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Incidents de diffusion et textes de jeunesse d'Iéna
0:30 Je crois qu'on est enfin en ligne ensemble. Désolé pour toutes ces péripéties, mais franchement, alors là, l'expression que c'est tout à fait indépendant de notre volonté est tout à fait à sa place, et tout à fait congrue à la situation. Nous ne savons toujours pas pourquoi notre page habituelle, celle de l'association de philosophie avec Dominique Pagani, je parle de la page Facebook qui n'est pas accessible, et que moi, je n'arrive pas à comprendre pourquoi je n'ai jamais été un super geek, vous le savez.
1:19 Par contre, des éminents informaticiens, enfin je veux dire, qui sont parfaitement habitués à ce genre de matériel et de navigation, je pense à Pierre-Alain et à Philippe Mauro, vous connaissez bien tous les deux, ont eu la gentillesse de plancher hier soir, puis ce matin, Philippe m'a appelé longuement et c'est toujours une énigme. Bon, je ne vais pas vous embêter avec ça, on a fait une demande d'explication à Facebook, quand on attend la réponse, voilà. Je ne vais pas inventer ce qui n'existe pas, mais pour l'instant, puisque nous avions l'habitude de faire une diffusion simultanée sur Facebook et sur YouTube, heureusement, premièrement, qu'il y a donc toujours cette possibilité de diffuser sur YouTube, je suis très heureux de vous y retrouver et je vous en remercie. Et puis, il y a bien sûr ma page, ma page personnelle, ce n'est pas celle de la SAUME, enfin c'est celle de mes amis, je sais que vous la connaissez, la plupart d'entre vous la connaissent aussi et la fréquentent et ça me réjouit, donc la page Dominique Pagani et non pas philosopher avec, etc. Voilà.
2:35 Et grâce à laquelle j'ai pu vous informer qu'on se retrouverait sur YouTube. Voilà. Alors, ça tombe d'autant plus mal, ces péripéties que je laisse maintenant de côté jusqu'à ce qu'il y ait du nouveau, et si il y a du nouveau, vous serez bien sûr les premiers informés. Ça tombe d'autant plus mal que j'avais prévu pour ce soir un contenu assez dense, avec la reprise de ce concept si spécifiquement hegelien, qu'on ne trouve nulle part ailleurs, chez aucun autre philosophe, de ruse de la raison. Enfin, qu'on trouve que chez les commentateurs, de Hegel, postérieurement à lui. Et à cause de ces péripéties du temps que ça m'a pris, je m'en excuse par avance, mais je ne dis pas que j'ai... Oui, si, enfin, j'ai bâclé en quelque sorte, si je prenais un mot un peu fort, mais je n'ai pas pu préparer autant que je l'aurais voulu.
3:43 Mais pour l'essentiel, grâce à notre magicien Pierre-Alain, qui a réussi à mettre en place les textes sur lesquels nous allons travailler et qu'on va voir ensemble. Et avant de passer, de lire ensemble ces textes, où pour la première fois dans l'histoire de la philosophie, il est question de l'instrument comme concept. Il est arrivé avant qu'on parle, je ne sais pas, de l'homme qui a créé des outils.
4:15 Mais là, il s'agit de voir l'incidence de l'outil dans l'anthropologie, c'est la première fois. Je rappelle qu'une partie de ces textes, je les avais cités il y a quelque temps, déjà il y a un certain temps, l'année dernière, dans une vidéo qui avait pour titre, significatif, mais semble-t-il, « Un texte de Marx écrit par Hegel ». En fait, c'était un texte extrait du même ouvrage, des mêmes ouvrages.
4:51 On va voir deux textes de jeunesse là. De Hegel, qu'on appelle « Philosophie de l'esprit ». Ce ne sont pas des titres de Hegel, tout ça, mais enfin, ce n'est pas loin. C'est ses éditeurs ensuite, puisque ses manuscrits, pour la plupart, n'ont pas été publiés à l'époque. Et donc, chapeau à ceux qui ont travaillé, qui ont essayé de dater. Ce texte-là est de « Philosophie de l'esprit », il y en a deux.
5:21 Il y en a un, la toute première « Philosophie de l'esprit ». Vous aurez les références, vous allez la voir, j'ai envoyé la maquette de la couverture. De 1803-1804 a été rédigée au cours de l'année scolaire 1803-1804. Et là, les derniers textes, au cours de l'année 1805, autrement dit les années immédiatement antérieures à l'apparition de la phénoménologie de l'esprit. Donc, ce sont précisément les derniers grands textes de jeunesse de Hegel.
5:58 Pour être précis, on appelle les textes de jeunesse les textes antérieurs, depuis ses années d'études jusqu'à la phénoménologie non incluse. Voilà. Qui apparaît, elle, en 1807. Vous savez que la légende veut qu'il ait mis le point final à la phénoménologie, au moment où Napoléon a entré, en 1807, bataille d'Iéna, au moment où Napoléon a entré dans la ville. Celui qui va fonder la philosophie de l'histoire écrit cela, n'est-ce pas, met le point final au moment où l'histoire frappe à coups de canon à sa porte.
Ratio, logos, ration : les sens du mot raison
6:31 Alors, laissons cela pour l'instant, on va voir ça dans les détails des textes, mais revenons d'abord à l'intitulé lui-même. Qu'est-ce que ça veut dire, la ruse de la raison, et, c'est tout le programme de ce soir, en quoi, puis-je me permettre de dire qu'on peut considérer le monde, dans cette logique hegelienne, comme le produit d'une ruse de la raison. Donc, ce n'est pas secondaire.
7:04 D'abord, regardez l'énoncé ruse de la raison. Alors, la raison. En latin, ratio. Je dis ça pour enchaîner sur rationnel. Évidemment, quand tout le monde faisait du latin, on n'avait pas besoin de perdre du temps à expliquer que la notion de rationnel, rationalité, rationalisme, tout ça avait un rapport à la raison. C'est la traduction du mot latin, ratio, raison.
7:34 Mais, première remarque, je vais revenir, bien sûr, sur la raison, mais ça ne veut pas dire que cela. En philosophie, ratio, c'est la raison. Mais, en mathématiques, les ratios, qui sont la traduction latine des logoi grecs, c'est-à-dire logos au pluriel, ça signifie les rapports au sens mathématique de fractions. Il y a en particulier le grand mathématicien, un des sommets de la mathématique antique, Eudoxe de Cnide, qui a le premier, nous a laissé une théorie des proportions, c'est-à-dire A sur B égale C sur D, l'égalité de deux rapports, de deux fractions, comme vous voulez.
8:23 Les rapports, les fractions, ils appellent ça des logoi. Et c'est vrai que le logos, c'est bien ce qui nous met en relation, en rapport. C'est un sens de logoi, parce que quand on explicite ce que veut dire logos, on dit toujours tout ce qui est autour du langage, on a raison, c'est le premier sens, bien sûr. Langage, discours, définition, tout ça, c'est des énoncés, c'est des logoi. Mais ça veut dire aussi, fraction, rapport, ratio. Et vous le retrouvez, quand on partage un gâteau, et qu'il faut le distribuer à part égale à chacun, eh bien, tu en donneras à raison de, on dit à raison de, une noisette par part, n'est-ce pas si c'est un gâteau de noisette, ou une fraise ou une framboise, pour que personne n'ait du chocolat sans framboise, par personne.
9:15 Et d'ailleurs, chacun reçoit ainsi sa ration. Voilà, je ne fais pas des détours, on est en train de voir des riches connotations du terme de raison. Parce que sinon, on va en faire quelque chose d'intellectuel, la raison. Des idées que j'ai dans la tête. Quand je vous parle, c'est de l'ordre de la raison aussi. parce qu'on se met en rapport, ratio, le logos, même si on dit des bêtises et si on ne parle pour rien dire.
9:54 Alors, maintenant qu'on a vu que ratio, rationnel, rationalisme, a un rapport à la raison, vous me direz, ben oui, finalement, on peut dire qu'il y a quoi de plus rationnel qu'une machine ? Parce qu'on voit bien qu'il y a la raison, là-dedans il y a la logique. C'est là que les problèmes commencent. Vous voyez, je fais toutes ces interrogations préalables de la notion de raison, avant de parler de la raison, pour ne pas qu'il y ait de contresens, parce que ça ajouterait à des difficultés que nous allons rencontrer. On n'a encore rien vu.
10:24 Oui, une machine, c'est rationnel. Alors, je vous demande maintenant, entre nous, comme convention, vous savez que le philosophe, depuis tant que je le dis, a un rapport aux mathématiciens et aux poètes. Ce n'est pas le même exercice, parce que la mathématique et la poésie, ce n'est pas la même chose. Mais le philosophe veut la rigueur du mathématicien, mais il veut aussi donner un sens plus pur aux mots de la tribu.
Entendement et raison : savoir et faire
10:56 Donc, si je garde la notion de rationnel au sens courant, tiens, cet ordinateur, c'est rationnel, je ne dis pas que c'est un contresens, mais ça passe à côté de la raison. Et c'est là qu'une distinction établie par Kant va nous être extrêmement précieuse. C'est celle de la raison et de l'entendement. Non, non, non, ne vous inquiétez pas. Oui, c'est un peu plus compliqué, mais ce n'est pas difficile du tout. On va voir des choses difficiles après, quand on va parler de la ruse, de la raison.
11:28 Mais là, pour l'instant, ce n'est pas compliqué. La raison au sens de ce qui est scientifique, ce qui est rationnel, ce qui est mécanique, je ne sais pas moi, tout ce que les gens appellent logique. Quand vous lisez la logique de Hegel, ça n'a pas un grand rapport avec ce qu'on appelle logique dans le langage courant. Mais sinon, que ça a un rapport avant tout au langage. Il y a même dans la préface à la grande logique, ce passage capital, qui n'est pas dans le programme ce soir, la grande logique, ne vous inquiétez pas.
12:05 Heureusement, parce que c'est le plus difficile, qui a jamais été écrit avec certains dialogues de Platon. Dans cette préface, Hegel, il y a un moment donné, c'est le langage qu'il faut le moins oublier dans la logique. Si Hegel a le besoin de rappeler ça, à l'époque où les machines étaient embryonnaires, ça commençait à peine, et qu'on ne vivait pas dans le monde de la technologie d'aujourd'hui, alors a fortiori maintenant, n'est-ce pas ? Il ne faut pas croire que parce que, vous savez, je n'ai rien contre la machine, on va voir tout à l'heure, au contraire, un nîme ne fait pas régal à tout ce qui est technique.
12:37 Mais, à l'inverse de l'idéologie dominante d'aujourd'hui, vous vous en doutez, le programme est lourd aujourd'hui, mais actuel, on ne dirait pas comme ça. Il n'y a de concret que par l'abstrait, il faut faire un détour par l'abstrait, pour appréhender ce qui est concret autour de nous, et ce qui est actuel. Pas seulement réel, mais actuel. Donc, l'entendement, c'est la logique à l'œuvre dans « si, alors ».
13:11 Si Pierre est le frère de Paul, alors Paul est le frère de Pierre. Là, c'est rationnel, mais c'est rationnel au sens, vous voyez, quasi scientifique. C'est la logique, c'est que si A égale B, B égale A. Ou A égale B implique B égale A, disent les mathématiciens, sans parler, comme ça, avec un signe. C'est la double flèche. La flèche à double trait.
13:41 Donc, si tout ce que nous appelons logique, rationnel, machine, etc., scientifique, que tu dis que ce n'est pas ça vraiment, que ça ne contredit pas la raison, mais que la raison, c'est aussi autre chose, alors c'est quoi ? Pour l'essentiel, ce n'est pas ça. Ça, c'est l'entendement, l'intellect, intellectus. Pour les germanistes, je rappelle que l'entendement, c'est « Verstand » et la raison, c'est « Vernunft ». C'est bien deux signifiants différents.
14:13 Alors, disons que, pour aller vite, parce que ce n'est pas notre sujet ce soir de faire de l'épistémologie, mais tout de même, je veux dire, l'entendement, c'est ce qui est à l'œuvre dans notre tentative de connaître le monde qui nous entoure, qui entoure l'humanité, pas les gens qui m'entourent, ça, c'est l'humanité. Mais quand on a l'astronomie, la géologie, la botanique, la zoologie, l'étude de tout ce qui nous entoure en dehors de l'homme, le monde matériel, naturel, comme vous voulez pour l'instant, là, il n'y a rien qui a été aussi efficace que le travail de l'entendement.
14:54 Par contre, lorsqu'il s'agit de raisonner sur les fins à poursuivre, est-ce qu'il vaut mieux ceci ou cela ? Vous êtes d'accord que la science ne s'occupe pas du bien et du mal, mais du vrai et du faux. On revient des distinctions qu'on a vues toutes au début de l'initiation à la philosophie. Rappelez-vous l'immense service que Kant a rendu à tous les écoliers, étudiants ou bien amateurs voulant s'intéresser à la philosophie en disant qu'on peut ramener tous les itinéraires du philosophe à une tentative de répondre à trois questions fondamentales.
15:31 Je laisse la troisième pour l'instant, mais les deux premières qui sont en rapport avec ce que j'étais en train de dire et sur lesquelles je vais poursuivre. La première, c'est que puis-je savoir ? Que puis-je savoir ? Et la seconde, que dois-je faire ? Je fais des rappels importants. Ce n'est pas en disant que c'est important, que ça suffit pour que je le sois. Donc, il faut qu'on s'interdicie et que je me fasse comprendre pour que je tiens à ce que vous soyez bien attentifs à ces distinctions.
16:01 d'abord, regarder ces deux questions. Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? C'est simple, c'est assez familier. Il y a raison, quand c'est la grande division entre la philosophie de la connaissance, que puis-je savoir, connaître, et la philosophie de l'action, faire. D'un côté, qu'est-ce qui est autour de nous ? D'un côté, non pas qu'est-ce qui est, mais qu'est-ce qui doit être ? Faire. Faire, c'est pas... On n'est plus dans la science, là.
16:31 Je veux dire que la science, son problème, c'est le vrai et le faux, fondamentalement, alors que, ça c'est pour l'entendement, alors que pour la raison, c'est le bien et le mal, ou le juste et l'injuste, les valeurs. Vous voyez, là, vous comprenez mieux pourquoi il ne faut pas confondre, réduire la raison à l'entendement. La raison doit être à la hauteur de l'entendement, c'est-à-dire ne rien contenir qui soit irrationnel au sens courant, c'est-à-dire où il y ait des contradictions, des illogismes, etc. Mais, c'est nécessaire, ce n'est pas suffisant.
17:03 Pour qu'il s'agisse vraiment de la raison et non pas simplement de l'entendement, il faut aussi que ce soit appliqué au monde des valeurs. Et vous savez que je m'escrime depuis que je publie des interventions, et merci à ceux qui m'aident à le faire, à commencer par vous, avant de signifier quelque chose, toute parole signifie pour quelqu'un, quelqu'un c'est vous, je vous en remercie, jamais assez. c'est ici qu'il faut rappeler à quel point cette distinction est, je m'efforce depuis le début de mes publications, d'essayer de mettre en évidence une rigueur et une logique dans des domaines qui ne sont pas ceux des sciences dites dures et de la nature, ça peut être en littérature, ça peut être en morale, ça peut être avec une des mœurs, morès, morale, c'est pas seulement la morale moraline, nyaka nyaka, quand on étudie, je ne sais pas moi, le fait que dans telle société africaine,
18:13 asiatique, à la polygamie et ailleurs, la monogamie, c'est l'étude des mœurs, donc c'est morale dans ce sens-là, bien concret et objectif et sans jugement de valeur. Donc voilà, je vais dire, une réflexion sur les fins, pour parler avec un vocabulaire kantien, les fins, ce n'est pas ce qu'a derrière tous les buts qu'on poursuit, ce qui les justifie quelque part et qui leur donne un sens, le mot de sens lui-même, d'ailleurs, tout ça, c'est de l'ordre de la raison. Voilà. Donc, s'il y en a qui veulent creuser un peu ça au niveau terminologie, parce que ça a l'air un peu abstrait, je leur rappellerai, si on reste en vocabulaire kantien, je ne m'enferme pas dedans, mais enfin, c'est pratique à ce niveau-là, ce que j'ai appelé l'entendement et qui est à l'œuvre dans les sciences dures, c'est la raison dite théorique, par Kant, la raison à l'œuvre pour répondre à la question que puis-je savoir, le détour théorique pour quitter l'opinion du café du commerce et arriver au savoir, et la raison au sens strict, celle qui va au-delà de l'entendement,
19:23 pour ne pas poser non plus les questions du vrai ou du faux, mais du juste et d'injuste, du bien et du mal ou du sens. Sommes-nous libres ou déterminés, par exemple ? C'est une question qui relève de la raison pratique et non plus théorique. Parce que libre de quoi ? Si c'est... La liberté, ce n'est pas une faculté qu'on a ou qu'on n'a pas, n'est-ce pas ? Comme le calcaire à la propriété d'être effervescent aux acides, de faire des bulles quand on met de... quand on verse des gouttes d'acide dessus, non, non, non, non.
19:56 Donc, c'est toujours la liberté de faire ceci ou de faire cela, ou de ne pas faire ceci ou cela. C'est quand je réfléchis sur le domaine de l'action et non plus seulement de la connaissance. Voilà, je... Premier préalable. Donc, vous voyez, la raison... Là, on va faire une transition importante. On va rentrer à des choses difficiles, mais qui vont l'être moins si vous avez été attentif à ce que je viens de dire.
La fin est ce qui n'est pas là : téléologie et essence
20:26 Si la raison, c'est la faculté des fins, du sens, et non pas des causes. Les causes, c'est dans la physique, la chimie, la biologie. Ce n'est pas mon domaine. Ce n'est pas le domaine de la philosophie. Que la philosophie essaie de se tenir au courant, bien sûr. Sinon, c'est le retour à la barbarie. Mais, je veux dire, ce n'est pas mon domaine. Si on me demande de trancher dans une polémique entre glaciologues pour une datation, je ne sais pas, ce n'est pas moi qui veux trancher, enfin, ce n'est pas le philosophe, ce n'est pas moi personnellement seulement, qui doit trancher.
20:59 C'est le glaciologue, le climatologue, le physicien, le géologue, tout ça, qui est un petit peu lié tout de même. Voilà. Mais, si donc, c'est la faculté des fins, et bien, la fin, c'est ce qui n'est pas là. La fin, c'est tout ce qui a le préfixe télé dans le langage courant. Ça, c'est déjà plus familier à tout le monde. La télévision, la téléportation dans les films de space, n'est-ce pas ?
21:30 Le téléenseignement, enseignement à distance, télétravail, ces derniers temps, je glisse, parce qu'il y en a des choses à dire, mais ce n'est pas un autre sujet. Télé veut dire à chaque fois, c'est le but, c'est au loin, c'est pour ça que la partie de la philosophie qui réfléchit sur les fins, et donc qui est proprement rationnelle, enfin, qui essaye justement de réfléchir sur les fins au nom de la raison, s'appelle la téléologie, pas la théologie, la téléo, T-E-L-E-O, la téléologie.
22:13 Télos, c'est la fin. Mais si vous voulez comprendre pourquoi la fin, c'est ce qui n'est pas là, le plus simple, c'est de voir, dans votre tête, de vous représenter, quelque chose dont le plus simple est très familier à chacun d'entre nous, un panneau de présignalisation. Stop à 150 mètres. Si ce panneau me fait signe, c'est pour m'avertir de ce qui n'est pas là, et me prévenir qu'un peu plus loin, là, il va être là, le panneau.
22:44 Mais pour l'instant, pour l'instant, il est là-bas, Télone, au loin. Vous comprenez pourquoi télévision, on a appelé l'appareil, comme ça, ça permet de voir, je ne sais pas, de voir un volcan en éruption en Islande alors que je suis à Paris. Je dis ça parce qu'il y a une très belle éruption en ce moment en Islande.
23:14 Je tenais à faire ce préalable. Alors, si la raison, si ce qui n'est pas là, vous allez mieux comprendre pourquoi la raison ? C'est bien sûr la vérité de ce qui nous entoure. Parce que, pour expliquer les marées, n'est-ce pas, le mouvement des marées, avant, c'était des divinités par lesquelles on expliquait les phénomènes climatiques, la pluie, les marées, l'orage, le beau temps qui revient, les sécheresses ou au contraire, les inondations, c'était les vengeances des dieux.
23:51 À partir du moment où Newton établit un lien entre la rotation de la Lune autour de la Terre et le mouvement des marées, il établit une relation rationnelle au sens courant, cette fois, entre des phénomènes qui semblaient indépendants les uns des autres. Donc, autrement dit, il y a une vérité cachée qui n'est pas évidente pour tout le monde. Il en a fallu du temps avant de voir qu'il y avait un rapport entre le déplacement de la masse lunaire et le mouvement des marées.
24:29 La raison, c'est la vérité de ce qui apparaît, mais qui n'apparaît pas. C'est ce qui n'est pas là. Vous voyez ? Stop à 150 mètres, mais pas ici. Pas ici et maintenant. c'est moins empirique, n'est-ce pas, que l'entendement qui travaille toujours en collaboration avec l'expérience. Si un rail de chemin de fer se dilate, c'est parce qu'il est resté au soleil, surtout en ce moment. C'est pareil que la chaleur dilate les corps. Voilà. Ça, c'est là.
24:59 L'entendement peut réfléchir à partir d'un être là, quelque chose qui existe et qui est apporté par l'expérience. Ce n'est pas le cas de la raison. On est libre ou déterminé ? Ah, ça. Allez donc faire des expériences là-dessus. Est-ce que je dois achever ma grand-mère pour abréger ses souffrances ? Il y a 20 ans que j'ai perdu ma grand-mère, malheureusement. C'est un je impersonnel. Est-ce que je dois faire l'euthanasie d'un être cher ou demander qu'on la fasse pour abréger ses souffrances dans une maladie qui n'en finit plus et à un âge très avancé ?
25:38 Vous avez la réponse ? Moi, non. Enfin, je l'ai le matin, le soir, je ne suis plus tout à fait d'accord. Parce que c'est des problèmes. Ce n'est pas là. Vous voyez ? Là, c'est des valeurs. Alors, on vient de voir que la raison, ce n'est pas l'existence, mais c'est l'essence. C'est la vérité de ce qui apparaît, de ce qui existe. la loi de Newton sur les marées. Je reprends et j'en finis avec cet exemple que j'emprunte aux sciences de la nature, là, pour ne pas trop compliquer.
26:08 Je veux dire, la loi, on ne la voit pas, mais c'est elle qui explique ce qu'on voit. Parce que la marée qui galope tout d'un coup le soir ou le matin, je n'en sais rien. Voilà. Allez voir ça au Mont-Saint-Michel. Donc, retenez ceci. Si vous oubliez tout, retenez au moins ceci. La raison, c'est l'essence. C'est quand on dit l'essence des choses, sous-entendu, c'est la vérité, mais qui n'apparaît pas, qui est un peu pas visible.
Connaissance du général, existence de l'individu
26:41 Dans ce sens, l'essence, je peux le prendre aussi avec ses connotations dans le langage courant, sans grand dommage. Mais du coup, on voit bien, je n'ai pas encore parlé de ruse, on est au bord. Mais donc, la raison, si elle n'existe pas, comment elle peut rentrer dans l'existence ? Avant Hegel, c'est bien simple, c'est Dieu. Mais comme dit Spinoza, il ne faut pas que Dieu soit l'asile de l'ignorance.
27:12 Dieu mérite mieux s'il existe, en tout cas, ou pour ceux qui y croient. Ce n'est pas ça que je suis en train d'examiner, s'il existe ou pas. Mais, qu'on y croit ou qu'on n'y croit pas, le moindre des hommages qu'on peut lui rendre, c'est de ne pas le réduire à n'être que l'explication qu'on invoque lorsque on est un peu vite à bout de souffle. Quand il y a un truc qu'on n'arrive pas à expliquer, c'est Dieu, quoi. Oui, c'est l'asile de l'ignorance, dit admirablement Spinoza, qui baignait en Dieu, lui, ce n'est pas un athée.
27:44 C'est l'essence. L'essence, c'est la raison, c'est l'essence. Je résume tout. L'essence, c'est la vérité de ce qui apparaît. Ah, je vais fais intervenir une nouvelle notion C'est la vérité de ce qui apparaît. C'est la vérité de la réalité. Nous voyons la réalité, mais il faut s'élever à la raison pour comprendre l'essence, la vérité de cette réalité.
28:16 Mais c'est ça, maintenant, qu'on a vu. Vous voyez, je suis en train de rendre hommage à la raison. C'est presque un sacré religieux, presque mystique. C'est ce qui n'apparaît pas, mais qui est la vérité de ce qui apparaît. Oui, ta-ra-ta-ta. Son grand handicap, c'est précisément lui manque un mince détail, lui manque l'existence. Et là, on arrive au concept hégélien, parce que pour l'instant, tout ce que je viens de dire est familier aux philosophes depuis l'Antiquité.
28:46 quand Aristote dit, et oui, chaque fois que je vais arriver à la ruse, je reviens en arrière. C'est pour que ce soit plus facile pour vous, vous allez voir. Quand Aristote dit, il n'y a de science que de l'universel, de connaissance, la phrase exacte, il n'y a de connaissance que du général, il dit exactement, et d'existence que de l'individu, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que à la réponse, c'est quoi Socrate ?
29:16 C'est un homme, un grec, vivant à telle époque, etc., à Athènes. Donc, je le classe dans des ensembles. C'est un homme, c'est un athénien, c'est un grec, c'est un philosophe. D'accord ? Il n'y a de connaissance que du général. Qu'est-ce que c'est que les félins ? ce sont des mammifères à griffes rétractiles. Aristote, qui a créé quand même le premier logique générale, ce qu'il appelle l'Organon, l'outil, vous voyez arriver.
29:48 Aristote disait à juste titre que je ne serre pas la main de l'homme en général. Je serre la main de Socrate, de Pierre, de Paul, mais pas de l'homme en général. Il n'y a de connaissance que du général et d'existence que de l'individu. Je vais vous en mettre un peu avec des abstractions là. Maintenant, mettez ça à l'envers. Vous gardez le sens, hein ? Mettez ça à la voie négative, comme on dit en grammaire.
30:19 Ça veut dire quoi ? L'individu est inconnaissable. et le général n'existe pas. Et on retrouve la raison qui a bien l'essence mais pas l'existence. Il n'y a de connaissance que du général, je recite Aristote, et d'existence que de l'individu. On peut connaître l'homme, l'espèce, le classer dans les mammifères, tout ce que vous voulez. Par contre, toutes ces généralités-là, je prends un exemple encore plus simple, la couleur jaune.
30:53 C'est un général. C'est quelque chose de général parce qu'elle est commune au poussin, à une couverture de cahier, à un pullover, à une fleur, à un bouton d'or, à ce que vous voulez. C'est ce qui est commun à tous les jaunes. Et c'est pour ça comme tous les adjectifs, ça n'existe pas. S'il n'y a pas quelque chose qui le fait exister, un sujet, une substance, vous voyez ce qui est dessous ? C'est le jaune d'un pull. Voilà, un pull, ça existe.
31:25 Et la couleur du pull est un attribut de la substance. Vous n'avez pas appris ça en grammaire. Le pull est jaune. Le jaune est un attribut. Il n'y a pas du jaune qui flotte dans l'air qui serait le jaune d'aucun sujet. Ah si, il m'arrive de voir des fois des vapeurs jaunes. Oui, oui, mais alors c'est que l'air est jaune, la vapeur est jaune ou qu'il y a du chlore dans l'air, méfiez-vous, ou qu'il y a le vent du Sahara avec une couleur ocre. Mais ça veut dire qu'il y a du sable, qu'il y a quelque chose qui est jaune.
31:55 Mais il n'y a pas le jaune sans quelque chose de jaune. Il n'y a de connaissance que du général et d'existence que de l'individu. Je reviens à la raison. La raison n'existe pas. Et pourtant, je vous dis le titre de la séance de ce soir, le monde, et le monde n'a pas commencé avec Georg Friedrich Wilhelm Hegel.
Le monde comme produit de la ruse de la raison
32:25 Georg Wilhelm Friedrich Hegel. Je ne sais pas. Né en 1770 et mort à Berlin au premier tiers, à la fin du premier tiers du 19e siècle. Une épidémie de choléra. Schopenhauer a déguerpi de Berlin et il en est mort. Schopenhauer qui croyait lui à la vie éternelle, au bouddhisme, etc. Lui, il s'est taillé. Lui qui méprisait le corps, qui n'est qu'une illusion.
32:56 Oui, ce n'est pas mon sujet, Schopenhauer. C'est une petite pique à mon ami Sébastien. On se reconnaîtra. Je lui en veux surtout à Schopenhauer. Quand il appelait les policiers pour dire les émeutiers, les barricades, ils sont là en 1848, en Allemagne. Bref, comme il est souvent à la mode chez les adolescents, je mets en garde sur ce que ça a donné, tout ça.
33:27 Ce n'est pas notre sujet. Donc, ça n'a pas commencé avec Hegel, la raison, et donc la ruse de la raison. Or, je dis que le monde n'existe que depuis que la ruse de la raison s'est déployée. Le monde comme ruse de la raison. Mais oui, je vais jusque-là. Jusque-là, il y avait la Terre, le cosmos, l'univers, la physique, la chimie, la biologie, enfin, les objets de la physique, la chimie, de la biologie, de la zoologie.
33:57 Il y avait des animaux dont nous procédons et que nous restons en grande partie chaque fois que j'ai faim. Ce n'est pas une création humaine, ça, la faim. C'est une partie animale en nous qui a faim. Par contre, la manière de satisfaire la faim, à certaines heures, avec des fourchettes ici, des baguettes là-bas, je ne vais pas me répéter, je l'ai répété souvent, la manière de la satisfaire, elle, elle est historique, elle est plus naturelle. Elle est culturelle, on dirait ailleurs. Pour l'instant, ce n'est pas que je me moque de ces différences, mais vous voyez que ça va du même côté.
34:32 C'est culturel. Hegel dit, c'est l'esprit et non pas la nature. On voit bien que l'esprit, chez lui, c'est tout sauf une petite vapeur mystique ou immatérielle. Non, il n'y a rien de plus matériel que l'esprit chez Hegel. Il va jusqu'à dire qu'il est plus noble pour l'homme de faire un marteau que de faire un enfant. Pour faire un enfant, il suffit d'être mammifère. faire un marteau, c'est une création, ça ne pousse pas aux arbres. Les marteaux, encore moins, n'est-ce pas, les accélérateurs de particules ou les bistouri qui permettent de sauver des vies.
35:06 Ou avec la même lame, pardon, pour ce lapsus, de le planter dans le cœur de mon rival qui nous convoitons la même femme. Voilà, je l'ai impersonné. La raison n'existe pas. Alors, comment elle peut avoir produit le monde ? Et voilà, comment Hegel répond à cette question en disant parce que la raison a su ruser. Comme tout ce qui est faible, ce qui manque d'existence, c'est faible.
35:39 Pour se faire une place, elle doit composer avec ce qui existe déjà. Je suis en train de vous montrer qu'il y a quelque chose de matérialiste dans la notion de ruse de la raison. Et oui, c'est le philosophe qu'on juge le plus idéaliste. Et on ne cessera jamais de rappeler que Lénine est un des très rares excellents lecteurs qui, en lisant la logique de Hegel et arrivant à la dernière partie à laquelle Hegel donne pour titre l'idée absolue, on a l'air d'être plus loin du matérialisme et en plein idéalisme, l'idée absolue.
36:17 Le terme de toute quête, pour un idéaliste, c'est Dieu, c'est l'absolu, c'est ce que vous voulez, c'est la fin, c'est le Graal. Commentaire de Lénine, ce passage sur l'idée absolue, je le cite mot pour mot, est archi remarquable. C'est dans ses cahiers philosophiques. c'est le passage le plus matérialiste et le plus idéaliste de Hegel. Et Lénine ajoute, c'est pas moi, c'est contradictoire, mais c'est un fait.
Napoléon, instrument inconscient de l'État moderne
36:54 Pour l'instant, j'insiste sur le côté matérialiste. On comprend mieux ici ce que veut dire Lénine. Si la raison ruse, c'est parce qu'elle manque d'existence. Pour rentrer dans l'existence, il faut qu'elle utilise la ruse, quelque chose qui est déjà là. Alors l'exemple qu'on prend en général pour expliquer la ruse de la raison chez Hegel, je vais vous le sortir puisque c'est l'exemple le plus courant. Mais je ne vais pas y rester longtemps, bien qu'il s'agisse de mes origines, puisqu'il s'agit de Napoléon. Enfin, je veux dire, le rapport, c'est la Corse.
37:26 La raison dans l'histoire. Napoléon, la Révolution française, c'est la même époque. Napoléon, il est né en 69, en 1769. Hegel, Schelling, Hölderlin, Beethoven, excusez du peu, sont nés en 1770. Tout ça, c'est la génération qui avait 20 ans au moment de la prise de la Bastille.
37:56 C'est cette génération de la bascule. Ce n'est pas l'Ancien Régime, ce n'est pas le nouveau. C'est les énormes bouleversements qu'on a eu entre l'Ancien Régime et celui dans lequel nous vivons. Donc, je vous ai dit plusieurs fois que ce n'est pas un régime révolutionnaire ni contre-révolutionnaire, mais que c'est le conflit permanent de la Révolution et de la contre-révolution. On en a vu des choses avec la Ruse de la raison. Donc, l'État moderne se cherche à cette époque-là, l'État moderne, au sens contemporain, la société civile, le machinisme, tout ça est embryonnaire à l'époque de Hegel et de Napoléon.
38:39 C'est en train de se mettre en place, c'est plus avancé en Angleterre qu'ailleurs, et ça commence à faire des petits, n'est-ce pas, sur le continent. Mais, ce n'est pas seulement une question économique, le monde moderne. Il faut aussi que les institutions politiques suivent. Eh bien, il y a ce petit corse-là. Lui, il existe. On arrive au nœud de la réflexion de ce soir.
39:09 Lui, il existe. Son problème, ce n'est pas l'essence, l'existence, la raison, la vérité, la réalité. Son problème, c'est qu'il a obtenu une bourse, n'est-ce pas, à l'époque, c'était à l'époque de Louis XV et Louis XVI, bientôt, n'est-ce pas. Il a eu une bourse du Royaume de France pour faire des études sur le continent. Là, il s'est spécialisé dans l'artillerie, le lieutenant de l'artillerie, il était exactement. Il était très, très excellent en mathématiques.
39:42 l'artillerie, c'est important des courbes et la balistique. Et donc, il a… Alors, on peut reprendre, vous savez, le portrait très négatif qu'un Guillemin fait de Napoléon. J'aime beaucoup les conférences de Guillemin sur Pétain, elles sont excellentes, et sur Rousseau et tant d'autres, et sur Robespierre. Bon, sur Napoléon, il ne voit que le négatif parce que précisément, ce n'est pas Hegel. il ne voit pas la signification de Napoléon.
40:15 Or, comme dit Spinoza, il ne s'agit ni de rire ni de pleurer, il s'agit de comprendre. C'est ce qu'on est en train d'essayer de faire. En quoi Napoléon est l'illustration de ce que Hegel appelle la ruse de la raison. La raison, l'État moderne, n'existe pas encore pour le faire passer à l'existence. Pour l'instant, c'est un but. Tous les philosophes des Lumières ont rêvé d'une monarchie constitutionnelle ou bien carrément d'une république parlementaire les plus audacieux, etc. Mais ça n'existe pas. Ce n'est pas dans l'être, c'est dans le devoir-être.
40:46 Il y a ce petit Corse vaniteux, cupide et ambitieux pour parler comme Guillemin. Je résume, en gros, c'est ce qu'il dit. mais par contre, excellent stratège militaire. On va se servir de lui pour faire l'État moderne. Et quand il l'a fait, ce n'est pas moi, la Banque de France, les grandes écoles, c'est l'héritage de la révolution, le système métrique, tout ça, est impliqué là-dedans.
41:17 Et ça, c'est une création dans les plus grands gouvernements que la France a eu la Convention. Mais une fois que Napoléon a amené tout ça à l'existence, et pas seulement en France, que de législation se sont inspirées des codes de Napoléon, la raison le prend et le renvoie à la poubelle, je veux dire, à Sainte-Hélène. Voilà l'exemple qu'on prend traditionnellement pour la ruse de la raison.
41:48 La raison rentre dans l'existence et pour ça, elle a besoin de quelque chose qui existe avant elle. C'est en ça que c'est matérialiste. La raison, elle n'est pas tombée du ciel, du ciel platonicien, des idées. De manière un peu naïve de se représenter le platonisme. Mais enfin, restons dans l'imagerie pour l'instant. En tout cas, chez Platon, le monde des idées est quand même plus transcendant que ce qu'on est en train de voir. Là, la raison, elle n'est pas seulement transcendante. Elle peut rentrer dans le réel, dans l'immanence, ici et dans l'ici. et le maintenant.
La raison comme liberté : un seul, quelques-uns, tous
42:19 Mais pour ça, il faut qu'elle utilise les mouvements qui sont déjà présents dans l'être, dans la matière. Alors, je suis en train de dire quoi ? Je suis en train que… Allez, je vous le dis pour ne pas faire un roman policier et un suspense indéfini. Si vous traduisez, il n'y a rien de plus hégélien, je vous en donne ma parole, demandez à tous les hégéliens. Renseignez-vous, si vous comprenez que chez Hegel, la raison, c'est la liberté.
42:52 Ah, ça commence à s'éclairer tout ce que je viens de dire. La liberté, elle n'est pas là, elle n'existe pas, mais c'est le sens de l'histoire pour Hegel. D'abord, est-ce que c'est sûr que l'histoire a un sens ? Est-ce que ce n'est pas au contraire une espèce de l'histoire de fou, d'un non-sens permanent fait de rapports de force ? Est-ce que ce n'est pas totalitaire de vouloir absolument que ce soit en Chine, en Afrique ou au fond de l'Amazonie, dès qu'on rentre dans l'histoire humaine, on s'achemine vers les mêmes finalités ?
43:33 Si cette finalité, c'est la liberté, il faut être quand même sacrément tordu pour faire passer pour totalitaire le fait de mettre la liberté comme valeur principale. Lorsque Hegel dit, maintenant j'explicite en quoi la raison et la liberté, les anciens, vous savez, je les ai déjà cités, une phrase très célèbre de Hegel, les orientaux, pas les anciens, les orientaux savaient qu'un seul est libre.
44:06 C'est le début de l'histoire, il y a l'après-histoire, on ne s'en occupe pas là. Les orientaux, là on n'est plus dans les Australopithèques, on est sûr qu'on parle des hommes là. Les orientaux savaient qu'un seul est libre, l'empereur de Chine. Vous voyez, il ne s'agit pas des orientaux d'aujourd'hui, ce n'est pas géographique avec ces notions-là, c'est historique. Il y a des Irakiens qui sont des ingénieurs nucléaires, qui en savent bien plus sur la modernité technologique que moi.
44:36 Donc les orientaux, au sens historique, les anciens, savaient qu'un seul est libre. L'empereur de Chine, le pharaon en Égypte, le roi des rois en Perse. Celui qui bat tous les records de titres, n'est-ce pas, je le cite toujours, c'est l'empereur d'Éthiopie, le Négus, roi des rois, lion de la tribu de Juda, descendant du prêtre Jean. Quand même, ça en jette. Voilà, et tous les autres sont ses sujets.
45:08 Les orientaux savaient qu'un seul est libre. Les grecs, étape suivante, surent que quelques-uns sont libres. Ah oui, la Grèce, ça y est, le sens de la démocratie. Oui, la démocratie pour à peu près un peu moins de 20% de la population d'Athènes, c'est-à-dire ceux qui n'étaient pas esclaves. Mais, c'est vrai qu'il y a un progrès par rapport à la société où un seul est libre, c'est que dans ces 20%, ce qui se décide, qui a le pouvoir, tout ça, ce n'est plus par la force seulement, ça se décide par le fait qu'il faut convaincre en parlant, ça se décide au Parlement, à l'Agora, à la Pnyx.
45:50 Les grecs mettaient même de la peinture fraîche les jours d'élection, vous voyez, les jours de vote, et des peintures fraîches autour de la Pnyx, là où on venait voter, pour montrer du doigt ce qui était arrivé en retard. Et c'était très civique, il y a des taches de peinture, celui qui est arrivé en retard, qui allait se faufiler entre les cordelettes. Voilà. Les orientaux savaient qu'un seul est libre, imparfait.
46:22 Les grecs sûrs, pas c'est simple, que quelques-uns sont libres. Troisième étape, la nôtre, à partir du moment où le christianisme supprime l'esclavage, historiquement, à la chronologie, les modernes savent que tous sont libres. Bien sûr, potentiellement. Après, il y a des degrés de liberté, bien sûr.
46:52 Mais, je ne dis pas cette phrase pour savoir si c'est bon ou quoi que tout le monde est libre, mais pour montrer que, chez Hegel, le sens de la progression, c'est bien d'aller vers de plus en plus de liberté. Alors, me faire croire que c'est totalitaire de souhaiter qu'on aille de plus en plus de liberté, c'est un peu tordu. Il y en a que ça doit inquiéter, ce que dit Hegel, n'est-ce pas ? La liberté pour tous, et non plus seulement pour quelques-uns. Donc, pour l'instant, je veux qu'on retienne ceci.
47:27 Seulement, voilà l'histoire de Napoléon. C'est utile pour comprendre le mécanisme de la ruse de la raison. La raison n'existant pas la liberté n'étant pas encore ici et maintenant, mais étant le but, pour que le but ne soit pas seulement une rêverie dans ma tête, une utopie, mais que ça passe un jour dans le réel, il faut utiliser ce qui est déjà là. Lequel agent-exécuteur, Napoléon, ignore complètement qu'il est au service de la raison, de la liberté et de l'histoire.
Mémoire, langage, outil ; lecture de la « nuit du monde »
47:59 Au service, lui, il a bien conscience qu'il a une importance historique, Napoléon, mais il ne sait pas que c'est l'essentiel et c'est ce qui est en dehors de sa tête, quand même. Mais la notion de ruse de la raison, la deuxième étape maintenant, intervient chez Hegel bien avant les passages, où il cite l'exemple de Napoléon, qui sont ses derniers textes, les textes dits de Berlin, le vieux Hegel qui est professeur à Berlin dans les années 1820 et les années 1830 si vous préférez.
48:29 Et là, on va passer à des textes. Qu'est-ce qui a piqué un philosophe qui, pour la première fois, va parler de… C'est difficile, je vais donc encore un peu vite. Je dois préciser d'abord que les textes qu'on va voir vont beaucoup parler de l'outil, de la technique et de l'instrument. On ne parle plus de Napoléon. Or, la notion de ruse apparaît chez Hegel dès qu'il parle de l'instrument et de la technique.
49:00 La praxis, au sens marxiste du terme, chez Hegel, c'est l'effet de la ruse. C'est la ruse par laquelle l'homme utilise, on va le voir, je le dis pour l'instant de manière générale et abstraite, utilise les lois de la nature pour les renverser. Les rivières qui coulent selon la loi de Newton, c'est-à-dire qui va toujours plus bas vers la mer, comme ça, vers le centre de la terre, du haut vers le bas, de l'amont vers l'aval.
49:32 Tout d'un coup, l'homme peut faire un barrage pour empêcher l'eau de couler et irriguer une immense région. Donc, je vais demander à Pierre-Alain de nous présenter. C'est assez solennel. Un texte où un philosophe dit dans un ouvrage qui s'appelle « Philosophie de l'esprit » l'esprit, c'est quand même autre chose que le marteau, le silex éclaté, que l'outil, l'instrument, la technique, tout ça, c'est matériel.
50:06 Comment ils disent ceux qui ne connaissent pas grand-chose à la matière ? Bassement matériel comme si eux, ils étaient en haut, alors que tout ce qui est en haut chez eux, ils le doivent à 10 000 ans d'effort matériel. On y reviendra. Plutôt, on est en train d'y venir. Qu'est-ce qui implique un philosophe pour dire que l'esprit ne serait jamais apparu s'il n'y avait pas eu ? Je vous dis ce qu'on ne va pas voir, ce qu'est le chapitre avant les passages qu'on va lire.
50:36 Une triade, trois éléments dans l'ordre. La mémoire, le langage, l'outil. L'instrument, le voilà. La mémoire, le langage, l'outil. Et là, je saute des passages sur la mémoire et le langage. Si je vais en citer un, parce qu'il est tellement extraordinaire que je ne peux pas m'empêcher de vous le transmettre, parce que je sais qu'il y en a qui en feront un usage et qui, il y en a chez qui ça va féconder des recherches.
51:08 Le passage que je vais lire en vitesse. Mais je vais pour l'instant, oui, merci Pierre-Alain, mais pour l'instant, je lis un texte qui est dans le même ouvrage, mais qui n'est pas dans les textes qu'on va analyser ensemble, mais qui est juste avant l'apparition de l'outil, quand il y a, d'accord ? C'est une construction anthropologique de Hegel, n'est-ce pas ? Il y a déjà le langage et donc, l'homme peut fermer les yeux et dire gibier dans sa tête.
51:45 Donc, il a quelque chose dans sa tête qui n'est pas devant ses sens, n'est-ce pas ? qui n'aurait pas vu s'il n'avait pas vu un autre dossier. Mais, vous voyez, l'imagination, le mot, il est là, dans la tête, mais c'est ce qu'il en dit qui est un texte assez incroyable, mais jugé plutôt. Je vous demande un petit exercice, je vais vous lire quelques lignes, vous allez compter combien de fois il y a le mot nuit, la nuit, au sens à opposer du jour, dans les quelques lignes que je vais vous lire.
52:20 Ce texte est à la page 13 de, je crois qu'on le voit là, voilà, la philosophie de l'esprit de 1805, je l'ai depuis ma terminale, qui est un peu en morceau, le corps du livre est là, c'est une couverture, qui a vu bien des continents différents et des voyages. 1805, alors que nous, on va commencer par un texte qui est 1803, 1804, c'est la même époque, c'est la période dite d'Iéna, sans doute la plus féconde dans la constitution du système hegelien, et qui va, je vous l'ai dit tout à l'heure, je le répète, être couronné en 1807 par la Phénomenologie de l'Esprit, son premier très grand ouvrage, ce n'est pas simplement la publication, sa première grande publication, c'est la différence des systèmes de Fichte et de Schelling, mais ne nous égarons pas, en 1807, il publie la Phénomenologie qui, elle, est la première œuvre de la maturité et non plus seulement de la jeunesse.
53:14 Voilà. Mais là, on est en 1805, deux ans avant l'apparition de la Phénomenologie, donc le système prend de plus en plus forme, mais avant d'arriver à l'outil, disons que c'est ce passage que je vais vous lire. Je ne vous cache pas qu'il ne fait pas progresser ce qu'on doit savoir de la ruse et de tout ça, enfin, pas d'une manière évidente, mais je ne vous cache pas que c'est parce qu'il est fascinant ce texte. Je sais qu'il y a d'excellents auditeurs, je le vois à travers les commentaires, qui voient bien ce qu'il y a de, les liens qu'il y a dans ces choses, apparemment, sans lien les uns avec les autres.
53:54 Alors, voici donc ce fameux texte qui, dans cette édition, est collection Épiméthée aux Presses universitaires de France, au PUF, est à la page, aux pages 12 et 13, mais surtout 13. Chiffres fatidiques. N'en rajoutons pas, le texte est assez fantastique. Bon, alors, c'est étrange ce texte, je vous le livre en brut.
54:30 Donc, disons que dans les étapes qu'on a suivies, on est enfin arrivé au niveau de l'image. Je ferme les yeux et donc, là, ce n'est pas une image. Je vois l'ordinateur, là, j'ai l'écran de l'ordinateur devant moi. Ça, c'est une sensation, c'est une perception. Par contre, si je ferme les yeux et que je pense à l'ordinateur, j'ai une image. C'est simple. C'est simple, sauf que pour arriver à garder l'ordinateur, même quand il n'est plus devant mes yeux, l'image, là, il a fallu des dizaines de milliers d'années. Alors, supposons qu'on est arrivé au stade de l'image.
55:03 Texte, cette image appartient à l'esprit. Il est en possession de celle-ci. Il en est le maître. L'image est conservée dans le trésor, le mot est souligné, de l'esprit. Dans la nuit, première occurrence. La nuit est soulignée, enfin en italique. L'image est conservée dans le trésor de l'esprit, virgule, dans la nuit de l'esprit. Elle est inconsciente. italique. Je pense à ces imbéciles qui pensent que ça commençait avec Freud.
55:35 Avec Freud, il sortait une conception de l'inconscient, ça, c'est pas des imbéciles, qui connaissent bien le texte de Freud. Non, non. Mais je veux dire, je ne nommerai pas, mais philosophe qui a eu un destin tragique, donc je ne vais pas tirer sur les ambulances, qui pensait que c'était avec Freud que la notion d'inconscient était apparue. Je répète et j'enchaîne. Cette image appartient à l'esprit. L'image du téléviseur que j'ai dans ma tête, par exemple, le téléviseur de l'écran, pardon, c'est un ordinateur, il est en possession de celle-ci.
56:10 Il en est le maître. L'image est conservée dans le trésor de l'esprit, dans la nuit de l'esprit. Je ferme les yeux. Ce n'est plus le monde du jour éclairé par la lumière, c'est l'intérieur. Je vois quelqu'un dans le rêve. Dans le rêve, quand je dors, j'ai les yeux fermés. Et je vois tout d'un coup Jean-Michel qui arrive. Je dis n'importe quoi. Ou Nicole. Ou les deux qui arrivent ensemble. Ou un diable, ou un serpent, peu importe. Mais je vois des choses, alors j'ai les yeux fermés.
56:42 Ce n'est pas la lumière du jour, ça. C'est ça. L'homme. Alors, cette image, j'en ai été là, elle est inconsciente. j'enchaîne, c'est-à-dire qu'elle n'a pas à être exposée comme objet devant la représentation. L'homme, écoutez bien, est cette nuit. Ce n'est plus que l'homme est dans la nuit, là, en fermant les yeux. L'homme est la nuit. C'est un privilège. Il peut intérioriser tout le monde extérieur dans son intériorité. L'homme est cette nuit.
57:13 Ce néant vide qui contient tout dans la simplicité de cette nuit. Troisième occurrence, n'est-ce pas ? Enfin, comptez pour moi. Une richesse de représentation, je vais vous parler du rêve, d'images indéfiniment multiples dont aucune précisément ne lui vient à l'esprit ou qui ne sont pas en tant que présentes. C'est la nuit. Ce n'est pas moi qui saute. C'est l'enchaînement. C'est la nuit.
57:43 L'intérieur de la nature qui existe ici. l'intérieur de la nature. L'homme est cet être qui intériorise ce qui est extérieur. C'est la nuit. L'intérieur de la nature qui existe ici. Pur soi dans les représentations fantasmagoriques. C'est la nuit tout autour. Ça revient comme une obsession. Ce texte est fascinant. Ici, ici donc, ce n'est pas à l'extérieur, ici dans dans l'univers que je me représente, dans le monde que je me représente.
58:20 Ça commence à venir. Ici, surgit alors subitement une tête ensanglantée. Je parlais de rêve, maintenant c'est le cauchemar. Là, une autre silhouette blanche, étrange. Le rouge et le blanc. Les couleurs du Japon, de la Suisse, de la Pologne. Les couleurs, rappelez-vous, j'ai fait toute une toute une vidéo de plus de deux heures et demie. Sur les taches de sang sur la neige dans Perceval, le gallois de Chrétien de Troyes, la fascination exercée sur le jeune chevalier sur Perceval, par les trois taches de sang du petit oiseau qui l'avait blessé et qui s'était renvolé.
58:58 Ce n'était pas de blessure grave. Il en a oublié de le poursuivre. Parsifal est arrêté par l'image de ce trois taches de rouge sur le blanc. Car c'était par une journée d'hiver, non loin de là où campait la cour du roi Arthur sur la lande enneigée. Il reste des heures, des heures. Ici surgit alors subitement une tête ensanglantée. Là, une autre silhouette blanche. Et elles disparaissent de même.
59:28 vous voyez tout le monde onirique. Très contemporain du romantisme allemand. C'est la nuit tout autour. Ça revient. Ici, pardon, excusez-moi. Et elles disparaissent de même. C'est cette nuit qu'on découvre lorsqu'on regarde un homme dans les yeux. Là, on comprend mieux ce qu'il appelait le néant et le négatif. On plonge son regard dans une nuit en regardant un homme dans les yeux.
59:59 On plonge son regard dans une nuit qui devient, le mot est souligné en italique, effroyable. C'est la nuit du monde qui s'avance ici à la rencontre de chacun. J'essaie de faire en sorte ce soir que la nuit du monde aille à votre rencontre. Et cette nuit du monde, elle suppose cette intériorisation du monde extérieur.
Matériel n'est pas naturel ; Hölderlin chez le menuisier
1:00:29 C'est dans cette nuit que l'étant est revenu. Alors, ne compliquons pas. Voilà, je voulais lire ça à titre de préambule pour montrer cet ouvrage extraordinaire que la philosophie de l'esprit de 1805, qu'on appelle aussi, je dis ça parce qu'il y a un très beau séminaire qui est en train de se dérouler à l'école normale supérieure autour de la pensée de Hegel, son œuvre. Et je rappelle que certains des premiers éditeurs de Hegel ont regroupé ces ouvrages de jeunesse, celui de 1805 sous le titre de Jenenser Realphilosophie philosophie réelle, sous-entendu par rapport à la logique, c'est concret, surtout qu'on va parler de l'outil maintenant, et comme c'est l'époque de Jena, philosophe, Jenenser, ça veut dire de Jena, l'adjectif, Realphilosophie, je le dis pour ceux qui veulent creuser.
1:01:33 Donc maintenant, on en arrive à le même ensemble de textes de jeunesse où le système Hegelien qui va surgir, comme Athéna, de la tête de Jupiter, Jupiter tantôt fait surgir des êtres de sa tête tantôt de sa cuisse, ça dépendait. D'où l'expression « tu n'es pas sorti de la cuisse de Jupiter, le corps de Jupiter est plein de dieux ».
1:02:03 Avant de surgir, comme ça, dans la phénoménologie de l'esprit, avec toute sa cohérence, là, il commence à se constituer, le système. Et dans la version de 1803, 1804, donc un an, un an et demi avant ce que je viens de vous lire, toujours à Iéna, période très féconde. Je vous le dis aussi pour ceux qui vous retrouvent d'un peu plus près, je vous ai dit que ce soir, on a une matière dense. La période de Iéna succède à la période de Francfort.
1:02:35 Et oui, les philosophes allemands, souvent, on divise leur parcours par des noms de villes parce que ce n'est pas la France, il n'y a pas la province et Paris. Toutes ces villes-là, Iéna, Francfort, Munich, Bamberg, Nuremberg, Hegel a été prof dans chacune des villes dont je viens de parler. C'est un peu le parcours du combattant. L'Allemagne n'est pas unifiée, centralisée comme des grosses nations, comme disaient les Allemands, comme cette grande nation qu'est la France, je ne sais pas, elle est éclatée en plusieurs petites entités politiques.
1:03:11 Quelquefois, il suffit de quelques kilomètres et de deux heures de marche pour changer le territoire politiquement. Ce n'est pas franchement une frontière. donc, Iéna, en 1803-1804, première philosophie de l'esprit, cette fois la toute première, c'est celle que j'introduisais tout à l'heure en disant pour la première fois un philosophe va dire qu'il n'y aurait pas eu l'esprit s'il n'y avait pas la mémoire, le langage.
1:03:43 ça, on n'a pas attendu Hegel, le langage et les grandes activités intérieures, très bien. L'homme et le gosse, c'est très bien, ça, on s'en doutait. Regardez l'importance de Mnemosyne, j'ai fait des vidéos, si vous regardez bien, Mnemosyne, prononcée, si vous voulez, le snob, à la grecque, les grecs, c'est pas en CEU, comme chez les allemands d'ailleurs, qui a dit, c'était la mémoire et du langage, vous voyez, Hegel, il n'a pas trouvé ça arbitrairement. Ça, on n'a pas attendu Hegel, mais le troisième terme, la mémoire, le langage et l'outil, comment que l'esprit ait besoin de l'outil pour apparaître, vous voyez, comme la ruse revient.
1:04:25 Ce qui semble plus immatériel est passé par ce qu'il y a de plus matériel, parce que, je suis en train de vous montrer, il ne faut pas confondre matériel et naturel. L'épithète matériel, ceci est matériel, a une extension autrement considérable que celle du naturel, car on prend tout ce qui est naturel plus tout ce qui ne l'est pas, tout ce qui est, qu'est-ce que vous opposez à naturel ? Pensez à des fleurs artificielles.
1:04:59 Une caverne, c'est un habitat naturel. Nos ancêtres ont su utiliser une maison sur pilotis, à l'époque du moustérien, je crois, ou de Cro-Magnon, comme on voudra. Ah, ça, c'est déjà plus élaboré. Ça, ça suppose, n'est-ce pas, qu'on a coupé des arbres, qu'on a fait des rondins de bois, des pilotis, c'est compliqué. Ça, on a quitté la nature, on commence à rentrer dans l'histoire.
1:05:35 Mais quoi de plus matériel que le bois ? C'est tellement matériel, à une époque où il n'y avait pas encore la révolution industrielle et l'importance de la métallurgie, qui a été embryonnaire, surtout pour les armes, mais par contre, je veux dire, la métallurgie n'avait pas envahie comme maintenant, je ne sais pas, comment voulez-vous qu'il y ait des avions, des trains, des bateaux, et les gens passent sans métallurgie, sans sidérurgie, en l'occurrence, l'occasion de l'acier. Où je veux en venir ? Ah non, non, ce n'est pas un détour.
1:06:06 On reste au cœur de la chose. C'était le bois, la matière la plus répandue, à part quelques pays de déserts et encore. C'était le bois qui était la matière, la plupart des objets fabriqués, c'était à partir du bois. Bien des villes étaient en bois, bien de donjons, de châteaux qu'on voit maintenant étaient en bois, qui ont disparu dans les incendies. C'est beaucoup plus périssable, n'est-ce pas, que la pierre. Alors, comment se dit le bois ? En portugais, c'était « madeira », matière.
1:06:40 Vous voyez ? Parce que c'est la matière à l'origine. C'est ce qui est, c'est l'objet du travail de l'artisan. Avec les outils, la menuiserie. À toi, je te dirai mon secret. De la forêt, tu as le génie, pardon, de Dédale, tu as le génie et la forêt. Je ne sais pas, je ne l'ai cité qu'une fois, ça. Mais c'est une réponse que fait Hölderlin à celui qui l'avait hébergé, qui l'avait fait sortir de la clinique psychiatrique, où il était devenu un pauvre hère, avec des scènes de folie furieuse.
1:07:23 Il est devenu tout calme pendant 37 ans dans la maison, dans la famille, ce menuisier, où il n'était ni une curiosité, comme ceux qui venaient toute l'Allemagne venir le voir et qui ne reconnaissent pas, ni non plus, n'est-ce pas, une commisération. Il était un compagnon, comme dit la menuiserie. Oui, et celui qui l'avait hébergé, c'était un menuisier, un travailleur du bois. C'est ça, je m'attarde un peu. Qu'il a hébergé Hölderlin, non pas le pauvre Hölderlin, comme on dit à l'époque, mais qu'il a hébergé celui qui était vraiment malheureux lorsqu'il était à la clinique, et qui restait 37 ans dans cette tour.
1:08:00 Aller visiter, c'est un des plus beaux endroits d'Europe, la tour de Hölderlin sur les bords du Neckar. Ici, je rends encore hommage à Sébastien Michéa, c'est un homonyme du philosophe Sébastien Michéa, qui a eu l'immense bonté de m'emmener avec sa voiture, avec sa maman et son fils. Je n'oublierai pas à ses vacances l'été passé, dans ces endroits que je ne pensais plus pouvoir revoir, vu l'état de mes artères et de mes finances.
1:08:36 Voilà, je tenais à marquer le coup. Allez-y, cette tour au bord du Neckar. Hölderlin, c'est raconté par le menuisier, descend à l'escalier d'une chambre au premier étage, qui donne sur le décor, sur le paysage, sur le bord du Neckar. Et il voit une gravure dans l'escalier, une gravure suspendue au mur, qui représente c'était la mode à l'époque, un temple grec.
1:09:13 Et il dit au menuisier, vous devriez en faire un comme ça. le menuisier lui répond qu'il a déjà bien du mal à nourrir sa famille et qu'il n'a pas le loisir de vivre en repos philosophique comme lui. Il a dit, c'est vrai. Et il écrit, ces quelques lignes que je vous recite à toi, mon ami, je te dirai mon secret. De Dédale, l'ingénieur.
Ulysse et Dédale : l'évasion en échec et l'ingénieur
1:09:43 Rappelez, il y a l'ingénieur Ulysse et l'ingénieur Dédale. Celui qui ne se contente pas de s'évader comme Ulysse qui chaque fois, n'est-ce pas, qui veut éviter le carnage inconsciemment. C'est une construction de modélisation que je vous propose. Il est parti d'un carnage, le sac de Troie, il va aboutir à un carnage, le massacre des prétendants revenant enfin dans sa patrie, vingt ans après, dix ans de guerre et dix ans d'errance.
1:10:13 Dans l'Empire de Poséidon, le dieu des mers, n'est-ce pas, le dieu marin. Et chaque fois, il essaye d'échapper à son destin au carnage. C'est nous, c'est l'homme, c'est l'Occident aussi, Ulysse, premier héros, grand héros occidental quand même de parcours. Chaque fois, il y a une île, je vais pouvoir faire un détour en attendant d'arriver chez moi. On a le temps, une île, un havre, une femme, une parenthèse, Calypso, Circé, j'oublie là, Nausicaa, etc.
1:11:02 Et puis, à chaque fois, on est chassé de cette île par la violence qui revient jusqu'au carnage final. Mais ce n'est pas ça qui me préoccupe là maintenant. C'est, ça c'est Ulysse, l'évasion. L'évasion en échec, parce que le carnage va le rattraper à la fin, même si c'est lui l'auteur. Et les prétendants et victimes, la répétition, je l'avais fait pour illustrer le principe freudien de la répétition. Par contre, Dédale, qui était esclave chez le roi Minos dans la mythologie, qui était esclave dans les souterrains, à qui Minos a dit fais-moi le Minotaure, construis-moi le labyrinthe, en architecte déjà, n'est-ce pas, labyrinthe, en Crète.
1:11:51 Les campagnes de Crète offrent au fils de Phèdre une riche retraite. Oui, mais Phèdre, elle est la demi-sœur, comme Ariane, sa sœur. Ariane, ma sœur, de quel amour blessée, vous mourûtes aux bords vous fûtes blessées. Mais oui, tout cela revient. parce que les deux filles, les deux sœurs, Ariane, les deux sœurs de Minos, le roi des enfers, et de Pasiphaé, sa femme, ont un demi-frère qui ont la même mère, Pasiphaé, sauf qu'elle, elle l'a eue avec un taureau.
1:12:23 Ah, c'est pas moi qui ai inventé, je suis désolé, je veux dire, je ne fais que restituer la tradition. Et oui, si on ignore ce détail, que tout le monde savait à l'époque dans les gens cultivés, quand Racine représente Phèdre à Versailles, tout le monde est au courant que Pasiphaé est passé par un taureau. Mais, avec des détails que je vous épargne, mais, du coup, on ne comprend pas un vers comme lorsque Phèdre dit « Ô haine de Vénus, ô fatale colère, dans quels égarements l'amour jete à ma mère ».
1:12:56 Tous les gens comprenaient là où je veux en arriver. C'est que ce monstre, la hybride, fruit d'une femme et d'un taureau, ce monstre si peu grec qui est encore engoncé dans l'Antiquité orientale avec les dieux à tête d'animaux, n'est-ce pas ? En Égypte, il y en a plein, c'est magnifique, je ne sais pas que je demande valeur, l'Égyptien a une fascination mystérieuse qui n'a pas d'équivalent. Mais, il y a un dieu à tête d'Ibis le patron des intellectuels parce qu'avec le bec de l'Ibis c'est la plume avec laquelle on écrit, Thoth, je ne sais pas, il y a les dieux à tête de chacal, Anubis, si important dans le jugement des morts, chacal se brille, comme les hyènes, etc.
1:13:46 Ou au contraire, des animaux à tête d'homme, on regarde le sphinx avec son corps de lion et la tête d'homme, c'est un mélange mixte, si peu grecque, statuaire grec, c'est le corps humain, et pas gigantesque ou écrasant, non, à peu près la taille d'un homme, un homme idéalisé, ce n'est pas un Christ se tordant de douleur sur une croix, on n'en est pas encore là, ce n'est pas encore la réalité de la condition humaine, mais c'est plus proche de la réalité humaine, de la statuaire grecque, qu'un dieu à tête d'ibis, qu'un corps humain à tête d'oiseau, pardon, voilà, est-ce qu'on s'égare ?
1:14:34 Non, non, pour cacher ce monstre, se cacher, c'est, Minos, roi des enfers, dit à son esclave, à l'ingénieur, pas l'ingénieux, l'ingénieur, on n'est pas loin de l'outil, on va y revenir, on n'a pas encore lu, dit à Dédale, construis-moi le labyrinthe, ce qui va devenir le labyrinthe, ce palais souterrain qui va être le domaine du Minotaure dans lequel il n'a pas accès à la lumière du jour, mais il lui faut, chaque année, 14 jeunes gens venant d'Athènes, c'est un souvenir sans doute de l'époque où les Grecs étaient, historiquement, ça c'est, on n'est plus dans la mythologie, étaient soumis, n'est-ce pas, à la puissance maritime de la Crète et de la Phénicie, les peuples de la mer, voilà, qui sont quelques siècles avant le rayonnement de la cité grecque, et donc Thésée, un peu le héros libérateur, le fait qu'il ait tué le Minotaure, bon, donc oui, tous les ans, il faut 7 jeunes gens et 7 jeunes filles que le Minotaure
1:15:46 doit dévorer, n'est-ce pas, pour affirmer, n'est-ce pas, la souveraineté des Crétois sur les Grecs, et sauf que, Dédale, lui, s'évade, non mais, c'est pas une évasion négative, c'est pas une évasion en échec, c'est une des rares personnages mythologiques dont la vie se termine bien, c'est très rare dans la mythologie grecque, en général, ils font tous un écart, un hubris, comme on dit, une démesure qui fait qu'ils sont victimes d'une tragédie pour purger cette démesure qui déplaisait tellement aux Grecs, quelle démesure que de s'accoupler avec un taureau quand même.
1:16:27 Et donc, comme c'est un ingénieur Dédale, il fabrique des, on connaissait la suite, des ressorts, des ailes, des mécanismes, à l'outil, et il fabrique des ailes avec de la colle, etc., et il s'envole avec son fils Icare, les deux, se libèrent de l'esclavage du labyrinthe, libre, frêle, volant dans l'air, sauf que le fils a moins le sens de la mesure que le père, que l'ingénieur, d'accord ?
1:17:04 Lui, il va trop haut, la démesure, le soleil fait fondre la cire, il perd ses ailes, vous connaissez la suite, il y a un magnifique tableau de Bruegel, c'est étrange, on voit une récolte de blé des paysans, c'est les Flandres, puis on voit deux petites jambes sur la surface de la mer, c'est Icare qui est en train de tomber. Donc, voilà, je me suis étendu sur l'ingénieur parce que ça nous ramène à l'outil, et on va attaquer le texte maintenant, où pour la première fois, un philosophe, ah, ça c'est gentil, Pierre Alain, franchement, je ne m'y attendais pas, mais je suis tout ému.
1:17:47 Pardon, mais j'y étais avec, je vous ai dit, avec Sébastien Michéa, grand scientifique, et que nous allons le voir demain avec Étienne, d'ailleurs, et qui est de passage à Paris en ce moment, parce qu'il vit aux Philippines, pardon, pardon de parler dans son dos, Sébastien, mais c'est vraiment pour exprimer ma reconnaissance de m'avoir ramené, là, je ne pensais ne plus revoir. La première fois, j'y suis allé en stop, j'étais étudiant.
1:18:17 Mais j'en parle parce que sa maman-là arrivait là, il y a un petit chemin où tous les étudiants, les couples, viennent le soir, voilà, la tour, elle est restée 37 ans, ça c'est la maison du menuisier. Derrière, il y a une petite rue piétonnière et le toit que vous voyez tout le temps, le plus haut là-haut, là, c'est le fameux Stift Fondation, ça veut dire la faculté de théologie où Hegel, Schelling et Hölderlin étaient ensemble étudiants. Ça ne s'invente pas des endroits comme ça.
1:18:47 Les deux plus grands philosophes de l'époque, et certains disent le plus grand poète de tous les temps, ça ne veut pas dire grand-chose. Mais enfin, quand même, là, dans les mêmes piôles, là-haut, pensionnaires, j'ai visité le Stift, on y est allé avec Sébastien et sa maman, et sa maman a dit l'endroit que j'ai préféré, c'est la petite promenade qui amène juste à la tour de Hölderlin au bord du Neckar, paisiblement, le Neckar coule.
1:19:21 C'est un fragment de l'époque de la folie. Vous voyez, il le voyait tous les jours de sa fenêtre, là, au premier étage, paisiblement, le Neckar coule, mais là, là, je le cite, là, la salle. Alors, criez que la clarté ne fasse, ou vous, Dieu de la joie, et que le jour de fête soit ce jour-là. Merci beaucoup pour l'image. Donc, pour la première fois, on va voir, ils sont à peine sortis de cette faculté, que Hegel, pour la première fois, un penseur, va associer l'esprit à la faucille, au marteau, à l'outil.
L'instrument, moyen terme existant et rationnel
1:20:04 Allez, l'instrument, on vient de voir le langage, la mémoire, j'ai sauté, je vous en ai parlé de loin, et le troisième terme, l'instrument est le moyen terme existant, rationnel, ratio raison, l'universalité existante du processus pratique. Ah, moi, je n'y comprends rien, Hegel. Franchement, là, ce n'est pas si difficile, c'est le langage de l'idéalisme allemand. L'instrument est le moyen terme.
1:20:36 Le moyen, vous savez ce que c'est, le moyeu d'une roue, c'est ce qui est au milieu, au centre. Ça suppose qu'il y a deux extrêmes. Déjà, si vous comprenez ça, vous comprenez les deux tiers de l'hégélianisme. C'est l'image qui revient le plus souvent. bref, nous ne nous égarons pas. C'est quoi les extrêmes ? C'est le travailleur et l'objet de son travail. Mettons, un sculpteur en train de travailler un bloc de marbre.
1:21:08 Les deux extrêmes, c'est le sculpteur et le bloc de marbre. Le moyen terme, c'est le ciseau et le sculpteur. Les ciseaux, l'outil, le marteau, tout ce avec quoi, n'est-ce pas ? Il impose à la matière une forme. Il informe la matière. Donc, l'outil, c'est ce qui est au milieu, c'est le moyen par lequel je suis en contact avec l'objet travaillé.
1:21:39 Peu importe, ça peut être la charrue qui est entre le paysan et son champ et la terre qu'il possède, si vous préférez. Ça peut être la hache qui est entre l'arbre et le bûcheron. Oui, c'est beaucoup plus simple déjà. Donc, on est d'accord, on comprend tous, on est d'accord avec Hegel que, je relis, l'instrument est le moyen terme, c'est ce qui est au milieu, existant. Vous n'allez pas me dire qu'une hache, c'est immatériel. c'est là où ça devient original.
1:22:11 Un terme logique, le moyen terme qui existe depuis Aristote. Quand on dit « tous les hommes sont mortels, Socrate est un homme, donc Socrate est mortel. » Les extrêmes, c'est « tous les hommes », l'universel. L'autre extrême, c'est le singulier, Socrate. Et entre les deux, il faut bien une médiation, c'est « tous les hommes sont mortels, Socrate est un homme ». Le moyen terme qui permet de lier le premier énoncé et le troisième, de le transporter.
1:22:41 Donc, de faire ce qu'on appelle en mathématiques ensemblistes une transitivité. Voilà. Et oui, une transitivité. L'instrument, j'ai une forme dans ma tête. Je, je, je. L'artisan, celui qui utilise l'outil, le travailleur, artisan, artiste, pour l'instant, ne faisons pas de distinguo, faisons comme les Grecs. Les Grecs, pour dire l'art, avaient le mot « techné ». Ça vous aurait fait rigoler, nous, que oui, mais ça, c'est de la technique, c'est-à-dire que moi, je suis un créateur, je suis un artiste, pauvre imbécile.
1:23:16 C'est pas ? Pendant ce temps, un musicien qui met tout le monde d'accord, je parle des musiciens entre eux, qui disent tous, Bach, c'est le patron, c'est le rêve, que ce soit Beethoven, Schumann, mais même les romantiques, ils disent tous que, Bach, il disait, j'ai beaucoup travaillé, je me suis bien appliqué. Il n'y a pas beaucoup de citations, à l'époque de Bach, on ne se prend pas pour des grands génies, donc on ne dit pas, on ne dit pas, oui, j'étais sur une montagne, tout d'un coup, j'ai pensé à Dieu, j'ai eu une inspiration, non, il dit, je suis beaucoup travaillé, et je me suis bien appliqué.
1:23:48 Ah, mais ce n'est pas fini, c'est celui qui est encore plus époustouflant, quiconque s'appliquera comme moi, en fera autant. Voilà une transitivité, dites-donc, il vous transmet la chose. Bon, allez, oui, la forme que j'ai là, si je n'ai pas l'outil, ça reste une forme, je reste dans le monde des idées de Platon, le cosmos noetos, je ne suis pas dans le cosmos aisthétos, celui qui apparaît dans le monde sensible, devant mes sens, là, ici et maintenant.
1:24:18 Et oui, l'anesthésie, vous voyez, ça veut dire, c'est ce qui me coupe, ah non, n'est-ce pas, c'est ce qui me coupe, c'est ce qui est devant mes yeux, c'est ce qui me fait fermer les yeux. Ce n'est pas si compliqué. Donc, l'instrument est le moyen terme, si on est tous d'accord maintenant, entre le travailleur et l'objet travaillé, c'est un objectif existant, rationnel, pourquoi ? Parce qu'il fait passer le but, vous comprenez, tout ce qu'on a vu tout à l'heure maintenant, qui était cabélère un peu abstrait. La raison, elle n'existe pas, mais comme tout ce qui est but, c'est ce qui est là-bas.
1:24:51 Ça rappelle le panneau de présignalisation. Et oui, j'entends penser, certains d'entre vous, qui disent bon sang, c'est la phrase de Marx. Ceux-là, ils suivent, ils voient la cohérence quand même de plusieurs interventions. Et ça me fait plaisir, je le vois de plus en plus dans les commentaires. Oui, quand Marx dit ce qui distingue immédiatement le plus maladroit des architectes, la plus experte, c'est des abeilles. parce que les abeilles sont d'excellentes maçons, ils font de très belles cellules hexagonales.
1:25:22 Ce qui distingue immédiatement le plus malhabile des architectes de la plus experte des abeilles, c'est que l'architecte a sa maison dans la tête avant de la produire dans la réalité. C'est ce avant-là qui n'existe pas, ce n'est que dans ma tête. Dans ma tête, c'est in, vous êtes d'accord, ce n'est pas ex, par définition. C'est l'image dont parlait Hegel tout à l'heure, c'est quand je ferme les yeux, je vois un arbre, ça, non, ça c'est une sensation.
1:25:57 Je ferme les yeux, je me représente cet arbre, ça c'est dans ma tête, ce n'est plus une existence, c'est une image. Ce n'est pas avec l'arbre que j'ai dans ma tête quand je ferme les yeux que je vais me chauffer, que je vais me mettre dans la cheminée, pour m'enchauffer, pour m'éclairer. Donc, existant, je m'attarde, on s'attardera moins après parce qu'on sera habitué, l'instrument est le moyen terme, existant, rationnel, parce qu'il fait passer la fin, vous voyez la transitivité, du premier extrême, le travailleur, dans la matière brute, dans l'objet travaillé.
1:26:42 Et la forme émerge de la matière, mais pas émerge par magie. Un travail difficile, laborieux et souvent pénible. Le potier, pensez au potier. Il, l'instrument, il apparaît du côté de ce qui est actif face à ce qui est passif. Par rapport à l'objet travaillé, je reprends mon exemple, par rapport au bloc de marbre, l'instrument est actif, mais il est lui-même passif, il est passif et actif, en le considérant du côté du travailleur, c'est le travailleur qui le manipule, n'est-ce pas, et actif vis-à-vis de l'objet travaillé.
L'outil, ce en quoi le travail a sa permanence
1:27:21 Vous avez vu la densité de ce texte. Il est ce en quoi le travail a sa permanence. Quel mot-clé ! Tout passe sur terre, tout s'écoule, tout disparaît. Si vous voyez ce que c'est qu'une saison des pluies en Côte d'Ivoire, je ferais que Côte d'Ivoire, c'est un pays autrement plus pluvieux et autrement plus fertile donc pour la terre, n'est-ce pas, que les pauvres pays du Sahel, pauvres, au niveau agricole, n'est-ce pas, qui ont des sécheresses terribles, qui sont à bordure du grand désert, du Sahara.
1:27:51 Mais à chaque saison des pluies, que de maisons disparaissent, de villages, de paillotes emportés, tout disparaît. Mais l'outil, et vous comprenez pourquoi les outils sont divinisés dans toutes les cultures, pourquoi on enterre les gens avec leurs outils, avec leurs armes, les armes sont une catégorie d'outils. Avec le soc de leur charrue, quelquefois, on les enterre. Parce que c'est une manière de reconnaître ce qu'il y a de spirituel, de non naturel, mais de matériel.
1:28:23 Ah, vous voyez, si vous comprenez, si vous déduisez de ce qu'on fait ce soir déjà, de ne plus confondre ces matériels et ces naturels, on aura fait déjà un immense progrès contre l'idéologie dominante. Vous n'allez pas me faire croire, n'est-ce pas, qu'une hache est moins matérielle qu'un arbre ? C'est moins naturel ? Ah oui, je sais même, ce n'est presque pas du tout, sauf la matière. Le manche est en bois, la cognée en acier.
1:28:55 Maintenant, ce sera un matériel composite, laissons cela, même une hache laser. Et oui, la matière demeure et la forme se perd. C'est un vers de Ronsard pour montrer que tout passe. C'est tragique, c'est pour les femmes. Il faut céder à la séduction parce qu'après, vous allez y dire, ce sera trop tard, tout passe, y compris la jeunesse, la beauté, cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie quand vous serez bien vieilles le soir à la chandelle. Voilà.
1:29:26 Et il conclut, ce vers magnifique, la matière demeure et la forme se perd. Oh ! Sauf grâce à l'outil. Regardez, le contraire de la forme qui se perd, de l'évanescence, de l'évanouissement. il est ce en quoi le travail a sa permanence. Vous comprenez, beaucoup, on les suspend dans les maisons des anciens. Ce n'est pas des objets presque trop gros. Tenez, je vais vous en montrer un.
1:29:56 Je m'excuse de passer hors champ. Trois secondes. C'est question d'aller emprunter à la culture d'Afrique subsaharienne. Vous voyez ? Ce genre de cuillère rituelle qu'on trouve, je vous montre bien sûr l'intérieur de la cuillère, le manche.
1:30:29 Alors, comment ? C'est rématérial. Oui, c'est rématérial, c'est utilitaire. Ah non, on ne mange pas avec ça, elles sont beaucoup trop grosses, n'est-ce pas ? Mais regardez comme elles sont décorées, regardez la finesse de l'éléphant, regardez les petites défenses ici, là. Vous voyez ? Le moulage, la plastique du corps de l'éléphant, la stylisation de la trompe, tout ça n'est pas nécessaire au niveau vital biologique pour se nourrir. Mais c'est parce que dès que, vu tous les services qu'a rendu cet objet, l'objet des cuillères rituelles, ça vaut le coup de lui rendre un hommage.
1:31:08 Ça, c'est des cuillères rituels, sacrés, qu'on ne sort que pour des cérémonies ou des jours de fête. Vous voyez ? Donc, justement, pour faire passer le travail qui est justement là, le devenir, le passage, le mouvement dans la permanence. En général, la permanence est plutôt du côté de ce qui est religieux, divin, la vie éternelle, etc. et voilà que là, grâce à ce qui est le plus matériel, comment il disait, les imbéciles, le plus bassement matériel comme en bassement.
1:31:44 N'est-ce pas ? C'est cet outil qui est le pilier de tout ce qui va mériter les épithètes de transcendant. N'est-ce pas ? Donc, il est ce en quoi le travail a sa permanence, mais je retire transcendant, restons au texte pour l'instant. Il est la seule chose qui reste, regardez cette phrase capitale qui est un tournant, du travailleur et de l'objet travaillé. Marx s'en souviendra quand il dira que, bien sûr, l'objet du travail, le bloc de marbre, disparaît dans le travail du sculpteur.
1:32:19 L'arbre disparaît dans le travail du bûcheron et encore plus du menuisier, l'arbre. Il se transforme en autre chose, n'est-ce pas ? L'objet du travail est le premier à disparaître. À force de travailler avec son outil, le travailleur s'épuise et finit par mourir. Mais ce qui reste pour ses descendants après, c'est encore le travail a sa permanence, vous comprenez mieux pourquoi la culture, l'histoire, le progrès technique a besoin de quelque chose qui succède à la génération qui a disparu.
1:32:58 Il est la seule chose qui reste du travailleur et de l'objet travaillé. Bon sang ! Le commencement de l'histoire, je veux dire, à l'époque de la pierre polie, on ne va pas revenir à la pierre taillée. Parce que les enfants de l'âge de la pierre polie ou les enfants de l'âge du bronze, en naissant, ils ont déjà des millénaires qui les ont poussés pour parvenir ne serait-ce qu'à la métallurgie, je vais rester à l'âge du bronze comme exemple, par exemple, ils ne vont pas revenir à zéro.
1:33:31 Alors que, dans le monde biologique, dans le monde animal, que nous sommes aussi, l'embryon, à sa naissance, repart à zéro. Un rézéro par rapport à son espèce. Au niveau culturel, non, il y a un acquis. Les enfants de l'âge du bronze vont disposer d'outils dont ne disposaient pas leurs ancêtres de l'âge de la pierre polie et encore moins ceux de la pierre taillée ou du silex éclaté.
1:34:03 Donc, l'outil, il se transmet, je répète, c'est le passage capital qui est très dense. Il est ce en quoi le travail a sa permanence. Il est la seule chose qui reste du travailleur et de l'objet travaillé. Ainsi que ce en quoi leur être contingent se perpétue. Un être contingent, qui n'est pas condamné à exister éternellement. mais il est ce en quoi leur être contingent obtient une durée plus grande que celle qu'elle aurait eue, n'est-ce pas, sans l'outil, se perpétue.
1:34:42 Il se transmet dans les traditions. Toutes ces phrases répètent un peu la même chose. Quelque chose échappe à la matière demeure et la forme se perd. La forme qui continue qui continue, la pointe de flèche. Quand on est dans le Sahara et qu'on voit des milliers de flèches sur les dunes de sable, il suffit d'une tempête de sable de quelques jours et tout d'un coup ça dégage du sable, des trésors, du néolithique, n'est-ce pas, des pointes de flèche admirablement taillées avec des fois des petites dents.
1:35:21 C'est un stade encore plus évolué, qui était bien sûr au bout d'un manche en bois, ligaturée ou emmanchée Mais cette forme-là, avec l'apparition du métal, ça va être une pointe en métal et ainsi de suite. C'est l'outil, c'est le moyen. On n'est pas dans la morale. Le moyen augmente notre puissance. La flèche avec la pointe en métal est plus meurtrière que celle qui est en pierre.
Le travail réfréné et le détour de la ruse
1:35:54 Donc, je vais mieux me nourrir, plus facilement me nourrir. Mais je peux aussi plus facilement tuer mon semblable. On n'est pas en morale. La technique augmente notre puissance. Elle ne nous dit pas au service de quelle valeur il faut placer cette puissance. Je dis ça parce qu'il y en a encore qui est et qui aiment passer pour les philosophes profonds. Je pense à la postérité de Heidegger, qui continuait à faire le procès de la technique.
1:36:26 Comme si lorsque quelqu'un était tué avec un couteau, on pensait que c'est le couteau qu'il fallait envoyer en prison pour consoler les familles. Et ses descendants. Il se transmet dans les traditions l'outil, puisqu'aussi bien celui qui désire que ce qui est désiré ne subsiste et ne disparaisse qu'en tant qu'individu. La société continue. Le travail est un acte d'anéantir le bûcheron va anéantir un arbre, réfréné par la nécessité.
1:37:01 C'est-à-dire, cet anéantissement, ce qui le freine, c'est la nécessité, la résistance. C'est-à-dire par quelque chose d'absolument extérieur. la liberté de la conscience supprime cette nécessité. On fait un barrage, par exemple, pour se protéger des inondations ou pour irriguer, comme je l'ai dit tout à l'heure, ou pour avoir une réserve de poissons. J'ai vu ça à chaque fois in situ. La liberté de la conscience supprime cette nécessité, cette totale passivité par rapport au phénomène naturel, alors qu'une thermitière, quand il y a une inondation, toutes les termitières disparaissent d'un coup, noyées.
1:37:45 C'est pourquoi les deux sexes, excusez-moi, la liberté de la conscience supprime cette nécessité et réfrène par soi-même l'anéantissement de l'objet dans la jouissance. Oui, pendant que je construis l'outil, je ne jouis pas. C'est pour préparer une autre jouissance. Mais il faut donc un animal qui fait un détour. Vous voyez la ruse. La ruse. Ici, je fais intervenir, maintenant je fais ça. Vous voyez ? C'est une courbe.
1:38:17 Si j'avais la toute-puissance, j'irais tout droit, je n'aurais pas besoin de faire un détour, je n'aurais pas besoin de ruser. Un rhinocéros, il y a un truc qui bouge, il fonce dessus tout droit. La force n'accomplit la ruse que celui qui n'est pas en position de force. Et là, je fais un détour théologique. ne serait-ce que pour rendre hommage à Rimbaud, n'est-ce pas ? Qui était tout, sauf une grenouille de Bénithier, mais qui disait « La théologie est sérieuse »
1:38:48 qui avait compris ça. Ça ne veut pas dire que Dieu existe ou n'existe pas. C'est un autre débat. Mais la théologie est sérieuse quand elle dit que le diable, c'est le malin, c'est-à-dire le rusé. sous-entendu, il est plus faible que Dieu. Parce que s'il était le tout-puissant, comme on dit aussi bien en islam que dans la chrétienté, dans les religions du livre, que dans le judaïsme, s'il était le tout-puissant, il n'aurait pas besoin de faire des détours et des ruses. Donc, vous voyez, ça fait plusieurs séances qu'on voit que la notion de mondanité est ambivalente, que le monde, ça peut être ce qu'il y a de pire.
1:39:28 Ou alors ce qu'il y a de plus superficiel. Je vais dans le monde ce soir, dans le bling-bling. Mais ça peut être aussi le monde de la récolte, des semailles, des progrès techniques, de la conquête spatiale, le monde de l'architecture égyptienne. Le monde était cité inca, aztèque avec leur valeur, avec leur côté terrifiant, leur côté sublime.
1:40:06 Donc, le monde, on le retrouve ici. Car la ruse, c'est ce dont se sert à la raison et à la liberté pour se faire une place en histoire. Ce n'est pas fini. Il faudra voir les conséquences de ce qu'on est en train de dire. Et à quel point ça résout des tas d'apories, comme on dit en philosophie, de difficultés qui semblent insurmontables entre déterminisme, liberté, etc. Mais, je veux dire, la ruse peut être aussi empruntée dans le cadre d'une fin négative, méchante.
1:40:49 mais c'est toujours une marque de faiblesse de prendre un détour. Mais vous voyez, c'est ça que je n'avais pas eu le temps, je vous l'ai annoncé les fois précédentes, mais je n'avais pas eu le temps, c'est cette faiblesse qui m'intéresse. L'homme est l'animal qui a fait de sa faiblesse une force. Et vous devinez ici que je pense au mythe de Prométhée. Vous vous rappelez ? Je vais rappeler d'abord ce que tout le monde sait pour dire des choses un peu moins connues de Prométhée, mais qui sont au cœur de notre réflexion sur la ruse de la raison.
Prométhée, Épiméthée et l'homme démuni
1:41:26 Vous vous rappelez ? Le frère de Prométhée, Épiméthée, ce qui en grec, je ne suis pas un héléniste distingué, mais d'après mes renseignements, ça veut dire celui dont l'esprit n'est pas tout à fait bien organisé, qui n'est pas très fut-fute, on dirait, en langage familier. Vous voyez, ce livre, c'est la collection Épiméthée aux Presses universitaires de France. C'est une preuve d'humilité, n'est-ce pas, de la part de ceux qui ont fait cette collection. Ils ne se prenaient pas pour des petits génies.
1:41:58 Tout s'est progressé. Donc, Zeus avait demandé, voilà le mythe, à Épiméthée de distribuer, n'est-ce pas, les avantages et les inconvénients à toutes les espèces vivantes d'une manière équilibrée, de sorte que chacun ait sa chance. à l'oiseau, tu donneras la rapidité, l'envol, l'agilité, à l'éléphant, tu donnes la force, mais l'éléphant ne peut pas s'envoler pour fuir en danger. Et l'oiseau, il peut s'envoler, mais il n'a pas la force. Voilà. Épiméthée, comme il avait l'esprit imparfait, il a tellement bien distribué à toutes les espèces animales qu'arrivée à l'homme, il n'avait plus rien à distribuer.
1:42:35 Et donc, l'homme, il n'a pas d'écaille, il n'a pas de poils, il n'a pas de poils comme un ours. Il n'a pas un équipement physiologique. ne me dites pas, mais oui, le cerveau, ne prenez pas le résultat pour l'origine. On a fait des mesures sur les enfants sauvages, ces enfants qui, pour les histoires, ne rentrons pas dedans, des fois de famille, de la campagne, etc., ont été élevés comme des animaux dans les fermes.
1:43:09 On a vu, on a constaté que moins l'individu est en relation avec d'autres, par exemple, n'a pas accès au langage, etc., moins dans le cerveau, moins il y a de synapses, de connexions dans le cerveau. Ne dites pas, c'est le si, si, mais comment, il y a un équipement humain supérieur aux animaux, c'est le cerveau. Non, non, le cerveau est un résultat de l'outil. Ne dites pas l'inverse.
1:43:39 Ça, qu'on est en train de voir, regardez les grands travaux de Leroi-Gourhan, n'est-ce pas, qui a montré que, alors, j'ai du cerveau et à la main, sur des millénaires, bien sûr. Alors, là, j'insiste sur ce moins, cette faiblesse, j'en étais là. Vous voyez, l'homme, il est faible. Le blaireau, en naissant, il a ses griffes qui vont lui permettre de faire son terrier, de voir sa tanière.
1:44:11 il n'est pas obligé de couper des arbres comme l'homme, de faire des pilotis, etc. Le castor, c'est des bâtisseurs. Mais il n'y a pas de progrès, ils font les mêmes cabanes depuis, ils ne sont pas passés des cabanes subaquatiques, là, à une villa de quatre pièces avec piscine et vue sur la mer, ou sur la montagne, ou sur les deux, comme en Corse.
1:44:41 Voilà. Il se transmet dans les générations. On a vu ça tout à l'heure. C'est pour ça que je reparle de progrès, n'est-ce pas ? sans lequel il n'y a pas d'histoire et d'anthropologie. Ce serait le surplace permanent. Donc, regardez ça. La liberté, la faiblesse de l'homme qui n'a ni écaille, ni griffe, qui n'a pas les griffes du lion, qui n'a pas les dents de la panthère, qui ne peut pas se suspendre aux arbres avec les pieds comme font les quadrumanes.
1:45:15 Ça veut dire qu'il y a quatre mains. Certains singes, n'est-ce pas ? voir avec la queue, comme les singes d'Amérique du Sud, par exemple. Et donc, très embarrassés, il a peur de se faire engueuler par le patron, par Zeus. Il va voir son frère et là, on arrive à Prométhée. Prométhée, vous connaissez la suite. Il fait l'acte décisif. D'un coup de talon, non, ça c'est moi qui l'ajoute. Il bondit dans le monde supérieur.
1:45:46 Il va chez les dieux leur voler. Oui, la ruse. La ruse, il a dérobé le feu. Et l'homme s'est soumis tous les animaux et la nature. Dieu a donné à Adam le pouvoir de nommer les créatures, dit la Bible, mais pas seulement les nommer, n'est-ce pas ? au lieu d'exterminer les bovidés comme on faisait dans la préhistoire, il a appris tout d'un coup à faire de l'élevage. Il est devenu le maître de la nature.
1:46:21 Ah, dites donc, ce n'est pas dans le goût du jour tout ce que je dis là maintenant. L'anti-humanisme. Ça commence comme ça, les moments les plus graves de l'histoire. Quand on met la nature, quand on diabolise l'homme et qu'on divinise la nature, premières réserves de protection de la nature ont été faites dans le troisième Reich, renseignez-vous, en Thuringe exactement, cette belle province magnifique d'ailleurs, la région de Jena et de Weimar. et les montagnes qui sont entre la Weimar et la frontière tchèque.
1:46:55 Très beau. Cette faiblesse, je m'attarde encore, un moins, le négatif, vous voyez comme égale ça se tient. C'est cette faiblesse qui a fait la force de l'homme. Car le feu, c'est au sens propre et c'est au sens figuré. C'est le feu qui permet de forger les métaux au sens propre, qui va faire faire des bonds à la technologie, n'est-ce pas ? C'est pas seulement comme la mouette qui prend un coquillage et qui s'envole de quelques mètres pour qu'il retombe et qu'il éclate sur les cailloux avec la pesanteur et pour manger ce qu'il y a dedans.
1:47:32 Parce qu'elle n'avait pas un marteau pour faire ça au sol. Non, non. La métallurgie va apparaître et faire passer de la préhistoire à l'histoire, bientôt la fin du néolithique, comme on dit. Je vous rappelle que c'est un progrès extraordinaire dans bien des domaines, mais ça, je comprends que vous soyez sceptiques puisque vous n'avez pas vécu dans les pays pauvres.
1:48:03 Ce que c'est que de faire des kilomètres et des kilomètres le matin pour aller chercher de l'eau, de ne pas se contenter d'ouvrir un robinet. Bon, on en reviendra une autre fois. Mais il faut quand même y penser ici puisqu'on parle de l'outil, n'est-ce pas ? L'outil, ça peut être encore une fois le silex éclaté, le stade primordial de l'outil, chronologiquement, mais ça peut être un accélérateur de particules ou un bistouri laser.
La plus-value et la prématuration : un moins qui fait un plus
1:48:37 Donc, je reste sur ce moins. Vous croyez que… Non, non, on n'a pas fini. Le cœur de la théorie marxienne, de l'analyse marxienne de la production moderne, c'est la plus-value, enfin, de la production générale et spécialement de la production dans le monde industriel et de la société civile bourgeoise pour faire une espèce de pléonasme puisque société civile se dit en allemand société bourgeoise bürgerliche Gesellschaft, Bürger, voulant dire ici, habitant du bourg, des cités, de la ville et non pas de la campagne par rapport à la paysannerie.
1:49:12 Qu'est-ce qu'il dit ? Le cœur qui explique la production de la valeur, c'est la plus-value. La plus-value, chez Marx, elle ne vient pas d'un plus, justement, comme le mot pourrait le faire croire. C'est un naïf qui croit que le capitaliste est celui qui veut toujours faire une marge plus grande, pas un bénéfice plus grand. Mais oui, il peut toujours multiplier le prix de son produit par quatre pour augmenter son bénéfice, sauf qu'il n'en vend aucun, parce qu'il a un grand malheur, le capitaliste.
1:49:47 Mais oui, il n'a pas tout pour lui, il a quand même un handicap, c'est qu'il n'est pas le seul capitaliste sur le marché. Il a des concurrents, donc il ne faut pas non plus qu'il vende trop cher, sinon il ne vend rien à prestations égales. Donc, le calcul du prix va se faire sur un curseur qui essaye d'aller prendre mes réactions le plus haut possible, le prix le plus élevé, mais qui va vers le bas, par contre, pour tenir compte de la concurrence.
1:50:19 Ça, la théorie de la valeur. Seulement, le secret que Marx a vu du capitalisme, c'est que la plus-value est obtenue, la plus-value, pas le bénéfice qui en est un des multiples aspects, la rente, la plus-value, c'est Marx qui dit que tout ça, c'est des bénéfices, la rente, sont des espèces de la plus-value. C'est ça, le concept générique qui manquait avant Marx. Elle vient d'une partie du temps de travail, du temps consacré par le travailleur employé par celui qui l'utilise, d'une partie de ce temps de travail qui n'est pas rémunéré.
1:51:00 Elle vient d'un moins. Parce que si on payait le travail à sa valeur, ce serait une opération nulle. Allez, très rapidement, parce que je ne veux pas trop m'attarder, vu le temps que vous avez bien voulu accorder à des abstractions un peu difficiles par moment. Une tonne de coton sous forme de coton brut vaut, je dis n'importe quoi, 1000 francs.
1:51:32 Pardon, je suis un peu vieux. 1000 euros. Et je dis n'importe quoi, ça dépend des années, des cours, des lieux et des crises. La même tonne, je suppose qu'il n'y a pas de copeaux, qu'il n'y a pas de pertes, c'est un peu abstrait, sous forme de chemise, même coton sous forme de chemise, vaut 1500 ou 2000, peu importe. 1500, disons, pour simplifier, pour le calcul, 1500 euros. Vous n'êtes pas idiot, vous avez deviné que le passage du coton brut au coton chemise suppose du travail et donc des travailleurs.
1:52:10 Ça suppose une transformation. Quelle est la valeur de ce travail ? Vous me dites tout de suite, c'est 500 euros. Eh bien, écoutez, moi, le capitaliste, j'ai acheté 1000 francs à la tonne de coton à l'Égypte, aux producteurs de coton, c'est un peu plus au sud que chez nous. Il faut que le coton ait les pieds dans l'eau et la tête grillée au soleil, c'est ça. L'Égypte, c'est très bien, c'est avec le Nil. C'est la région d'irrigation du coton. La région sec, chaude et irriguée.
1:52:41 J'ai payé ma tonne 1000 francs, ma tonne de coton brut. J'ai donné 500 francs, sa valeur, au travailleur, puisque c'est ça qu'il a ajouté comme valeur. Pourquoi je me suis fatigué à faire tout ça ? C'est une opération nulle, ça ne tient pas debout. Si je donne au travailleur intégralement le prix de son travail, si je lui donne une rémunération équivalente à la valeur qu'il a produite, à la plus-value qu'il a produite, je ne fais aucune marge.
1:53:12 C'est une soustraction. L'homme de prométhée qui a moins que les autres animaux, qui est moins spécialisé, heureusement, parce qu'il n'est pas condamné à vivre soit dans la forêt, soit au pôle Nord, soit ceci, comme l'ours blanc. L'ours blanc d'Amazonie, il ne fait pas long feu parce qu'on le repère vite. Quand il est entouré de glace, l'homme, il peut vivre au pôle, même dans les capsules spatiales, en forêt, dans le désert, en zone tempérée, bientôt sur d'autres planètes.
1:53:45 C'est là qu'on voit qu'il n'est pas hyper spécialisé. Il est spécialisé dans le genre où je veux en arriver. La faiblesse sur laquelle j'insiste depuis un bon moment, sa force, c'est qu'elle va passer par l'outil pour se renforcer.
1:54:15 et l'on voit ici le point commun. Je vais vous montrer avec la plus-value chez Marx. D'accord ? Mais pas seulement. La ruse, tout à l'heure, vous voyez, tout se tient maintenant. j'utilise la ruse parce que je suis plus faible. C'est à partir d'un moins qu'apparaît la science, la technique, la ruse de la raison.
1:54:46 Donc, on peut dire que tout ce que l'homme a ajouté à l'animal qu'il est au départ et qu'il reste pour une part jusqu'à la fin de sa vie, en fait, de se nourrir, d'avoir besoin d'eau, etc. Les gens passent et de sucre et de sel et de se reproduire comme espèce. L'animal humain n'a pu produire un monde trans-animal proprement anthropologique et pas seulement zoologique.
1:55:17 Pas seulement, il est zoologique aussi, l'homme. Mais il est zoon politikon, comme dit Aristote. Il est l'animal social. On dit l'animal politique. C'est un peu tiré, c'est un peu sollicité le texte d'Aristote. C'est-à-dire l'animal qui vit en société. Donc, réfléchissez bien à ce qu'on est en train de voir. C'est la ruse par laquelle l'homme a pu survivre car il n'est pas viable au départ. L'homme, à sa naissance, là encore, la théologie avait vu que tu enfanteras dans la douleur.
1:55:51 Même si elle l'attribue au péché avec l'aliénation religieuse, c'est autre chose. Mais n'empêche que il est scientifiquement démontré que l'espèce humaine est prématurée. enfin, à une naissance avant-terme. Alors, il y a bien sûr d'autres qui sont plus prématurées que d'autres qu'on appelle les prématurées, ceux qui sont avant neuf mois, mais les neuf mois, c'est un peu court par rapport à ce qui était prévu au niveau naturel quand on était quadrupède. et le passage à la station bipède en rétrécissant les os du bassin a fait une catastrophe obstétrique qui fait que l'accouchement est beaucoup plus complexe dans l'espèce humaine que dans l'immense majorité du monde animal.
1:56:35 et vous voyez le temps que met un petit homme à essayer de se tenir sur ses jambes et à marcher alors que vraiment, moi j'ai vu dans la savane africaine des petits gnous, des petites gazelles au bout de quelques heures, de quelques jours prêts à fuir avec le troupeau et un danger sur leurs petites pattes et petits sabots. Donc, plus vite achevé, si vous voulez. Et donc, vous voyez comme tout se tient, ce moins, cette faiblesse a rendu capital et central chez l'homme la vie de relation sans laquelle il n'aurait pas été viable.
1:57:12 Je l'ai dit tout à l'heure, si l'enfant de l'âge du bronze ne bénéficiait pas d'un stade de développement technologique supérieur à celui de la pierre, il aurait disparu plus vite. Donc, c'est cette faiblesse qui fait la force. Quel dialectique ! C'est ce moins qui fait le plus. Et donc, pensons-y, n'est-ce pas ?
1:57:45 Chaque fois qu'on parle de négativité, c'est pour produire un plus, ce que le signe de négatif, c'est moins. Voilà. Je vous ai un peu fatigué avec ce passage tout le temps de l'abstrait au concret, c'est pour ça que j'ai pris beaucoup d'exemples pour ne pas que ça reste trop abstrait non plus. Mais vous voyez que je n'exagère pas en disant le monde, pas la terre, la terre, l'homme n'y est pour rien. Mais par contre, ce que l'homme en a fait, le monde égyptien, le monde de la monarchie, de l'âge classique, le monde féodal, le monde du paysan brésilien, l'extraordinaire univers de l'aborigène australien et de sa vision du cosmos et du rêve, ça par contre, on n'est plus dans les programmes biologiques.
1:58:37 Sans la biologie, tout cela n'existerait pas. Mais s'il n'y avait que la biologie, ça n'existerait pas non plus. Si on n'avait pas faim, on n'aurait jamais, s'il n'y avait pas l'instinct de la faim, qui ne doit rien à la spécificité humaine, qui n'existe pas seulement chez le monde animal, mais dans l'ensemble du vivant, il faut aussi que les plantes se nourrissent. S'il n'y avait pas la faim, il n'y aurait pas de repas, je suis d'accord. S'il n'y avait pas l'instinct faim, il n'y aurait pas l'institution de repas. Mais l'institution de repas, vous ne pouvez pas l'expliquer seulement par la faim.
1:59:11 Car la faim, je peux me rassasier aussi bien avec des baguettes qu'avec des fourchettes, aussi bien avec une jolie nappe le dimanche qu'en mangeant en vitesse ce que j'ai acheté dans un fast-food sur un banc public. Vous voyez, c'est la matière demeure et la forme se perd. C'est la forme, c'est la forme que l'homme donne dès qu'il le peut au monde qui l'entoure. C'est dans cette forme qui est lisible, les fins qu'il poursuit.
1:59:41 Et si je mets une nappe brodée un peu plus belle et à me donner le dimanche pour fêter au beau jour de l'anniversaire de mon fils ou de ma femme, etc. et que j'invite des amis, tous ces rituels-là n'ont aucune raison biologique. le steak n'est pas meilleur et plus nourrissant sur une belle nappe que sur une toile cirée voire sur une absence de nappe. C'est important ce qu'on est en train de voir.
Plus-value collective et vampirisation privée
2:00:12 Voilà. J'ai pris pas mal de temps puisqu'il est 23 heures passées. J'aimerais bien savoir s'il y a des commentaires pour l'instant. Je vais quand même… Ah ben, excuse-moi, il me crève les yeux. Il y a une part de la plus-value, dit Geoffrey Joe, que je suis toujours content de retrouver, qu'il est nécessaire d'extorquer au travail pour financer le progrès. Une opération nulle ne permet que de reproduire le même nom.
2:00:43 Très bonne question. Même si elle apparaît pour certains comme une critique du marxisme. Non. Marx a très bien vu ce qui est très intelligent dans la question. Il l'a vu en particulier dans un de ses chefs-d'œuvre. C'est le fameux programme critique du programme de Gotha et d'Erfurt. Gotha et Erfurt sont des villes dans lesquelles s'était réunie la classe ouvrière allemande dans les premières internationales. Et Marx s'était permis de revenir sur certains points, certaines décisions de l'international ouvrière en disant qu'il faut faire attention.
2:01:20 Par exemple, et là je réponds à la question de Geoffrey, lorsqu'il disait qu'il faut restituer aux travailleurs l'intégralité du produit de son travail sans qu'on ne lui ait rien extorquer. On est bien d'accord, Geoffrey ? Ah oui, dans ce cas-là, qu'est-ce qu'on va donner à celui qui ne travaille pas, à l'enfant, aux vieillards, aux retraités ? Comment on va renouveler l'outil de production si on ne fait pas d'épargne ? Donc ce n'est pas du tout de l'exploitation, de ne pas payer intégralement le travail.
2:01:55 Le tout, c'est que cette partie qu'on met de côté, c'est qu'est-ce qu'elle est privée et que celui qui extorque en fait ce qu'il veut, peut s'acheter une île au Bahamas, il y en a, il y en a même qui ont plusieurs îles. Ou bien, en faire la richesse publique pour réinvestir, pour faire en sorte qu'il y ait un progrès dans la recherche médicale. car le travail ne s'arrête jamais à ce niveau-là.
2:02:29 Le magnifique chœur d'Antigone de Sophocle sur ce prodige qu'est l'homme deinotaton, Dein, le même radical que Dinosaure. Ce n'est pas terrible. Le texte de Hegel, fascinant, disait qu'il y a quelque chose effroyable quand on regarde l'homme dans les yeux avec cette négativité et qu'ici, elle reste comme ça, vide, peut faire le pire aussi bien que le meilleur. Eh bien, Deinotaton, ce prodige qu'est l'homme, c'est comme ça qu'on traduit en général pour dire merveilleux, c'est un peu du même ordre que prodige, miraculeux, c'est le texte de Sophocle dans Antigone, il a maté les océans, il a maté, il s'appropriait la terre et il a dompté les chevaux devant la mort, seulement il n'a point de remède.
2:03:18 Donc la médecine a toujours encore beaucoup de progrès à faire, n'est-ce pas ? Voilà, mort, c'est le moins à prendre en remède, mais enfin, il en a plus avec une médecine développée, l'espérance de vie dans un dernier pays africain où j'ai vécu, au Niger, il a 44 ans. Et oui, dans les pays où il n'y a pas d'industrie, au cas où ils croient qu'ils sont en train de mourir à cause des particules fines, voilà comment je réponds à Geoffrey. oui, il est nécessaire, mais ce n'est pas extorquer, il est nécessaire de prélever avec un contrôle démocratique de ce qu'on fait avec ça si ça fait en sorte que ça revient à la collectivité et là, ça devient un plus, ce moins devient un plus.
2:03:59 exactement comme les tout premiers agriculteurs ne mangeaient pas tout, mais gardaient quelques graines, n'est-ce pas, pour relancer, une fois qu'ils avaient compris qu'on pouvait non pas migrer tous les jours jusqu'à s'épuiser et mourir dans la migration, qu'on pouvait planter le champ et avoir la nourriture sous la main, si je puis dire, moyennant pas mal d'efforts.
2:04:29 Voilà. Merci pour la question, Geoffrey, qui nous a permis de distinguer la plus-value collective qui va dans le sens de la volonté générale, n'est-ce pas, de l'extorsion de la plus-value et de sa vampirisation au profit du privé. Ce que nous vivons depuis, disons, je ne veux pas trop donner des noms depuis Giscard, en gros, chronologiquement, c'est au moment du début de la fin, du début, du déclin, c'est-à-dire de tout ce qui a été retourné, il a fallu 50 millions de morts pour que les retraites par répartition, la sécurité sociale, tout ce qu'on prélève, dans l'intérêt collectif, là, on voit bien ce que ça veut dire.
2:05:15 moi, toutes mes maladies cardiaques, je vais à la pharmacie, je ne paye rien. Remboursement intégral. Beaucoup de pays qui sont stupéfiés de voir ça en France. Il a fallu des luttes pour ça. c'est important ici de voir, de distinguer ce prélèvement au profit de la volonté générale de la vampirisation qui commence dès la fin des années 60, en gros, et qui s'accélère prodigieusement sous Mitterrand, puis maintenant, après, je ne compte même plus à aller Hollande et Sarkozy et Macron.
2:05:58 Je dis ça parce que je suis fatigué de voir qu'il y en a plein qui pensent que si Macron dégage, ça y est, on a résolu nos problèmes. Vous croyez que ceux qui ont sorti Macron de leur manche, le monde de la finance, ne vont pas en trouver un autre. Vous n'allez pas faire de Macron un Mozart et quelqu'un d'irremplaçable. Quand même ! Je dis Mozart ou Charlie Parker, ça me dégage. Quand même ! Voilà. Il y a donc bien de manières de prélever.
2:06:28 Laurent Angot. Bonsoir Laurent. Il faudrait qu'on se revoie. Pardon, excusez-moi, je ne privatise. J'aime beaucoup Laurent parce qu'il a une culture littéraire pas banale, alors qu'il a une formation scientifique. Il dit lui-même qu'il est un littéraire contrarié. Je sollicite un peu ta pensée, Laurent, mais on se comprend. Et là, vous voyez, il me fait cette magnifique citation de Kafka, extrait de son journal.
2:06:58 Dans ton combat entre toi et le monde, prends le parti du monde, dit Kafka, seconde le monde. Merci Laurent. et merci aussi pour les Balzac et la suite Elie Aragon. La chose en soi. La chose en soi, je me régale chaque fois que je lis les développements de la chose en soi sur YouTube. Que dire de toute l'économie moderne qui prétend remettre en question la valeur basée sur le temps de travail pour y substituer l'idée que la valeur repose sur l'utilité ?
2:07:36 Ah bon sang, ça fait du bien de temps en temps d'être à rebours de l'idéologie dominante. Bravo à la chose en soi pour ce travail de résistance. Je suis sérieux. C'est résister que mettre en question le pragmatisme. Et oui, je le dis en anglais, je ne suis pas raciste. Il y a des choses que j'admire dans le monde américain, dans le monde anglais, il y a des choses même irremplaçables. Mais justement, pas le pragmatisme. Et même Althusser, que je critique souvent, je lui donne le point, je ne le donne pas souvent, mais je lui donne là, lorsqu'il se moque de la formule la plus courante, c'est une locution populaire britannique, n'est-ce pas, par laquelle on illustre le pragmatisme pour se moquer des philosophes, de ceux qui réfléchissent, qui sont intellectuels, qui cherchent le sens, la signification, la raison, la valeur.
2:08:31 C'est quoi la vérité ? Vous connaissez la réponse anglaise. La vérité du pouding, c'est qu'on le mange. C'est ça le pragmatisme. La vérité d'une chose, c'est à quoi elle sert. Qu'est-ce qu'il vient faire ? Elle se sert là-dedans. Mais il dit merveilleusement, il dit, oui, il reste à savoir si c'est bien du pouding qu'on me sert. Et non pas une éléphante cuite au bain-marie. Fin de citation. Il y en a qui croient qu'on leur sert de la musique.
Cybernétique, le cru et le cuit, le tiers entre deux contraires
2:09:01 Moi, je veux bien. pour vos enfants glanants, comme dit l'autre. Voilà. Merci beaucoup, la chose en soi, et à ma prochaine lecture de vos productions qui sont autant d'épisodes de la résistance intellectuelle. Émy. Bonsoir, Émy. Je gâtise, donc j'ai peur d'oublier qu'on a déjà vu, mais je ne crois pas.
2:09:32 Qu'est-ce que la cybernétique qui parle du troisième terme, tertium datur, oui, à savoir l'information qui n'est ni esprit ni matière et qui affecte les délimitations classiques entre le sujet et l'objet. Je suis toujours, j'ai toujours de la sympathie, je prends des termes très prudents et qui n'engagent pas beaucoup, chaque fois qu'on va au-delà de ce qu'il y a d'unilatéral, « einseitig » comme dit Hegel.
2:10:02 « Seite » c'est le côté « side » en anglais, ce qui n'est que d'un côté. Le matérialisme contre l'idéalisme, l'idéalisme contre le matérialisme, le spiritualisme contre le bassement matériel, tout ce qui est important et justement ce qui n'est ni au-dessus, ni en dessous, ni à gauche, ni à droite, mais là où il se rencontre. Là où la matière s'intériorise, on a vu tout à l'heure l'image, je ferme les yeux et l'arbre devient une représentation.
2:10:34 Ou bien le projet qu'a l'architecte dont parle Marx, qui a sa maison dans sa tête avant de la produire dans le réel, qui a son plan, même si, encore une fois, on n'est pas protégé de la pluie, on n'habite pas dans une maison sur papier. Ça c'est l'essence. Mais pour que la maison entre dans l'existence, il faut l'ouvrier, l'ingénieur, l'entrepreneur, pas seulement l'architecte. Donc oui, tout ce qui est important entre les deux, même quelqu'un comme Lévi Strauss qui est extrêmement subtil à ce niveau-là, qui a passé presque toute son œuvre à distinguer, à opposer la nature et la culture, ainsi que quand il parle de tous les mythes d'origine du feu chez les indiens amazoniens, bien qu'ils ne se soient pas concertés dans des régions éloignées par des kilomètres des fois, c'est toujours le jaguar dans cette mythologie qui est le principal prédateur, le principal fauve, n'est-ce pas, de la jungle amazonienne.
2:11:30 Il n'y a pas beaucoup de grands animaux en forêt, surtout que ça pullule de petits, croyez-moi, c'est un cauchemar. Les petites, les premières causes de mortalité au monde, c'est le paludisme et les moustiques. Par contre, il y a des géants dans les petites bêtes dans la forêt, je ne m'égare pas, mais voilà, il y a les plus gros serpents, il y a les plus gros insectes, etc. Mais enfin, je veux dire, les troupeaux de buffles, les éléphants, ils préfèrent la savane. Il y a un petit éléphant de forêt un peu plus rouquin, mais qui est plus petit, parce que dans la forêt, les bossements sont difficiles.
2:12:02 Alors, après cette parenthèse zoologique, excusez-moi, c'est le jaguar dans les mythes indiens qui aurait appris à l'homme à se servir du feu pour la cuisson des aliments. Extraordinaire. Quelle intelligence ! La pensée sauvage, c'est un titre de Lévi-Strauss. C'est l'animal qui par excellence mange cru. Jaguar, qui dans la mythologie, ça se renverse, apprend à l'homme la cuisson des aliments, l'art de la cuisson, le feu, etc.
2:12:34 Bref, joue le rôle de prométhée un peu. Sauf que, vous voyez la dichotomie, ce titre célèbre de Lévi-Strauss, le cru et le cuit, le rôle que jouent ces deux états de la nourriture dans l'anthropologie. Très tôt, les hommes ont apprécié la viande grillée. cru et le cuit.
2:13:07 Entre les deux, il y a quelque chose qui n'est, comme dit Émilie ici, elle dit, qui n'est ni esprit ni matière, bien avant l'informatique. Qu'est-ce que c'est qu'une marinade en cuisine ? C'est cuit, mais sans feu. C'est cuit et cru. Donc, ce n'est pas le cru. Vous voyez pourquoi je n'aime pas les choses unilatérales. Ce qui est le plus intéressant, c'est toujours ce qui est à la rencontre, ce qui est fermenté, ce qui est mariné, ce qui est moisi.
2:13:40 Comment ce qui est moisi ? Mais quoi ? Vous n'aimez pas le roquefort ? C'est un des plus fabuleux fromages au monde. Mais, c'est moisi sûr. Petites alvéoles vertes, je ne dis pas d'aller jusqu'au fromage corse. Je vais encore m'engueuler par mes compatriotes, mais ça fait que ils le savent très bien. Et puis, eux-mêmes, ils aiment bien faire la farce aux gens de passage. Et quelquefois, le fromage est tellement fait qu'il y a des vers. Ce sont des vers qui sont nés dans le lait de brebis et qui n'ont connu de quelques jours de vie que du lait de brebis.
2:14:12 Ça va, ce n'est pas des infections. Ça donne de la protéine. Non, mais ce qui est intéressant, comique, c'est que ces fromages-là, ils sont surnommés les fromages HLM parce qu'il y a une petite tête qui s'agite à chaque fenêtre, à chaque trou. Mais sans aller jusque-là, le fromage, l'affinement du fromage, c'est qu'on le laisse non pas pourrir vraiment, mais on le laisse fermenter. Qu'est-ce que c'est que la bibine ? Qu'est-ce que c'est que l'alcool ? On laisse le vin passer à un degré où si on le laisse, il sera imbuvable.
2:14:42 Donc, il y a un seuil entre le cru et le cuit, entre le cuit par le feu, le cuit mécanique, le cuit chimique, le poisson à la tahitienne. Vous savez, toute la nuit, on a laissé le poisson mariner dans du citron, dans des aromates. Le citron, ça attaque. Donc, bravo, Amy, d'attirer notre attention sur ce qui est ni A, ni non A, ce tiers exclu par la logique mathématique classique, n'est-ce pas ?
2:15:12 C'est A ou non A. Ceci est un téléphone portable ou ce n'est pas un téléphone portable. Il n'y a pas entre les deux, il n'y a pas « T'es mon ami, on peut discuter, je te fais un bon prix. » Non. C'est la logique classique. Eh bien, si. Si, si. Il y a des aliments qui sont à la fois crus par certains côtés, ils ne sont pas passés par la cuisson, par le feu, par la chaleur, mais ils sont cuits par l'acide, ils sont marinés. Ça prend un peu plus de temps, mais que c'est bon.
2:15:42 Voilà. Merci, Amy. Bon, je n'ai pas parlé de l'informatique de bord parce que ce n'est pas ma partie et que j'ai peur de dire des bêtises, mais c'est bien de parler de cybernétique et de rappeler que ça vient d'un radical grec, gouvernatif, que vous retrouvez dans le gouvernement et qui veut dire le contrôle de tout ça. Ne serait-ce que le feedback, le simple fait qu'un radiateur, n'est-ce pas, est conçu de telle manière qu'au-delà d'une certaine chaleur, il arrête de chauffer et il redescend, n'est-ce pas, il s'autorégule.
2:16:17 c'est une extraordinaire, c'est déjà une cybernétique sans électricité, si vous vous référez. Voilà. Merci beaucoup, Amy, en tout cas, de nous faire voir, de nous préparer à la dialectique, moi, c'est ce qui m'intéresse, c'est-à-dire là où les deux contraires se rencontrent et donc, ou bien ils se pulvérisent, ou bien ils créent un mouvement dans lequel les deux disparaissent, n'est-ce pas.
2:16:47 Et je conclue ma réponse à la question d'Amy. Je vois un petit logo rouge sur son logo. C'est ça qui me fait penser à ce beau vers de Nerval. Livre les fleurs de pourpre au courant des ruisseaux. Ne garde pas, ne garde pas, il n'y a pas ce qui est à moi là et puis ce qui est ce que je jette dans la rivière et qui n'est plus à moi et qui s'en va et qui ne revient pas. Il faut savoir faire la part du feu, la part de l'eau.
La colonisation comme ruse de la raison
2:17:18 Livre les fleurs de pourpre au courant des ruisseaux. Réconcilie, n'est-ce pas, le temporel et le permanent. Merci beaucoup, Amy. Je crois que... Louis Charles, je salue Louis Charles. C'est des prénoms, on n'est pas loin de Napoléon. C'est le père de Napoléon qui s'appelait Charles. Dans le thème de la ruse de la raison, si Napoléon peut être considéré comme un instrument, en est-il de même de la colonisation ?
2:17:52 Il y a un milliard d'exemples de ruse de la raison. Je réponds à votre question de manière plus précise. Maintenant, je ne vais pas botter en touche, je suis né dans la colonisation. Je suis né au Vietnam, je suis grandi en Afrique les dernières années de la colonisation. j'ai été en classe avec le fils du dernier gouverneur du Dahomey. C'est tellement vieux, je suis tellement vieux, que ça ne s'appelait pas encore le Bénin, n'est-ce pas ? Ça s'appelle encore le ventre de Dan, Dan Homé. Je ne m'égare pas parce que l'histoire est très intéressante.
2:18:22 mais la question de Louis Charles se conjugue et s'articule merveilleusement avec la remarque, un commentaire qui m'a été fait la dernière fois. Je suis désolé d'oublier le nom, ça va me revenir, mais je ne l'ai pas immédiatement de suite à l'esprit, mais j'en oublie d'autres. Je veux dire, il y a des choses qui me concernent, croyez-moi, j'aimerais bien avoir plus de mémoire mais avec l'âge, c'est difficile de tout garder.
2:18:55 Donc, j'ai peut-être livré trop de fleurs au courant des ruisseaux. Un commentaire qui disait que ce sont ceux qui sont allés, c'est quand j'ai fait mon commentaire du texte de Cheikh Hamidou Kane où la grande royale des Diallobé qui est la plus hostile à l'arrivée des Blancs, je commence à répondre à la question de Louis Charles, décide pour les combattre d'envoyer les enfants africains à l'école nouvelle, à celle que les Blancs apportent dans leur bagage car elle a vu que leur puissance n'est pas dans les canons mais ce qui est derrière les canons, dans leur savoir, dans la science, dans la technique, dans la ruse.
2:19:33 car dans le corps à corps, croyez-moi, même les armées coloniales françaises pour s'en tenir à celles-là ont eu un mal fou avec les fameuses Amazones de Béhanzin. Oui, Béhanzin avait un bataillon d'Amazones qui était de terribles guerrières. Bon, ce n'est pas mon sujet. je réponds à la question de Louis Charles et ce commentaire d'un ami du Maghreb, j'ai oublié son nom, parce que j'ai peur de le confondre avec un autre, donc je ne précise pas trop, avait dit « c'est le moment de rappeler que les plus grands dirigeants révolutionnaires qui ont été le fer de lance de l'indépendance de leur pays et de la lutte anticoloniale. »
2:20:25 Ben Bella, j'avais cité, ou Hô Chi Minh, Ben Bella, guerre d'Algérie, Hô Chi Minh pour la guerre d'Indochine, pas la guerre du Vietnam, ça c'est les Américains après, pauvres pays, qui a passé deux générations à se battre contre les deux plus grands impérialismes de l'époque. L'anglais commençait déjà à être sur le déclin. Donc, je suis au cœur de la réponse à Louis Charles. Ceux qui ont joué un rôle d'avant-garde dans la lutte pour l'indépendance de leur pays sont ceux qui ont su utiliser, qui ont été d'excellents élèves à l'école coloniale.
2:21:03 Donc, en ce sens-là, oui, alors, très bel exemple, Louis Charles, merci beaucoup, la colonie fait des écoles, non pas parce qu'elle veut absolument que les Africains deviennent indépendants, à l'origine, c'est qu'on a bien besoin de personnel. Il faut bien des commis dans les bureaux, là, pour taper les rapports à la machine, pour faire le ménage, pour ceci, pour cela, il faut employer des gens. Et puis, après, il faut des compétences un peu plus sophistiquées. Donc, je ne sais pas, il faut des infirmiers à l'hôpital, pour seconder le médecin français qui est là, le médecin de la coopération, ou le médecin colonel, car au départ, c'était des médecins militaires, que je dois une partie de ma survie.
2:21:47 Donc, c'est très important, la question de Richard nous fait voir le côté inconscient, complet, qu'il y a, non pas inconscient au sens, là, chose que je refoule, que je ne veux pas savoir, mais que matériellement, soit en dehors de ma tête. C'est-à-dire, ça n'a pas du tout été voulu par ceux qui ont institué l'école coloniale, que Ben Bella, d'un côté, ou Hô Chi Minh, de l'autre côté, se sert de ce savoir pour bouter le français, j'allais dire, hors de France, non, ça, c'est la guerre de Cent Ans, c'est les Anglais, pour bouter le colonisateur dehors.
2:22:30 Et c'est une longue histoire, puisque pour ce qui est du Mali et du Burkina, c'est seulement maintenant qu'on y dégage. J'ai rappelé à ce propos, je continue de répondre à sa question, que j'ai connu l'archéocolonialisme, le colonialisme, si vous voulez, la colonie, au sens historique, mais j'ai connu aussi le néocolonialisme, celui qui est postérieur aux indépendances. Quand on mettait les gouvernements qu'on voulait, quand un chef d'État ne nous plaisait pas, on faisait un coup d'État militaire, et les premiers dirigeants, je continue de répondre à la question, Modibo Keïta au Mali, je rends hommage, tout le monde a oublié à l'époque où le Mali avait une relation de l'Union soviétique, mais oui, grand dirigeant révolutionnaire, Modibo Keïta, qui voulait sortir de ses frontières, faire une union régionale avec le Sénégal.
2:23:20 Les Sankara, beaucoup plus tard, les Moup, comment il s'appelle, qui a été assassiné au Congo, un des plus grands dirigeants, Lumumba, Patrice Lumumba, n'est-ce pas ? On lui a dit, après l'avoir torturé, tu peux y aller, il est parti en titubant et on lui a tiré dans le dos. C'était les Belges qui pilotaient tout ça en faisant la guerre entre Africains, n'est-ce pas ?
2:23:52 Comme on fait la guerre entre Slaves maintenant, n'est-ce pas ? Jusqu'au dernier ukrainien, tant qu'à faire. Je suis en plein à la réponse à la question. Pourquoi j'ai cité deux fois Ben Bella ? Je le rappelle, je le rappelle pour ceux qui n'étaient pas là. Parce que c'est un héros de la guerre contre les Allemands. Il était dans l'armée française, enrolé, et il s'est illustré à Monte Cassino. Il a eu la croix de guerre. Monte Cassino qui est une terrible bataille, n'est-ce pas ?
2:24:23 La plus dure, sans doute, de la campagne en Italie, après le débarquement des Alliés en Italie. Retournant dans son petit village en Algérie à la fin de la guerre, il pensait qu'il n'allait pas capitaliser, c'est beaucoup dire, mais je veux dire, il a, il n'avait pas une ambition démesurée, il a demandé dans son village une place de garde champêtre. On l'a envoyé bouler. Non, mais tu t'es regardé, non, mais oh, garde champêtre, c'est pas pour vous, ça. C'est pour Hernandez, Pagani, enfin, parce qu'il y a des langues italiens, espagnols, avec pieds noirs.
2:24:58 Et bien, il a pris maquis, on sait comment ça s'est terminé. Et quant à Ho Chi Minh, il a travaillé à Paris dans une imprimerie, il a été membre fondateur du congrès de Tours, qui a fondé le Parti communiste. C'est pas, c'est pas seulement le paysan vietnamien, mais c'est, c'est celui qui a été reconnu par les paysans vietnamien. Celui-là, il est des nôtres. Celui qui a dit, il n'y a rien de plus précieux que l'indépendance et la liberté.
2:25:28 Voilà, donc oui, oui, alors s'il y a un bel exemple de ruse de la raison, c'est-à-dire de quelque chose qui advient et qui n'était pas du tout dans la tête de ceux qui ont produit la matérialité de l'outil, c'est bien la colonisation. Ce n'est pas faire l'éloge de la colonisation, c'est faire l'éloge de son bon usage par le colonisé. Merci beaucoup, Louis-Charles.
2:26:01 Je ne voudrais pas prendre trop sur votre temps de sommeil, mais je demande encore une fois, je finis par le début, de nous pardonner, même si nous y sommes vraiment pour rien, les aléas de ce soir où on diffuse que sur YouTube et non pas simultanément sur YouTube et sur Facebook, mais on a envoyé une demande d'explication à Facebook, on va sans doute avoir une explication.
2:26:33 Alors, je vous dis tout de suite que moi, j'ai commencé à me bouffer de parano, je pensais qu'on est censuré, c'est quoi ? Pas du tout, parce que la page est accessible. Je vais consulter la page Philosophie économique que Pagani. Mais nous, qui étions administrateurs, c'est comme ça que je me suis aperçu que ça ne marchait plus, on ne peut plus rien écrire dessus, on ne peut pas intervenir. Voilà. On ne va pas rentrer dans le détail, mais je ne pourrais pas parce qu'on est en train de tirer ça au clair et si les gens aussi qualifiés que Pierre-Alain et Philippe sont eux-mêmes perplexes, mais actifs, ce n'est pas perplexe avec la bouche ouverte et en attendant que ça passe, on aura bientôt du nouveau et vous serez tenu au courant.
2:27:15 En tout cas, je suis trop content d'avoir pu maintenir au moment où on commence à retrouver une régularité, ça m'aurait fait mal au cœur. Ce n'est pas de profiter de cet incident pour annuler la séance de ce soir. Merci à vous. Merci à Pierre-Alain. Merci à Philippe Moreau. Et à la prochaine séance. J'espère très bientôt. Je peux vous dire tout de suite qu'on aura bientôt de nouvelles lectures à vif, lecture sur le vif. Voilà.
2:27:46 Très bonne fin de soirée et merci encore du fond du cœur.