégorio c'est aussi chez saint Augustin c'est chez saint Augustin dans la différence entre la loi éternelle qui est la loi de Dieu et la loi de la nature c'est celle que attends la loi la loi de la nature en tant que la loi qu'on doit suivre comme comme animaux qui font partie d'une communauté genre ça dépend de la perspective avec laquelle on s'attaque à la loi si on voit la loi comme quelque chose
1:35:53 de prescrit quelque chose qui dépend de Dieu et qui est immuable ou quelque chose qui dépend du comportement et bien moi je le vois comme ça et bien vous venez entre Anne et toi vous confirmez qu'il faut employer des mots différents c'est donc je suis parfaitement d'accord avec toi quand on est dans l'examen dans la vie courante c'est pour ça que ce que tu dis j'adore ce que tu dis sur le fait qu'on revient à deux plans différents avec Nerval l'horizontalité et la verticalité je pense que ça vient confirmer et confirmer ta théorie je le dois à lui c'est tellement manifeste dans le texte et plus on lit le texte plus c'est vrai mais je reviens dans la vision à Saint-Augustin de toute manière générale la généalogie de cette problématique vous la trouvez dans l'histoire des systèmes philosophiques ne sont pas revenus dès le Gorgias de Platon lorsque Calliclès surgit qu'est-ce qu'il dit ?
1:36:50 Calliclès c'est le petit nazillon si vous vous rappelez bien celui qui dit que c'est la force qui doit commander dans les cités et justement lui il dit il y a deux législations il y a celle de la nature et celle de la loi la nature veut que le fort commande au faible et que celui qui a plus doit l'emporter sur celui qui a moins qui a qui est propriété quand on voit le texte c'est très clair même que Socrate se moque de lui en disant donc il faudrait que le plus fort ait 40 chapeaux sur la tête on les a en avoir deux bon il va y avoir beaucoup de gants et Calliclès oppose très bien la loi pour lui la loi alors c'est l'inverse de ce qu'on est en train de dire parce qu'il n'est pas dans le monde scientifique et dans le monde pré-galiléen pour lui la loi c'est typique du monde des hommes la loi c'est ce qu'on nous interdit à nous individus d'exception il est pré-nietzschéen si vous regardez bien à nous individus d'exception la loi nous brime nous brime nos instincts donc mais la loi est faite pour le troupeau pour les moutons pour les âmes faibles après ce sont des choses qui vous ont fait plaisir oui Pierre je suis libre
Désir et liberté : Kant et Rousseau
1:38:00 un peu plus fort en nous il y aurait une part d'animalité le besoin le désir et finalement la liberté ce serait la capacité de domestiquer tout ça pour obéir plutôt à la règle à la volonté mais du coup si on peut est-ce que ça veut dire qu'on est libre qu'à partir du moment on fait ce qui ne nous plaît pas pour prendre une fois quelque chose que tu nous avais dit quelle avalanche des bonnes questions est-ce qu'il n'y a pas quelque chose d'un petit peu paradoxal non mais c'est tu as très bien dit je suis libre quand je fais ce qui ne me plaît pas est-ce qu'il n'y a pas une médiation à penser finalement entre le désir et la liberté c'est-à-dire à un moment donné on peut être libre en faisant ce qui nous plaît à condition qu'il y ait une médiation entre le moment du désir et le moment d'obtention de l'objet du désir oui j'entends la voix de Kant à travers ce que tu dis parce que souvent on dit que la morale de Kant c'est ça Kant il pousse le bouchon un peu loin pour Kant on est libre quand on fait ce qui ne nous plaît pas en gros Kant va jusqu'à dire lorsqu'il définit l'impératif catégorique par rapport à l'impératif hypothétique Kant c'est un grand démocrate il parle précisément il vous met dans le cou il définit bien les notions je dis ça parce que vous croyez que c'est abstrait ces notions-là ça a l'avantage d'être clair par exemple un commerçant rend la monnaie alors vous dites
1:39:10 sans tricher il vous rend la monnaie qui vous est due alors vous dites lui au moins il est honnête Kant il dit pas nécessairement pas d'un point de vue strictement moral il l'est objectivement mais peut-être qu'il fait ça pour vous revenir le lendemain et non pas par respect pour la loi morale autrement dit c'est pas au nom d'un impératif catégorique qui fait ça mais d'un impératif hypothétique si je veux avoir des clients il faut que je rende la monnaie juste il distingue aucunien comme tu dis il est sévère il vient d'un pays protestant si j'ai un plaisir c'est que je ne suis pas libre ceux qui ont fondé la France ce sont des francs francs ça veut dire libre frei ça veut dire on peut égorger comme on veut c'est ça l'origine attention à cette liberté là oui pardon je n'ai pas fini de répondre mais vas-y parce que la question c'était la question initiale de Tristan si j'ai bien compris c'était est-ce que la rationalité c'est la même donc effectivement il y a la loi d'un côté et de la règle de l'autre donc c'est qui effectivement exerce l'organisation sur le même territoire je crois que tu as l'étoile oui
1:40:20 et donc dans les deux cas avant qu'on qu'on s'émancipe de l'une ou l'autre de ces législations on n'en a pas conscience on l'a subie et la rationalité c'est ce qui permet de dire de donner de dire la règle ou la loi et donc éventuellement de pouvoir dire l'inverse et de et ensuite de d'opposer une autre législation à cette législation qu'on aurait pu dire grâce à cette rationalité mais donc c'est cette la question il me semble c'était est-ce que c'est la la rationalité qui est la même est-ce que effectivement il y a deux législations j'ai bien compris est-ce que c'est la même qui est à l'oeuvre dans les lois de la nature et dans les règles de la société je n'ai pas perdu le fil est-ce que c'est au nom de la même rationalité est-ce que l'une est la spécialisation de l'autre ou est-ce qu'il y a comme dirait Kant abîme infranchissable et coupure entre les deux il me semble que c'est peut-être fait ça que la question c'était est-ce que la méthode qui permet de rendre compte de ces lois que l'on subit
1:41:30 et donc éventuellement de s'en émanciper est-ce que la méthode elle est la même pour ces lois de la nature et pour les lois humaines si c'est pas la même rationalité ça peut pas être la même méthode donc je finis ça répond à vos deux questions en même temps je finis la réponse à Pierre Pierre avait commencé par dire c'est comme si il y avait en nous deux législations c'est bien ce que tu as commencé à dire c'est exactement ce que dit Kant il y a en chacun de nous un moi empirique et un je transcendantal c'est précis quand même à l'époque où le brave Hyppolite le traducteur de Hegel était caïman comme on dit quand il était le directeur de l'école normale supérieure il aimait pas ça mais il a dû s'occuper d'un étudiant qui avait fait la fête un peu tard qui a fait du tapage nocturne alors il l'a convoqué dans son bureau c'est comme il devait le faire c'est parti et l'étudiant lui a dit cela fait fondre le brave Hippolyte monsieur le directeur j'ai eu un problème avec mon moi empirique voilà vous savez bien ce que ça veut dire je n'ai jamais dit le contraire j'ai dit tout à l'heure que je suis homme en tant qu'homme j'ai faim il m'arrive d'avoir faim en tout cas je ne peux pas vivre sans manger c'est pas seulement que je dois manger pour vivre comme si c'est moi qui décidais non non je ne peux pas vivre sans manger
1:42:41 et là ça ce n'est redevable imputable à aucune action proprement humaine à aucune initiative proprement humaine au contraire il n'y a rien de plus naturel que cette nécessité là d'accord ce qui fait dire à Rousseau l'impulsion du seul appétit puisqu'on parle de manger même si Rousseau veut dire par appétit l'instinct en général est esclavage l'impulsion il n'a pas dit que quand on mange parce qu'on a faim je veux dire on n'est pas libre et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté et là j'insiste douze fois je fais une douze fois le S' qui est le mot le plus important de la phrase pourvu que ce soit la loi qu'on s'est prescrite voilà c'est ça qui est important mais je ne veux pas aller comme Kant jusqu'à dire je suis libre que lorsque je fais ce qui ne me plaît pas je peux très bien avoir des plaisirs qui ne sont absolument pas incompatibles avec ma liberté je dirais même que ce sont peut-être les plus intéressants mais je ne voudrais pas couper la parole aux questions Dominique je me pose la question de la rationalité parce que c'est simplement qu'on est toujours prisonnier de son temps
Connaître les lois pour s'en libérer
1:43:54 que ce soit sur la loi morale ou la loi la loi du moi ou que ce soit la loi scientifique elle a extraordinairement évolué et même la rationalité qui permet effectivement de découvrir des lois scientifiques a aussi évolué sans compter qu'il y a des interactions entre les deux et des confusions de pollution entre les deux donc la notion même de rationalité elle n'est pas très très simple à identifier mais ce qui nous sommes là pour en parler c'est que rien tout ça n'est simple on est bien d'accord on est là pour rompre avec le simple il n'y a que dans le langage de tous les jours que c'est simple quand on ne fait pas attention dès qu'on creuse un peu ce n'est pas simple bien sûr mais attention je fais juste un correctif à ce que tu viens de dire tu dis la science elle évolue oui mais dans un sens très déterminé toujours dans le même sens c'est à dire que Einstein est plus extensif que Newton Newton plus extensif que Galilée et Galilée autrement plus extensif qu'Aristote
1:45:04 donc ça va toujours dans le même sens donc elle ne change pas la science à ce niveau là elle ne change pas de sens c'est pollué quand même par la vision Newton avait une vision polluée oui je ne comprends pas ton mot là c'est à dire que la représentation de la rationalité du monde n'était pas strictement scientifique elle est toujours à un moment donné oui mais plus ou moins celle de Newton est plus limitée que celle d'Einstein et celle de Newton est autrement plus étendue que celle de Galilée c'est à dire que Galilée voyait uniquement dans la chute et Newton a vu que c'était le cas de tous les corps de l'univers ce qui est une extension considérable excuse moi je termine juste la loi Y égale 1 demi de MV2 c'est pas seulement 1 demi de GT2 G la Terre ce n'est qu'un cas particulier d'une loi beaucoup plus universelle donc il est limité par rapport à l'aval pas par rapport à l'amont Newton donc il y a un sens et nous savons bien que ce qu'il appelle polluer à très juste titre ce qui pollue
1:46:14 c'est les préjugés de chaque époque le moi non pas le moi qui sont collectifs oui oui parce que l'éther ah oui c'est pas pareil parce que l'éther il n'y a pas que lui qui croyait que l'éther est une chose substantielle spatiale et objective Newton tous les gens de son époque croyait vraiment qu'il y avait un espace réel et objectif autour de nous je veux dire par rapport auquel la loi de composition des vitesses s'exerçait oui je vois deux doigts oui je donne la priorité à Wilfried parce qu'il n'est pas encore intervenu non j'avais juste une question parce que dans la toujours cette espèce de dialectique d'opposition entre ce qui serait déterminé et sur lequel on n'aurait pas d'action pas le pouvoir d'agir et la liberté ça me semble un peu donc le premier relié aux lois au sens des lois de la matière etc je m'excuse je t'interromps j'ai jamais dit que parce que c'est déterminé on ne peut pas intervenir c'est même le contraire d'accord ok quand je connais
1:47:25 les lois qui produisent les caries dentaires je peux agir dessus je quitte la magie et la superstition depuis que je sais quels sont les mécanismes les lois et en effet miroir de l'autre côté sur les lois sociales on a aussi une forme de détermination puisque quand on dit les lois qu'on s'est données on ne se les donne pas on les subit on arrive dans un monde qui a ses lois ses règles et elles s'imposent à nous et il faut justement un travail de connaissance bien sûr mais il est impossible de déroger aux lois de la matière naturelle il faut manger pour vivre par exemple alors qu'il est parfaitement possible de déroger aux lois que nous sommes soumis dans la société c'est ce qui fait dire à Rousseau et le grand virage il est là tout ce que les hommes ont fait les hommes peuvent le défaire il n'y a de caractère ineffaçable que ce qu'imprime la nature et la nature ne fait ni riche ni prince ni grand seigneur c'est pas une loi de la matière ça qu'il y ait des riches des princes et des grands seigneurs on peut arriver je suis très mauvais scientifique mais on peut arriver dans certaines conditions même à corriger moi si je dis mais à remettre en cause
1:48:35 enfin en tout cas à supprimer la pesanteur ou à la réduire donc il peut y avoir je sais pas on peut arriver scientifiquement en tout cas on peut lutter contre par exemple quand tu décolles avec une fusée qui nous libère de l'attraction terrestre tu as vaincu l'attraction terrestre oui mais ça ne supprime pas la loi elle s'exerce toujours bien sûr et ce moyen là j'insiste uniquement là-dessus passe par la connaissance le détour théorique cette fois des lois en l'occurrence ici de la gravitation c'est à dire que pour se libérer du déterminisme naturel il faut commencer par le connaître et donc l'histoire de la mathématique puis de cette mathématique appliquée qu'est la physique et ainsi de suite en étant dans la physique ses sous-disciplines que ce soit la chimie la biologie et j'en passe je veux dire on étend le champ de la liberté c'est ce qui faisait dire à Engels qu'on fait reculer l'empire de la nécessité pour étendre le royaume de la liberté vous remarquerez la précision du vocabulaire le royaume n'est pas l'empire on est en train
1:49:47 de me faire signe que qu'il est 9h02 c'est ça tu es en train de poser une question moi je n'interromps pas la question à une femme je suis français je suis vieux jeu mais on se libère de la contrainte qu'elles exerçaient sur nos finalités si une rage de dents me gâche le paysage je peux m'en libérer on va voir le dentiste lequel peut me les guérir parce qu'il connait les lois il sait que ton Nutella ce n'est pas bon pour tes dents je fais exprès d'être dans l'actualité cette nécessité de connaître les lois auxquelles on est c'est vrai pour les lois de la nature et pour les règles qui s'imposent c'est ce qu'on va développer la prochaine fois pour l'instant les règles sociales même si on ne les respecte pas elles existent quand même oui tout à fait tout à fait mais enfin si tu veux t'en débarrasser il faut connaître les mécanismes par lesquels elles s'exercent voilà c'est pour ça que Marx
1:50:57 il ne fait pas la morale il ne dit pas le capitalisme c'est méchant c'est pas bien il faut changer il ne dit pas ça il regarde comment il fonctionne si on ne sait pas comment il fonctionne ce n'est pas la peine de vouloir s'en débarrasser surtout quand il fait tout pour s'en débarrasser tout seul comme ça se passe en ce moment sur les bourses non je c'est un peu trop récent à la porte