Chemins (sub-sahariens) de la PraxisSoutenir
Sous-titres

D. Pagani / Réponse de M. Clouscard à C. Morilhat (1987)

Sur Michel Clouscard · 4/13 En ligne le 23 août 2019 1 h 49
Ouvrir sur YouTube

Que révèle la réponse de Michel Clouscard à Claude Morilhat (1987) sur la place de la philosophie et sur son concept de néo-kantisme ?

Dominique Pagani part d'un texte de Michel Clouscard, sa réponse au compte rendu que Claude Morilhat a donné dans la revue Société française, dont il retient la formule « indispensable et insatisfaisant ». Il situe d'abord Clouscard : sa solitude faute de reconnaissance dans la mouvance marxiste, le mépris de classe envers son style, sa dette envers Henri Lefebvre. À partir du premier reproche de Morilhat, un vocabulaire flottant, il place la philosophie entre le discours mathématique et la parole poétique, puis la fonde sur la praxis, la représentation et le signe, qui marquent le seuil de l'humain. Il présente ensuite le néo-kantisme comme un concept propre à Clouscard : un courant générique présent chez des penseurs qui ne se disent pas kantiens (Sartre, les structuralistes, Deleuze, Althusser) et qui écarte la dialectique. Il aboutit à l'opposition entre ce néo-kantisme contre-révolutionnaire et la philosophie de la Révolution française, de l'axe Rousseau-Kant à Hegel et Marx, et annonce une seconde séance.

Conceptsnéo-kantismephilosophie de la révolution françaiseinconscient de classesciences historiquesphilosophielangage naturelpraxisoutilsignenaturedialectiquemédiationdogmatismephénoménologie de la bourgeoisietotalitarisme

Présentation

Réponse de Michel Clouscard à Claude Morilhat  En 1987, le philosophe Claude Morilhat publie, dans la revue Société française, éditée à l'époque par l'Institut de recherches marxistes, un long article consacré à l’œuvre de Michel Clouscard ; en particulier à 3 de ses plus récentes et consécutives parutions – Le capitalisme de la séduction, La bête sauvage, De la  modernité : Rousseau ou Sartre1 – celles qui, au dire même de leur auteur, constituent son propre « triptyque ».* ... suite de la description sur : https://dominiquepagani.net/reponse-c...


Réponse de Michel Clouscard à Claude Morilhat, par Dominique Pagani :

En 1987, le philosophe Claude Morilhat publie, dans la revue Société française, éditée à l'époque par l'Institut de recherches marxistes, un long article consacré à l’œuvre de Michel Clouscard ; en particulier à 3 de ses plus récentes et consécutives parutions – Le capitalisme de la séduction, La bête sauvage, De la  modernité : Rousseau ou Sartre1 – celles qui, au dire même de leur auteur, constituent son propre « triptyque ».*

La recension de C. Morilhat alterne éloges et critiques, conformément à l’usage, avec une honnêteté intellectuelle saluée par Clouscard, qui n’hésite pas à le remercier, pour « Le très bon esprit de sa critique constructive ».

On ne peut mesurer l’éclair que fut cette timide éclaircie de reconnaissance, – au sein du « caveau d’insondable tristesse »2 où se démenait M.C., à la plume ou « à la hache »* –, si on n’a pas eu quelque occasion de lire les rares passages où cette solitude se révèle, du fait même des immenses efforts d’éclaircissements qu’il déployait pour en sortir !3

Non pas qu’il fut « seul », au sens social, voire intellectuel, du terme : outre les nombreuses et fidèles relations que lui octroyait sa généreuse et intense sociabilité, et nonobstant la reconnaissance académique accordée parfois par des étoiles à grande magnitude, V. Jankélévitch ou J.-P. Sartre entre autres… Il savait pouvoir disposer surtout, d’un entourage amical à toute épreuve4. Mais cette intense complicité de proximité elle-même, ne suffisait pas à l’arracher à la solitude politique, où l’assignait l’absence de l’unique reconnaissance qu’il n’avait jamais cessé d’appeler, en chaque mot, chaque ligne, à  chaque aller-retour de la charrue dans les sillons du cahier : celle qui serait venue de chez lui.

Non, pas de Gaillac, ou de Toulouse (il savait depuis toujours que « Nul n’est prophète en son pays ») mais, sinon de chez lui, du moins, de Chez soi, du Parti, celui de la résistance, de la Libération, du C.N.R, des camarades, soit, enfin, de « l’intellettuale organico». Autant dire que privé de ce retour, cette solitude politique, pour un veilleur d’une pareille trempe, lui devenait ontologique.

C’est ainsi que parut, dans la même revue, en retour à l’article de C. Morilhat, la Réponse de Michel Clouscard, dont je n’hésite pas à garantir qu’elle constitue, à format égal – tout juste quelques pages – le manifeste à la fois le plus dense et le plus exhaustif de l’ensemble de son propos, et qu’il n’y a pas de meilleure introduction au reste de son œuvre, laquelle y acquiert même sa vérité d’y apparaître comme une immense contribution/prolongation, au/du matérialisme historique.5

« Je n’ai jamais prétendu, moi, re-lire Le Capital de telle manière qu’il soit ré-écrit en termes de philosophie. [Althusser] Tout au contraire, ma phénoménologie de la praxis ne le remet jamais en question. Je le considère comme acquis. Je ne donne dans aucun révisionnisme théorique. »

L’exceptionnelle réussite synthétique de cette Réponse... sa densité et sa grande clarté, sont autant d’attributs qui en font le support idéal d’une reprise commentée, qui fait la matière du diptyque que nous vous proposons, en ces avant dernières semaines précédant l’arrière-saison, et la reprise de nos ateliers : deux vidéos qui sont appelées à se compléter, ou, si l’on préfère la référence musicale, une sorte de prélude et fugue. Le prélude ( qui est censé, formellement être la partie formellement la plus libre, telle une improvisation, est d’ores et déjà disponible sur notre chaîne. Dès la semaine suivante, le commentaire se fera plus serré – c’est bien ce qu’on attend d’une « fugue » –, au plus près de la lettre du texte, pour articuler enfin l’exceptionnelle systématicité du propos.

D. Pagani

Cherchez n'importe quel auteur, concept ou mot dans toutes les vidéos et tous les textes de Dominique Pagani