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Le bon usage du par cœur et la phrase de Descartes
1:32 L'ouïe est plus inclusive que la vue, si vous regardez bien, en disant « Bonsoir, chers amis, il y en a pour les deux sexes ou les deux genres, comme on voudra ». J'espère que notre séance de ce soir sera moins chaotique et moins soumise aux intermittences de Facebook, car nous n'y étions vraiment pour rien cette fois-ci, que la dernière fois. Apparemment, il semble que, d'après ce que nous dit Philippe, il semble que la liaison Facebook soit plutôt bonne ce soir.
2:04 Donc, je reprends notre exploration. On essaie de faire en sorte qu'elle soit le plus philosophique possible de ces deux notions contradictoires, complémentaires et inséparables, comme nous le voyons de plus en plus, de la mémoire et de l'anamnèse, de l'anamnèse, et de l'amnésie, cela alterne.
2:43 Et avec des textes, alors, comme ça fait plusieurs fois que je ne remplis pas mon contrat, c'est-à-dire qu'on vous envoie une série de textes dont nous espérons que vous vous en imprégnez avant la séance, ce serait quand même l'idéal, pour faire disparaître certaines difficultés ou obscurités de première lecture. et de telle sorte qu'après l'analyse ou le commentaire soient plus clair.
3:20 J'en profite pour faire un petit rappel pédagogique, pédagogique au sens strict, c'est-à-dire qu'il s'adresse surtout à ceux qui enseignent. Vous savez qu'il est de bon ton dans l'enseignement, dans les théories dites modernes, d'être, comme on dit, non directifs, n'est-ce pas ? Alors, on se dit moderne, et en fait, ça remonte à trois siècles, puisque Montaigne disait déjà très bien, et il avait raison, qu'il vaut mieux une tête bien faite qu'une tête bien pleine pour reprendre une de ses citations les plus populaires.
4:00 Il s'attaquait déjà à un certain usage abrutissant du par cœur qui avait lieu dans l'apprentissage des textes sacrés en particulier. J'avais rappelé que le mot Kyrielle vient en fait de Kyrie eleison, à force de répéter Kyrie eleison à la messe sans même comprendre ce que ça voulait dire. On a inventé le mot Kyrielle, n'est-ce pas ? Alors, pourquoi je fais allusion à…
4:34 Vous voyez qu'on n'est pas loin déjà des problèmes de la mémoire, je parle de l'apprentissage par cœur. Parce que je recommande au contraire à ceux qui enseignent d'avoir un bon usage du par cœur. Avoir un stock de textes dans la tête est extraordinairement formateur, la plupart du temps à l'insu même de celui qui les apprend. Des fois, c'est quelques années plus tard qu'il s'aperçoit à quel point sa pensée est devenue plus souple, plus nuancée.
5:08 Mieux à même d'exprimer le complexe quand il était habitué à des phrases qui, à l'inverse de la communication par SMS, qui a son utilité dans quelques situations. Je ne suis pas en train de faire la querelle des anciens et des modernes. Mais enfin, il ne faut pas réduire la communication entre êtres humains, n'est-ce pas, à des borborygmes tels qu'on le voit trop souvent sur les tout petits écrans. Je veux dire qu'une phrase comme celle…
5:38 Je continue ma parenthèse sur le par cœur et l'apprentissage. On est déjà à la voir. Une phrase comme celle de Descartes, que je citais pas mal lorsque j'exposais la théorie de la connaissance, en particulier le point de vue rationaliste. lorsque Descartes fait allusion à ce que la philosophie doit emprunter à l'approche mathématique, il y a cette phrase. « Ces longues chaînes de raisons toutes simples et faciles dont se servent les géomètres pour parvenir à leur plus difficile démonstration m'avaient donné occasion de m'imaginer que toutes les choses qui tombent sous la connaissance des hommes s'entresuivent en même façon, et que, pourvu seulement qu'on s'abstienne de recevoir aucune pour vraie qui ne le soit, et que l'on garde toujours l'ordre qu'il faut, il n'en peut y avoir de si éloigné auquel enfin on ne parvienne, ni de si caché qu'on ne découvre. »
6:39 Je ris toujours parce que je peux m'empêcher d'imaginer quelqu'un qui est, n'est-ce pas, dénudant une femme endormie, n'est-ce pas, quand il est de si caché qu'on ne découvre, qui tire les draps et la couverture, avec le geste héroïque et efficace de ce mousquetaire qu'était Descartes. Vous voyez, ce genre de phrases, ça devient très difficile aujourd'hui de maîtriser comme ça les propositions principales et relatives, subordonnées.
7:12 Bref, je ne suis pas contre la culture de l'oralité, surtout pas quand on a vécu en Afrique, croyez-moi. Je crois que j'ai assez parlé de l'importance du griot, pour qu'on ne me soupçonne pas d'un tel contresens. Mais par contre, parallèlement à ce qui est irremplaçable dans l'oralité, et toutes les connexions que l'oralité a avec l'auditif et la musicalité, le rythme, etc., il ne faut pas oublier, il faut même d'autant moins oublier, car il y a un rythme aussi de la phrase écrite, il ne faut pas oublier l'importance de la formulation écrite dans l'agilité de la pensée.
Djebel Irhoud et la logique des dénominations
7:57 Voilà, c'est une recommandation que je fais au pédagogue, je referme ma parenthèse. Donc, je suis très reconnaissant à Philippe d'avoir fait un montage qui permet de plonger, dès le générique, dans la vidéo qu'on n'avait pas eu le temps de commenter lorsque je vous l'ai présenté, au moment du deuxième épisode de notre enquête sur la mémoire et l'oubli, sur l'anamnèse et l'amnésie, ce film d'Arte de près de deux heures, dont je ne vais commenter, je vous rassure, qu'une toute petite partie, qui est toute à la fin, et qu'on va vous dire, rediffuser dans un petit instant, c'est très court, je crois que ça ne fait même pas tout à fait, c'est l'ordre de trois minutes à peu près au maximum.
8:46 En fait, le gros de la vidéo, le plus long, sur lequel je ne reviens pas d'abord, parce que ce n'est pas ma partie, et là c'est moi qui apprend des tas de choses, enfin c'est le spectateur apprend des tas de choses, tourne autour d'une trouvaille qui a quelque peu bouleversé, je parle ici à l'unisson avec le monde des spécialistes de la question, quand on les consulte, qui a bouleversé le monde de la paléoanthropologie, si je puis dire, des spécialistes de nos ancêtres, pour parler très rapidement.
9:23 Alors, en quoi ça a été un bouleversement ? Je vais très rapidement à l'essentiel, d'ailleurs je ne vois pas comment je pourrais faire autrement, ce n'est pas ma partie, je aurais du mal à rentrer dans les détails techniques, mais vous les avez dans cette admirable vidéo, qui est très bien faite pour les profanes que nous sommes, et qui vulgarise avec beaucoup d'intelligence, des techniques dont on nous informe rarement, de datation en particulier. Donc, le bouleversement vient du fait que la découverte a été faite dans une zone où on ne s'attendait pas à trouver un de nos ancêtres à ce point ancien.
10:03 Et quand je dis ancêtre ici, j'insiste non pas sur ancêtres, mais sur nos ancêtres. Là, il faut revenir à la philosophie, c'est-à-dire un peu à la logique aussi, la logique des mots de tous les jours, la logique de la langue naturelle, pas la logique formelle mathématique. Laissons le cercle de Vienne, revenons aux choses sérieuses. Je ne vais pas dire aux choses rigoureuses, c'est très rigoureux, le cercle de Vienne, mais je ne sais pas si c'est sérieux lorsqu'on lui demande à cette logique-là de trancher les problèmes agités dans la langue que nous parlons.
10:36 À savoir, je vais faire un petit détour. Quand je dis la molécule est le plus petit composant d'un corps donné, par exemple. Je dis bien d'un corps donné, mais attendez, attendez, attendez. Si je prends la molécule de l'eau, c'est-à-dire, strictement parlant, j'isole deux atomes d'hydrogène et un d'oxygène.
11:08 Là, pas plus, pas moins. Là, je suis encore dans l'eau. Ça ne veut pas dire que je suis arrivé à la limite de ce que je peux diviser, car je peux encore distinguer, puisqu'il y a deux atomes d'hydrogène, je peux en mettre un à gauche et l'autre à droite. Ou appeler l'un petit a et l'autre petit b. Il suffit de nommer et de classer pour se soumettre les choses, vous savez. C'est ainsi que Dieu a donné à Adam le pouvoir de nommer les créatures, donc le pouvoir tout court sur le monde.
11:38 de leur donner soit des noms, soit des numéros. Or, on peut continuer à diviser, mettre l'oxygène à part et l'hydrogène à part, mais on n'est plus dans l'eau. Un atome d'hydrogène, ce n'est plus de l'eau. Donc, ce qu'on a quitté, c'est l'appellation. Vous voyez qu'on est dans le logos. On continue à avoir quelque chose. Le physicien a toujours quelque chose sous son microscope, mais ce n'est plus, on ne doit plus l'appeler eau.
12:12 Ça, ce n'est pas un problème de physique. C'est un problème de savoir de quoi on parle et qu'on soit clair entre nous. Eh bien, c'est la même façon. On peut remonter très loin dans nos ancêtres. D'accord ? Mais il y en a qui remontent tellement loin qu'il y a bien longtemps qu'on n'est déjà plus dans l'homme depuis longtemps. On peut aussi remonter à l'amibe.
12:42 Or, vous savez, je dis ça parce que souvent, l'hésitation, l'ignorance, l'ignorance que je défends, que je comprends quand on est science, des choses complexes. Lorsqu'on essaie de pallier un trou dans la connaissance par un plein dans les mots. Je fais allusion à une appellation paléoanthropologique comme le pithécanthrope, par exemple. Vous savez, l'homme de Java, par exemple. On a le nom ici, le pithécanthrope. Or, pithéque, ça veut dire singe, et anthrop, ça veut dire homme.
13:15 Donc, comme on n'est pas sûr si c'est un singe ou un homme, eh bien, on a mis tout le monde d'accord. On a dit que c'est l'homme singe. Bien avant, on parle de Tarzan à l'homme singe, n'est-ce pas ? Voilà, c'est un peu des jeux de mots. C'est un peu de la même manière que quand on dit « Oh, mon pauvre ami, je crois que votre trouble est d'ordre psychosomatique. » Eh bien, sa psyché, c'est l'âme. Soma, c'est le corps. Vous avez une maladie qui est aussi bien imputable à des problèmes psychologiques qu'à des problèmes physiologiques et biologiques.
13:47 Bien voilà. Ça s'appelle un peu l'usage magique de la parole. On ne sait pas très bien comment tout ça est unifié, mais on les unifie dans un mot. Voilà. Donc, attention. En quoi, je reviens à mon fil, cette découverte extraordinaire qui s'est produite donc au Maroc, en quoi marque-t-elle une date importante dans la discipline qui nous occupe ce soir, enfin en début de causerie ?
Un Homo sapiens de 300 000 ans au Maroc
14:21 C'est que jusqu'ici, quand je dis « nos ancêtres à nous », c'est-à-dire nous, c'est-à-dire les premiers, depuis les premiers homo sapiens, on peut remonter au-delà. Mais je ne sais plus s'il faut dire « nous », je vous laisse juge. C'est pas ? Un singe qui se balance sur sa queue, qui a la queue préhensile, il y en a surtout en Amérique du Sud, je vous dis au passage, qui ont la queue préhensile beaucoup plus qu'en Afrique.
14:54 Voilà. D'ailleurs, là encore, on va retrouver un petit peu un usage un peu magique du langage. Les zoologues parlent de singes anthropoïdes, pour le chimpanzé, l'ourangoutan, le gorille, et même quelquefois le gibbon. Le singe anthropoïde, vous retrouvez l'idée, oui, l'idée platonicienne, c'est-à-dire le vieux sens, le sens courant de « eidos » pour le grec de la rue, qui ne faisait pas de philosophie, ça veut dire le look, la forme, l'aspect. Ça veut dire des singes qui ont le look de l'homme, qui de loin, on peut les prendre pour des hommes.
15:29 J'ai une parenthèse, mais j'étais au Ouagadougou, la première fois que je suis arrivé à Ouagadougou, au Burkina, j'étais très jeune, j'étais avec mes amis, mes parents, ils m'avaient eu la gentillesse, de m'emmener en voiture de Côte d'Ivoire jusqu'à ce qu'est actuellement le Burkina. Et donc, le balcon de mon petit hôtel à Ouagadougou, j'ai dit, mais j'ai jamais entendu dire qu'il y avait des pygmées en Haute-Volta, on les faisait Haute-Volta avant que Sankara n'appelle de manière très solennelle le pays des hommes dignes, Burkina Faso.
16:01 Je ne savais pas qu'il y avait des pygmées, quand je voyais des pygmées au loin dans la rue, en fait, je me suis approché, c'était des vautours. Vous savez qui marchaient en se dandinant près du marché comme ça, de loin, c'était saisissant, on aurait dit un gamin, n'est-ce pas, qui marchait sur ses jambes en errant, en sautillant un peu. Vous voyez, les singes qui ont la forme de l'homme. Alors, allez, on va mettre de l'ordre dans tout ça. La découverte qui a été faite près de la côte marocaine est formellement identifiée comme faisant partie du genre homo, au point qu'un nouveau terme est apparu dans la paléanthropologie.
16:47 On ne dit plus les hominidés, si on continue à le dire, mais on a ajouté à hominidés, où on retrouve id, vous remarquez, tous ceux qui ont la forme de l'homme. Le gorille fait partie des hominidés. Pour qu'on soit, on reste dans le genre homo, on a dit, n'est-ce pas, les hominines. C'est une nouvelle notion. Or, jusque-là, les tout premiers homo sapiens apparaissaient, vous savez, vous avez entendu parler de Lucie, d'Yves Coppens, qui a fait un travail admirable, apparaissaient dans une zone qui est un peu toujours la même et qui, en gros, a deux foyers, l'Afrique orientale, en particulier l'Éthiopie et le Kenya, et quelques cas en Afrique australe.
17:37 C'est un peu le même circuit, n'est-ce pas ? Un peu tout le long de ce qu'on appelle le rift, la grande faille de l'Est africain. Le reste étant beaucoup plus récent, ainsi les premiers homo sapiens en Europe, les plus vieux sont de l'ordre de 50 000 ans, pour aller simple, et peut-être un peu plus en Espagne, la plupart du temps plutôt moins, n'est-ce pas ? Mais voilà quoi, je veux dire, de manière générale, sauf dans cette région de l'Afrique de l'Est, l'Afrique australe, où on trouvait déjà, des fossiles de nos ancêtres, avec travail de façonnage d'outils, etc., ayant plus de 200 000 ans, entre 200 et 400 000 ans, quelquefois, pour les plus anciens.
18:34 Et voilà qu'on trouve au Maroc un fossile d'homo sapiens de 300 000 ans, ce qui bouleverse complètement le scénario qu'on avait jusque-là, en disant, tout a commencé en Afrique de l'Est, et puis après… Alors, vous pensez bien que je ne prétends pas m'immiscer dans ces discussions, les discussions sont encore en cours, mais ce qui m'intéresse, et là je vais laisser la parole au savant, c'est le moment où le savant est qui montre qu'il est d'une grande intelligence.
Continu, discontinu et seuil ; extrait du film
19:12 Il n'a pas seulement un grand savoir dans sa discipline, il a une grande intelligence transversale, car c'est un film un peu collectif, ils sont plusieurs, c'est une équipe, mais vous allez voir, il y a un chef de projet, un Français, qui est entre 50 et 60 ans, j'espère que je ne le vieillis pas, et qui, à un moment donné, parle justement de ce problème, du passage d'un être qui est encore à classer dans ce qui est pré-humain, de ce qui n'est pas encore humain, à l'homme.
19:47 Et vous savez, vous m'entendez souvent dire, le curseur, il ne faut pas croire qu'il s'est arrêté un 31 décembre à minuit, que tout d'un coup, cette année-là, on est passé de l'animalité à l'humanité. N'est-ce pas ? Et il ajoute, et c'est ça que je voudrais que vous entendiez, avec ces mots, et il a dirigé toute l'équipe de fouilles, et il ajoute, l'évolution continue à se faire.
20:20 C'est-à-dire, nous continuons à nous hominiser. Je vous dis l'enjeu avant le jeu. N'est-ce pas ? Je... Pour ne pas perdre l'enjeu dans le jeu. Pour ne pas perdre l'essence dans l'exemple. C'est un vieux jeu de mots hégélien entre spiel, jouer, n'est-ce pas ? Et Beispiel, l'exemple, l'exemple est particulier, l'enjeu est général. et universel. Je suis en train de dire quoi ?
20:52 De rappeler qu'il y a une dialectique ici du continu et du discontinu. Cette dialectique du continu et du discontinu a été développée d'une manière particulièrement fine par les pères fondateurs, pardon pour cette métaphore religieuse, du marxisme. Je pense à Marx et Engels lorsqu'ils ont parlé de notion de seuil. Vous savez, vous refroidissez l'eau, vous refroidissez l'eau d'une manière continue.
21:25 Elle est de plus en plus froide. C'est bientôt ce qui va se passer. Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres. Adieu, vive clarté de nos étés trop courts. Et jusqu'à un certain seuil. Ah, là on n'est plus dans le continu. Vous savez, quand vous franchissez un seuil, vous passez d'un ordre à un autre. D'un dehors à un dedans, par exemple. Là, il y a discontinuité. Il y a changement d'ordre. Et vous passez du liquide au solide, par exemple.
21:57 De l'eau qui coule à la glace. Ah, c'est toujours H2O. Mais attention, est-ce que c'est de l'eau ? Ou un caillou ? Allez savoir. Nous sommes souverains en matière de dénomination. N'oubliez jamais. On n'a pas à demander à l'objet comment il faut l'appeler. Il ne répondra jamais. Et ici, ce seuil, c'est celui qui est entre l'animalité et l'humanité. On va passer cette séquence. Je vais demander à Philippe de l'enclencher dans quelques secondes. Mais je vous demande d'être très attentif au moment, justement, où je le commenterai, je le reprendrai après, je ferai une petite reprise, où il dit bien, en parlant de ses collègues, de tous ceux qui discutent ce problème-là.
22:43 Il dit bien, il y a un désir, ça, ce n'est pas un terme scientifique, il y a un désir de vouloir qu'à un moment donné, ça y est, cette fois-ci, on a affaire à l'homme, c'est du définitif. Il dit non, c'est une évolution permanente et qui continue avec nous. On va lancer l'extrait et ce sera plus clair après. Ces mutations, on pense aujourd'hui que probablement, elles sont apparues de façon indépendante dans différentes parties d'Afrique et que dans le fond, c'est la coalescence de toutes ces modifications qui a donné graduellement naissance à ce que l'on appelle un homme moderne.
23:22 En juin 2017, l'équipe publie dans Nature les deux premiers articles présentant les résultats de l'ensemble de ses travaux. Leur écho est planétaire. Et le monde entier découvre l'existence de Djebel Irhoud. Ce site de Djebel Irhoud est classé patrimoine national. Et nous avons l'ambition que ce site, encore pour son avenir, devienne patrimoine mondial.
23:57 Le site et les vestiges d'Irhoud sont aujourd'hui un nouveau repère incontournable pour reconstituer l'histoire complexe de nos origines. L'Afrique du Nord n'entrait pas dans ces débats relatifs à l'origine de Homo sapiens. Maintenant, avec ces découvertes d'Irhoud, l'Afrique du Nord retrouve une place, j'allais dire, de choix dans les débats qui sont relatifs à l'origine de Homo sapiens. 300 000 ans après sa mort, l'homme d'Irhoud ouvre un large champ à la recherche.
24:34 Et l'histoire évolutive qu'il nous révèle nous confronte à une constatation troublante. Ce cerveau, je trouve frappant de voir qu'il a continué à évoluer tout le temps. Il n'y a pas un moment où ça s'est arrêté, ça y est, on avait le bon cerveau et c'était terminé. Ça n'a jamais arrêté. Nous, Homo sapiens d'aujourd'hui, ne sommes qu'un moment d'un long processus évolutif toujours en cours. Et ce simple fait nous incite à questionner les limites que nous fixons à notre espèce.
25:06 Dans l'évolution de l'homme, on a cherché de façon constante à identifier un point qui nous permettrait de dire voilà, après ce sont des hommes et avant c'est autre chose. Il y a ce désir secret de trouver une frontière qui nous permettrait de tracer la limite entre l'humain et puis le non-humain, l'infra-humain ou quelque chose comme ça. Je pense que cette frontière n'existe pas.
25:36 Donc, vous voyez, il dit lui-même « se réfugiant prudemment derrière ce on » que dans ce qu'il honore. Il dit « on a toujours le désir d'avoir franchi un seuil et d'être sûr cette fois j'ai pris l'exemple de l'eau exprès. »
26:06 Il ne peut pas y avoir de bonne réponse à une mauvaise question. Marx dit quelque part, il faudrait que je retrouve où d'ailleurs depuis que je le cite. Je suis tout à fait sûr que c'est dans des notes au capital mais quand il dit la mystification ce qu'il y a de plus mystifiant dans l'idéologie est moins dans les réponses qu'elle apporte que dans sa manière de poser les problèmes. Alors, la notion de seuil j'y reviens et c'est pour ça que je tenais à cette référence.
Méditerranée trait d'union, Sahara frontière ; l'image du fleuve
26:52 Qu'est-ce qu'elle nous apprend ? Vous avez vu quand on a vu la carte de l'Afrique on s'aperçoit que les deux zones dont on disait qu'elle ne communiquait pas du tout entre l'Afrique orientale Kenya, Éthiopie, Afrique du Sud et l'Afrique du Sud et le Maghreb il suffit de prendre l'avion de Paris par exemple pour se rendre je ne sais pas moi à Cotonou sur la rive de l'Atlantique Sud en Afrique de l'Ouest ou au Nigeria ou au Togo peu importe ou en Côte d'Ivoire pour réaliser que la Méditerranée n'est pas du tout la frontière qui nous sépare de l'Afrique non, c'est un trait d'union de la Méditerranée la Méditerranée c'est ce qui fait que nous sommes une famille les Grecs, les Algériens, les Espagnols, les Corses, les Provençaux, les Italiens, les Siciliens c'est des Chèvres, c'est des Moutons, c'est du Raisin, c'est des Bergers, c'est des Jolies Filles Brunes Bouclées et puis avec des mœurs
28:04 assez patriarcales et sexistes alors là, c'est pas beaucoup plus qu'en Afrique Noire où les femmes sont beaucoup plus beaucoup moins soumises n'est-ce pas que dans le monde méditerranéen ? Non, c'est pas la Méditerranée qui nous sépare de l'Afrique, elle nous relie plutôt, elle nous a séparés pour des raisons politiques lorsque la Méditerranée est devenue une mer turque, n'est-ce pas ?
28:35 Ottomane et qu'on s'est redéployé nous vers les Amériques à ce moment-là. la vraie frontière mais vous le survolez avec un avion qui fait entre 900 et 1000 à l'heure, c'est la moyenne des jets intercontinentaux, vous mettez les heures, c'est le Sahara la frontière. C'est pendant des heures que vous survolez le néant, un néant magnifique. Et voilà.
29:05 Or, à l'époque où se situe la carte qu'on vous a montrée dans le film, dans la vidéo, il n'en était pas du tout ainsi. Le Sahara, n'en déplaise aux écolos n'est-ce pas, qui croient que la Terre ne se réchauffe que depuis que l'homme a fait la révolution industrielle, non. Le Sahara, car à cette époque-là en Europe, il y avait la période glaciaire, les glaciers arrivaient, oui, ça c'était moins chaud qu'aujourd'hui, malheureusement, il faut assumer, les glaciers rôdaient pas loin de Marseille, de la Méditerranée.
29:40 Et le Sahara, c'était une zone humide, marécageuse, on dira, n'est-ce pas ? On en trouve encore des traces, mémoire, mémoire des pierres, mémoire silencieuse des pierres, n'est-ce pas ? sur des milliers de kilomètres carrés, le Sahara est littéralement parsemé de gravures, ce ne sont pas des peintures, c'est la roche tapée, néolithique, fait par les chasseurs-cueilleurs de l'époque, c'est souvent d'ailleurs des scènes de chasse de gazelles, comme ça, et les animaux les plus souvent représentés sont des bovins, des troupeaux de bovins, vous savez ça, il en faut de l'herbe pour nourrir un troupeau de bovins et de l'herbe haute, ce n'est pas des chèvres et des moutons qui mangent de l'herbe rase entre trois cailloux comme chez moi en Corse, non, l'herbe haute.
30:45 On a vu des représentations d'hippopotames, d'éléphants, de girafes, des animaux à qui il faut une quantité considérable de végétal dans la journée. Donc, tout ça était bien humide et donc, la communication entre les hommes de l'Afrique orientale et ceux de l'Afrique du Nord était beaucoup plus aisée qu'on ne le croit aujourd'hui. Et comme le dit très bien l'intervenant dans la séquence que vous venez de voir, celui qui parle français, il dit très bien, il emploie le mot coalescence, c'est la coalescence de plusieurs foyers apparues indépendamment les uns des autres qui, à un moment donné, produit un effet de seuil.
31:32 Il n'y a pas une, un qui va être l'origine. Bref, ce qu'on appelle en philosophie, ce qui est décisif là, c'est l'apparition d'un, je cite, un toujours déjà complexe. Je prends souvent l'image du fleuve pour le faire comprendre. Il est oiseux de chercher l'origine d'un fleuve d'une manière absolue. Est-ce que le Rhône, le Rhin, je prends exprès deux fleuves qui commence par RH qui vient du radical grec rhei qui s'écoule.
32:03 Leibniz, a fait de très beaux développements là-dessus. Non, les nouveaux essais sur l'entendement humain, car c'était aussi un immense linguiste pour l'époque. le Rhône, le Rhin même, je dirais bien, aussi bien le Danube, l'Amazone, ce que vous voulez, et aussi bien petit ruisseau qui ne fait que 20 kilomètres avant de se jeter entre deux falaises normandes. à la source. Et ils n'ont pas une source univoque.
32:35 Quand vous remontez à la source jusqu'à ce qu'on appelle en géographie physique un cône de réception en pleine montagne, vous voyez que ça coule un peu de tous les côtés. Il vous en coule entre les jambes. Est-ce que c'est ce petit filet d'eau qui est là ou bien celui qui est à 40 centimètres à côté ou 3 mètres plus loin ? C'est quand ils se sont réunis, ils ont commencé à se réunir et converger grâce à la pente qu'il commence à y avoir ce qu'on appelle un cours d'eau.
33:06 Un toujours déjà complexe. Il n'y a pas une origine pure. Vous voyez. Donc, je reviens toujours à notre Mnémosyne, notre mémoire se perd dans une indétermination qui n'est pas une faiblesse de notre connaissance mais qui au contraire une faiblesse de l'objet à connaître qui par lui-même n'est pas susceptible d'avoir un nom déterminé « tu es ceci et non pas cela ». Donc, je suis très reconnaissant à ce qu'il dit à la fin de ce film où il y a un recul vraiment d'une grande valeur philosophique et les philosophes disent beaucoup de bêtises quand ils parlent à la place des savants mais les savants en disent au moins autant n'est-ce pas quand ils jouent les philosophes et bien là on a l'exemple du contraire on voit quelqu'un qui fait de la vraie philosophie avec beaucoup d'humilité et beaucoup de simplicité et de clarté.
34:00 Il dit on a toujours ce désir de vouloir n'est-ce pas que à un moment donné on a franchi un seuil qui fait qu'on est passé de l'animal à l'homme il dit pas de l'animal il dit de ce qui est pré-humain pré-hominien voilà voilà une référence sur laquelle je n'étais pas revenu et donc je vous recommande quand vous avez un peu de temps avec le confinement je suis sûr que vous l'aurez c'est un document d'une excellente qualité technique et qui montre de très belles images en plus donc et pas seulement du paysage mais où les fouilles se sont déroulées et continuent de se dérouler mais aussi même des montages techniques des maquettes des modélisations qui sont vraiment remarquables exceptionnels un autre sacrifié des textes que je vous envoyais et que je n'ai pas eu temps de traiter c'est le pauvre Hölderlin
Lecture du premier Mnémosyne de Hölderlin
35:10 je ris parce que notre ami et camarade Thomas grâce auquel vous avez vous êtes prévenu sur notre page Facebook qu'il va y avoir la reprise de tel atelier à telle date à telle heure me dit j'espère que la prochaine fois tu pourras annoncer que le pauvre Hölderlin qui a été passé sous silence la dernière fois sera enfin traité alors je vais être très clair je ne vais pas traiter tout ça entièrement même aujourd'hui je vais rester sur ce thème de l'anamnèse et de l'amnésie à peu près jusqu'au fait pour être clair après je vais changer de problématique et revenir justement sur le rapport science-philosophie je vous l'annonce ça de très loin mais enfin chronologiquement dans le temps ce n'est pas très loin tout ça donc je reviendrai encore une fois sur les textes en question mais je voudrais avant de vous d'aborder les deux textes de Hölderlin qui ont pour titre Mnémosyne nous sommes ici
36:21 au centre de notre réflexion avec cette figure n'est-ce pas comme tu as bien parlé la dernière fois je voudrais que une chose soit bien claire c'est que je ne fais pas un commentaire de texte parce que c'est d'une telle richesse que chaque vers demanderait une exégèse qui demanderait plusieurs heures chaque vers j'essayerai une fois de faire une séance sur un court texte de Hölderlin pour montrer à quel point quand on essaie de plonger dedans sérieusement ça va loin mais là on n'est pas dans le commentaire de texte au sens littéraire du terme mais dans ce qui nous intéresse le plus vu notre thème n'est-ce pas de la mémoire de l'amnésie de l'anamnèse donc il y a deux textes de Mnémosyne je vous dis le premier qui n'est pas le plus clair j'ai vu qu'un de mes auditeurs avait dit oulala c'est du lourd bon je le rassure je le rassure je ne suis pas le seul à trouver parfois les passages de Hölderlin assez énigmatiques mais comme a dit un de ses traducteurs d'une manière admirable il a dit à propos d'un autre poème que je ne vous cite pas aujourd'hui qui s'appelle En bleu adorable
37:31 sans doute un des plus beaux poème de tous les temps et dans toutes les littératures il a dit la beauté insurpassée de ce poème fait que sa clarté décourage tout désir d'élucidation n'est-ce pas ? ça veut dire même si on ne comprend pas tout c'est d'une telle beauté donc Mnémosyne le premier alors ça commence comme ceci pardon le voici mûr plongé dans le feu cuit les fruits gisent sur la terre je vais le lire en entier d'abord et c'est une loi que tout y retourne pareil au serpent prophétique rêvant sur les collines du ciel et beaucoup comme sur les épaules une charge de bûche est à retenir mais mauvais sont les chemins et de travers comme des rosses vont captifs les éléments et les antiques
38:41 lois de la terre et toujours dans l'illimité va la nostalgie mais beaucoup est à retenir et nécessaire la fidélité mais c'est la chute en avant et en arrière nous ne voulons point voir nous laisser bercer comme sur la barque mouvante de la mer comme j'ai eu pas mal de remarques sur la beauté de ces poèmes dans les commentaires ou dans les courriers qu'on m'envoyait très gentiment à titre personnel je signale qu'il y a d'autres traductions pour cette chute admirable qui disent mais en avant en arrière nous ne souhaitons point regarder mais nous laisser bercer comme un vacillant canot sur la mer tout ça est un peu pareil vacillant mouvante allez je reprends maintenant du début bon oui dès qu'on détaille un peu je ne sais pas si tout est clair mais en tout cas on ne peut pas dire qu'il n'y a pas de logique mûr plongé dans le feu cuit nous voici à l'automne nous y sommes nous finissons la saison des fruits vous le savez bien on attend septembre octobre
39:51 novembre pour que les raisins inondent le rayon alimentation des grandes surfaces ou des petites mûr plongé parce qu'il en faut de l'insolation il en faut des rayons de soleil pour produire le sucre à partir duquel on peut par distillation passer du jus de raisin au vin mûr plongé dans le feu cuit c'est curieux cet allemand on dirait qu'il a passé toute une partie de sa vie dans la Méditerranée n'est-ce pas quand on voit les figues par terre livrées au soleil torride du mois d'août en Sardaigne en Corse en Sicile en Espagne en Portugal on comprend qu'ils sont cuits par ces rayons qui ont tué les enfants de Niobé ceux qui connaissent la mythologie me comprennent mûr plongé dans le feu cuit les fruits gisent comme des cadavres sur la terre et c'est une loi que tout y retourne dans la terre pareil au serpent prophétique rêvant sur les collines du ciel là encore il y a une logique
41:01 mais oui ne croyez pas que c'est l'imagination du poète qui dit un peu n'importe quoi pour nous dérouter non allez le lieu le plus emblématique de la prophétie dans tout le monde grec chacun le sait c'est Delphes de toute la Grèce malgré tout ce qui les divise les Spartiates les Athéniens les Thébains etc et leurs querelles et leurs guerres intestines il y avait trois choses qui les réunissaient la langue la religion la mythologie qui est la même pour tous Héraclès c'est un héros aussi bien pour Sparte Thèbes et Athènes n'est-ce pas et les Jeux Olympiques n'est-ce pas mais ici j'en reste à la mythologie or Delphes le temple d'Apollon le dieu prophète par excellence le dieu pythique pourquoi pythique ?
41:50 parce qu'à l'origine c'est un python vous voyez les serpents d'ailleurs si vous avez visité Delphes vous dites alors là c'est un vieil africain qui vous parle je vais en vieil africain qui a séjourné longtemps en Afrique tout de suite quand j'ai vu l'arrivée du cours d'eau qui descend parce qu'il y a tout massif du Parnasse derrière Delphes vous voyez derrière Apollon il y a le Parnasse la montagne des Muses tout ça se tient n'est-ce pas ? lorsque j'ai vu là dans ces rochers sous ce soleil torrid de l'été grec la fraîcheur de la source je dis mais c'est un endroit rêvé pour que les serpents viennent se protéger contre les excès de la température et c'est ainsi qu'ils cherchent la fraîcheur on en voit souvent dans les garages ou dans les buanderies c'est pour ça qu'il y en a souvent dans les maisons ça effraie les habitants dans les pays chauds mais inversement en hiver les serpents rentrent dans les cailloux et se terrent pendant plusieurs mois jusqu'au retour de la belle saison donc il faut le prendre c'est pas compliqué tout y retourne dans la terre pareil aux serpents prophétiques rêvant sur les collines
43:00 du ciel beaucoup les fruits alors apparemment tout se détruit tout se décompose tout se et pourtant et beaucoup comme sur les épaules une charge de bûche est à retenir et voilà quelque chose qui ne disparaît pas qui ne passe pas qui ne se délite pas c'est pas quelque chose que l'on garde comme Saint-Christophe vous savez il garde le Christ j'ai dit ça parce que je parlais avec un conducteur l'autre jour Cari quand j'ai comparé Socrate notre patron des philosophes il dit c'est comme Saint-Christophe pour les conducteurs et beaucoup comme sur les épaules c'est une très belle image une charge de bûche est à retenir bon sang la mémoire comparée à une charge de bûche sur les épaules car il y a un mot qui concerne la mémoire c'est retenir beaucoup est à retenir mais vous remarquez que le mais est fréquent je vais le dire vous commencez un peu familiariser avec son rythme mais mauvais sont les chemins si il y a un mais c'est qu'on va dire le contraire là on était dans l'instant c'est mnésique on retient fermement on fait l'effort
Retenir, une charge de bûches ; le curseur de la décadence
44:11 de la tenir mais ce qui s'oppose à notre effort c'est qu'on a une jambe qui va à gauche et une qui part à droite mais mauvais sont les chemins et de travers comme des ross traduction un peu précieuse pourquoi ne pas dire comme des chevaux c'est ce qu'il y a parce que le terme cheval en allemand c'est ross r-o-s-s vous voyez alors je sais bien qu'il préfère allemand dans les traductions mais quand même c'est un peu idiot pardon pour le traducteur et de travers comme des ross vont captifs vous voyez comme des chevaux qui s'emballent quoi ?
44:44 qu'est-ce qui s'en va captifs ? les éléments les antiques lois de la terre vous vous rappelez quand j'ai parlé du chaos avant l'Olympe des divinités titaniques avant les dieux olympiens du désordre qu'a précédé l'ordre de l'irrationnel qu'a précédé le rationnel de l'indéterminé c'est-à-dire ce à quoi on a du mal à donner un nom parce qu'il n'y a pas assez de distinction vous voyez je reviens à ça c'est un animal ou c'est un homme c'est un singe c'est un outil ou c'est un instrument parce que bon sang il y en a des singes qui prennent un caillou qui cassent une noix des oiseaux et on dit crâne de piaf pour dire qu'il n'y a rien dans la tête des noix pardon mais des oiseaux qui avec leur bec ils n'ont même pas de patte un chapeau avec leur bec ils arrachent une épine sur une branche et avec cette épine n'est-ce pas comme vous à l'apéritif quand vous piquez une saucisse ils plongent l'épine dans un trou c'est un geste complexe pour en tirer une larve le trou d'un arbre n'est-ce pas le trou vrillé par un insecte
45:54 pour y pondre ses larves et pour en tirer une larve n'est-ce pas donc on va dire ah ben voilà et vous voyez je voudrais vous faire comprendre plusieurs choses en ce moment-là que le discours qui se veut vulgarisateur des sciences dures comme celui qu'on vient d'entendre est extrêmement facile à piéger à l'insu même de celui qui parle c'est pour ça que j'ai pris celui-ci comme exemple parce qu'il est exceptionnellement lucide et intelligent intelligent au sens où il ne tombe pas dans les pièges habituels du savant qui tout d'un coup quitte les équations quitte les mesures précises par lesquelles il est bien plus compétent que vous et moi enfin que la plupart d'entre vous et de moi certainement parce que j'ai d'excellents followers qui sont des scientifiques et et qui tout d'un coup vous disent non mais il ne faut pas croire que Neandertal c'était une brute c'est très à la mode de dire que on s'est complètement trompé sur Neandertal en fait c'est très à la mode n'est-ce pas de noircir l'homme que nous sommes l'homme moderne
47:05 vous savez que tout le malheur vient de l'homme moderne voilà alors là le curseur il se balade il y en a qui disent que tout le malheur a commencé à la révolution industrielle d'autres qui disent mais non mais bien avant déjà n'est-ce pas mais le néolithique déjà c'est terrible c'est le début des massacres et du carnage tu vois et regardez l'autre nobelisable immense physicien cosmologue ça c'est son domaine c'est pas le mien Barrau Aurélien Barrau lui il dit que le malheur a commencé tenez-vous bien avec la chasse et la cueillette il n'y a même pas encore de sédentarisation il n'y a pas encore l'agriculture il y en est déjà dans la décadence vous voyez le délire jusqu'où ça va il n'a pas de limite parce qu'il est de l'ordre de l'imaginaire le curseur file file file file il n'a plus de limite donc il faudrait remonter dans les arbres et comme disait tout à l'heure se pendre dans notre queue pour tout d'un coup c'est pas être en deçà du péché originel car on est dans le religieux on voit bien là je fais cette longue parenthèse pour vous faire comprendre que j'insiste sur ces notions de seuil et oui à travers un poème
Datez vos souvenirs : Freud et Soudain l'été dernier
48:15 de Hölderlin n'est-ce pas qui nous rappelle les antiques éléments des lois de la terre qui vont dans tous les sens et qui s'opposent à notre effort de mémoire de dire voyons c'était c'était bien le 15 janvier là que j'ai reçu la convocation que attendez mais attendez quand je suis allé au mariage d'Etienne avec Nicole c'était bien à tel Freud disait souvent à ces sujets datez vos souvenirs datez-les sinon on se raconte des histoires combien de fois on dit mais bon sang j'avais tout faux je croyais que c'était avant que je passe mon bac mais en fait il y avait bien longtemps que je connaissais et ainsi de suite si on ne prend pas de date on croit qu'on a affaire à notre passé avec notre mémoire subjective et en fait on a reconstruit et recomposé complètement une légende avec nos souvenirs vous voyez donc quand je dis mettre de l'ordre il y a beaucoup à maintenir je reprends la parole de Hölderlin telle une charge de bûche sur les épaules
49:25 car ça demande un effort je vous avais dit la dernière fois que dans cet admirable film que je vous recommande soudain l'été dernier film de Mankiewicz c'est pas avec Montgomery Clift et Liz Taylor et Katharine Hepburn où il y a un souvenir traumatique qui est la clé de toute la dramatique que déploie le film chaque fois que Liz Taylor essaie de se rappeler du choc à partir duquel ses troubles ont commencé elle est tout d'un coup couverte de sueur comme tous ceux qui ont eu un accident et qui essaient de se rappeler des derniers moments avant la catastrophe du choc donc oui ça demande un effort car beaucoup est à maintenir sur les épaules telle une charge de bois bûcher le bois n'est pas si obscur que ça bon sang mais qu'est-ce qui s'oppose encore une fois c'est l'irrationnel l'irrationnel pré-olympien chaotique titanique n'est-ce pas et pourtant
50:35 il y a une hésitation voyez entre le besoin de mémoire de classer voilà ce qui est avant voilà ce qui est après et tout d'un coup les routes qui vont dans tous les sens je cite mauvais sont les chemins et de travers comme des chevaux vont captifs les éléments et les antiques lois de la terre aujourd'hui je vais à travers ce poème creuser un peu cette opposition vous voyez comme je m'y prends du pré-olympien de l'olympien je reviens à travers le dernier ça s'appelle Mnemosyne on revient à notre sujet central n'oubliez pas que Mnemosyne est la fille d'Uranos et de Gaïa des deux plus anciennes divinités qui sont loin d'être des dieux enfin loin d'être des olympiens c'est des monstres vous rappelez que Ouranos dévore ces enfants ou les enterres sous terre dès qu'ils sont nés ces enfants qui ont 100 bras enfin c'est épouvantable ce monde-là et qu'il passe son temps à fourrager n'est-ce pas
Ouranos, Gaïa, Rhéa : l'ordre né d'une ruse
51:45 il n'y a pas d'autre terme à violenter son épouse Gaïa la terre au point n'est-ce pas qu'elle le castre qu'elle le fait castrer d'une manière épouvantable par Cronos par l'un des fils donc c'est un monde il n'y a pas pardon comme on dit en Afrique n'est-ce pas en français d'Afrique c'est un monde sans pardon et or j'ai peur que vous disiez en fait Pagani on voit bien qu'il lutte contre l'irrationnel on va bien retrouver ses références et il fait une éloge du monde olympien qui est une métaphore de la raison et pourquoi pas de la logique du logos taratata posons le problème il n'est pas sûr que le passage de l'informel au formel de l'indéterminé au déterminé se fasse d'une manière juste n'oublions pas que c'est fait par un mensonge une ruse et une tromperie Rhéa celle qui s'écoule je vous ai dit tout à l'heure Rhin
52:55 Rh Panta rhei tout s'écoule et rapide n'est-ce pas rythme Rh le même radical rappelez-vous que Rhéa l'épouse du temps elle mérite bien son nom c'est ce qui s'écoule elle en avait tellement marre d'accoucher pour rien puisque son mari dévorait ses enfants dès qu'elle avait accouché je vous renvoie à l'épouvantable tableau de Goya n'est-ce pas la peinture espagnole qui n'est pas avare en choses épouvantables nocturnes et infernales atteint là un de ses sommets dans l'abîme et dans l'horreur le tableau est une splendeur je vous rappelle que c'est par la ruse de Rhéa que les dieux ont pu apparaître par un mensonge premièrement on dirait après tout c'est un mensonge bénéfique parce qu'elle a ainsi permis à ses enfants en survivre oui mais ce qui apparaît là c'est les cités c'est pas la société sans classe attention de ne pas idéaliser l'ordre non plus ce n'est pas une valeur
Prométhée : l'homme spécialiste du général
54:06 en soi voyez que Hölderlin nous fait voir beaucoup de choses avec ses mais ses mais nous agacent bon sang on commençait à comprendre on était ça y est dans la mémoire une charge de bûches et tout d'un coup oh là là de nouveau tout s'écoule les bûches vont tomber parce que les chemins ne sont pas sûrs attendez attendez il a raison d'hésiter dans quoi on s'engage là et là je vous parle de quelqu'un je ne vous ai pas parlé depuis je vous parle de Mnemosyne un autre titan peut-être celui qui devrait être le plus célèbre en tout cas celui que Marx préfère vous devinez que je parle de Prométhée Prométhée celui qui a commis l'hubris contre la loi de Zeus contre l'ordre de la cité d'aller dérober le feu à l'Olympe chez les dieux pour la porter à l'homme qui était bien démuni car l'animal est équipé dès sa naissance un ours blanc il est équipé pour être invisible dans la glace du pôle un blaireau il est bien équipé avec ses griffes pour fabriquer des terriers et y trouver sa sécurité et y entreposer
55:17 sa nourriture un requin même un requin il n'y a pas plus abruti qu'un requin en matière d'encéphale par contre il est très bien équipé au niveau de de la captation de signaux électriques mais dans tous les cas je pense que c'est un baisse l'homme n'a rien inventé vous voyez la luciole a inventé la lampe LED n'est-ce pas et puis le blaireau a inventé les excavatrices mais n'importe quoi il ne voit pas la différence qui est tellement énorme qu'il ne la voit pas c'est que le blaireau est condamné à rester dans un topos à être confiné tiens tiens vous voyez à être confiné ne pas bouger ne pas se déplacer ne pas aller voir les copains non dans les cafés et dans les bars non non rester là dans son terrier et l'ours blanc il n'a pas intérêt à se retrouver en Amazonie il va être liquidé n'est-ce pas en quelques heures il va être vite repéré par le jaguar planqué sur un arbre mais oui donc vous voyez bien sûr que l'animal fait beaucoup mieux même que nous quelque chose parce qu'il ne sait faire que ça l'hyperspécialisation par exemple le système visuel
56:27 le plus développé dans le monde animal c'est celui des oiseaux de proie ça a été mesuré il y a l'acuité visuelle d'un faucon d'un aigle ou d'un rapace vous ne d'imaginez pas à quelle distance sur la hauteur en planant comme ça dans le ciel à peine visible pour nous il repère une souris qu'on a du mal à voir nous debout et on a même mesuré que cette acuité visuelle écoutez bien varie en fonction de la satiété de l'oiseau de proie quand il a faim son acuité visuelle augmente vous voyez c'est bien fait mais il ne sait faire que ça le propre de l'homme c'est de n'être spécialiste que du général je fais exprès de jouer sur le mot l'espèce c'est le contraire du genre n'est-ce pas le propre mais c'est important ce qu'on est en train de voir c'est tout ce qu'on est en train d'oublier dans l'idéologie dominante non seulement d'oublier mais de combattre c'est ça qui est grave ce qui est proprement humain c'est de ne pas avoir un objet de désir déterminé mais c'est de changer tout le temps de produire l'objet de son désir j'arrête ma voix off
Fidélité et mémoire matricielle chez Proust
57:43 je la suspends pardon vous n'allez pas finir avec moi et je reprends je reprends je redonne la parole à Hölderlin mais beaucoup est à retenir et nécessaire la fidélité là aussi je suis obligé de commenter fidélité fidès en latin c'est ça le radical c'est pas fidès c'est le même mot que fidès qui donne la fidélité et la foi religieuse or la fidélité ça c'est une notion capitale car le plus fidèle c'est celui dont la mémoire remonte le plus loin et nous revenons au texte de Proust rappelez-vous où il dit tous mes souvenirs isolés les souvenirs que nous avons tous les paysages dans lesquels j'ai vécu il y a trois ans les vacances de la Toussaint je dis n'importe quoi pour que ce soit un paysage d'automne ou d'un truc d'enfance ou un souvenir amoureux ou professionnel ou de voyage peu importe tous ces souvenirs-là pour lui je vous ai dit quand j'ai introduit le mot surdéterminé la dernière fois que chacun de ses souvenirs
58:54 est surdéterminé par un souvenir qui les enveloppe tous et qui lui ne se rapporte pas à un événement passé mais qui continue et là je suis obligé de vous relire la manière dont se conclut je vous rassure je ne vous relis pas tout c'est la scène la scène la tragédie de son coucher quand il est gamin et que sa mère ne vient pas lui donner un dernier baiser avant qu'il s'endorme c'était une pathologie une maladie vous savez pendant 20 pages il nous a expliqué toutes les ruses ce qu'il faisait pendant que sa mère reçoit déjà la table au rez-de-chaussée pour qu'elle vienne l'embrasser bien sûr il n'en est pas question qu'elle quitte la table donc il fait passer des mots par la bonne que c'est très urgent qu'il a mais ça bref et quand il entend enfin qu'elle monte les invités viennent de partir dans l'escalier il se précipite et elle est surpris de le voir là comme un fou je cite qu'est-ce que tu fais là comme un fou que va dire ton père son père qui est toujours agacé par ce gars névrosé qui est une mauviette et qui a tout le temps des ennuis psychosomatiques des maladies psychologiques et donc je vous lis
1:00:08 je vous lis juste ça viens me dire bonsoir terrifié en voyant que le reflet de la bougie de mon père s'est levé déjà sur le mur mais aussi usant de son approche comme d'un moyen de chantage vous voyez sa lucidité viens me donner un baiser sinon papa va voir que je suis debout et il va nous en vouloir à tous les deux viens me dire bonsoir terrifié en voyant que le reflet de mon père s'est levé déjà sur le mur mais aussi usant son approche comme d'un moyen de chantage et espérant que maman pour éviter que mon père ne me trouva encore là si elle continuait à refuser allait me dire rentre dans ta chambre je vais venir il était trop tard mon père était devant nous et c'est là que je ne reviens pas il y a un moment de grâce au sens quasiment religieux du terme puisque le père ce jour là dit allons au lieu de dire monte te coucher pas d'explication comme il fait d'habitude dit à la mère mais va donc avec lui puisque tu disais justement que tu n'as pas envie de dormir reste un peu dans sa chambre moi je n'ai besoin de rien mais mon ami répondit timidement ma mère que j'ai envie
1:01:18 ou non de dormir ne change rien à la chose on ne peut pas habituer cet enfant je vais vite exprès mais il ne s'agit pas de l'habituer dit mon père en haussant les épaules tu vois bien que ce petit a du chagrin la grâce tout d'un coup il existe comme sujet vis-à-vis de son père habituellement et il dit on ne pouvait pas remercier son père on l'eût agacé par ce qu'il appelait des sensibleries etc. et maintenant j'en arrive au passage que je veux vous relire pour illustrer la surdétermination que chacun de ses souvenirs est enveloppé par un autre souvenir qui lui ne disparaît pas qui a été gardé sur les épaules comme une charge de bois bûché dans la fidélité jusqu'à l'instant où Proust qui a déjà un pied dans la tombe écrit ce qu'on est en train de lire il y a bien longtemps pardon il y a bien des années de cela la muraille de l'escalier où je vis monter le reflet de sa bougie n'existe plus depuis longtemps en moi aussi bien des choses ont été détruites comme ces fruits qui gisaient sur le sol que je croyais devoir durer toujours et de nouvelles se sont édifiées donnant naissance à des peines et des joies nouvelles que je n'aurais pu prévoir alors de même que les anciennes
1:02:29 me sont devenues difficiles à comprendre belles réflexions sur le passé enfin que chacun de nous pourrait faire il y a bien longtemps aussi que mon père a cessé de pouvoir dire à maman va avec le petit la possibilité de telles heures ne renaîtra jamais pour moi mais attention c'est le tournant mais depuis peu de temps je recommence à très bien percevoir si je prête l'oreille vous voyez ici c'est l'oreille les sanglots que j'eus la force de contenir devant mon père et qui n'éclatèrent que quand je me retrouvais seul avec maman et là le plus important en réalité ils n'ont jamais cessé là on ne parle plus du passé ils continuent à couler au présent ces sanglots n'est-ce pas et voilà cette mémoire matricielle qui surdétermine tous les autres souvenirs et c'est seulement parce que la vie se tait maintenant davantage autour de moi que je les entends de nouveau comme ces cloches de couvent que couvrent si bien les bruits de la ville pendant le jour qu'on les croirait arrêtées mais qui se remettent à sonner dans le silence
Conclusion du premier poème ; lecture du second Mnémosyne
1:03:39 du soir fin de citation je reprends Hölderlin je conclue le premier Mnémosyne d'accord dans cette hésitation entre se souvenir garder le passé et en même temps rester au présent pour lutter contre ce qui s'oppose à un effort de mémoire les chemins qui vont dans tous les sens comme des chevaux qui s'emballent entre les deux quelle solution une espèce de solution intermédiaire qui vaut ce qu'elle vaut mais en avant en arrière nous ne voulons point voir nous laisser bercer comme en un vacillant canot sur la mer alors deuxième Mnémosyne j'enchaîne la traduction est meilleure je ne ne perds pas une occasion de rendre hommage à Armel Guerne celui qui a fait cette anthologie des romantiques allemands que vous trouvez dans les google books vous mettez simplement les romantiques allemands et veillez bien à ce qu'il y a Armel comme le prénom Guerne grand résistant suisse d'origine
1:04:49 immense traducteur et pas seulement de de Musil de Mörike enfin en fait j'en passe de Rilke etc donc deuxième le deuxième est un peu plus long mais il a un intérêt philosophique irremplaçable il commence par cette espèce d'explosion presque presque un énoncé philosophique un signe nous voilà et nul de sens toutes les discussions n'est-ce pas qui bourdonnaient pendant les sixties pendant l'époque du structuralisme sur la sémiologie la sémantique le rapport du signe au sens la linguistique au centre des sciences humaines n'est-ce pas tout d'un coup là d'un seul vers le dernier se place presque deux siècles avant n'est-ce pas au centre du propos un signe nous voilà et nul de sens nous voilà et presque nous avons perdu notre langage au pays étranger quand il est au-dessus des hommes
1:06:00 comme l'autre je le lis d'abord sans m'arrêter quand il est au-dessus des hommes un conflit au ciel et plus puissant les astres s'achemine aveugle donc est la fidélité mais que se penche sur la terre un plus parfait tout ce qui vit cherche sa voie et se découvre une patrie d'esprit quelqu'un à chaque jour pouvoir de le changer cela à peine a-t-il besoin de lois comme il se doit expressément chez les humains là devrait être beaucoup d'hommes ils ne peuvent pas tout eux-mêmes les célestes car les mortels ont bien avant gagné l'abîme avec ceci donc cela change long est le temps mais il survient le vrai mais ce qu'on aime un éclat de soleil que nous voyons au sol et la poussière aride et les ombres de nos forêts et sur les toits s'épanouit paisible la fumée tout près de la couronne antique des hautes tours car ils sont bénéfiques l'âme à l'encontre a blessé un céleste les signes quotidiens car la neige comme les fleurs de mai
1:07:10 c'est une noblesse de cœur où qu'elle soit son sens lui avec les prairies vertes des Alpes tout là-haut parlant de cette croix plantée en souvenir d'un mort une fois en chemin sur cette haute route et un voyageur s'avance encoléré par son pressentiment lointain de l'autre or qu'est-ce-là ? je m'arrête parce qu'il y a un trou dans le texte à la ligne sous le figuier décidément les figues ce soir sous le figuier lui mon Achille est mort un trou et Ajax est couché aux grottes de la mer au bord de ses ruisseaux tout proche du Scamandre sous les souffles des vents fait au génie de la témérité propre à l'inébranlable Salamine au pays étranger le grand Ajax est mort et Patrocle
1:08:21 dans son âme royale et tant d'autres encore sont morts nous sommes le 11 novembre j'insiste sur ce passage mais sur le bord du Cithéron Éleuthère cité de Mnemosyne donc quelqu'un se souvient des morts enfin je ne commenterai pas avant la fin c'est bientôt la fin mais sur les bords du Cithéron c'est une montagne Éleuthère cité de Mnemosyne qui elle aussi comme le dieu du soir lui avait retiré son manteau perdit ses boucles peu après car les célestes sont indignées quand quelqu'un sans préserver son âme se donne tout entier qui cependant devait le faire à celui-là le deuil fait de même défaut écrit en 1802 la poésie surréaliste
« Un signe nous voilà » : la poésie et la langue de la tribu
1:09:35 paraît bien académique à côté de cette modernité quand même 1802 c'est très belle chose surtout chez ceux qui se sont fait excommunier par les papes du surréalisme je pense à Aragon aussi excommunier par Breton même si Breton est un grand écrivain plus dans sa prose que dans sa poésie bon allons revenons à des choses plus hautes donc un signe nous voilà et nul de sens nous revoici au niveau des mots et du langage dont on ne sait pas très bien on vient de voir c'est un animal c'est un homme c'est ceci c'est cela nul de souffrance nous voilà et presque nous avons perdu notre langage en pays étranger quand il est au-dessus des hommes un conflit au ciel alors ça peut être une éclaircie un arc-en-ciel une éclaircie après la pluie un conflit entre le ciel sombre la lumière entre les éléments comme on dit n'est-ce pas ce qui fait dire à Rimbaud dans ce poème que je cite souvent n'est-ce pas celui qui se termine par l'ancienne sauvageté qu'on pardonne
1:10:45 qui fait dire aux accidents atmosphériques les plus surprenants n'est-ce pas quand il est un conflit au ciel au-dessus des hommes et que plus puissants les astres cheminent aveugle donc est la fidélité mais que se penche sur la terre un plus parfait tout ce qui vit cherche sa voie et se découvre une patrie l'esprit quelqu'un chaque jour pouvoir de le changer cela donc chacun de nous peut changer l'ordre des choses en étant attentif à ces moments de grâce tout d'un coup nous avons presque je répète perdu notre langage au pays étranger n'oublions pas que d'après Mallarmé le poète est celui qui donne un sens plus pur aux mots de la tribu ce qui veut dire que s'il n'y avait pas la poésie la plus haute poésie je ne parle pas de ceux qui font des récitations et qui mettent de la pensée avec des rimes pour faire des vers ça ce n'est pas de la poésie la grande poésie je pense aussi bien des textes en prose n'est pas elle n'est pas seulement de la virtuosité rhétorique mais la plus haute poésie prend la langue
1:11:56 de tous les jours vous voyez bien ça nous paraît obscur à contre-pied alors que ce sont les mots de tous les jours mais combinés d'une manière qui nous semble bizarre et presque nous avons perdu notre langage au pays étranger comme si dès qu'on est en poésie on est un peu dans un monde étranger par rapport à la langue courante qui est la langue du mensonge donner un sens plus pur au mot de la tribu implique que la tribu s'est complue dans une langue impure celle qu'on pourrait appeler de l'idéologie par exemple si il y a une idéologie dominante c'est qu'il y a beaucoup de dominés quelqu'un a chaque jour pouvoir de le changer cela à peine a-t-il besoin de loi comme il se doit expressément chez les humains ça veut dire même il peut le changer même au prix de transgresser la loi comme Prométhée qui a eu l'audace et l'hubris ce n'est pas la démesure de franchir l'interdit d'aller dérober le feu au dieu et de la porter à l'homme qui commence à devenir grâce au feu un rival potentiel alors j'ai choisi le personnage de Prométhée tout à l'heure
Eschyle, Marx, Wagner : titans et olympiens
1:13:06 pour dire que si vous lisez bien le Prométhée enchaîné d'Eschyle le premier et le plus ancien des grands dramaturges grecs dans l'ordre chronologique Eschyle, Sophocle, Euripide et sa pièce la plus célèbre le Prométhée avec les Euménides sans doute vous remarquerez qu'on s'arrête toujours à l'histoire d'érober le feu mais Prométhée prophétise et dit un jour les hommes se révolteront grâce à la force que je leur ai apportée ils deviendront puissants et ils renverseront le trône de Zeus comme lui-même a détrôné son père comme lui-même Zeus n'est devenu le roi des dieux à l'Olympe que par un coup d'état en exilant son père Chronos de la même manière l'homme pourra détrôner les dieux Eschyle prophétise le moment où l'homme va subjuguer les Olympiens en gros vous savez Marx a réfléchi dessus dans sa thèse de doctorat quand il était encore jeune étudiant
1:14:16 et il montre bien que ce qu'on appelle les Olympiens c'est pour ça que je disais il ne faut pas non plus idéaliser cet ordre et cette loi c'est les hommes libres et les titans c'est les esclaves qui sont plus bruts plus maladroits plus monstrueux plus sales plus irrationnels plus chaotiques et qui sont en lutte avec les dieux la gigantomachie la titanomachie mais en même temps à leur service puisqu'ils fabriquent des armes pour les dieux comme le dieu forgeron vous avez exactement la même chose dans la tétralogie de Wagner où les géants ne disent pas les titans mais les géants c'est eux qui construisent le palais des dieux l'Olympe allemand qui s'appelle le Walhall Val c'est la Val heureuse ça vient de là la puissance la gloire Hall vous le savez c'est la salle et le Hall on dit en anglais c'est des langues germaniques tout ça et les géants ont construit et on leur a promis la déesse de la beauté la Vénus allemande Freya qui veut dire l'aimée Frey je ne sais pas et au dernier moment elle a le refus
1:15:26 parce que cette symbole de la beauté la féminité elle ne va quand même pas tomber dans les mains de ces rustos vous voyez très clouscardien tout ça cet entrecroisement de la praxis construire le palais des dieux mais en refusant de leur donner le salaire promis je ne déforme rien il y a le mot salaire dans le texte de L'Or du Rhin il y a les géants qui se plaignent d'avoir les mains caleuses pendant que les dieux cheminent dans la lumière donc là devrait être beaucoup d'hommes et là j'attire votre attention une phrase que j'avais signalée parce que des choses aussi importantes je ne les dis pas en une seule fois il y a trois ans mais sur lesquelles je m'attarde plus là maintenant car ils ne peuvent pas tout eux-mêmes les célestes les dieux ne sont pas tout plus car les mortels ça c'est vous et moi là tous les coups on parle de nous les mortels ont bien avant bien avant les dieux gagné l'abîme le défaut des dieux le défaut le manque au sens du manque je ne fais pas un jugement moral le défaut ce qui leur manque et ce qu'on leur est supérieur
Les mortels ont gagné l'abîme : l'hominisation continue
1:16:36 en matière de savoir c'est que nous on sait qu'on va mourir les dieux ils sont immortels ils savent que nous mourrons ils savent ce que c'est que la mort ils savent que les mortels meurent mais eux ils ne savent pas ce que c'est d'avoir l'angoisse de la mort et à quel point ça rythme tout le reste de la vie à quel point la précarité donne une valeur à toute chose que les murs d'une maison les murs d'un foyer sont précieux par opposition à la précarité au dénuement car ils ne peuvent pas tout eux-mêmes les célestes on ne répétera jamais assez ce passage les mortels ont bien avant gagné l'abîme avec ceux-ci donc avec vous et moi avec ceci donc cela change les lois éternelles des dieux il y a déjà le crépuscule des dieux qui s'annonce avec nous avec les hommes avec ceci donc cela change long est le temps mais il survient le vrai et bien ce que disait le savant tout à l'heure que l'évolution continue à se faire qu'on n'ait pas passé de l'animal à l'homme un beau jour en une fin d'année
1:17:47 à minuit au moment de la Saint-Sylvestre non qu'il y a un processus indéfini d'hominisation chaque fois qu'on passe d'une situation plus déterminée plus conditionnée à une situation plus libre en fait un progrès dans l'hominisation mais attention à l'illusion de croire que ceci était déjà en germe dès le début ça c'est le ce que les anglo-saxons appellent intelligent design une espèce de providence non non non les jeux ne sont pas faits d'avance le savant tout à l'heure parlait de mutations alors là on revient au discontinu c'est plus une évolution continue il y a des mutations la bipédie par exemple vous voyez ça a libéré les mains et avec un pouce opposable ça a libéré de quoi fabriquer des outils avec une habileté qu'on n'aurait pas eue si les deux mains étaient occupées à courir parce que c'est bien joli de nous montrer un chimpanzé voire un ours qui de temps en temps se dresse debout comme ça mais ça dure quelques secondes
1:18:58 dès qu'il s'agit de stratégie de fuite vous les voyez à quatre pattes détaler à toute allure au point que l'un des critères que retiennent les anthropologues quand ils cherchent ce fameux critère je ne sais pas est-ce que c'est le travail le façonnage d'outils il y en a qui disent c'est la bipédie constante chronique si vous préférez les énormes migrations des premiers hommes qui ont quitté sur plusieurs générations le continent africain pour aller peupler le reste de la terre suppose un animal dit donc était bipède acharné donc avec ceci donc avec les hommes cela change c'est-à-dire ce n'est plus la nature qui dicte ses lois et qui dit à l'ours blanc tu es condamné pour toute ta vie à rester dans le pôle et au blaireau à ne jamais quitter là où il y a une terre meuble où tu peux creuser des terriers bref une place pour chaque chose chaque chose a sa place le conservatisme absolu puisque quand il y a une catastrophe tout le monde y passe je pense à la disparition des dinosaures à l'époque
1:20:08 où l'homme n'existait pas avec ceci donc cela change long est le temps mais il survient le vrai cela change c'est-à-dire que l'homme produit ses conditions d'existence quand il y a un ouragan alors ça s'appelle un cyclone un typhon selon les endroits de la géographie planétaire un typhon en Asie un hurricane dans le golfe du Mexique n'est-ce pas ? quand il se produit en Floride c'est terrible ça fait des dégâts vous voyez vous connaissez les images chacun cloue des planches des contreplaqués sur ses fenêtres ça ne fait pas beaucoup de morts c'est du haut niveau de vie c'est du béton quand c'est au Bangladesh ça fait un million de morts d'accord ?
1:20:57 parce que c'est les c'est les maisons de tôle de briques au mieux de briques souvent en bois je ne sais pas et qui s'effondrent comme des feuilles mortes sous le vent n'est-ce pas ? l'automne donc ce qui change c'est que l'homme de plus en plus accroît le domaine qu'il a produit lui-même l'environnement je ne parle plus de la nature je dis le contraire n'est-ce pas ? une nature secondaire un environnement qu'il a produit bien sûr grâce à la donnée naturelle mais qu'il a produit lui-même et il n'est à l'aise que dans cet environnement jusqu'à ne pouvoir plus consommer dès nos plus lointains ancêtres à ne plus consommer que ce qui est produit que ce qui porte sa marque un peu comme le raton laveur ne peut pas manger s'il n'a pas été trempé dans l'eau c'est une métaphore l'homme dès l'instant qu'il cuit ses aliments il consomme quelque chose qu'il a produit la viande cuite ne se trouve pas dans la brousse comme ça car les mortels ont bien avant gagné l'abîme avec ceci donc cela change
Achille, les Muses et l'hubris
1:22:07 long est le temps mais il survient le vrai voilà alors après il y a un passage qui semble obscur où pourtant il parle enfin de ce qu'on aime n'est-ce pas qu'est-ce qui fait l'objet de la poésie un éclat de soleil alors là on revient à l'immédiat à l'immédiat de ce qu'on voit la surface un éclat de soleil que nous voyons au sol et la poussière aride et les ombres de nos forêts alors vous direz vous voyez lui c'est la nature non et sur les toits s'épanouit paisible la fumée c'est l'environnement naturel centré autour de l'existence humaine tout près de la couronne antique des hautes tours il y a un monde humain qui a une épaisseur historique la couronne antique des hautes tours et alors là commence un crescendo que je répète mais sans m'attarder c'est pas comme quelqu'un qui marche qui gravit une route qui monte dans la montagne car la neige comme les fleurs de mai et noblesse de cœur où qu'elle soit son sens lui du verbe luire avec les prairies vertes des Alpes vous voyez les taches blanches sur les prairies vertes des Alpes tout là-haut parlant de cette croix plantée en souvenir
1:23:17 d'un mort une fois en chemin sur cette haute tour vous voyez le crescendo au fur et à mesure que la route monte un voyageur s'avance encoléré par son pressentiment lointain de l'autre or qu'est-ce-là ? et c'est là qu'il y a un trou on s'acheminait comme si quelque chose là en avant de soi vers le futur nous attirait et là tout d'un coup là sous le figuier mon Achille est mort et voilà un passé qui tout d'un coup nous rattrape et voilà une histoire une épaisseur historique qui tout d'un coup nous rattrape et là il n'y a que des cadavres et Ajax est couché aux grottes de la mer au bord de ses ruisseaux tout proche du Scamandre Scamandre et la fleuve qui coule à Troie sous les souffles des vents fait au génie de la témérité propre à l'inébranlable Salamine vous savez que c'est à Salamine que les grecs ont vaincu les perses sous fait au génie de la témérité propre à l'inébranlable Salamine au pays étranger c'est-à-dire le grand Ajax est mort et Patrocle vous savez celui qui était l'ami et ça peut dire d'Achille
1:24:27 et Patrocle dedans son armure royale et tant d'autres vous voyez ça se multiplie encore sont morts mais les noms sont là vous voyez on s'en souvient de la fidélité les noms sont là encore maintenant il y en a qui buchent qui font des versions de grec ou qui regardent des péplums au cinéma où l'on parle d'Ulysse d'Achille c'est pas d'Hercule et tant d'autres encore sont morts mais encore un mais sur le bord du Cithéron Cithéron c'est pas la montagne pas très loin de Thèbes mais sur les bords du Cithéron gisait Éleuthère cité de Mnémosyne qui elle aussi comme le dieu du soir là il y a tout un jeu de mots si je puis dire il s'agit de Zeus un Zeus s'est uni à Mnémosyne et en la fécondant elle a mis au monde les neuf muses n'est-ce pas les muses qui nous consolent nous les humains depuis des millénaires des vicissitudes de la vie ce sont les filles du dieu du soir parce que c'est le dieu de l'Occident Occident la messe du soir c'est les vèpres vesper hesper hesperus
1:25:37 c'est la racine grecque de ce qui donne en latin l'Occident au point que dans les travaux d'Hercule ce qu'on appelle les pommes d'or du jardin des Hespérides on a longtemps pensé on pense encore qu'il s'agit des oranges de ce qui est le plus à l'ouest le plus occidental en Espagne au Maroc n'est-ce pas où Héraclès est allé cueillir n'est-ce pas les pommes d'or du jardin des Hespérides on appelle bien les tomates pomodoro après tout aussi n'est-ce pas donc mais sur le bord du Cithéron est Éleuthère, cité de Mnemosyne qui elle aussi comme le dieu du soir lui avait retiré son manteau il parle du moment où Dieu s'est assédé Mnemosyne perdit ses boucles alors je ne sais pas ce qui s'est passé avec les cheveux de Mnemosyne mais dans toutes les traces qu'on a des textes anciens parlant de Mnemosyne il y a toujours une allusion à la beauté de ses cheveux le jardin n'est-ce pas est bien instruit de tout cela perdit ses boucles peu après et la fin
1:26:47 à l'air obscure mais voyez quand même car les célestes les dieux sont indignés quand quelqu'un c'est vous et moi sans préserver son âme se donne tout entier autrement dit quand quelqu'un connaît ce que les grecs appelaient un hubris quand quelqu'un exagère dans un sens ou dans l'autre en allant trop haut comme Icare ou en voulant trop savoir comme Oedipe ce qui va lui être fatal n'est-ce pas en mangeant trop ou en mangeant pas assez c'est compliqué la mesure grecque mais là c'est la fille et Mnemosyne s'étaient entièrement donnés à Zeus n'est-ce pas car les dieux sont indignés quand quelqu'un sans préserver son âme sans pudeur se donne tout entier qui cependant devait le faire vous voyez c'est un peu plus clair à celui-là ou à celle-là le deuil fait de même défaut c'est pas obscur ça veut dire il n'a même pas droit au deuil il fait défaut ça veut dire le deuil lui manque voilà ça nous fait combien de temps ça nous fait une heure et quart ça non ?
Deleuze : l'urgence plus urgente chez Dostoïevski
1:27:51 bon s'il n'y a pas de questions je voudrais continuer mon exploration du concept de surdétermination qu'un souvenir en cache un autre en vous lisant rapidement quitte à y revenir à la fois suivante comme j'ai fait avec Proust aujourd'hui en creusant d'une manière plus profonde avec une fois n'est pas coutume le texte de quelqu'un que je pourfens souvent mais qui nous donne ici un texte admirable il s'agit de Gilles Deleuze vous le trouvez vous mettez Deleuze conférence philosophique et de toute façon vous avez la référence sur notre page Facebook et ici il faut que je reprenne ma souris voilà il est en train de parler justement de quelque chose d'un symptôme on dirait aujourd'hui qui se passe chez différents auteurs différents créateurs parce que ça parle
1:29:01 le titre de toute cette conférence c'est qu'est-ce que l'acte de création c'est très transversal ça peut être en peinture en littérature au cinéma ils connaissaient le cinéma bien mieux que moi c'est pas difficile et il fait un parallèle à un moment donné entre Dostoïevski et Kurosawa je l'avais au bout de le grand cinéaste japonais on connait que lui Ran merci donc merci Philippe et donc il fait un parallèle mais je ne vais pas aller le texte jusque là tant qu'il nous reste de toute façon c'est hors sujet ce qui m'intéresse c'est ce qu'il dit parce que ça intéresse la mémoire vous allez voir je lis le texte sans plus de considérant où il parle de quelque chose de curieux qui se passe dans plusieurs romans de Dostoïevski si vous avez vu L'idiot les frères Karamazov le crime et le châtiment vous allez reconnaître ce symptôme dans les personnages
1:30:11 de Dostoïevski il se passe une chose assez curieuse très souvent généralement ils sont très agités vous savez la transcription essaye de rendre le côté oral de l'intervention de Deleuze il parle à un public ils sont très agités un personnage s'en va descend dans la rue on est entre russes je fais une petite parenthèse musicale musicologique je vous recommande une répétition d'orchestre c'est intéressant de voir une répétition d'orchestre quand c'est un très grand chef de voir les musiciens en chandail en costume ils ne sont pas en costume de concert ils sont en chandail il s'agit de la symphonie numéro 1 de Prokofiev dite symphonie classique qui ne durera pas longtemps je rassure ceux qui ne sont pas habitués ou qui ne sont habitués qu'à des morceaux qui durent 3 minutes et que Youtube appelle morceaux ou bien iTunes morceaux bon bref c'est vraiment des morceaux une symphonie ravissante la symphonie classique plus accessible que les autres dans la mesure où Prokofiev a dit je l'ai écrite comme si Haydn le père de la symphonie au 18e siècle
1:31:21 juste avant Mozart le père de la symphonie celui qui en a fait le plus et qui a créé le Quatuor aussi comme Sonate en gros en gros je l'ai écrite comme si comme Haydn l'aurait écrite aujourd'hui avec les harmonies bien sûr et les accords les rythmes d'aujourd'hui et celui qui il est fait répéter je ne voudrais pas allonger démesurément ma parenthèse c'est Sergiu Celibidache un chef d'origine roumaine qui est la coqueluche qui a été longtemps il est mort maintenant la coqueluche des musiciens d'orchestre qui a été le plus jeune chef désigné vous savez que la Philharmonie de Berlin est le seul orchestre au monde à qui on n'impose pas un chef c'est les musiciens d'orchestre qui l'élisent n'est-ce pas ?
1:32:12 c'est pas n'importe qui qui doit diriger l'orchestre de Berlin voilà et à 27 ans il hérite de la maîtrise roumain même pas allemand il succède à l'immense Furtwängler n'est-ce pas ? et là il répète il est vieux il répète comme tous les chefs d'orchestre qui parlent plusieurs langues habitués à faire travailler un orchestre italien, français allemand, anglais russe etc et puis à un moment donné il a affaire à l'orchestre symphonique de Munich c'est des musiciens hors pair du point de vue technique c'est qu'ils déchiffrent tout ce que vous voulez pour entrer dans ces orchestres c'est pire que l'agrég pour être recruté bon bref des auditions et tout d'un coup il leur dit mais non vous n'y êtes pas du tout c'est de la musique russe voilà mon fils il disait agité là Deleuze c'est de la musique russe c'est pas de musique pour retraités allemand bougez-vous un peu c'est de la musique de voyous russe d'accord qui fait le malin dans la rue là et qui agace les passants regardez cette répétition elle est extraordinaire donc ils sont très agités un personnage s'en va descend dans la rue
1:33:22 tout ça comme ça et dit une telle la femme que j'aime Tania m'appelle au secours j'y vais je cours oui Tania va mourir si je n'y vais pas on dit souvent que les russes les slaves le tempérament slave je ne sais pas si ça existe mais en gros quand on fait des imageries le tempérament slave son principal caractéristique c'est son instabilité c'est que l'humeur passe rapidement de l'extase à l'abattement de la dépression à l'euphorie voilà donc la femme que j'aime Tania m'appelle au secours j'y vais je cours oui Tania va mourir si je n'y vais pas et il descend son escalier et il rencontre un ami ou bien il voit un chien écrasé et il oublie complètement voyez voyez ça y est voilà l'oubli il oublie il oublie complètement que Tania l'attend en train de mourir il se met à parler comme ça il se met et il croise un autre camarade il va prendre le thé chez le camarade vous voyez un souvenir en chasse un autre et puis tout d'un coup il se dit oh là Tania m'attend il faut que j'y aille rire dans la salle mais qu'est-ce que ça veut dire c'est voilà chez Dostoïevski chez Dostoïevski pardon les personnages et en même temps eux
1:34:32 sont perpétuellement pris dans des urgences qui sont des questions de vie ou de mort mais vous savez quand il y a une urgence il y a une urgence là à amener ce blessé à l'infirmerie là on sait ce que c'est c'est précis c'est un éclat c'est une urgence tout le temps en permanence mais on ne sait pas très bien qu'est-ce qui est le plus urgent n'est-ce pas une urgence qui sont des questions de vie ou de mort ils savent qu'il y a une question encore plus urgente vous voyez la surdétermination ils ne savent pas laquelle et c'est ça qui les arrête pensant qu'est-ce que je suis en train d'oublier tout se passe comme si très beau texte dans la pire urgence il y a le feu il faut que je m'en aille je ne peux pas rester avec vous à prendre le thé je me disais non non il y a quelque chose de plus urgent quelque chose de plus urgent je ne bougerai pas tant que je ne le saurai pas c'est idiot ça c'est l'idiot le roman le plus célèbre de Dostoïevski c'est l'idiot c'est la formule de l'idiot ah mais vous savez non non il y a un problème plus profond quel problème je ne vois pas bien mais laissez-moi laissez-moi tout peut brûler sinon quand on arrive il faut trouver ce problème
1:35:43 plus urgent et voilà qu'on saute tout le temps d'une urgence à l'autre exemple saisissant j'arrête ici ma lecture de Deleuze parce qu'après il passe au cinéma j'arrête ici ma lecture de Deleuze il a parfaitement repéré un symptôme j'ajoute aussi et là c'est un peu hors sujet que ce n'est pas la première fois que je cite Deleuze je le cite rarement mais quand je cite très positivement je dis il y a une phrase excellente chez Deleuze pour ceux qui ont un peu de mémoire de mes ateliers s'en souviennent peut-être pour ceux qui ne sont pas tout à fait amnésiques où j'avais dit citer cette formule de Deleuze il n'y a rien de plus dangereux que d'être la proie du rêve de l'autre que d'être la proie du rêve de l'autre je ne fais pas de commentaire ça nous amènerait trop loin et c'est en ce qui est mais je veux vous signaler que le texte dont je viens d'extrait ce que je viens de vous lire se termine par cette formule dans le même texte donc cette conférence est exceptionnellement intéressante autre exemple de surdétermination cette fois je prends le texte
Gracq, Le Rivage des Syrtes : une guerre surdéterminée
1:36:54 de Julien Gracq alors je ne sais pas si je vais le retrouver à moins que Philippe mais je crois que je vais le trouver quand même alors est-ce que je l'avais ici alors il n'est pas dans cela je vais le prendre dans oui je vous demande une petite seconde le texte remarquez je peux vous le prendre je ne sais pas si vous l'avez alors il y a le lien je crois mais ce n'est pas la séance du 15 octobre je ne crois pas c'est du 4 novembre je crois oui c'est ça donc je vais passer au 4 novembre voilà alors voilà alors là nous passons
1:38:04 je vais assez vite parce que le temps nous est mesuré maintenant on s'approche du terme à un des dix romans n'est-ce pas qu'on peut sélectionner depuis la guerre de ce qui est écrit en français n'est-ce pas il s'agit du rivage des Syrtes de Julien Gracq je ne prends pas beaucoup de risques chacun reconnaît que c'est un chef-d'oeuvre pour la petite histoire il avait proposé à Gallimard qui l'a refusé je dis ça parce que ça peut toujours rassurer ceux qui qui reprennent leurs manuscrits et qui dépriment en rentrant chez eux ne vous accusez pas et Gallimard avait fait pareil avec Proust je ne sais pas maintenant ils font fortune dans Folio avec la recherche du temps perdu donc là Gracq est allé voir un petit éditeur José Corti qui est mort hélas il n'y a pas si longtemps que ça je vais dire en termes générationnels en tout cas quand j'étais déjà adulte et qui avait sa librairie en face de Luxembourg on le voyait souvent travailler à sa lampe dans sa grande dans sa librairie sombre
1:39:14 et c'est un trésor cette maison d'édition José Corti c'est au RTI regardez son catalogue je ne vous en dis pas plus des choses à la fois rares et décisives capitales et qu'on trouve que chez lui et Gracq est resté fidèle jusqu'à sa mort à ce petit éditeur et il a obtenu le prix Goncourt alors qu'il avait été refusé par Gallimard avec le rivage des Syrtes alors le rivage des Syrtes certains ont peut-être vu au cinéma le désert des Tartares on a souvent comparé n'est-ce pas on a souvent dit que les romans de Gracq c'était comme c'est quelqu'un qui a dit chaque roman de Gracq est comme le prélude Wagnerien à un opéra qui ne serait pas joué un prélude qui s'arrête au moment où la guerre va éclater où l'action va commencer n'est-ce pas où le rideau va se lever c'est une attente d'ailleurs Gracq a dit souvent tout est dans l'attente et bien là il s'agit d'un fils de famille qui parle à la première personne le narrateur qui est un fils de famille un peu décadent d'une république italienne alors là on revient à l'actualité mais oui je fais exprès parce qu'il y a des noms italiens dans cette principauté imaginaire dont il parle
1:40:24 ça peut être Malte ça peut être l'île de Lampedusa vous savez où les réfugiés venant d'Afrique d'Érythrée de partout n'est-ce pas sont parqués dans des camps maintenant ou quand ils ont un peu de chance ils débarquent là en n'ayant pas été dévorés par le requin vous voyez par l'insatiable Méditerranée la mer taciturne et donc bref retenez ça une île à la lisière des deux mondes qu'on oppose maintenant à la chrétienté et de l'islam tiens tiens n'est-ce pas le rivage des Syrtes et il y a je signale que Julien Gracq dans sa vie active et réelle et non pas de romancier était simplement professeur de géographie au lycée Jean-Baptiste Say voilà c'est quelqu'un qui connaît bien cette géographie il existe en géographie un golfe des Syrtes entre la Tunisie et la Libye je vous l'ai dit au passage par exemple Djerba actuellement est situé dans le golfe des Syrtes voilà mais enfin ne soyons pas trop réalistes en gros tout ce qui est à la limite entre la partie de la Méditerranée
1:41:34 qui est au nord et la Méditerranée qui est au sud la rive sud de la Méditerranée et comme il s'ennuie un peu à la capitale c'est un jeune décadent d'une famille favorisée pas fortunée il demande un poste un peu loin de la capitale et on l'envoie au front des Syrtes alors ça le fait rire parce qu'il dit c'est vrai qu'il y a trois siècles on a eu une courte guerre avec le pays en face alors le pays en face il l'appelle ne cherchez pas sur les cartes mais la manière dont il l'appelle vous penserez à plein de pays dont on parle beaucoup en ce moment le Farghestan Farghestan Turquestan Afghanistan Uzbekistan Kazakhstan bon sang c'est turbulent tous ces coins-là mais je n'ai pas choisi ça au hasard et pendant qu'il arrive qu'il part comme ça il parle de il a une petite enveloppe qu'on lui a donnée son administration qu'il envoie là-bas les hautes autorités de la principauté c'est une imaginez un truc grand comme Monaco et qui se réunit c'était les ordres secrets je me redressais imperceptiblement balayais l'horizon
1:42:44 en un regard déterminé parce qu'il est dans la voiture ce qui se passe au début de l'automobile qui l'emmène par le sud vers les Syrtes un souvenir teinté à la fois d'absurde et de mystère remontait lentement jusqu'à moi et voilà la mémoire un souvenir teinté à la fois d'absurde et de mystère remontait lentement jusqu'à moi qui m'avait aiguillonné sourdement depuis qu'on me destinait à ce poste perdu des Syrtes sur la frontière que j'allais rejoindre Orsenna c'est le nom de sa principauté Orsenna était en guerre ce qui ôtait de la gravité à la chose c'est qu'elle était en guerre depuis 300 ans bon ça va c'est une guerre dans les livres d'histoire n'est-ce pas on sait peu de choses dans la seigneurie sur le Farghestan qui fait face au territoire d'Orsenna par-delà la mer des Syrtes pensez aujourd'hui la situation qui se rapproche je ne dis pas un pays mais la situation qui se rapproche le plus de ce qu'on va lire c'est sans doute la Libye actuellement et les troubles qui l'agit exactement d'ailleurs de l'autre côté du golfe des Syrtes les invasions qui l'ont balayée de façon presque continue
1:43:55 depuis les temps antiques l'ancienne Cyrénaïque la Tripolitaine en dernier lieu l'invasion mongole c'est-à-dire turque font de sa population un sable mouvant pays de désert où chaque vague à peine formée s'est vue recouverte et effacée par une autre de sa civilisation une mosaïque barbare où le raffinement extrême de l'Orient côtoie la sauvagerie des nomades des dons c'est vraiment la Libye sur cette base tantôt le pays est en proie aux dissensions ça fait sur les mêmes semble prêt à s'émietter en clans féodaux opposés par des haines de races mortelles je vous signale que depuis qu'on a liquidé Kadhafi lorsqu'il était là il n'y avait pas comme ça cette effarante mortalité des réfugiés en Méditerranée il a mis des camarades à moi dans des cuves d'acide je ne suis pas en train de défendre quelqu'un j'ai dit que les quelques défauts qu'il avait c'était autrement moins pire c'est pas que l'horreur que vit la Libye actuellement aujourd'hui c'est pour ça que je pense à ce que dit Gracq dans la ville même dans la capitale la Tripoli d'un quartier à l'autre
1:45:05 on se fait la guerre vous voyez dans quel état le pays depuis que Henri Lévy et Sarkozy et toute son équipe n'est-ce pas ont décidé sous les ordres de la CIA bien sûr parce que les avions français qui sont intervenus en Libye volaient plus de 20 minutes sans un ravitailleurs américains bon tantôt une vague mystique née dans le creux de ces déserts ben voilà à la Ouagbar tantôt une vague mystique née dans le creux de ces déserts fond ensemble toutes les passions pour faire un moment pour faire pendant un moment du Farghestan une torche aux mains d'un conquérant ambitieux ça peut être le Mahdi vous savez pour ceux qui connaissent un peu l'histoire du Soudan antique on ne sait guère plus à Orsenna du Farghestan et on ne souhaite guère en savoir vous voyez ça c'est une mémoire qui ne veut pas se souvenir alors ils sont séparés bien sûr Farghestan par une mer je saute des passages une vraie mer morte un des trois que personne ne songe à plus à traverser il y a eu une petite guerre très courte très vite ça s'est arrêté n'est-ce pas mais jamais le traité a été signé c'est ça qui fait retenir l'autorité de paix
1:46:15 c'est une paix de fait pas de droit ces ports ensablés n'accueillirent plus que des bâtiments côtiers du plus petit tonnage Orsenna aujourd'hui passait pour ne plus entretenir qu'une base ruinée quelques avisos ça veut dire des petits patrouilleurs des petits bateaux de guerre quelques avisos du caractère le moins agressif dont l'unique fonction est de faire à la belle saison la police de la pêche sur les bancs d'éponge on est loin de la guerre on lutte contre les trafiquants d'éponge mais dans cet engourdissement général l'envie de terminer légalement le conflit manqua en même temps que celle de le prolonger par les armes ni envie de conclure une paix bien signée ni l'envie de continuer la guerre n'est-ce pas la tranquillité s'installe sur ces dunes de sable au bord de la mer seulement voilà surdétermination ça c'est la réalité lorsqu'on lisait les poètes d'Orsenna la littérature de la principauté celle que les enfants et donc le narrateur a appris à l'école lorsqu'on lisait les poètes d'Orsena on était frappé de voir combien cette guerre avortée à tout prendre extrêmement banale et où nul épisode pittoresque ne paraissait propre à mettre en branle l'imagination tenait dans leurs écrits
1:47:26 une place disproportionnée à celle qu'elle occupait dans les manuels d'histoire profondeur de la poésie comme si un pressentiment populaire qui a un enjeu que les faits ne sont pas suffisants à circonscrire et plus encore peut-être que l'obstination qu'ils les poètes qu'ils apportaient à la mettre en cause dans leurs envolées lyriques un peu comme depuis Homère jusqu'à aujourd'hui on ne cesse de faire des variations sur la guerre de Troie et plus encore peut-être que l'obstination il n'y a qu'à voir l'antigone d'Anouilh et plus encore peut-être que l'obstination qu'ils apportaient à la mettre en cause dans leurs envolées lyriques était frappant de la liberté excessive qu'ils prenaient ici d'ajouter sans mesure au fait connu donc scientifiquement par les historiens d'entasser rallonge sur rallonge géante d'épisodes vous voyez thème et variation d'épisodes à cette guerre de trois siècles comme s'ils avaient trouvé là pour leur génie une source de rajeunissement inépuisable comme s'ils étaient fascinés par un foyer un foyer d'inspiration
1:48:36 mais quoi donc à ces poètes savants érudits on trouvait d'ailleurs un puissant écho dans les traditions populaires quel bon anthropologue je vais me en grâle d'abord chez les poètes vous me direz ça c'est un peu l'élite mais non dans les traditions les contes les légendes les mythes qu'on raconte aux enfants dans les traditions populaires les érudits avaient pu dresser un catalogue fort imposant des seuls récits du folklore relatifs au Farghestan le lointain Farghestan là-bas ranimé ainsi subtilement dans les vers des poètes il était significatif de remarquer que même la langue morte des actes officiels la poussière de la vie de tous les jours s'employait au mieux de son côté à conserver intact les cendres de ce cadavre historique gardé sur les épaules une charge de bois bûchée bon sang ainsi on n'avait jamais consenti à la seigneurie sous un précieux prétexte de logique à changer un mot au vocabulaire du véritable temps de guerre la côte des Syrtes demeurait pour le bureau le front des Syrtes les misérables carcasses
1:49:48 que j'avais fonction de surveiller les petits bateaux qui font la police au pêcheur d'éponge les misérables carcasses que j'avais fonction de surveiller l'étape des Syrtes les bourgades qui jalonnaient de place en place la route du sud pas un feuillet ne s'était envolé du dossier constitué il y a trois siècles à la chancellerie j'avais pu le constater voilà je voudrais nous laisser aujourd'hui sur cette objurgation pendant laquelle je vous enjoint de lire lisez le rivage des Syrtes vous ne serez pas déçus vous direz ah non c'est un roman où on attend que l'action commence jusqu'à la fin et que l'action commence quand le livre se termine c'est à le temps vous avez commencé allez juste je terminerai là-dessus il y a une scène extra un chapitre chaque chapitre a un titre très court qui s'appelle l'envoyé et un jour le narrateur est dans sa chambre dans l'Amirauté lointaine ça y est alors je vous en pose dans le sud avec des jeunes qui viennent aussi de la capitale qui s'ennuient qui chassent des oiseaux qui n'ont même plus d'ailes parce qu'ils n'ont pas de prédateurs
1:50:58 donc ils n'ont plus besoin de voler ça s'ennuie un peu autant d'un inspect quelques propriétés paysannes la routine il y a une ville pas loin où on peut faire quelques soirées une ville décadente qui ressemble un peu à une petite Venise qui agonise sur les lagunes en face des Syrtes bref il est dans sa chambre en train de rédiger un rapport quand tout d'un coup une voix dit dans sa chambre dans l'Amirauté dans la sainte il est bien tard monsieur l'observateur et là il y a un chapitre hallucinant où il a un émissaire d'en face du Farghestan ça fait trois siècles qu'on n'a pas de contact qui vient lui donner un ultimatum je ne vous en dis pas plus lisez Le Rivage des Syrtes et je vous dis écoutez c'est un peu moins palpitant que la dernière fois parce que Facebook nous a laissé en paix et j'espère que le contenu était un peu plus palpitant que la connexion tant mieux pour nous ce serait l'idéal et si vous voulez savoir la suite
1:52:08 ne manquez pas notre feuilleton dans 15 jours ce sera sans doute un mercredi où nous continuerons oh là là vous voyez je reste encore à notre ancien système oui oui oui j'ai essayé de tirer au flanc je me fais engueuler là on me tient à l'oeil non non je suis ravi de vous retrouver j'avoue dans 15 jours vous m'auriez manqué dans une semaine la suite n'est-ce pas des aventures de la mémoire et de l'oubli et ce sera ainsi je l'espère jusqu'au fait si Dieu nous prête vie voilà