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Nature ou paysage : arts de l'espace et arts du temps
0:01 Bonsoir tout le monde. Merci à toutes et à tous de braver ce Tempacciu, comme on dit chez moi, ou Tampaccio si vous parlez un vrai italien. C'est mauvais temps, ça veut dire. Et encore, moi j'aime bien. Je suis un Corse pervers. Mais j'aime bien les climats du Nord. Et d'être aussi nombreux et aussi fidèles pour la plupart. Et aussi, salutations aux nouvelles et aux nouveaux, dont le nombre ne cesse de croître.
0:38 L'idée de consacrer ce second trimestre de notre saison 2018-2019, je parle comme les séries maintenant, au thème nature ou paysage ?
1:27 Il est formulé il y a deux ans, je crois. Lorsque c'était... Non, non, pendant le feuilleton sur Nerval. Enfin, c'était l'année passée. Lorsque nous étions sur les pas, quand nous étions en train de suivre le pas discret, l'errance feutrée de Nerval, et ses interminables randonnées pédestres, dans Paris, dans la nuit des Halles, ou bien dans les brumes et les bois et les étangs du Valois. J'avais abordé déjà la question, à propos du thème, art du temps, art de l'espace.
2:02 Dichotomie qui est moins développée en France qu'elle ne l'est dans quelques pays nordiques, mais tout de même qui me semble, comment disent les journalistes, incontournable, dans le domaine esthétique. Voilà. Les arts de l'espace et les arts du temps. Pas compliqué, les arts de l'espace, c'est-à-dire la peinture, la sculpture, l'architecture. Je parle des grands genres, vous pouvez subdiviser ça en plus. La peinture pouvait aussi bien avoir du pop art en relief, peu importe. Les arts de l'espace, arts plastiques, on dit souvent en France, qui, comme tout ce qui ressort de l'espace, attention, je vais dire, je le dis avant pour que ce soit clair, en soi, il est sié libre, oui, comme tout ce qui ressort de l'espace est le lieu de la simultanéité, partes, extra, partes.
3:02 Si les horloges sont bien réglées, quand il est midi dans le salon, il n'est pas à 4 heures du matin dans le grenier. Vous voyez ce que je veux dire ? Dans l'espace, les parties sont simultanées entre elles. Alors que les arts du temps, la musique, le cinéma en partie, en particulier la partie auditive, vous voyez, ça rejoint la musique, les arts du langage, bien sûr, la poésie en particulier, c'est l'art du temps qui est exactement, non pas seulement différent, l'espace, mais l'inverse, c'est intéressant.
3:34 C'est-à-dire que là, chaque partie chasse l'autre, il ne peut pas être dans deux moments en même temps. Intéressant. Pour entendre le moindre son, il faut une certaine durée. Quand vous entendez un son, chaque instant qui passe fait durer le son, n'est-ce pas ? Comme les métaphysiciens de l'âge classique disaient que Dieu n'a pas créé le monde d'une chiquenaude à l'origine, mais qu'il le soutient à chaque instant du temps, sinon le monde tomberait comme une pierre. Ça s'appelle, vous savez, pour ceux qui connaissent bien la théologie de la création continuée, le temps est cet ordre-là.
4:10 Victor, je suis sûr que tu connais bien ça. Ah oui. Et voilà. Donc, le temps est cet ordre-là. Vous voyez, le temps est quelque chose de plus intérieur, de plus spirituel, spirituel au sens précis, au point même que Hegel dit quelquefois que l'esprit est pur temps, par exemple. Vous voyez. Et qu'à partir de Kant, je fais ce long préambule, vous allez voir. Ce n'est pas pour vous saouler, c'est pour qu'on retombe sur nos pieds, dans le paysage.
Le coucher de soleil et le verre d'eau
4:42 À partir de Kant, la pensée, l'histoire de la pensée philosophique, privilégie le rapport du sujet au temps. Alors que jusqu'à Kant, depuis l'Antiquité jusqu'à Kant, malgré toutes les différences qu'il peut y avoir entre un Platon, un Aristote, un Parménide, un Héraclite, un Descartes, un Spinoza, c'était le rapport de la pensée, l'étendue, l'espace, qui était privilégié. L'espace, c'est-à-dire la philosophie, l'étendue, la res extensa, si vous voulez se nommer.
5:12 Par opposition à la res cogitans, n'est-ce pas ? Alors, pourquoi je fais ce préambule ? Parce que, voulant illustrer, quelque part, cette différence de l'espace et du temps, j'en suis arrivé à la notion de paysage, sans trop le creuser, comme on va le faire, j'espère, ce trimestre, et j'avais pris l'exemple, si quelques-uns s'en souviennent, d'un paysage maritime où l'on voit un coucher de soleil sur la mer. Ça m'avait inspiré, d'abord, par le vécu, on a tous vu des couchers de soleil somptueux sur la mer.
5:50 On a tous vu depuis qu'il y a des congés payés. Vous voyez que je ne quitte pas mon pensée révolutionnaire non plus. Eh oui ! Je dis ça parce que j'ai vu un couple, Rudolf Tettemont, maintenant, ils avaient déjà 80 ans, il y a une quinzaine d'années, et qu'il m'avait dit qu'en 1936, quand il y a eu les premiers congés payés, vous savez, ils s'étaient permis d'aller de la Courneuve, où ils habitaient, jusqu'aux guinguettes de la Marne, en vacances, c'est-à-dire à Joinville.
6:22 Vous voyez ? Pour eux, c'était un grand voyage. Vous vous rendez compte ? Alors, oui, imaginons un somptueux coucher soleil sur la mer, lorsque la mer est comme de l'or liquide. Je le dis pour les... J'ai vu qu'il y a pas mal de mélomanes dans la salle ce soir, il faut que je me défie, que j'assure. C'est... Overbeck, vous savez, le correspondant de Nietzsche, un ami de Nietzsche, là, qui avait encouragé Nietzsche à venir voir l'or du Rhin.
6:52 Nietzsche commençait déjà à être fâché, non pas avec Wagner. Avec Wagner, c'était la haine, que seul un amoureux peut avoir. Mais avec les Wagneriens, là, à mon avis, il a non seulement quelques raisons, mais il a souvent raison. Et avec Bayreuth, disons... Et il lui a dit, mais il faut venir écouter cette orchestration, on dirait, de l'or liquide. Oui, voilà. Donc, vous voyez, un coucher soleil sur la mer, on dirait que c'est une nappe, là, d'or en fusion. Et si vous vous rappelez bien, j'avais dit, on va faire une expérience. Une expérience mentale qu'on peut tous faire.
7:23 Maintenant, c'est pour ça que je vous en parle. Rapide et simple. On n'a pas besoin d'être dans un labo à Orsay ou ailleurs. On a le grand chercheur, ici. On a même des chercheuses. Et donc, on prend un verre, un verre, un verre d'eau, mais vide. On le trempe, là où l'or n'est plus liquide, vous voyez, là, où le liquide n'est plus doré, comme vous voulez. On le ramène. Oh, déception ! H2O. Vous voyez ? On était dans la poésie, on était dans l'illumination, vous voyez, dans le substantiel.
7:56 Et là, on a le réel. Oh ! Je ne dis pas... incolore, oui, je ne dis pas insipide, c'est quand même du chlorure de sodium. Mais, vous voyez, mais quelle déception ! Je suis en train de dire quoi ? D'arriver à la notion de paysage et ou de nature. Pour l'instant, je ne fais pas la distinction. D'accord ? On va passer un week-end à la campagne. Ah, que c'est beau la nature, ah, que c'est beau le paysage, pour l'instant. Le décor, comme vous voulez. Pour l'instant, on n'a pas assez creusé pour que ce soit une distinction pertinente. Mais, ce qu'il y a de commun dans les deux cas, c'est qu'on regarde quelque chose.
8:28 On regarde quoi ? Une surface. Voilà pourquoi je pars de mon exemple de coucher de soleil sur la mer. On n'y pense jamais. C'est tout simple à faire comme expérience mentale. Donc, vous êtes inexcusable de ne pas vous la répéter souvent, même quand je ne suis pas là. Voilà. Vous voyez ? Eh, mince alors ! J'étais prêt à me baigner dedans, vous voyez ? On y va, on y va. On a toujours une copine qui me dit, on va voir un copain, qui va être sexiste, qui me dit, et si on y allait ? Moi, je préfère regarder un peu en arrière, c'est peut-être parce que je suis vieux aussi.
9:02 Oui, parce que ça sera gemé si bien que le spectacle qu'on a. Si on met une aiguille dans l'eau de mer, dès qu'on a enfoncé de 2 mm la surface, on n'est plus dans le spectacle en question. Vous comprenez ce que je veux dire ? Mais c'est grave, ça. Ça veut dire tout ce qu'on dit sur la nature, le paysage et tout, ce n'est qu'une surface. Mais c'est quoi une surface ? C'est rien. Je suis en train de dire que c'est rien. La preuve, c'est mon aiguille. Vous voyez ce que je veux dire ? A partir de quand je suis au-dessus de la surface, en dessous. Au moment où la pointe entre, c'est intéressant ces problèmes.
Faust : « Où te saisirais-je, nature infinie ? »
9:35 C'est à la fois des problèmes de phénoménologie et de logique. De phénoménologie parce que vous pouvez l'expérimenter quand vous voulez, dans le phénomène, dans la vie quotidienne. Et en même temps, vous voyez, ça nous oblige à nous interroger sur qu'appelle-t-on ? Ce n'est pas le paysage, la surface, le décor. Deuxième référence qui nous introduit à cette notion de décor, de paysage, de nature, puisque je dis que pour l'instant, je suis dans l'indistinction.
10:11 Une citation extraite d'une époque intermédiaire entre la liberté sur les barricades et un homme et une femme ont fait un couple regardant la lune. Friedrich, le peintre, en a fait plusieurs. Je vais y revenir tout à l'heure. De même, Poussin a fait plusieurs versions des bergers d'Arcadie. Les unes se trouvent à New York, les autres à la Tate Galerie à Londres, d'autres ici. De même, Friedrich a fait plusieurs versions de deux personnages.
10:42 Des fois, c'est deux hommes, deux voyageurs, deux amis, regardant la lune, comme ça, qu'on voit de dos. La période intermédiaire entre la fin des années 18e, 1790, et l'époque des guerres de l'Empire, c'est le consulat et l'Empire. Toujours une Corse qui fout le binz. C'est-à-dire l'époque de Goethe. Une citation extraite de son Faust. Je précise, parce que j'en profite un peu pour caser mes petites mises au point.
11:14 Je déteste les termes de culture générale, mais de faire ses humanités, comme on disait à une certaine époque. Goethe n'est pas un romantique. Même si, vu du côté de la tradition française, c'est une explosion de romantisme, de Faust, par rapport à Molière ou à Racine. Enfin, je veux dire, en Allemagne, c'est un classique. Voilà, je suis une petite mise au point. Et lui, Goethe, détestait, enfin détestait, était agacé par les romantiques. Au moins agacé.
11:44 C'est un homme qui a adoré la Grèce. Il y a des tas de références qui ne sont pas tout à fait romantiques. Bon. Si je prolonge quand même, parce que c'est important pour les mises au point, qu'on va faire une illustration de la sobriété hellénique de Goethe, tellement hellénique que Nietzsche a dit une fois, et d'autres fois, je cite Nietzsche ce soir, on fait beaucoup, parce qu'on cite tellement aujourd'hui que j'essaie d'équilibrer un peu en parlant d'autres choses.
12:16 Mais là, quand même, il est bien approprié. Il a dit, Goethe n'appartient pas aux Allemands, il sera toujours bien au-dessus d'eux. Oui, Nietzsche, fin, donc, Nietzsche aussi, un hellénoman, un grécomane. Donc, un jour, il y a, c'est l'anecdote, une jeune fille comme on en voit peu, une jeune femme comme on en voit plus, non, je rigole, Bettina Brentano von Arnim, qui a laissé des écrits, une superbe anthologie des romantiques allemands que je vous recommande de loin la meilleure, meilleure que celle de la Pléiade, et pour l'appareil critique et pour le choix des textes, qui est aux éditions Desclée de Brou, Brouwer, enfin, pas qu'un W, c'est une excellente édition sur papier Bible, enfin, voilà, si elle existe en Google Books, vous mettez Les Romantiques allemands et vous mettez ça en dessous, Armel Guerne, G-U-E-R-N-E, le meilleur traducteur que je connaisse de ce corpus-là.
13:16 Donc, vous trouverez des textes de la merveilleuse, c'est Goethe qui l'appelait une merveille de la mer, de la mer, de l'U-R-O-Sodium. Donc, Bettina, oui, elle a connu tout le monde, elle a connu Napoléon, Goethe, Hölderlin, et, elle a écrit à sa mère, elle a 17 ans, elle écrit à sa mère, on vient lui présenter Goethe, il y a de quoi tomber dans les pommes, vous vous rendez compte ce que représentait Goethe, premier grand auteur national de littérature allemande, et on lui présente cette jeune fille qui sort à peine de l'enfance, comme ça, et elle raconte que, elle lui parle, elle lui dit ces sujets d'intérêt, elle s'exalte et les larmes lui viennent aux yeux, bien sûr, et Goethe, c'est pour vous illustrer sa sobriété, alors il m'a mis la main sur la bouche et il m'a dit du calme, c'est ce qu'il nous faut à tous deux, malin Goethe, vous avez vu, bon voilà, Goethe, pourquoi j'en parle pour le paysage, parce que dans son Faust, à un moment donné, Faust s'endort dans un paysage sublime, un paysage romantique, un paysage sans doute extrait de la romantische Strasse, si vous ne savez pas
14:26 où aller un jour, plutôt vers le début de l'automne, elle est donc entre Nuremberg et Bamberg, c'est une merveille, ce parcours, enfin bref, les mecs sont pas tristes, la région est superbe, et donc, Faust s'endort et quand il se réveille, il réalise tout d'un coup la beauté du paysage, il dit mais quel spectacle, mais hélas, hélas, un spectacle seulement, où te saisirais-je, nature infinie, voyez, de nouveau, on voit cette dichotomie entre ce qui est à la surface et puis dès qu'on veut saisir, si on veut saisir, la surface disparaît, je ne quitte pas cet exemple avant d'avoir rappelé que saisir, c'est dit en allemand Begreifen, comme avec Griff, d'ailleurs, c'est le radical, il vient de là, Griff, et un concept, c'est Begriff, en philosophie, l'homme, pourrie, le concept, même existant, même définition, pour l'homme et pour le temps, les deux sont dits, même prédicat,
15:36 le concept même existant, pas le concept dans ma tête, pas une abstraction, non, saisir, c'est ça, bon, alors, où te saisirais-je, nature infinie, et enfin, troisième et dernier exemple, je pourrais multiplier, enfin, bonnes choses sont trois, comme dirait, disait Hölderlin, dans un curieux fragment, je vais les raconter une fois, j'ai enseigné, comme vous savez, au sud du Sahara, et j'ai eu une classe de PSEC, je fais comme ça, parce que, pendant les pauvres filles, on leur imposait deux heures de philo par semaine, BAC secrétariat, PSEC, sténographie, machin, et on les embêtait, en plus, c'est que deux heures de philo par semaine, non, c'était sympa, je n'allais pas les embêter, avec le prédicat, la substance, le machin, j'avais un programme chargé, elle me demandait, monsieur, pourquoi les femmes d'Europe prennent la pilule, je veux discuter ce qu'on pouvait, et un jour, pour essayer de faire comprendre des problèmes qui se rapportent un peu à notre sujet de surface, je leur dis, écoutez, qu'est-ce que vous aimez dans votre petit ami, alors bien sûr, j'étais sûr de la réponse, vous l'avez finie, réponse en chœur,
L'écorché, la physique et la géologie
16:47 non, physiquement, qu'est-ce que vous préférez dans votre petit ami, qu'est-ce qu'elle répond, tout, voilà, stage-là, tout, alors je dis, bon, parce que c'est tout, moi je me contenterais d'enlever, mais presque rien, je lui enlève juste la peau, d'accord, vous voyez, il n'a pas la discussion, et donc, votre petit ami, il devient l'écorché de la classe de sciences nat à côté, là, vous voyez, ah, monsieur, vous êtes vilain, ben oui, je panique tout de suite, l'horreur, ben oui, ben vous me dites que vous aimez tout, j'ai presque rien enlevé, pour vous, c'est un objet d'horreur déjà, c'est bizarre, la surface, c'est bizarre, tu rigoles, tu as raison, parce que c'est terrible, en même temps, voilà, on en apprend, en enseignant là-bas, je vous le dis, nature, donc, voilà, nature, paysage, bien sûr, la nature, physis, en grec, donc objet de la physique, étymologiquement, c'est la science de la nature, à mon avis, c'est plutôt devenu la science de la matière, depuis que c'est vraiment une science, mais enfin, on aura l'occasion de revenir sur ce genre de distinguos,
17:58 fondamentaux, à l'heure où il y a même des écolos politiques, et qui ne se sont jamais posé la question de ces différences, mais enfin, passons, moi, je vous dis tout de suite de ma position, je suis un farouche, adversaire de tout ce qui nuit à l'environnement, et je suis un adversaire de la nature, on devrait enseigner la distinction dans les classes primaires, mais enfin, on n'en est pas encore là, à l'expliquer ça, comment il s'appelle, Jadot, je vais mettre trois heures, à ne pas comprendre, d'ailleurs, je vais dire à comprendre, je ne comprendrai jamais, donc, cette histoire de nature ou paysage, la nature est devenue l'objet d'une science, qui elle, ne se contente pas de rester à la surface, je dirais même que la physique est devenue une science, depuis qu'elle transgresse la surface, regardez la distinction qu'il y a entre la géologie, et la géographie, vous devinez avec le deuxième terme, pourquoi ça a un rapport, ce que je suis en train de dire, la géologie, elle ne se contente pas de la surface, elle veut savoir ce qu'il y a à la verticale, je vais dire en profondeur, les couches, les sédiments, et même lorsque c'est à la surface,
19:11 on dit que c'est une plaine, elle dit non, c'est une montagne qui est devenue une plaine, c'est une pénéplaine, c'est comme ça que ça s'appelle, je crois, en quelques millions d'années, de rabotage, d'érosion, alors que la géographie, ça veut dire, non pas connaissance de la Terre, ça c'est géologie, mais dessin de la Terre, oui ou non, graphe, or on ne peut dessiner que sur une surface, donc la géographie, moi c'est ma discipline préférée, de toutes les disciplines, philo comprise, c'est même au-dessus de la philo, ben oui je transgressais Hegel pour une fois, pour Hegel la philosophie, c'est au-dessus de tout de la religion, mais pas de l'art, moi je mets la géographie encore au-dessus, pourquoi ?
19:54 Parce que dans la géographie, vous savez, il y a la géographie physique, la géographie humaine, je fais des distinguos grossiers, mais enfin qu'ils restent valables, ce qui veut dire que je reprends mon petit hélicoptère, dont je m'étais servi une fois pour survoler à l'Amazonie, si vous vous souvenez, pour distinguer ce que Kant appelle le domaine de législation par nature, la canopée, et la législation par liberté, le village de Jivaros, de Bororo, ben, mais cet hélicoptère, je le prends pour voir tout ce qu'on voit, là, de l'hélicoptère, et je vois des choses, donc Kant dirait qu'il suffit de la législation par nature pour les connaître, l'érosion des montagnes, le tracé des fleuves, etc., et puis tout d'un coup, je vois des villes, des champs, des vignes, regardez, les deux textes que je vous ai fait parvenir, celui de Rousseau, vous voyez, dès la troisième ligne, pourquoi il préfère le lac de Bienne au lac de Genève ?
Géographie humaine, décor et étymologie de paese
20:52 S'il y a moins de cultures, de champs, de vignes, moins de villes et de maisons, il y a aussi plus de verdure naturelle, plus de prairies, d'asiles ombragées, de bocages, de contrastes plus fréquents, et des accidents plus rapprochés. Je me permets de vous le lire, alors que j'ai un des meilleurs lecteurs que je connaisse ici à côté, je t'ai piégé, je te fais venir, je vais te faire rougir, je suis désolé, mais je veux dire, nous avons la chance avec Grégory Protche, qui a la gentillesse, d'être disponible pour nous ce soir, d'avoir, pour moi c'est plus rare un bon lecteur qu'un bon acteur, c'est déjà rare un bon acteur, mais un bon lecteur de texte, c'est tellement rare, je me permets de vous recommander, tes lectures, c'est sur le Grigri international ?
21:26 Sur Youtube ? Oui, oui, avec Grégory Protche, c'est bien ça ? Oui, Grégory Protche, ou le Grigri. Voilà, ou le Grigri. Vous verrez d'excellents extraits, dont certains de notre ami de Negroni, que j'ai cités, entre autres. Donc, mais là je cite juste quelques lignes, donc je me permets de le faire à sa place, pour rappeler justement que géographie, géologie, ce n'est pas une différence innocente.
22:02 Dès la surface, je vois la géographie naturelle, et je vois la géographie humaine. Les traces laissées par l'homme, sur ce qui au départ était, je savais désormais pour qui le décor était planté. Ça ne dit rien à personne ça ? C'est la dernière phrase d'un roman célèbre. Enfin, il y a marqué fin juste après cette phrase, et je savais désormais pour qui le décor était planté. Comme si ce n'est pas seulement la parole, dont Lacan dit qu'avant de signifier quelque chose, elle signifie pour quelqu'un, mais pour le décor aussi, il n'y a de décor que pour quelqu'un.
22:37 Comment voulez-vous qu'il y ait de décor, s'il n'y a pas quelqu'un pour regarder ? Ce n'est pas un décor. C'est une montagne, il y a un rocher, mais ce n'est pas un décor. Pour qu'il soit un décor, il faut qu'on soit un spectacle. Ce sont les derniers mots du Rivage des Syrtes, pour lequel Julien Gracq, dans les années 50, eu le prix Nobel, j'allais dire. Je ne sais pas, je ne l'avais pas de mégalo non plus, le prix Goncourt, alors qu'il avait été refusé par Gallimard, le manuscrit. Je vous dis ça, parce que si vous avez des manuscrits qu'on vous les renvoie, vous êtes en bonne compagnie.
23:09 je ne vous décourage pas d'écrire. Gallimard avait déjà refusé Proust avant, auparavant, vous voyez. Je ne veux pas dire du mal de Gallimard, je lui dois beaucoup, je dois beaucoup de choses. En plus, je suis cité dans Folio, je ne peux plus en dire du mal. Mais, le rivage des Syrtes est un ouvrage admirable, n'est-ce pas ? Et j'ai peur qu'il soit très actuel.
23:39 Je dis très actuel, parce qu'on a dit que tous les romans de Gracq, c'est toujours des attentes interminables, les romans de Gracq. Que ce soit un balcon en forêt, dont on a fait un beau film, que ce soit le rivage des Syrtes au château d'Argol, c'est une attente, une attente de quelque chose qui commence enfin quand le bouquin se termine. Et ça, c'est ça, Gracq. On a souvent dit que c'était le prélude à un opéra de Wagner qui ne serait pas joué. C'est ça, ces romans. Et je savais désormais pour qui le décor était planté. Donc, vous voyez, voilà, j'insiste sur cette distinction géographie et géologie pour vous dire que à travers la géographie, je justifie pourquoi je dis que ça coiffe toutes les autres disciplines, vous avez tout, vous avez toute l'histoire.
24:20 C'est l'histoire qui laisse des traces dans l'espace. Tout à l'heure, j'ai opposé le temps et l'espace, je vois que le temps peut se spatialiser. C'est pas ? La pellicule défile, enfin, maintenant, c'est plus ça, c'est du numérique. Enfin, à l'époque, vous savez, dans le cinéma, on avait un projecteur derrière. Encore maintenant, non ? Quand même. D'accord. Heureusement qu'il y a des spécialistes. J'allais me faire des nœuds. Une fois, j'ai l'impression que tout ce que j'ai connu est tellement obsolète que... Ah, vite, est-ce que ça va ? Oui, on a ça derrière et puis, il faut une surface pour recueillir le faisceau.
24:54 Sinon, il se perd à l'infini, on ne voit rien. Le film, il est là, il est là, il circule, on ne le voit pas. Il faut de l'obscur pour que la lumière soit visible. Il faut un obstacle. Obscur, obstacle, objet. Voilà. Donc, pour conclure ce préambule. Alors, maintenant, vous vous doutez bien que si je l'ai posé sous forme de question avec un « ou » au milieu, c'est pour passer du « ou »
25:24 ou « bien », ça veut dire « nature », c'est-à-dire « paysage » comme équivalent ou « exclusif » comme on dit en logique. N'est-ce pas ? Soit ceci, soit cela. La bourse ou la vie. Alors là, ce n'est pas un pli. On ne peut pas avoir les deux en même temps. Ou quand j'arrive à un carrefour, je fais ou à gauche ou à droite. Je ne peux pas en même temps avoir une jambe qui va là, qui va là. Sauf pour les philosophes. Je dis ça parce que on a souvent dit que la philosophie boite.
25:55 depuis Socrate, une boiterie qui est à la fois individuelle et collective. Voilà, ne nous égarons pas. Mais le philosophe a toujours des rapports compliqués avec la cité dans laquelle il habite, le monde politique dans lequel il habite. Il voudrait fonder, mais le monde n'a jamais demandé à cet Olybrius de venir le fonder non plus. Vous voyez, tu vois. Voilà, les rapports de Socrate et de la cité. Donc, je reviens à mon interrogation, nature ou paysage, en insistant cette fois plus sur la disjonction que sur la conjonction.
26:29 Pourquoi ? Déjà, pour ceux qui ont eu, qui nous font l'amabilité de regarder la présentation, l'annonce de ce trimestre que j'ai faite grâce à notre régie technique, à Philippe en particulier et à Hugo, qui présentait un petit peu ce trimestre et qui a été mis sur YouTube. Entre autres, YouTube ? Je ne sais pas comment je peux dire. Bon, bref.
26:59 Vous avez vu que je fais allusion à l'étymologie italienne, parce qu'entre le latin et nous, ça passe par l'italien souvent, paysage paese. Vous demandez chez moi en Corse ce que ça veut dire paese. On ne dit pas le décor, on vous dit village. tout le contraire, n'est-ce pas, de ce que ça veut dire maintenant pour nous. Nous, on oppose la nature, le paysage au monde urbain, au monde humain. Et voilà que paese, c'est le village. Mais, mais, mais, di che paese ?
27:29 De quel patelin tu es, toi ? Paese. Comme en italien. Intéressant que vous retrouvez dans le paysan. Le paysan, ce n'est pas celui qui... Ce n'est pas une émanation de la nature. C'est le premier qui l'a fait disparaître bien avant l'industrie. un champ, ce n'est pas une forêt, ce n'est pas un marécage. C'est un labeur. C'est le fruit d'un labeur. Donc, premier paradoxe, vous voyez, qui déjà nous fait introduire une fêlure.
Le langage naturel n'a rien de naturel
28:00 et je vais jouer un petit peu sur cette distance, n'est-ce pas, entre la nature et le paysage. Même si, encore une fois, dans l'usage courant, on est parfaitement autorisé à employer l'un pour l'autre. Mais si on est en philosophie, il ne faut pas se mélanger les pinceaux, n'est-ce pas ? Et c'est pour ça que le philosophe boite, c'est qu'il voudrait parler précisément avec... que je n'insisterai, je ne répéterai jamais assez que la langue que je suis en train de parler avec vous, je ne parle pas la langue au sens linguistique, c'est-à-dire le français, mais le langage, la forme commune à toutes les langues humaines qui s'appellent le langage.
28:39 Langage, langue, parole. L'humanité, un peuple, une nation, une culture, je dis ça parce qu'il y a des tchadiens francophones, il n'y a pas que des français. Et la parole, c'est l'individu. Chacun a une parole, un accent, un rythme, un vocabulaire, ce n'est pas... Qui rappelle, langage, langue, parole. Le langage qui nous est commun avec lequel je m'adresse à vous, que les linguistes appellent le langage naturel. On retombe sur notre sujet.
29:09 On dirait qu'ils ont fait exprès par malice d'appeler ça le langage naturel. Il n'y a rien de moins naturel que le langage. Dans la nature, il y a des systèmes de communication très perfectionnés. Attention les abeilles, attention les dauphins, il y en a d'autres. C'est surtout... celles-ci ont été très étudiées parce que c'est parmi les plus élaborées. On se rend compte que les abeilles arrivent à se communiquer. Premièrement, une abeille éclaireuse qui revient à la ruche. Qu'il y a du butin ? Alors qu'il n'est pas dans l'immédiat. Les animaux, c'est très rare qu'ils décollent de l'ici et du maintenant. de la sensation pure. Qu'il y a du butin ?
29:40 Dans quelle direction ? Et à quelle distance ? Quand même ! Chapeau ! Ça a été étudié par Von Frisch, vous savez, spécialiste des abeilles. Elles font une danse en forme de huit. Comme ça. Et dont le grand axe, je dis de mémoire comme ça, le grand axe, vérifiez après, parce que je vais être imprécis, c'est les pages d'équation. J'exagère à peine. Le grand axe fait avec le soleil un angle à chaque heure et la médiatrice, pardon, la bisectrice de cet angle indique la direction.
30:13 Déjà, c'est sophistiqué quand même. Et à la fréquence avec laquelle elle fait ce huit, selon qu'elle le fait Andante Amoroso ou Allegro Furioso, indique aussi la quantité de butin. S'il y en a beaucoup, elle est déchaînée. Et s'il y en a peu, ma foi, elle est bien exécutée une petite danse comme ça, mais ma non troppo. Voilà. Ça n'a rien à voir avec le langage.
30:45 D'abord, on parle nourriture. Nous, c'est l'inverse. On commence à parler quand on a l'estomac qui commence à être rempli. Regardez au réfectoire, à la cantine. Quand le repas arrive, enfin, surtout quand c'est des monstres. Je parle dans le secondaire. On a tous été. Je me permets de le dire. Il y a un raffût comme ce n'est pas possible. Tout d'un coup, le plat arrive. Il y a encore du vacarme, mais c'est le bruit des assiettes, des mastications et tout. Il n'y a plus rien. Pendant quelques instants, quelques minutes, ça se calme parce qu'on se nourrit là. C'est le contraire des abeilles. Et puis, quand on a l'estomac, comment ça se fait ?
31:16 Bon, qu'est-ce que tu penses du coup de ce matin ? Quel abruti, pas gagné ? Oui, on commence à parler. C'est intéressant. Puis après, apéritif avant, pousse-café après, un petit peu. On est dans le monde de la culture, là. Soyons sérieux. Ce qui fait que ce n'est pas un langage, c'est surtout aller. Je vais très vite. Il y a plein de différences. Avoir, inné, acquis, les abeilles, elles ne sont pas allées dans des conservatoires de danse où on apprend comme ça comment on communique. Elles ne sont pas allées chez Repetto acheter des bottines.
31:49 C'est inné. Alors que moi, si j'étais né en Chine et élevé par des barres, moi, je ne parlerais pas français. Ça doit s'apprendre, la langue. On n'est pas programmé. Il n'y a rien de biologique. Il n'y a pas un gène de français chez nous. Il n'y a rien de chinois, d'ailleurs. Et les enfants de toutes les langues apprennent la langue maternelle à la même vitesse. Il n'y a pas des langues plus ou moins difficiles. Intéressant. Deuxième différence, troisième, la plus importante, qui est une grande découverte de la linguistique moderne, c'est-à-dire structurelle.
32:19 C'est-à-dire, je pense, pas structuraliste encore. Ça, c'est une idéologie. Mais je parle de choses sérieuses. La linguistique structurelle fondée par M. de Saussure. C'est Ferdinand. C'est ça, oui, merci. J'avais une hésitation. Qui est le premier à avoir fait une linguistique synchronique, on dira plus tard, n'est-ce pas ? Qui est le premier à avoir compris que ce qui est caractéristique de toutes les langues humaines et qui est caractéristique du langage humain en général, c'est le double niveau d'articulation.
32:51 Ça, c'est important. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que nous avons tous un premier niveau d'articulation qui, lui, est naturel. C'est l'ensemble des sons qu'un gosier humain, un gosier d'espèce humaine, peut émettre. Vous savez, qu'un app, on ne peut pas émettre, je ne sais pas moi, les ultrasons, par exemple, qu'un chauve-souris peut émettre, pas nous, faire du sonar. Or, chacune des langues humaines n'utilise pas toute cette... Oui, l'ensemble de ces sons sont notés par discipline qui s'appelle la phonétique, qui n'est pas une science humaine à ce titre.
33:28 La phonologie, oui, on va voir. Vous voyez, vous voyez comme c'est subtil. La phonétique, c'est l'ensemble des sons que les humains peuvent émettre. pour des raisons naturelles, de physiologie, si vous voulez. La phonétique de chaque langue découpe dans toutes les possibilités du gosier humain des sons qui sont dans le code de cette langue et d'autres qui en sont exclus. Demandez à un anglais de compter jusqu'à 10. Vous allez voir, en français. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, jusqu'à là, c'est à peu près correct.
34:01 8. On ne peut pas dire 8. Il n'y a pas de U en anglais. Vous reconnaissez qu'il est anglo-saxon quand il dit « huit ». Mais non, c'est 8. Oui, c'est ça que j'ai dit. Huit. Voilà. Et alors qu'elles sont U en allemand, « Brüder » par exemple, je ne sais pas, au pluriel. en alphabé russe, à 5 ou 6 lettres de plus que le nôtre, des « chut-chut-chut-chut » je ne sais pas bien le faire.
34:31 Des « chut-chut-chut-chut-chut » il y a des russophones ici. Non ? Je voulais que l'on fasse un « chut-chut-chut » sonore. Pour des syllabes sourdes, ce serait pas mal. Voilà. Donc, chaque langue découpe comme une grille il y a des sons qui passent, d'autres qui ne passent pas donc le canal c'est le gosier humain, ça il nous est commun à tous les peuples mais le code, vous voyez le canal code que la théorie de l'information a bien distingué le canal est naturel, matériel de toute façon, regardez, il y a l'air entre vous et moi pour l'instant, sinon vous n'entendriez pas les sonorités de ce que je dis et là il y a la lumière qui nous permet de voir il y a toujours un canal et puis il y a le code ne serait-ce qu'à la langue française entre nous mais non, c'est pas la seule chose et voilà donc à partir du moment où avec l'étymologie paese, on s'est déjà éloigné de la nature il faut essayer d'y voir un peu plus clair
Signal et signe ; les finalités du langage
35:41 je reprends la séquence où je m'étais arrêté des points de vue approche conceptuelle on essaye d'élever ces représentations de tous les jours à la rigueur du concept c'est pas évident avec, et j'y reviens le langage naturel vous voyez vous voyez à quel point il est tout sauf naturel ne serait-ce que par la notion de code par exemple s'il était naturel je veux dire, tout le monde dirait lion pour lion enfin pour l'animal pour le signifiant en question et non parce qu'on dit Löwe en allemand alors on dirait oui c'est un peu pareil ça va c'est la langue en europe oui mais sûrement en malien on dit djara djara mais oui il y a des footballeurs qui s'appellent comme ça parce qu'ils viennent du Mali de l'aire mandingue de l'aire mandé comme vous voulez de l'aire malinké donc quand il y a comme ça une indépendance totale entre le signifiant et le signifié c'est qu'on n'est plus dans le monde animal on n'est plus dans le monde naturel on n'est plus dans le signal on est dans le signe ce qui caractérise le signe Saussure insiste beaucoup là-dessus c'est justement la totale indépendance du signifiant et du signifié la coupure totale alors que je reviens à signal
36:51 pour que vous compreniez mieux par opposition chez l'animal l'animal a accès au signaux la fumée signale le feu on n'a pas besoin de la culture pour ça les gazelles en Afrique elles savent qu'il y a un feu de brousse à la saison sèche il y en a toujours qui circulent comme ça en volontaire ou pas d'ailleurs et puis immédiatement elles s'en vont parce qu'elles savent que le feu n'est pas loin parce qu'il y a une consécution naturelle dans le monde de la causalité on revient à Kant c'est pas le domaine de la législation par nature qu'il n'y a pas de fumée sans feu voilà donc la fumée signale le feu le son djara ne signale rien du tout il signifie lion pour ceux qui ont le code vous voyez l'abîme là qui est entre le signal et le signe et c'est avec ce langage naturel que j'essaye de passer de la représentation concept pas moi personnellement mais tout philosophe vous comprenez pourquoi on boit tellement de philosophie vous me direz mais alors pourquoi ne pas laisser tomber le langage philosophique et faire comme les scientifiques enfin ils ont laissé tomber cette langue qui est imprécise on n'avait qu'à dire liberté, démocratie
38:02 et qu'on se mette d'accord là-dessus on s'entretue au bout d'un quart d'heure alors que mathématiques tout est bien défini les termes sont définis ils sont univoques que ce soit un mathématicien japonais ou américain ou n'importe quoi ou ou quelque région que ce soit je veux dire les mêmes signes signifient de manière univoque les mêmes choses un rapport bijectif on dirait presque c'est pas Thomas entre le signifiant et le signifié alors pourquoi ?
38:37 il faut qu'on s'obstine à rester dans ce langage qui n'est pas fait pour la vérité c'est vrai que l'origine du langage même pour ceux qui sont naïvement naturalistes qu'à l'origine les hommes ont parlé parce que pour courser le mammouth c'était mieux de se parler pour lui dire oui on l'a vu il est passé par là enfin bref pour ceux qui veulent ramener ces trucs là les choses utilitaires n'est pas et les choses plus efficaces que le langage pour ça enfin ce qui fait qu'un bidas baratine une fille dans un train excusez-moi il n'y a plus de service militaire c'était un spectacle courant avant dans les trains c'était une occasion de fou rire parce qu'on voyait le type dire n'importe quelle connerie pourvu que la fille finisse par éclater de rire et tout le wagon et comme disait Stendhal vous faites rire une femme vous êtes dans son lit c'est pas moi qui parle Stendhal qui n'était pas le pire des mufles voilà je ne sais pas si vous essayez messieurs ça ne marche pas à tous les coups le langage n'est pas fait seulement pour connaître il est fait pour séduire il est fait pour menacer il est fait pour prophétiser à l'origine vous voyez il y a des tas de fonctions bien avant d'arriver à la fonction cognitive donc c'est normal
39:48 qu'on ait des problèmes pourquoi on reste dedans je ne perds pas mon fil ça va être capital pour y voir clair de nature-paysage parce que précisément pour la raison de son imprécision au sens scientifique du terme je m'explique j'ai pris des exemples pour montrer que les différentes fonctions du langage toutes correspondent à une finalité finalité de la séduction finalité de la condamnation du verdict d'exercer la justice finalité de la menace finalité de la supplication au contraire quelquefois même les deux en même temps Néron dans Britannicus si vous voulez voir un sado masochiste il n'y a que Racine pour montrer des choses comme ça j'avais une copine qui disait qu'il était certainement impliqué dans l'affaire des poisons pervers comme il est parce qu'il était un peu inculpé dans l'affaire des poisons mais je suis sûr qu'il était coupable elle était un peu teigneuse la copine Néron quand il a vu Britannicus la nuit il a un coup de foudre la première fois il s'émancipe un peu de sa mère dans la préface
40:58 Racine dit que c'est un monstre naissant son Néron à lui qu'il n'en est qu'à ses débuts et qu'il veut prouver à sa mère qu'il peut naviguer tout seul à Agrippine et donc il raconte à son confident une crapule qui est prête à faire tout pour son maître bien sûr on n'est pas dans Corneille on est chez les crapules sur Racine mais qui parle si bien donc il lui dit le coup de foudre qu'il a eu cette nuit c'est la première fois qu'il voit une femme il a capturé dans la nuit pour des raisons politiques qui n'ont rien à voir avec l'Éros une fille qui appartient au clan opposé politiquement dans Rome parce qu'un enjeu politique et il l'a vu amener en pleine nuit à trois heures de masse où amener la fille à moitié nue comme ça avec le licteur les armes tout ça que veux-tu je ne sais si cette violence les feux le silence et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs relevé de ses yeux les timides douceurs quoique en soit j'ai voulu lui parler ma voix s'est perdue immobile saisie d'un long étonnement vous savez l'époque étonnement c'est le tonnerre je l'ai laissé passer dans son appartement j'ai passé dans le mien c'est là que son image j'ai voulu me distraire bon et tout d'un coup il continue sa description
42:09 il dit j'employais les soupirs dans ses représentations comme ça il imagine un dialogue avec elle j'employais les soupirs et même la menace vous voyez ce que je disais quelquefois mais trop tard je lui demandais grâce sado-mazo en un vers et demi il emploie la menace et il lui demande pitié Néron superbe racine le langage ça sert à ça c'est pas pour connaître je cherche pas à la connaître alors pourquoi la philosophie tient la philosophie elle veut connaître philosophia sophia sagesse et savoir tout le problème que puis-je savoir première grande question c'est pas que Kant a posé pour nous parce que précisément je le répète il y a une téléologie donc une finalité immanente à chacune de ses attitudes je suis intéressé quand je parle Lacan a raison de dire avant de signifier quelque chose toute parole signifie pour quelqu'un le mot le plus important de la phrase quelqu'un le devine allez vous êtes un peu
Parler pour quelqu'un : Lacan, Rimbaud et Kant
43:19 entraîné avec moi maintenant vous savez qu'il y a un petit piège à chaque fois bravo ils sont entraînés le mot le moins technique le moins philosophique le mot avant sur lequel on glisse vite avant bien sûr que toute phrase signifie toute parole signifie quelque chose aussi pas seulement pour quelqu'un mais avant c'est ça qui est incroyable ce que dit Lacan avant de signifier quelque chose ça veut dire que dès l'instant que je parle j'ai décidé d'instaurer une relation de parole avec quelqu'un cette relation pouvant être encore une fois comique menaçante juridique peu importe n'est-ce pas et un dernier exemple pour faire comprendre cet aspect qui vaut le coup de s'apesantir un petit peu vous faites une lettre je fais une lettre nous faisons une lettre un courrier n'est-ce pas à vos parents pour raconter vos vacances n'est-ce pas si vous êtes de bons enfants à votre petite amie que vous n'avez pas vu depuis longtemps et à votre patron pour lui demander une augmentation vous n'avez pas le même vocabulaire je ne dis pas
44:30 que ce n'est pas le même sujet seulement vous n'avez pas le même style je ne l'espère pour vous pour l'augmentation c'est vrai et pour la fille aussi vous n'avez pas le même style vous n'avez pas le même tout est différent autrement dit vous n'êtes pas le seul auteur de votre courrier vous avez un co-auteur c'est la personne à qui vous vous adressez voilà je ne fais que mâcher du lacan là mais c'est ça et Rimbaud l'a très bien vu quand il dit ces intelligences borniès qui sont borniès ce gamin de 17 ans il maîtrise tellement déjà toute la langue qu'il en invente de mots nouveaux comme à 12 ans quand il écrit cette lettre où il dit saperlipouille saperlipopette donc l'intelligence borniès en se proclamant les auteurs de leur oeuvre je est un autre vous voyez un vrai mot je ne suis pas le seul auteur voilà intéressant celui celle à qui je m'adresse n'est-ce pas à une détermination sur ce que j'écris au moins à part égale avec moi il me contraint à employer ce mot là plutôt voilà vous comprenez
45:43 pourquoi la philosophie on ne peut pas se débarrasser maintenant je n'ai pas encore dit le fin mot mais on y est presque avec la téléologie que je viens d'introduire c'est que j'ai fait allusion à ce que nous partageons avec les sciences en tant que philosophes c'est le désir de savoir allez je résume maintenant mais vous savez bien que la deuxième grande question par laquelle Kant résume tout le programme de la philosophie c'est pas seulement que puis-je savoir c'est que que dois-je faire donc je vous rappelle qu'elle diffère de la première par deux verbes pas seulement savoir et faire la connaissance l'action ça c'est bien connu mais aussi par pouvoir que puis-je savoir et devoir que dois-je faire précis on est dans le langage naturel mais essayons en philosophie de le rendre un peu plus précis n'est-ce pas que dans la langue de la doxa de l'opinion voilà que j'emploie le premier moi je suis au café du commerce pour savoir si c'est Marseille qui a gagné le Bastia et tout et qui a été le meilleur au repas s'il y en a qui sont passionnés de foot méfiez-vous parce qu'ils connaissent j'en profite je vais pas être mal à l'aise mais il y a un livre
46:53 merveilleux qui vient de paraître écrit par Grégory qui s'appelle « Je suis né la même année que le Paris-Saint-Germain » non il n'est pas question que de foot mesdames je suis sexiste et des femmes bien meilleures footballeuses que moi voilà je vous recommande on ne peut pas faire abstraction de la question que dois-je faire or ce qui fait que le langage n'est pas scientifique c'est précisément qu'il exprime des finalités et la philosophie c'est ça qui l'intéresse et Socrate nous rappelle que lorsqu'il a voulu interroger l'oracle il est arrivé à Delphes n'est-ce pas et sur le fronton du temple il a marqué « connais-toi toi-même »
47:38 laisse les scientifiques ça c'est leur mission puis heureusement pour nous parce que c'est interroger je ne sais pas moi les astres les atomes ce que vous voulez mais ici en philosophie c'est « connais-toi toi-même » retourne la question dans la gorge du questionneur ce que ce que symbolise très bien en mathématiques le signe de la réflexivité la flèche qui revient sur elle-même comme ça qui fait qu'on ne peut pas seulement dire A égale B ou A mais A égale A ce qui n'est pas faux non plus voilà alors tout ça pour vous dire que nature et paysage on a le droit de le prendre l'un pour l'autre mais on a le devoir le devoir d'être un peu plus précis lorsqu'on est en philosophie mon exemple du verre d'eau avec lequel je ramasse de l'eau de mer m'a fait choisir des exemples picturaux mais déjà vous voyez je parlais des arts plastiques des arts de l'espace la peinture est déjà un art bien particulier dans les arts de l'espace j'ai introduit une nouvelle détermination j'étais un peu long il le fallait et maintenant je peux progresser sur des bases plus solides je veux dire il y a d'autres arts plastiques
La peinture, art abstrait par essence
48:48 qui ne sont pas aussi abstraits que la peinture abstraite c'est pas la peinture abstraite ça si si si toute peinture est abstraite par essence précisément parce que toute peinture se déploie sur une surface c'est à dire sur un espace où on a fait abstraction d'une dimension qui est la profondeur la sculpture l'architecture sont plus concrètes dans ce sens là au sens empirique sens sensible que la peinture dans la peinture j'ai l'impression qu'elle a profondeur c'est une illusion magnifique qui s'appelle la perspective donc vous voyez dans la hiérarchie des arts dans l'esthétique de Hegel la peinture vient après l'architecture et la sculpture c'est parce qu'il y a une intériorisation progressive dans les géographies dans les genres artistiques dans les beaux-arts je ne vais pas dire ce que j'ai pas dit je n'ai pas dit que la sculpture c'est nulle et que la peinture c'est profonde Hegel le premier n'est pas tout à fait idiot a préféré mille fois un bon sculpteur à un peintre nul bien sûr mais toute chose restant égale par ailleurs on peut aller plus loin dans l'intériorisation avec la peinture
49:59 qui est à la limite à cause de l'abstraction qu'elle a faite de la profondeur des arts de l'espace et des arts du temps au-delà on bascule dans la musique alors là il n'y a plus de dimension du tout vous ne pouvez pas me dire qu'à longueur largeur ça fait combien de centimètres l'Art de la fugue de Bach par contre on peut dire il fait 12 minutes 06 dans la version Gould on est dans les arts du temps c'est une durée ce n'est plus une étendue ce n'est plus res extensa voilà je voulais bien bien insister là-dessus et donc rappeler que si j'ai choisi les tableaux c'est parce qu'on est déjà à une limite et j'ai pris exprès je vais en terminer là on va passer au texte trois tableaux qui pratiquement font une chronologie c'est un ordre tout bête c'est-à-dire celui le plus ancien est à gauche le plus récent en termes relatifs est à droite et au milieu il y a une transition donc alors à gauche les bergers d'Arcadie
Les Bergers d'Arcadie de Poussin et la campagne
51:10 de Poussin je ne suis pas fatigué j'ai pris le tableau peut-être le plus célèbre de Poussin Poussin étant le peintre le plus connu de ce qu'on appelle le classicisme toutes ces choses-là demandent à être creusées je suis en survol il faut que ce soit plus précis enfin le classicisme j'allais dire français mais quel classicisme n'est pas français si, c'est le grec tous les classicismes y compris le français se disent classiques par référence aux anciens vous savez qu'à l'époque de Racine on dit des grecs qu'on peut il faut toujours les imiter on peut essayer de les atteindre mais jamais les dépasser c'est comme ça c'est au plus égale à on dirait en relation d'ordre donc ça c'est le classicisme ordre unité harmonie tout ça je ne vais pas faire un cours d'histoire de l'art enfin il y a des invariants malgré tous les foisonnements des différences qu'il y a entre les artistes classiques il y a d'abord la référence antique est liée là est liée dans le titre les bergers d'Arcadie l'Arcadie c'est une région de Grèce qui était censée être le paradis des bergers du bucolique du bucolique idéalisé
52:20 par les bobos de Rome décadente oui non je ne dis pas ça péjorativement à chaque époque comme ça on ne dit pas les bobos on les a les patriciens les familles les establishments je vais vous parler en anglo-saxon oui à Rome il y avait des gens qui en avaient marre de Rome il y avait des écolos c'est pollué c'est bruyant c'est sale il y a plein de métèques qui en a marre bon alors ils avaient des corces ils avaient une propriété je fais parenthèse Aulu-Gelle les nuits attiques il a écrit les nuits attiques et il fait une typologie des esclaves c'est des conseils ils avaient tous des esclaves prenez une esclave une esclave d'Illyrie elle est docile les travailleuses ne prenez jamais d'esclaves corse la catastrophe rebelle paresseuse se laisse mourir plutôt que de faire ce que vous leur demandez de faire j'entends la paresse peut-être leur soif de liberté les corse c'est pas mal bon donc les patriciens de Rome avaient leur Beverly Hills c'est dans la région de Naples c'est Pompéi vous savez ça a Herculanum ils avaient tous une villa là-bas c'est à la fois
53:33 Megève et la Corse et la Croatie et tout ça c'est une résidence secondaire et la région de Naples s'appelle depuis toujours la Campanie c'est de là que vient notre mot campagne ah dites donc la campagne nature ou paysage vous avez déjà la réponse campagne ça vient de campus qui veut dire le champ c'est à dire un truc travaillé c'est déjà la nature est déjà supprimée vous voyez je continue à creuser j'ai pris un tableau là qui est censé montrer un extrait du paysage de la campagne la campagne par excellence je sais pas étymologiquement parlant il y en a un qui se penche il y a une gravure sur la stèle et sur la gravure deuxième référence à l'Antiquité il y a un extrait d'un vers de Virgile le plus grand poète latin n'est-ce pas et ego in Arcadia c'est à dire vous me bassinez tous et je suis poli moi je suis en Arcadie voilà moi je suis je suis dans un petit paradis terrestre etc c'est superbe vous voyez ces références antiques bon je ne veux pas simplifier encore maintenant il y a peut-être débat pour savoir le mystère de cette inscription renseignez-vous
54:43 surfez certainement mieux que moi sur le net c'est passionnant donc voilà vous voyez ce paysage comme il est incroyablement ordonné on dirait un parc la gauche et la droite sont un peu tronqués vous voyez regardez les coudes et les jambes c'est exactement l'équivalent de ce qu'on appelle en musique le contrepoint chaque coude il y a une symétrie entre les voies VOX ici si vous regardez bien vous voyez les genoux et mollets de l'un sont exactement la symétrie de l'autre inversée importance de la figure humaine au centre du paysage ça aussi c'est classique et là j'introduis une nouvelle détermination l'amour du paysage pour le paysage étant d'autant plus beau c'est le cas des deux textes qu'on va voir les deux parlent d'un endroit où il n'y a personne d'un endroit sauvage là on n'est pas dans la sauvagerie on est à la campagne une campagne très policée voilà donc il fait jour
Friedrich : la nuit, le sauvage et le paysage moderne
55:54 il y a de l'ordre il y a une référence à l'antiquité c'est à dire au monde d'Apollon au jour à la lumière le classicisme la lumière c'est net vous voyez il y a un angle droit le parthénon je vais vite à la droite c'est à l'inverse c'est la nuit attention on voudrait distinguer mais il y a une espèce d'hallucinante irradiation de la lune qui couvre tout et qui fascine les deux personnages qui nous tournent le dos c'est le plus grand peintre romantique allemand c'est pas moi qui le dit moi je ne suis pas là pour faire une distribution des prix il est considéré le plus grand peintre romantique allemand Caspar David Friedrich je sais que pas mal d'entre vous le connaissent qui est mort fou d'ailleurs comme la plupart de romantique allemand quand ils ne sont pas fous ils sont suicidés ou les deux comme c'est pour Nerval n'est-ce pas que le plus allemand des poètes français et dont son ami Heine qui a beaucoup mieux fini parce qu'il avait un énorme humour pas le même que Nerval un humour moins suicidaire Heine on dit que c'est le plus français des poètes allemands voilà en tout cas il a vécu de longues années à Paris deux hommes un homme et une femme ici en train de contempler la lune c'est pas un sujet c'est pas l'arcadie c'est pas le repos c'est pas c'est une nature
57:06 qui est déjà plus plus sauvage regardez les racines qui rappellent déjà Hogarth vous savez le peintre c'est frappant voilà donc j'ai fait exprès de penser le paysage au sens moderne c'est la partie de droite je suis sûr que vous tous vous dites qu'est-ce qu'on est bien ça nous change quand même ça nous change de Vitry je dis j'ai rien contre Vitry c'est vite pas parce que j'y habité c'est quand même ou de la place dite peu importe mais quand même quel silence quel calme personne il n'y a pas cette espèce d'abrutis de voisins oui c'est important quand on va voir sauvage vient du fait qu'on se sauve et les sauvages ont bien se sauvé quand on voit ce qu'on leur a fait d'ailleurs je ne comprends pas pourquoi ils se sauvent quand ils nous voient arriver je dis ça parce que c'est important la sauvageté non écrite comme dit Hölderlin quelque part donc ce paysage-là au sens moderne que le tableau de droite exprime bien qui est notre notion un peu
Lecture d'Atala de Chateaubriand
58:16 quand je ne précise pas j'ai dit on a vu des paysages pendant ces vacances extraordinaires je ne suis pas en train de vous décrire l'Alexander Platz à Berlin que j'aime beaucoup je préfère dire l'Alexander Platz ça a pas mal de paysages sublimes ce n'est pas la question je ne suis pas en train de faire du jugement de valeur c'est le centre de Berlin mais Berlin c'est une ville qui n'est pas très belle surtout par rapport à Paris mais qui est très très agréable et bien ventée Berliner Luft le tableau de droite exprime une culture la nôtre qui est récente je voudrais insister là-dessus aujourd'hui alors là je vais m'arrêter puisque nous avons deux textes dont le plus ancien celui de Rousseau celui de Chateaubriand est dans la foulée à Chateaubriand est un successeur immédiat de Rousseau Rousseau c'est la deuxième partie du 18e siècle vous voyez et c'est le plus ancien de ce qu'on va lire ceci dit j'ai des raisons non pas vicieuses croyez-moi bien mais didactiques de commencer par le Chateaubriand si vous voulez bien alors que dans la chronologie il vient juste après Rousseau n'est-ce pas je voudrais que voilà
59:26 si vous regardez bien le texte de Chateaubriand Atala vous descendez il y a un moment donné après une douzaine de lignes c'est le Nil des déserts vous voyez à peu près au milieu de la page c'est le Nil des déserts je ne sais pas si vous voyez là à peu près là vous voyez un peu au-delà de la première moitié de ce paragraphe et tu lis à partir de là mais la grâce est toujours unie mais la grâce est toujours unie à la magnificence dans les scènes de la nature tandis que le courant du milieu entraîne vers la mer les cadavres des pins et des chênes on voit sur les deux courants latéraux remonter le long des rivages des îles flottantes de Pistia et de Nénuphar dont les roses jaunes s'élèvent comme de petits pavillons des serpents verts des hérons bleus des flamants roses de jeunes crocodiles s'embarquent passagers sur ces vaisseaux de fleurs merci pardon je suis désolé pour ma voix off qui vient troubler la parole de on l'appelait l'enchanteur Chateaubriand vous commencez à comprendre pourquoi l'enchanteur incantare quelle symphonie celui-là
1:00:38 alors vous avez vu le nombre de couleurs qu'il vient de dire là non mais répète cette phrase c'est extraordinaire des serpents verts des hérons bleus des flamants roses de jeunes crocodiles s'embarquent passagers sur ces vaisseaux de fleurs et la colonie déployant au vent ses voiles d'or va aborder et endormi dans quelques anses retirées du fleuve merci merci beaucoup c'est bon merci alors attendez on ne s'est pas fini on va sauter à le dernier paragraphe alors la page suivante le dernier paragraphe qui commence à souvent à peu près au milieu là vous voyez à peu près au milieu souvent en début de presque en début de ligne là tout ça pour illustrer le thème de la couleur encore une fois allons-y souvent égaré d'arbre en arbre ces lianes traversent des bras de rivière sur lesquels elle jette des ponts de fleurs du sein de ces massifs le magnolia élève pardon son cône immobile surmonté de ses larges roses blanches il domine toute la forêt et n'a d'autre rival que le palmier qui balance légèrement auprès de lui ses éventails de verdure une multitude d'animaux placés dans ses retraites par la main du créateur
1:01:48 y répandent l'enchantement et la vie de l'extrémité des avenues on aperçoit des ours enivrés de raisins qui chancellent sur les branches des ormeaux des caribous se baignent dans un lac des écureuils noirs se jouent dans l'épaisseur des feuillages des oiseaux moqueurs des colombes de virginie de la grosseur d'un passereau descendent sur les gazons rougis par les fraises des perroquets verts à tête jaune des pivers empourprés des cardinaux de feu grimpent en circulant au haut des cyprès des colibris étincellent sur le jasmin des florides et des serpents oiseleurs sifflent suspendus au dôme des bois en s'y balançant comme des lianes merci beaucoup si j'avais cette voix là bon bariton basse un peu je connais mieux la musique et puis bon tempo c'est ça qu'il faut la démonstration est faite vous rendez on l'appelle l'enchanteur vous rendez compte quand même tous les côtés vous avez vu qu'il n'y a rien il n'y a rien qui porte sur une habitation humaine là-dedans il y a des ours qui se baladent il y a des perroquets il y a de ce que vous voulez
La terre vierge et la « solution initiale »
1:02:58 il y a des cataractes de fleurs qui tombent dans le Mississippi il n'y a pas de présence humaine s'il y en a ils vont avoir affaire à moi les indiens vous pouvez les chercher à part quelques abrutis avinés dans des réserves tu vois les américains ils sont plus intelligents que les allemands je dis ça parce que ce sont des allemands un peu plus voyous c'est pas moi c'est ma femme allemande qui m'a fait comprendre ça moi je suis comme Colombo j'écoute ma femme ça je l'écoutais donc voilà on a resté en très bon rapport mais quand même elle avait raison parce qu'elle connait bien le jazz donc elle connait l'Amérique elle connait l'Allemagne je me disais regarde bien tout ce qui est américain Wasp pas les latinos pas les noirs pas les indiens Wasp c'est des allemands c'est vrai Eisenhower Kissinger Bush déjà les anglais c'est des allemands les scandinaves les vikings non mais écoutez j'invente rien Catherine historienne vous êtes Catherine Catherine le peuplement de l'Angleterre pas l'origine à l'origine ils ont été liquidés c'est des danois surtout plus que des suédois c'est ça mais oui
1:04:08 c'est l'origine même des peuples germaniques voilà donc regarde les mobiliers elle a raison regardez la fin de l'apocalypse n'importe quoi Kubrick l'Odyssée de l'espace vous savez comme petit l'agonisant dans son lit le vieux regardez les mobiliers moi j'en connais plein en Allemagne des mobiliers comme ça ça fait un peu moderne mais pas trop vous voyez c'est allemand voilà j'adore l'Allemagne vous savez je me moque un peu là quand même bon j'aime tellement l'Allemagne que je préfère qu'il y en ait deux comme Mauriac oubliez parce qu'on se fait lyncher aujourd'hui c'est un peuplement avec je me suis père de mon fils ça c'est un coup des allemands excusez-moi oui oui merci bravo bravo bravo la solution finale les allemands quoi qu'est-ce qu'il y a c'est une notion historique dans le troisième Reich on disait maintenant il faut passer à la solution finale
1:05:18 vous voyez de quoi il s'agit quels imbéciles les allemands américains plus malins ils ont fait la solution initiale on les liquide d'abord on discute après non mais à l'heure où on s'apprête à faire la même chose au Venezuela je veux dire oui au moins je prends date après avoir organisé 300 000 coups d'état Ricardo qui nous vient du Chili ce qu'il en pense je suis sûr qu'on n'est pas tout à fait en désaccord là-dessus bastard salaud ça veut dire en anglais non c'est ça la bande où Nixon on l'a en direct quand il parle de Allende ce bastard ce salaud alors il n'est pas encore mort je ne boude pas l'américain mais non moi j'adore Clifford Brown grand trompettiste et oui j'adore Charlie Parker pas seulement j'adore Steinbeck Wells bien sûr j'en veux à l'atlantisme il n'y a pas que des américains à l'atlantisme croyez-moi il n'y a qu'à voir qui nous dirige allez revenons sur terre
1:06:28 au présent la solution initiale on liquide les indiens et après on rentre grâce à Hollywood j'adore Hollywood même avec cette turpitude et ces mensonges alors quand même la légende on est arrivé il y avait une terre vierge ah ben oui c'est l'on parle de Chateaubriand magnifique écrivain vous savez que c'est un fiefé réactionnaire normal il s'appelle François Alphonse René Chateaubriand il est breton il a des tas de raisons d'être contre-révolutionnaire on lui pardonne bon quand on écrit comme ça regardez Hans von Bülow je ne sais pas s'il y en a qui s'est dit quelque chose c'était qui, hein ?
1:07:12 c'est le mari de Cosima le mari de Cosima de la future de Mme Wagner sauf que Wagner c'est un petit musicaillon sorti de la plèbe qui n'avait qu'un geste à faire pour que toutes les femmes lui tombent dans les bras c'est pas moi c'est un grand historien de la musique qui a dit ça alors qu'il était petit il avait un menton en galoche bref et seulement le problème c'est qu'il prenait la femme à un petit prix il se tapait l'argent et la femme du mari oui oui et Hans de Bülow est un de ses cocus les plus célèbres peut-être sans doute le plus célèbre c'était un immense chef d'orchestre c'était le Karajan de l'époque chef charismatique un des premiers grands chefs au sens moderne charismatique qui met les foules en transe vous voyez et bien pourquoi j'en parle parce que quand je dis qu'on peut tout pardonner parce que Hans de Bülow dirige Tristan il faut être maso il dirige pendant ça dure 5 heures le pauvre vieux 5 heures de la passion torride que son rival a éprouvé pour sa femme y compris à la consommation à l'acte 2 qui est un véritable qui se termine par un véritable coitus interruptus pour moi qui le dis tous les musicologues sont au courant bon alors Hans von Bülow après une répétition la générale dit à son orchestre à l'homme qui a écrit cela on doit tout pardonner
Phèdre : le cercle de la cité
1:08:23 faites-en autant bon que Bülow que va venir je ne sais pas comme vous voulez Châteaubriand était une grande andouille mais alors je veux dire il fait exprès c'est le romantisme vient de surgir on en a marre de la cité de l'ordre je passe tout le temps d'une thèse à l'autre enfin à la thèse opposée c'est pour rester dedans parce qu'on voit mieux le rouge sur le vert que le rouge sur du bleu que le vert sur du bleu pardon donc je reviens à Racine par exemple pour bien faire comprendre ce que c'est que l'opposé le romantisme c'est-à-dire nous parce qu'on est encore dedans c'est là où j'insiste je reviendrai sur cette prolongation après mais oui prenez Phèdre parce qu'on en avait travaillé toute une année sur ce texte c'est pas prenez Phèdre tous ceux qui ont franchi le cercle de la cité meurent dans la pièce mais c'est comme ça les grecs s'évadent nous aussi qu'est-ce qu'on fait en vacances on va sur une plage déserte en Corse on essaye de faire en sorte qu'elle soit déserte ça coûte un peu plus cher ou alors il faut marcher ou avoir un bateau accoster des endroits inaccessibles
1:09:33 par en voiture voilà c'est tout ce qu'on cherche mais moi comme vous moi comme eux je ne sais pas si vous venez pour la première fois je ne suis pas encore sur la campagne je vais vous montrer un endroit où il n'y a personne et je vais maudire les congés payés et tout communiste que je sois dans l'âme dans l'âme mais en même temps je me fais une raison je dis depuis les congés payés on est quelques millions à vouloir avoir la plage pour soi tout seul qu'est-ce que vous voulez on s'organise c'est pas grave on met des poubelles la plage allez allez et puis voilà il y a des gens on discute une petite paillote là on peut prendre un café c'est quand même pas pas mal non plus allez bon passons je suis en train de vouloir montrer quoi que quand dans dans Phèdre il y a un cercle ça je voudrais bien que vous le représentiez dans votre tête au centre du cercle le foyer au centre d'Athènes de la cité il y a Thésée au centre de Versailles il y a Louis XIV c'est pareil pour Racine tout ça je suis en train de dégager une structure un isomorphisme entre Athènes et Versailles ici enfin l'Athènes de Racine bien sûr et Versailles au centre il y a Thésée
1:10:43 seulement voilà vous savez comme moi au début de la pièce il n'est pas là mince alors et vous savez que quand le chat n'est pas là les souris dansent les souris c'est ces pauvres héros qui vont croire il n'est pas là on peut faire ce qu'on veut attention et voilà que son fils cette andouille d'Hippolyte je fais exprès un peu par jalousie parce que c'est toute les lectrices l'aiment bien et oui le bel Hippolyte vous savez celui qui est un peu timide avec les femmes il est malin c'est Nerval qui dit que le débutant en amour connaissait bien son rôle Hippolyte la première fois qu'il est vraiment touché par une femme c'est la petite Aricie vous savez qu'Aricie c'est la seule femme d'Athènes dont Thésée qui est quand même le patron au niveau politique a dit celle-là aucun homme doit s'en approcher pas d'enfant rien c'est le dernier rejeton de la famille que j'ai exterminé jusqu'au dernier pour avoir le pouvoir dans Athènes donc pas question que la souche revienne ça c'est politique Thésée c'est un héros pas un romantique c'est un héros qui a libéré la Grèce du joug crétois en tuant le minotaure
1:11:53 c'est un héros et qui a donné l'asile à qui à qui il a permis de venir mourir sur le territoire d'Athènes au plus infortuné des Grecs allez oui merci à l'Oedipe bravo l'Oedipe il avait fait le crime le plus monstrueux donc il est condamné au pire des châtiments qu'il peut y avoir en Grèce quoi la torture non non il y a pire en Grèce c'est d'être condamné à ne pas rester dans la cité mais à errer entre les cités d'où vient l'expression bannie d'où vient banlieue et oui si vous lisez non pas Oedipe Roi que certains d'entre vous ont lu mais Oedipe à Colone que plus personne le livre est une splendeur qui est la suite c'est là il faut voir l'admirable mort de Thésée je vois alors que je l'ai qui de Thésée moi maintenant la mort d'Oedipe c'est pas avec Thésée qui l'accueille un gentleman sans son je peux mettre fin à Thésée et donc la seule femme
1:13:03 il n'y a que des transgressions Hippolyte ne serait jamais permis d'approcher d'un kilomètre d'Aricie quand son père est là et je vous l'avais montré arithmétiquement je ne dis pas mathématiquement tout le monde dit mathématiques pour dire des choses incertaines non arithmétiquement c'est du sérieux à savoir que dès la première tirade dès les premiers vers Hippolyte pour expliquer pourquoi il s'en va comme si on pouvait briser l'unité de lieu mourra avant de partir depuis plus de six mois éloigné de mon père j'ignore le destin d'une tête si chère j'ignore jusqu'aux lieux qui le peuvent cacher et quand son confidant il l'a fait comprendre ça va hé oh moi je suis votre esclave j'ai couru toute la Méditerranée je me suis inquiété avant vous je suis un fidèle compagnon de votre père je n'ai pas trouvé alors qui sait même s'il a envie que vous le cherchiez c'est un homme à femme votre père il dit tout ça il dit pas comme moi mais il dit ça qui sait même qui sait si le roi votre père veut que son absence on sache le mystère et si lorsqu'avec vous nous tremblons pour ses jours tranquilles et nous cachons de nouvelles amours ce héros n'attend point qu'une amante abusée cher Théramène arrête et respecte Thésée le fils tout d'un coup il interrompe pas question de parler des amours du père
1:14:13 quoi encore il n'aime pas l'amour il n'aime pas les femmes et puis on apprend à la fin la scène qu'en fait il s'en va parce qu'il est amoureux pour la première fois il a peur il s'en va et bien oui je crains je l'avouerai cette jeune Aricie reste d'un sang fatal conjuré contre nous il y arrive à la fin après que l'autre comme un bon psychanalyste a déjoué tous ses motifs de départ il finit par nommer la petite Aricie petite garce d'ailleurs on verra ça plus tard pardon pour ce langage sexiste mais on se comprend et c'est comme ça que Racine l'a décrit et d'avoir ses raisons la pauvre reste d'un sang fatal conjuré contre nous motif politique il prend un grand gaillard comme lui un vigoureux jeune homme qui a peur d'une fille qui est emmurée qui est assignée à résidence enfin quand même l'autre lui dit Thésée ouvre vos yeux en voulant les fermer un vrai psychanalyste l'interdit de votre père fait qu'elle a du charme pour vous et sa haine à Thésée irritant qu'une flamme rebelle prête à son ennemi une grâce nouvelle enfin d'un chaste amour pourquoi vous effrayez le dit il voudrait bien que son jeune maître
1:15:23 soit un homme quoi alors il faut aller au turbin des fois quand même dans la vie alors s'il a quelque douceur n'osez-vous l'essayer craint-on de s'égarer sur les traces d'Hercule Hercule était un grand amant en croirez-vous toujours un farouche scrupule cher Théramène je pars et vais chercher mon père vous voyez il n'y a même pas d'aveu paf il interrompe et il s'en va or depuis plus de six mois je ne pars pas mon fil j'ai dit arithmétiquement on apprend trois actes plus loin quand il fait enfin son aveu à Aricie quand il a le courage vous voyez devant vous un prince déplorable quand il fait ce portrait narcissique de lui mon arc mon javelot mes flèches tout m'importunes je ne me souviens plus des leçons de Neptune mes seuls coursiers oisifs ont oublié ma voix pardon je ne sais plus mon arc mon javelot je me souviens plus de Neptune mes coursiers oisifs ont oublié ma voix sans doute le récit d'un amour si sauvage regardez comme il se décrit vous faites en m'écoutant rougir de votre ouvrage quel étrange captif pour un si beau lien
1:16:33 mais l'offrande à vos yeux ont été plus chers songez que je vous parle une langue étrangère celle de l'amour et ne rejetez pas des vœux mal exprimés qu'Hippolyte sans vous n'auraient jamais formés ce mot au début je ne vous l'ai pas dit je l'ai gardé pour la fin depuis plus de six mois honteux désespérés portant partout le trait dont je suis déchiré contre vous contre moi vainement je m'éprouve six mois que le père est parti six mois que je suis amoureux de vous écoutez ce n'est pas diabolique ça je vous dis que la poésie c'est plus exact que la mathématique je ne le dis pas comme ça je dis que la seule différence entre la mathématique et la poésie c'est que la poésie c'est une science exacte une boutade ça c'est le monde de la cité chez les grecs on s'évade vous voyez je reprends mon film maintenant on ne va pas chercher une plage déserte non on s'évade de la nature dans la cité la cité est l'ailleurs de la nature comme disent quelques urbanistes modernes dans le tableau de droite c'est l'inverse et en plus la nuit quand tout le monde dort le romantisme
Le fantasme dans les discours sur la nature
1:17:43 c'est ça vous me sentez venir je vais dire qu'il y a un côté fantasmatique derrière l'écologie certains écolos je vous rappelle que je suis préhabilité pour tout ce qui détruit l'environnement collectif et donc privé puisque l'homme est un zoon politikon et que le privé est situé dans un collectif voilà donc il ne s'agit pas de ça je parle je ne m'y connais pas moi je ne sais pas moi le réchauffement tout ça je ne suis pas savant et je ne connais aucun savant assez omniscient pour être vous êtes quoi vous physiciens ça c'est bien et vous la chimie vous êtes quoi écologiste ça veut dire le mec il est chimiste physicien géologue astrophysicien fumisterie déjà Bachelard disait dans les années 50 que la chimie ça n'existe plus un physicien ça n'existe plus un physicien des surfaces je ne sais pas moi spécialisé en quoi toi toi là-bas Erwan à qui vous devez vous adresser pour les adhésions pardon l'optique voilà on peut y passer sa vie tu es d'accord voilà
1:18:53 oui ben voilà moi j'en connais j'ai connu des types qui étaient dans une équipe de nobelisables au CNRS ça faisait 20 ans qu'ils travaillaient non pas sur le liquide d'en haut vous savez les liquides non miscibles là sur le liquide d'en haut ni celui d'en bas mais sur les phénomènes qui se passaient entre les deux entre l'huile et l'eau vous voyez dans un verre quand même écologiste c'est l'environnement mais l'environnement il y a tout vous vous rappelez mon histoire d'hélicoptère géographie physique géographie humaine ils sont sociologues psychologues comme démographes c'est quoi encore c'est ça je critique je ne critique pas l'action louable de ceux qui comme Hercule et Thésée nous débarrassent des monstres qui empêchent à l'homme d'habiter sur cette terre pour transformer cette terre et cette planète comme on dit aujourd'hui le mot m'agace en un monde le mot m'intéresse la planète elle sera là quand on sera tous morts ne vous inquiétez pas pour elle elle ne va pas mourir elle a liquidé les dinosaures elle sans sourciller et même plus tard au moment des volcans sibériens pour ceux qui s'y connaissent un peu comme moi c'est à dire très peu 95% des espèces
1:20:06 de l'époque ont disparu à cause des émanations des volcans mais quand même vous voyez on est tous des descendants de ceux qui ont survécu il va y avoir de l'espoir non je viens me battre pour que l'admirable panthère des neiges vous connaissez cet animal superbe peut-être une des plus belles robes de félins recherchez votre Google panthère des neiges vous penseriez à moi là image laissez le barata image et il paraît qu'elle revient un peu quelques efforts donc je viens de me battre pour qu'elle survive l'homme doit être le berger de la nature et non pas son ennemi voilà donc je me bats contre des discours voilà je vous rassure je ne bats contre des actions contre des discours avec ce qu'ils ont de captieux et des déplacements qu'ils font en particulier fantasmatiques voilà si on retranche de l'écologie tout ce qui est de l'ordre du fantasme je répète l'exemple que donne Freud qui est saisissant je m'étonne toujours que dans les discussions pour anti-écologie on n'aborde jamais le champ symbolique qui est peut-être le plus important pour comprendre les discours sur la nature enfin pour comprendre la nature ça il faut demander aux physiciens donc Freud prend l'exemple
1:21:17 de ce patient qui lui avait dit docteur j'ai eu une rechute j'ai eu une crise de palpitations j'ai eu une rechute en rêve mais quand je me suis réveillé les palpitations ne sont pas calmées vous avez rêvé quoi j'étais en train de labourer mon champ je ne sais pas en plein soleil je me rappelle qu'il faisait chaud et tout d'un coup j'étais pris d'une crise de palpitations il faut dire vous m'étonnez vous êtes en train de labourer la mère sous l'œil du père on ne voit pas ce côté là il ne faut pas toucher à la mère Gaïa vous savez vous entendez sa maman maman Gaïa etc dans l'ordre symbolique ça se comprend la terre est nourricière on ne se nourrit pas de rocher et puis il y a plus d'ammoniaque dans l'univers que de verdure croyez-moi statistiquement il existe certainement des êtres vivants dans d'autres galaxies mais enfin je veux dire c'est pas la règle apparemment et statistiquement ça doit exister pour l'instant on ne connait que la nôtre on ne connait plus de s'en occuper je suis bien d'accord Gaïa c'est une fantasmatique tout ça la terre mère regardez Cybèle la déesse qui représente la terre dans la mythologie romaine
1:22:27 qui est une transformation de la mythologie grecque elle a 20 tétines c'est pas que chaque fois on la représente elle allaite l'univers l'humanité voilà et quant au bel océan sur lequel flotte la coquille de Vénus le tableau de Botticelli vous connaissez tous est-ce qu'il y en a quelques-uns d'entre vous qui savent quelle était la nature de l'océan dans la mythologie grecque c'est pas du chlorure de sodium voilà ce que je vais dire vous savez elle flotte sur le sperme d'Uranos je ne plaisante pas vous trouvez ça dans Hésiode vous lisez tout on connait à peu près le plus de mythologie avec Ovide aussi le latin à savoir chez Ovide c'est les métamorphoses ça existe en poche il y a une espèce de compil la mythologie grecque mais chez Hésiode surtout pour être archaïque donc à l'origine il y a Uranos le ciel le père qui passe son temps à violenter la terre le ciel violente la terre tellement qu'elle en a marre la terre d'accoucher pour rien
1:23:37 d'être violentée et donc un jour elle demande à comment il s'appelle le dieu forgeron à Héphaïstos Vulcain une paire de ciseaux et elle lui coupe c'est dans la mythologie ça la semence jaillit et fait un nouveau titan Oceanos l'océan et c'est sur cet océan que flotte la déesse de l'Éros ben oui n'est-ce pas Cypris venant aborder comme ça l'île de allez je viens de vous le dire en grec de Chypre merci voilà l'île de Vénus vous voyez il y a une part tellement fantasmatique dans notre rapport maintenant qu'on a vu que c'est une surface sur laquelle j'ai parlé de cinéma tout à l'heure de l'écran qui retient la projection et bien le monde extérieur que Kant a eu tellement raison d'appeler le phénomène c'est pas le réel surtout quand on nous voit comme nous en surface on n'est pas scientifique ce n'est pas le réel c'est l'écran sur lequel nous projetons nous projetons comme sujet alors que nous croyons qu'on a affaire à des objets ce qui s'agit là c'est le monde du sujet voilà c'est là où je voulais en arriver vous voyez
La nuit où toutes les vaches sont noires
1:24:47 il en a fallu du temps pour arriver à ce que Hegel la nuit regardez le tableau de droite la nuit où toutes les vaches sont noires Hegel se moque un peu des romantiques qui disaient que l'absolu dans l'absolu je pense à Schelling je ne me trompe pas le philosophe préféré des romantiques attention subtil et profond je ne suis pas en train de caricaturer le point faible c'est que son absolu à lui on ne peut en dire aucune détermination précise un peu comme le nirvana vous savez dans la spiritualité hindoue ce n'est pas une religion c'est une profonde spiritualité on ne vous dit jamais ce que c'est que le nirvana quand on demandait au Bouddha quand ses bhikkhus c'est-à-dire les moines en sanskrit on lui demandait c'est comment le nirvana on n'y est ni couché ni debout il n'y a ni droite ni gauche il n'y a ni haut ni bas on n'en peut en parler que négatif vous voyez il n'y a aucune détermination positive on ne peut pas dire comme le plomb qui fond je crois que c'est 500 degrés voilà on ne peut pas dire comme l'eau il bout à 100 degrés il n'y a pas de propriété il n'y a pas de détermination propriété eigenschaft c'est le même mot pour la propriété au sens juridique économique
1:25:57 et en chimie c'est le même mot en allemand vous savez l'homme sans qualité le célèbre roman de Musil le titre allemand c'est Mensch ohne Eigenschaft sans qualité ça veut dire sans propriété ça fait partie des qualités du miel d'être sucré par exemple il n'y a rien de tout ça dans l'absolu et donc il n'y a aucune détermination et donc Hegel disait par ironie faire passer l'absolu pour la nuit où toutes les vaches sont noires c'est là l'ingénuité du vide dans la connaissance voilà en français on dirait la nuit où tous les chats sont gris ça revient un peu au même vous savez qu'il y a une division SS qui s'appelait Nacht und Nebel nuit et brouillard non je suis sérieux je ne suis pas en train de dire que le jour est plus à gauche que la nuit à l'une je ne veux pas dire des conneries mais je veux dire il y a une certaine façon d'utiliser le nocturne admirable ici et qui peut être terrifiante ailleurs n'est-ce pas Nacht und Nebel circuler il n'y a rien à voir je vous dis que je suis arrivé sur une terre vierge avec le fusil dans la main droite la Bible dans la main gauche
1:27:07 et avec des bisons le premier sauvage qui en touche va avoir un bon indien est un indien mort voilà solution initiale je referme ma longue parenthèse bien je voudrais bien que tu me lises le début du rousseau maintenant oui alors les couleurs très rapidement les couleurs vous savez que vos questions vous pouvez les poser en direct après comme on va diffuser en ligne dans pas longtemps n'est-ce pas Philippe mais pour l'instant je voudrais qu'on entame le début de la cinquième promenade j'ai commencé par le Chateaubriand pour faire le contraste avec Rousseau il n'y a jamais de couleur dans Rousseau et dans ce moment il n'y a pas de couleur vous allez voir qu'il n'y a rien tout ce qu'il voit devant lui il va l'anéantir et somnoler et fermer les paupières c'est tout le contraire de la chateaubriand qui ne fait que nous donner à voir chateaubriand il nous amène au cœur de la géode il dit voilà le Mississippi là c'est exactement l'inverse il n'y a qu'une fois où il y a deux couleurs chez Rousseau c'est presque par provocation
Rousseau : pas de couleurs, des sons
1:28:18 contre Voltaire qui aime décrire Le Mondain les tapis les intérieurs qu'est-ce que Rousseau qui va chercher dans la forêt il faut être fou pour aller dans la forêt du décor dans la lettre à Malesherbes, l'or des genêts et la pourpre des bruyères me frappaient d'un luxe qui touchait mon cœur. C'est la seule fois où on voit des couleurs bien déterminées chez Rousseau. Allons-y. Les rives du lac de Bienne sont plus sauvages et romantiques que celles du lac de Genève, parce que les rochers et les bois y bordent l'eau de plus près. Mais elles ne sont pas moins brillantes.
1:28:49 S'il y a moins de culture de champs et de vignes, moins de villes et de maisons, il y a aussi plus de verdure naturelle, plus de prairies, d'asiles ombragés, de bocages, des contrastes plus fréquents et des accidents plus rapprochés. Comme il n'y a pas sur ces heureux bords de grandes routes commodes pour les voitures, le pays est peu fréquenté par les voyageurs. Mais il est intéressant pour des contemplatifs solitaires qui aiment à s'enivrer à loisir les charmes de la nature et à se recueillir dans un silence que ne trouble aucun autre bruit que le cri des aigles, le ramage entrecoupé de quelques oiseaux et le roulement des torrents qui tombent de la montagne.
1:29:23 Merci. Une pause. La dernière phrase. Je vous dis qu'il n'y a pas de couleur, il n'y a pas grand chose à voir, c'est des généralités, des asiles, des ombrages. Il dit, vous voyez, ça pourrait être un peu n'importe où alors qu'il est dans un endroit bien déterminé. Mais par contre, il y a des sons. On rappelle la dernière phrase dans un silence. Mais il est intéressant pour des contemplatifs solitaires qui aiment à s'enivrer à loisir des charmes de la nature et à se recueillir dans un silence que ne trouble aucun autre bruit que le cri des aigles, le ramage entrecoupé de quelques oiseaux et le roulement des torrents qui tombent de la montagne.
1:29:58 C'est-à-dire des trois, ce sont des sons, c'est-à-dire des choses qu'on peut percevoir en fermant les yeux et peut-être même qu'on perçoit d'autant mieux qu'on ferme les yeux. Ça nous est tous arrivé sur la plage d'écouter la rumeur marine, en fermant les yeux, vous avez tellement nagé, on a le droit de se reposer. Quand on écoute le coquillage comme ça, quand la rumeur s'amplifie, on ferme les yeux pour mieux l'entendre. Chose que le son partage avec le goût. Et oui, la cuisine et la musique, il y a un rapport.
1:30:31 Je parle de la cuisine, je ne parle pas de la nourriture. On ne bouffe pas de la nourriture comme un chien par terre. Non, la cuisine, c'est le plaisir dans le fait de se nourrir. C'est encore différent, n'est-ce pas ? Or, quand c'est bon, ils ferment les yeux. Ah, dis donc, je ne sais pas comment tu fais, il n'y a qui, là, mais oui, vas-y. Ce beau bassin d'une forme presque ronde enferme dans son milieu deux petites îles. L'une habitée et cultivée d'environ une demi-lieue de tour, l'autre plus petite, déserte et en friche, et qui sera détruite à la fin par les transports de terre qu'on en ôte sans cesse pour réparer les dégâts que les vagues et les orages font à la grande.
Le premier « romantique » et le bassin presque rond
1:31:11 C'est ainsi que la substance du faible est toujours employée au profit du puissant. Alors, bien sûr, je m'arrête. Vous retrouvez le grand Rousseau politique, là, tout de suite. Il est en train d'un décor où il n'y a personne. Et tac, tout de suite, une métaphore politique. Le maître et l'esclave sont déjà là. Bon, je fais un petit bilan de tout ce qu'on vient de lire depuis le début. Les rives du lac de Bienne sont plus sauvages et plus romantiques que celles du lac de Genève. Alors, écoutez, c'est important, même solennel, c'est la première fois que le syntagme romantique apparaît dans notre littérature.
1:31:42 Dans les années 1760, donc. Et à l'époque, ce n'est pas tout sens que j'essaie de lui donner maintenant, depuis la réflexion sur la modernité, quand le terme apparaît, il est très technique, il est très précis. Il désigne la manière anglaise de faire les jardins. À l'anglaise, si vous voulez, donc plus sauvage, comme ça, par opposition aux jardins à la française, aux angles droits et aux ifs taillés en sphère parfaite, en boule ou en randonnion, comme on dit. Voilà, que ce soit bien précis. Plus sauvage et romantique, ça va ensemble.
1:32:14 Vous voyez, ça confirme, on fait un bilan de tout ce qu'on a vu. C'est plus clair maintenant, le texte, il est dense. Je dis ça parce qu'on a la tendance à glisser sur une langue aussi fluide. Bon, alors, après avoir insisté qu'il y a moins de vignes, moins de cultures, etc., mais qu'il y a plus d'asile, de verdures, etc., il dit ce beau bassin d'une forme presque ronde. Vous avez entendu ? Ça a été tellement bien articulé. Ce beau bassin, il y a le lac de Neuchâtel qui est un petit peu en longueur, puis au bout du lac de Neuchâtel, comme un point sur un i, il y a le lac de Bienne qui est plus petit qui est le point, si vous voulez.
1:32:49 Un gros point en rond. Et oui, oui, c'est vrai qu'il y a une île. Je suis en train de montrer que le paysage est une fantasmatique. Ce n'est pas non plus une photographie, ce n'est pas un reportage. la littérature que dessert l'universel reportage dit Mallarmé. Déjà. Il y a bien une île, l'île Saint-Pierre, on y va parler, mais c'est en tout cas. Mais d'abord, ce n'est plus une île. Elle est très près de la côte et non pas au centre. Et c'est pour ça, il y a ce beau bassin d'une forme presque ronde.
1:33:21 L'imagination ne va pas s'empêcher de pousser l'île vers le centre. D'accord ? C'est le nourrisson inconsciemment qui parle ici et qui se remet dans le ventre maternel. C'est extraordinaire. Il n'y a pas qu'à lui, tu interprètes, tu dis que tu n'aimes pas l'interprétation. Non, non. Plus on va lire le texte, plus c'est flagrant. Mais pour l'instant, je vous dis dogmatiquement, je vous autorise à ne pas en être... parce que dire que ce n'est pas vrai, mais en tout cas, vous pouvez en être certain, la certitude n'étant pas la vérité. Ce beau bassin en passant ronde abrite dans...
1:33:53 abrite dans... je ne m'en rappelle plus. Enferme dans son milieu deux petits... Enferme dans son milieu, vous voyez. Il veut que ce soit bien au milieu. Il se recentre là. On est loin de Chateaubriand. Chateaubriand, il était partout. Oui ? Ah non, tu ne relis pas le même paragraphe, tu continues. J'enchaîne. Pardon. Alors ne soyez pas surpris, je ne vais pas lire exactement dans le... Oui, c'est du français ancien, donc on actualise.
La barque, la rêverie délicieuse et le bain
1:34:24 L'exercice que j'avais fait dans la matinée et la bonne humeur qui en est inséparable me rendait le repos du dîner très agréable. Mais quand il se prolongeait trop et que ce beau temps m'invitait, je ne pouvais longtemps attendre et pendant qu'on était encore à table, je m'esquivais et j'allais me jeter seul dans un bateau que je conduisais au milieu du lac quand l'eau était calme. Je t'interrompe de nouveau. Alors ça ne suffit pas, je suis dans une île, je suis au bord de l'eau, ça ne suffit pas. Je me mets dans une barque encore plus près de l'eau, vous voyez ? Et ce n'est pas fini, continue, tu vas voir la progression.
1:34:55 Vous allez voir. Et là, m'étendant tout de mon long dans le bateau, les yeux tournés vers le ciel, je me laissais aller et dériver lentement au gré de l'eau, quelquefois pendant plusieurs heures, plongé dans mille rêveries confuses mais délicieuses et qui, sans avoir aucun objet bien déterminé ni constant, ne laissait pas d'être à mon gré cent fois préférable à tout ce que j'avais trouvé de plus doux dans ce qu'on appelle les plaisirs de la vie. Merci. Alors là, c'est énorme. Mille rêveries confuses et délicieuses qui, sans avoir aucun objet déterminé, on ne peut pas être plus précis que cette imprécision.
1:35:27 Il le dit très bien. D'abord, il a les yeux tournés vers le ciel. On a tout le contraire de Chateaubriand qui passe le temps à nous montrer des tas de choses différenciées, des ours, des singes, des passereaux, des hérons, bleu, jaune, vert, rose, fluo. Pour lui, il n'y a pas de mec, pas de sauvage. Mais là, il nous a un peu planté le décor au début. Il n'y a pas de culture, il y a tout ça, c'est sauvage. Mais là, il a tourné vers le ciel. Il n'y a plus rien à voir.
1:35:59 Par contre, il est plongé dans une rêverie confuse, mais délicieuse. Alors, regardez bien, ce mot va revenir dans le texte. Mais avant qu'il revienne, prenons garde qu'il s'agit d'une métaphore orale, buccale, au sens propre de délicieux, c'est ce qu'on mange. Je vais parler de nourrissons. Vas-y. Souvent averti par le baissé du soleil de l'heure de la retraite, je me trouvais si loin de l'île que j'étais forcé de travailler de toute ma force pour arriver avant la nuit close. D'autres fois, au lieu de m'égarer en pleine eau, je me plaisais à côtoyer les verdoyantes rives de l'île, dont les limpides eaux et les ombrages frais m'ont souvent engagé à m'y baigner.
1:36:35 Bon sang. Je vous ai dit que le bateau, ça ne suffit pas, il faut encore qu'il plonge dans l'eau. Mais ça ne se faisait pas à l'époque. Ne me demandez pas la marque de son maillot de bain. Mais il n'y avait pas d'industrie du bain. L'eau était crainte, c'était la fluxion, c'était la maladie, c'était... Oh là là là là... Une bronchite qui vous emportait. Ça veut dire qu'il se baignait nu. Le contact direct. Oui.
1:37:05 Je vous dis qu'il y a une progression de la réalité vers le fantasme. Il y a une logique fantasmatique du texte basique. Quand le lac agité ne me permettait pas la navigation, je passais mon après-midi à parcourir l'île en herborisant à droite et à gauche, m'asseyant tantôt dans les réduits les plus riants et les plus solitaires, pour y rêver à mon aise, tantôt sur les terrasses et les tertres, pour parcourir des yeux le superbe et ravissant coup d'œil du lac et de ses rivages couronnés d'un côté par des montagnes prochaines et de l'autre élargis en riches et fertiles plaines dans lesquelles la vue s'étendait jusqu'aux montagnes bleuâtres plus éloignées qui les bornaient.
1:37:40 Voilà. Pardon, c'est agaçant mes interruptions pour vous et pour Grégory et pour moi d'ailleurs. mais à gauche, les montagnes proches et à droite, les montagnes bleuâtres qui les bornaient. Autrement dit, il se débrouille pour circonscrire au sens propre, inscrire dans un cercle. Je m'inscris dans le centre d'un cercle. Circumscribere. Vous voyez ? Déjà, le reste du monde, tout ce qui est au-delà de ces montagnes, il ne veut pas savoir. C'est pour ça que j'aime ce coin. Il est clos par rapport à tout le reste de l'univers, premièrement.
1:38:12 Et, c'est où ? Merci. Oui, m'assayant tantôt dans des réduits solitaires, et réduits, ça veut dire des endroits un petit peu clos, fermés, tantôt, au contraire, sur des tertres en hauteur. Vous voyez ? Il y a une dialectique ici du cacher et de l'exposer. Je n'en ai pas plus, vous allez voir la suite. Quand le soir approchait, je descendais des cimes de l'île. Je m'arrête encore là. Quand le soir arrive, c'est l'inquiétude.
« L'agitation de l'eau fixant mes sens »
1:38:44 On voit la nuit, comme les fleurs qui se referment, c'est l'obscurité. Plus question de rester exposé. On verra un texte admirable d'Edgar Poe qui développe ce thème. Pour l'homme qui a la mort dans le cœur, il craint l'éloignement comme la peste. Éloignement, c'est le spectacle qu'on voit d'un paysage qu'on voit d'une hauteur. Pensez à la chèvre de M. Seguin qui est un petit peu angoissée quand elle voit tout d'en haut, quand elle voit sa petite maison à son enclos en bas. La fin est proche. Et, or là, quand le soir approchait, vas-y maintenant, vous allez voir.
1:39:16 Je descendais des cimes de l'île et j'allais volontiers m'asseoir au bord du lac sur la grève dans quelques asiles cachées. Là, le bruit des vagues et l'agitation de l'eau fixant sur mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation, la plongeait dans une rêverie délicieuse. Deuxième fois. Délicieuse. Où la nuit me surprenait souvent sans que je m'en fusse aperçu. Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléait au mouvement interne que la rêverie éteignait en moi et suffisait pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser.
1:39:51 De temps à autre naissaient quelques faibles et courtes réflexions sur l'instabilité des choses de ce monde dont la surface des eaux offrait l'image. Mais bientôt, ces impressions légères s'effaçaient dans l'uniformité du mouvement continu qui me berçait et qui, sans aucun concours actif de mon âme, ne laissait pas de m'attacher au point qu'appelé par l'heure et par le signal convenu, je ne pouvais m'arracher de là sans effort. Bon, quand je vous ai dit que je ne vante rien, quand même, on est passé à tous les aveux, à son insu même.
1:40:21 Quand le soir approchait, je descendais des cimes de l'île. Alors, on va voir ça de plus près. Et j'allais volontiers m'asseoir et je ne reste même pas debout. Au bord de la grève, en quelques asiles cachés. Alors, déjà, on a vu que toute la région est un asile par rapport au reste du monde. Vous voyez, c'est des asiles en abyme. Là, le bruit des vagues. Il n'y a plus rien à voir, on n'est pas dans Chateaubriand. Mais qu'est-ce qu'il y a à entendre ? Le bruit des vagues.
1:40:51 Chassant de mon âme, tout autre. Non. C'est ça. Là, le bruit des vagues. L'agitation de l'eau fixant mes sens. Ah oui, l'agitation de l'eau, pardon, fixant mes sens. Attendez, mais c'est un paradoxe. C'est nos sens qui fixent, normalement. Je fixe du regard Samuel. Bonsoir Samuel. Ou l'horloge, pour voir le temps qui me reste. C'est nos sens qui fixent le monde. Et là, non. C'est lui qui est fixé par les choses.
1:41:21 C'est extraordinaire. C'est une inversion. Il est, vous diriez aujourd'hui, scotché par le flux et le reflux de l'eau. Arrête de bouger, je hypnotise. Vous voyez ? Fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation, sous-entendu que celle des sens. Vous voyez comme il s'animalise, il n'y a plus de pensée. Il n'y a plus que des sens. Ça, les chiens, mon chien, il a encore mieux que moi, les sens en éveil, n'est-ce pas, dans un paysage. Chassant toute autre agitation, la plongeaient, mon âme, dans une rêverie délicieuse.
1:41:55 Deuxième fois. Ou la nuit, la donneuse d'émerveillement. me surprenait souvent sans que je m'en fusse aperçu. Perte de notion du temps, la nuit, les sons, et rien à voir, je vous dis qu'on est dans le monde prénatal. Au point qu'appelé par l'heure, ah oui, quelquefois naissait quelque courte et faible réflexion, là on revient à la vie un peu active, je réfléchis, je pense, c'est écrit, sur l'instabilité des choses de ce monde, vous savez, comme les vieux sages stoïciens, dont la surface des eaux m'offrait l'image, oui, une comparaison assez banale.
1:42:34 Mais bientôt, ces impressions légères elles-mêmes s'effaçaient, comme si c'était déjà trop la surface des eaux. Dans quoi ? Dans l'uniformité du mouvement continu qui me berçait. Voilà, Rousseau ne pense pas à ce que je dis, mais il fait mieux que le penser, il le dit. Je ne répéterai jamais assez souvent, c'est qu'il exprime une structure, il l'amène à la surface du texte. C'est remarquable. Voilà, on va rester là pour aujourd'hui. Merci beaucoup Grégory.
1:43:04 Merci beaucoup. On a 10 minutes de questions, mais enfin, vous aurez beaucoup plus de temps en les posant en ligne, n'est-ce pas ? En les posant par Facebook, mais moi, je serais ravi, on en a 10 minutes, on ne va pas les gaspiller si vous avez une question immédiate. C'est une question très générale qui n'est pas liée à nature ou paysage, mais c'était juste sur les deux questions, la philosophie qui distingue avec les sciences et pourquoi, que puis-je savoir, pourquoi ça distingue des sciences naturelles ?
Question du public : philosophie et sciences
1:43:42 Pourquoi ? Pourquoi c'est une question qu'on n'a pas en partage avec les sciences naturelles ? Si, si, si. Ah, je croyais que tu avais que... Si, si. La philosophie a une complicité avec les sciences. Ceux qui sont en première et qui se disent, quand je vais être... et qui sont très bons en lettres, comme une bonne note en rédaction, dissertation, se disent en terminale, je vais pouvoir faire la littérature mais beaucoup plus approfondie en philosophie. Contre sens. En philosophie, il y a justement une complicité avec les mathématiques plus qu'avec la littérature par certains aspects. C'est qu'on ne veut pas seulement parler, on veut parler pour dire des choses vraies.
1:44:12 C'est peut-être une ambition démesurée, ça. C'est ce que dit le sceptique, par exemple. Et c'est l'illusion que se donnent certains d'être un peu trop immédiatement dans le vrai. C'est les dogmatiques. Les deux frères ennemis dont aucun des deux n'est philosophe. Puisque tous les deux se dispensent de l'essentiel qu'est la recherche. Le dogmatique parce qu'il croit savoir, il n'a pas besoin de chercher. Le sceptique parce qu'il dit qu'il n'y a rien à chercher, la vérité n'existe pas. C'est commode parce que dans les deux cas on ne cherche pas. Allez, soyons sérieux, le philosophe travaille. Il voudrait arriver, lui aussi, à ce qu'on appelle l'universel et le nécessaire chez Kant.
1:44:45 Par exemple, des propositions qui sont valables toujours et partout et pas seulement vrai à Paris mais fausse à Montauban, vrai le lundi, fausse le mardi. Voilà, en gros. Seulement pas sur les mêmes objets par rapport aux sciences naturelles. Il ne cherche pas à savoir comment se reproduit telle fleur, etc. Si elle est sexuée ou pas. Il ne veut pas savoir le temps que met la lumière d'une étoile à nous arriver et pourquoi elle met tant de temps, etc. Je veux dire, ça, il faut laisser ça aux sciences dont c'est la spécialité qui ont ces phénomènes pour objets.
1:45:21 Elle retourne, je l'ai dit tout à l'heure, le questionnement vers le soi. C'est la folie de la philosophie d'où le boitillement dont je parlais tout à l'heure. Ce n'est jamais très satisfaisant. Pas seulement de vouloir parler que langage naturel pour arriver à la vérité. On a vu qu'il n'est pas fait pour ça à l'origine. Elle essaie de l'élever à la vérité. Ce n'est pas une mince affaire. Mais surtout, elle s'efforce d'arriver à l'universel et le nécessaire sur des objets qui ne sont pas dans la questionnement scientifique.
1:45:54 Là, je réponds vraiment à ta question. C'est-à-dire que l'axe de toutes les sciences, je simplifie, c'est plus nuancé que ça, mais grosso modo, c'est quand même le vrai et le faux qui est important en matière de science. Ce n'est pas le bien et le mal, ce n'est pas l'objet de la science. Je le répète toujours, un savant peut se poser la question du bien et du mal, bien sûr, en tant qu'homme à chaque instant, mais pas en tant que savant. Je veux dire, ce n'est pas ces études de chimie ou de botanique qui le rendent à même de savoir ce qui est bien pour la cité, ce qui est bien pour ma famille, ce qui est bien pour moi-même.
1:46:26 Ou mal. À ce niveau-là, quelquefois, l'ignorant en sait plus. Je pense à l'homme de la rue, à Abidjan, vraiment l'africain qui est un analphabète qui n'est même pas allé à l'école. Il y en a encore beaucoup dans le continent de l'oralité. Avec ce mot qu'on trouve souvent dans les rues d'Abidjan, la mort, c'est rien, c'est l'homme qui a peur seulement. C'est beau, hein ? La mort, c'est rien, c'est l'homme qui a peur seulement. Vous avez là toutes les recherches du stoïcisme qui sont résumées dans une phrase d'une simplicité saisissante.
1:46:56 Sagesse. Ce n'est pas du savoir, c'est de la sagesse. C'est-à-dire, laisse tomber, ne fais pas du souci pour rien. Et quand quelqu'un est mort, on ne dit pas que Dieu ait son âme, on dit que la terre lui soit légère. Donc, c'est une manière de répondre à ta question, le bien et le mal, ça donne un objet propre à la philosophie. C'est ce que Kant dit de devoir répondre à la question que dois-je faire ? Alors, tantôt c'est la morale, tantôt le droit, la politique. Surtout, le problème, comme disait Aristote, c'est que la mathématique unit les hommes, la politique les divise.
1:47:28 On peut terminer là-dessus ? Et vous ? Merci pour ta question. Merci beaucoup.