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Le « re » de reconstitution : la Bolivie et l'Amérique latine
0:36 Alors, deuxième session de notre cycle sur la logique du sujet face à, littéralement, face à la reconstitution du nazisme. J'insiste sur le re de reconstitution, parce que, ce qui m'a décidé à aborder ce sujet, c'est pas de vous faire l'histoire du troisième Reich, même si on va être amené à rappeler des choses, parce que tout est fait pour qu'on oublie.
1:41 par l'aspect politique, si vous voulez, non pas philosophique, dans la mesure où ça ne s'arrange pas, la dernière fois, maintenant c'est la Bolivie. Non, non, parce qu'il y en a qui sous-estiment, qui croyaient que c'était juste des rivalités politiques, non, on connaît très bien les personnes qui sont là, c'est l'extrême droite classique des pronunciamentos, comme on dit, tu connais, hein, dans la région, soutenue, bien sûr, par l'oncle d'Amérique, comme on dit, puis toujours, d'ailleurs, on le précise assez rarement, mais il y a un institut, une école, un centre de formation, comme vous voulez, dans le Maryland, qui a pour spécialité de, comment avec une petite cuillère, on enlève les yeux des, vos interrogatoires, vous voyez des guérilleros, mais oui, c'est ça l'histoire de l'Amérique latine des 60 dernières années.
2:35 C'était sanglant déjà un peu avant, c'était pas triste avec les Portugais au Brésil, ou les Espagnols, à l'ailleurs, pas mal fin, il faut voir le sac de Mexico, quand vous connaissez un peu votre histoire, c'est un carnage, à l'époque de Cortés, hein, Catherine, c'est un carnage, et, mais alors là, allez, je vais vous faire une confidence, qui ne va pas me rajeunir, il y a une grande époque, où tous les chefs d'État d'Amérique latine avaient des noms ibériques, qui dirigeait le Brésil, quand j'avais votre âge, c'était Geisel, qui dirigeait le Paraguay, Stroessner, vous vous rappelez, Alfred Stroessner, oui, et en Bolivie, c'était qui ?
Les cadres sociaux de la mémoire
3:26 Hugo Banzer, je ne plaisante pas, et vous savez, il y en a qui ne le savent pas, je reviendrai sur le fait que, l'amnésie est entretenue, parce que les gens seraient plus méfiants, s'ils savaient comment ça s'est passé, vous savez, je continue mon détour, ma parenthèse, mon imposition, vous savez, le fameux sondage qui a été fait, fin 1944, les tout premiers sondages, de l'IFOP, où on demande quel est le pays qui a joué le rôle essentiel dans l'écrasement du nazisme, 65% disent, c'est la soviétique, les américains, 25%, et puis presque, ils restent, ils se disputent avec les anglais, ce soir, etc.
4:09 On fait le même sondage, 40 ans après, ça s'est inversé, tout le monde dit que c'est les américains, le jour le plus long, Hollywood, la légende qui prend la place de l'histoire, bon film, non, je ne sais pas, point de filmique, c'est bien, tu sais que ça a été tourné en Corse, le débarquement, si, sur la plage de Saleccia, dans le désert des Agriates, excusez-moi, il fallait que je le case, et, donc vous voyez, comme la mémoire, tout ça, c'est pour vous citer un titre que je vous recommande, qui est apparu dans les années 50, d'un sociologue, à l'époque, Maurice Halbwachs, celui qui dort à moitié, Halbwachs, mot à mot, qui a écrit le titre significatif, les cadres sociaux de la mémoire, voilà quelqu'un qui est bien oublié, et pour cause, quand on parle de mémoire, les cadres sociaux de la mémoire, parce que vous, on pourrait réduire la mémoire, au champ psychologique, au champ psy, et non pas au champ sociologique, vous voyez, alors que s'il n'y a pas les supports sociaux, on n'a pas du tout les mêmes choses, en fait, c'est complètement inconscient,
5:21 les relais, quand je dis les supports, les relais collectifs, et de nos jours, et là je reviens, à la reconstitution du nazisme, dont c'est un des facteurs, attention, aucun de ces facteurs pris à part, ne suffit à une accusation de nazisme, c'est tous ensemble qu'ils convergent, j'avais pris l'image la dernière fois, du bassin versant en géographie, vous voyez, on ne peut pas dire que tel petit ruisseau, c'est l'Amazonie, mais enfin, je veux dire, à force de couler tous dans le même sens, ça finit par donner un grand fleuve, donc quand je suis un peu sévère des fois, avec telle déformation écologiste et tout, il faut comprendre aussi, mais on n'en est pas là pour l'instant, ce halbwachs là, montre à quel point, s'il n'y a pas ces relais, je veux dire, oui, la mémoire, donc pour lui, il y a des facteurs sociologiques, qui sont déterminants, dans notre anamnèse, le contraire de l'amnésie, mais aujourd'hui, ce n'est pas seulement qu'on a réduit le sociologique au psychologique, elle est continuée maintenant, c'est même réduit au...
6:30 Oui, bien, au biologique, c'est ça, aux sciences cognitives, etc., stimulus, réflexes, enzymes, la mémoire, c'est ça, vous voyez, et le tour est joué, et on ne saura jamais que tous les thèmes de Foucault et Deleuze se trouvent déjà dans la propagande des philosophes nazis. Je n'ai pas dit que Foucault et Deleuze sont des nazis. Je ne préfère passer une soirée avec Foucault qu'avec Goebbels, ce n'est pas la question. C'est plus grave que ça. Je ne parle jamais contre les personnes physiquement.
7:01 je ne vais pas faire plaisir à tout le monde, mais c'est une des choses qui me distingue aussi d'un certain stalinisme, parce qu'il y a un Staline que je défends et un autre contre lequel je défends la victime. Mais je veux dire, c'est qu'on peut liquider toute une classe sociale sans toucher une personne physique. C'est difficile. Des fois, il faut mettre un peu la main à la patte, mais pas trop.
La montée de l'extrême droite en Europe
7:31 Mais on peut supprimer, je ne sais pas, vous supprimez le métier des traders, par exemple, je veux dire, ça peut se faire sans... on peut supprimer... Voilà. Donc, je fais ce préambule que le sujet dont je vous entretiens, je l'ai choisi parce qu'il y a de l'urgence et qu'il y a de l'actualité. Ce qui se passe en Bolivie, c'est épouvantable. Vous avez vu la nana qui s'est autoproclamée présidente, alors qu'il faut un quorum du Parlement, etc.
8:07 Le Parlement était à deux tiers vides, personne ne l'a désignée, elle n'a pas été élue. Alors, j'ai une bonne nouvelle dans tout ce cauchemar, c'est qu'aujourd'hui, il y a plusieurs dizaines de milliers de personnes dans la rue au centre de La Paz pour demander le retour de Morales et pour protester contre l'illégalité de cette autoproclamation. Vous voyez que ce n'est pas joué non plus. Et j'en profite pour dire, puisque je suis sur ce chapitre, on n'a pas l'air d'être en philosophie, là. Et pourtant, lisez tout ce que dit Marx de l'accumulation primitive, vous verrez qu'on n'est pas loin.
8:40 Il ne faut pas croire que l'Amérique latine est en train de virer au fascisme, je ne dis pas ça. Regardez en Argentine, c'est le contraire qui vient de se passer. C'est une certaine gauche, pas rêvé. je me rappellerai toujours que Jean m'avait dit, notre ami Jean-Hermé a été responsable pour le Parti communiste à une époque de l'Amérique latine. Il a eu l'honneur de s'imposer, de rentrer au congrès aux Etats-Unis avec une pétition contre l'embargo sur Cuba, vous voyez, par exemple.
9:12 Et donc, à l'époque, je l'interrogeais sur Lula parce que le nom commençait à émerger, il était dirigeant syndical, mais on ne savait pas très bien, il n'était pas président encore, vous voyez. On a dit, c'est le Mitterrand brésilien, mon pauvre. Voilà, c'est pour vous dire, je suis content qu'il soit libéré, c'est pas, c'est pour vous dire, il ne faut pas rêver non plus, mais enfin, c'est pas de Bolsonaro, quoi. Vous voyez, on est vraiment, là, il y a du fascisme, écoutez, Bolsonaro, oui, il y a les évangélistes derrière, avec le budget américain, c'est terrifiant, c'est le suprématiste. Vous savez que, le coup d'État en Bolivie, il y a un fond raciste, anti-indigéniste, vous savez, vous tenez au courant, c'est bien.
9:49 Voilà, bon, bref. Donc, encore une fois, il ne faudra jamais l'oublier pendant tous les détours qu'il peut m'arriver de faire. Et vous savez, j'aime bien dire que ces détours, c'est pour rester au centre de la chose, c'est le fait que c'est l'actualité du danger qui nécessite qu'on y pense un peu plus près. Et allons-y maintenant, de faire une anamnèse, donc je vais être amené à parler tout de même du troisième Reich, bien que ce ne soit pas mon sujet, mon sujet, c'est le fascisme d'aujourd'hui.
10:22 Voilà, c'est ça que je voulais bien préciser dans ce préambule. Et ça ne se répète jamais de la même manière, c'est pour ça que j'étais un peu long. Je ne prendra pas, ça ne prend pas les mêmes formes. Mais enfin, qu'est-ce qui défraie l'actualité d'aujourd'hui ? Parce que là, pour l'instant, je suis, ouais, ça va, c'est le tiers monde, en Amérique latine, il y a toujours eu des golpes pour prononcer un mètre, c'est ça, oui, et en Allemagne, qu'est-ce qui se passe ? Hein ? Jamais on n'a vu un parti d'extrême droite en Allemagne depuis la fin de la guerre atteindre de pareils chiffres. Qu'est-ce qui vient de se passer en Espagne aux élections ?
10:56 Il n'y a pas si longtemps, je dis, mon Dieu, la France est abominable, tous les pays sont démocratiques que la France, avec ce Le Pen qui approche à 30%, là, mais maintenant, c'est tout le monde. Pas de jaloux, hein ? Donc voilà, je veux dire, et puis, on n'en parle jamais non plus, on en parle en bien, les pays scandinaves, vous savez, depuis longtemps, c'est la démocratie, le modèle suédois. Il n'y a pas un seul gouvernement actuel, dans aucun des pays scandinaves, Finlande compris, Zoh, qui garderait le pouvoir s'il n'y avait pas, dans le gouvernement, la participation des néo-nazis ouverts.
11:31 Alors là, sans complexe, voilà, je vous le dis, vérifiez, ne me croyez pas sur parole, que ce soit en Norvège, en Suède, au Danemark ou en Finlande, c'est par la participation de l'extrême droite que les gouvernements ont une majorité. Dernier chapitre sur ce que je fais en bleu, quand même, dernier sous-paragraphe, la France et l'Allemagne, un vieux débat. vous savez que Macron rêve de faire entrer l'Allemagne au Conseil de sécurité, de l'ONU, vous savez, il pousse à ça, il ne pousse pas du bon, je vous ai remarqué, j'ai marité de germanophile, quand même, plus en musique comme politique, mais quand même.
12:16 alors, pas seulement, vu les chiffres que fait l'extrême droite en Allemagne, imaginez que sur le poteau, l'Allemagne arrive à avoir un siège de Conseil de sécurité avec un gouvernement d'extrême droite. Ce serait pas mal la boucle qui se refermerait comme ça. Voilà, je termine là-dessus, je ne le souhaite pas, bien sûr. donc, vous me direz, oui, mais ça, on est d'accord, c'est bien qu'on est d'accord sur le fond, mais quel rapport avec le sujet ?
Le structuralisme contre le sujet : Lévi-Strauss et Althusser
12:49 On en parle d'ailleurs que Pauline m'avait posé la question. Quel rapport avec le sujet ? Bonne question. Parce que c'est pas évident, justement. Alors, je vous le dis tout de suite, il ne faut pas noyer le poisson, il ne faut pas qu'on oublie après dans mes méandres, aux mêlées et tout. Le point commun entre ceux qui nient l'importance du sujet en philosophie, je n'en ai plus en politique, le structuralisme, vous savez ? Lévi-Strauss, dans un interview, a dit, c'est quand même le père fondateur, et je lui rends toujours hommage, une grande culture, surtout musicale, une très grande culture littéraire, philosophique, à l'époque, ça n'existait pas la licence de sociaux, l'agrégation de sociaux, il fallait être licencié en philosophie, on faisait après une spécialisation en sociaux, vous voyez, c'est tous ces gens qui ont une culture, qui ont fait leur humanité.
13:38 Encore en Allemagne, maintenant, les lycées où on fait du latin, c'est humanistische schul, schul. Donc, Lévi-Strauss disait, mon système, c'est un kantisme sans sujet transcendantal. J'approuve, c'est Ricoeur qui avait sorti la formule, mais il dit, j'approuve la formule de M. Ricoeur pour désigner mon système, c'est un kantisme sans sujet transcendantal. Le sujet, Althusser, vous voyez, je change le mouvement, le structuralisme de droite, disons conservateur, Lévi-Strauss, et, alors, à la pointe du Parti communiste de l'époque, pour le malheur du posséder, et Althusser, qui a publié un bouquin pour découpler Marx, et Hegel, c'était sa grande entreprise.
14:29 Mais ce n'est pas le sujet aujourd'hui. Mais je passe par là pour rappeler qu'il a fait une autocritique, c'est aperçu, parce qu'à la fin de sa vie, dans ses confessions, il dit qu'il n'avait pas lu Hegel, après qu'il ait étranglé sa femme. Donc, qui était une grande communiste, une grande résistante, qui devait lui dire de temps en temps, dans des modernités, arrête tes conneries, Louis. À mon avis, c'est une explication du drame familial, mais rentrons pas là-dedans. C'est une hypothèse à Gnuska, pour tout, je ne vais pas me cacher.
14:59 Et, structure élémentaire de la parenté, couillon. Althusser, dit, j'exagère, dans, dans, dans, hommage à Jean Hyppolite, à NRF. Il y a un peu, une compile d'articles comme ça, après la mort d'Hyppolite, égale, tu sais, un article, j'exagère quand je dis que Marx ne doit rien à Hegel, j'avoue qu'il lui doit une bagatelle, la notion de procès sans sujet.
15:29 Vous voyez comment on retombe sur nos pattes. Ce que Althusser admire chez Hegel, c'est qu'il est arrivé à faire, ce n'est pas faux, la notion de procès sans sujet, sauf que, il précise Althusser, parce que, quand même, il fait son autocritique, donc il va un peu plus loin que d'habitude, sinon, le procès lui-même chez Hegel, c'est le procès, le procès historique, par exemple, l'odyssée de l'esprit, de la préhistoire jusqu'à nos jours, qui est le sujet.
15:59 Un procès sans sujet, il n'y a pas une providence qui est derrière, qui dit des choses comme ça, tout peut échouer n'importe quoi. C'est bien le sujet qui nous préoccupe, parce que la barbarie peut faire échouer l'histoire, croyez-moi. Et donc, le procès sans sujet, l'autre, le kantisme sans sujet transcendantal. Voilà, donc la notion de sujet a dérangé dans les 60s et encore plus dans les 70s.
Le qui et le quoi : la dédivinisation de la nature
16:29 Vous voyez ? Et vous commencez à comprendre pourquoi depuis la dernière fois, j'embraye là maintenant, parce qu'on a vu que le sujet, c'est celui, allez, je résume, parce qu'il y en a qui n'étaient pas là, c'est celui qui répond à la question qui est-ce qui. On a commencé par donner la définition de nos instituteurs, de nos institutrices et on a eu raison, parce qu'ils ne nous ont jamais trompés à ce niveau-là. Mais, on a rappelé que le problème ne faisait que commencer. Vous avez raison de dire que le sujet, c'est ce qui répond à la question qui est-ce qui.
17:00 Mais dans la langue, il y a souvent des quoi qui se font passer pour des qui. J'avais pris l'exemple du vent qui agite les arbres. Qui est-ce qui agite les arbres ? Le vent. Alors le vent, ce n'est pas un qui, c'est un quoi. Donc les problèmes, vous voyez, je reprends à là où on s'était arrêté du point de vue strictement philosophique. Comment faire là ? Comment s'y retrouver ? Puisque toujours, on croit avoir affaire à quelqu'un, mais ce n'est qu'un quelque chose. Je crois qu'à des nymphes derrière les sources, on me dit que c'est H2O depuis Galilée et Descartes, c'est embêtant.
17:32 On ne peut plus tard H2O. Enfin, l'inertie, la dédivinisation de la nature date de la fin de la Renaissance et du début du XVIIe siècle, n'est-ce pas ? Pour arriver au principe d'inertie, comme on dit en physique. Donc, la désanimation, je fais exprès, je risque des barbarismes, la dédivinisation, la défétichisation, appelez ça comme vous voulez. le fait que, si on enlève l'homme, il n'y a plus que des quelque choses dans l'univers, avec le statut intermédiaire et que je ne tranche pas du vivant.
18:06 Et en particulier, j'allais dire de nos frères animaux, je commence à être influencé par l'idéologie dominante. La dernière fois, j'ai déjà dit qu'il y en a qui appelleraient à voter pour les arbres bientôt. Bon, les arbres pensent mieux que nous, d'ailleurs. Voilà. Non, non, mais quand même, les vivants, et statistiquement, c'est remarquable. Au sens strictement statistique, c'est remarquable, parce que c'est exceptionnel dans tout l'univers que nous connaissons scientifiquement.
18:37 Je rappelle que, je l'ai évoqué la dernière fois, mais je m'y attardais un petit peu là, je rappelle que l'équation naturelle égale bio égale vert, c'est de l'arnaque, ça. Dans la nature, le vert et le bio, c'est hyper exceptionnel. Nous, on ne connaît que dans notre petite banlieue terrestre. Je ne tranche pas, il y a certainement de la vie ailleurs, statistiquement, ce serait... Enfin, pour l'instant, je veux dire, c'est plutôt l'exception que la règle. Statistiquement, voyez.
19:08 Donc, un religieux comme Pascal, chrétien s'il en fut, mystique, plutôt que religieux, d'ailleurs, hérétique, aux yeux de la Sainte Église apostolique, catholique et romaine, c'est quand même un janséniste. Pascal, quand même, qui était un immense savant, lui, et qui ne faisait pas l'impasse sur les ruptures que représentent les Galilée, Descartes, vous voyez, dans notre vision de l'univers qui nous entoure. Pascal disait, vous devinez la phrase que je vais citer, je t'en prie.
19:39 Le silence de ces espaces infinis, m'effraie. Répète-moi ça, c'est trop beau. Le silence de ces espaces infinis, m'effraie. Tu as oublié l'épithète. Ah. Le silence éternel de ces espaces infinis, m'effraie. Vous voyez. Ce n'est pas la relation écologique à la nature, c'est la relation scientifique. Pascal, qui est un religieux, lui, il ne tombe pas. Vous voyez comment on fascise des masses et des masses de gens. C'est ça qui me fait peur. Encore une fois, on ne repètera jamais assez ça.
Heidegger, caution des masses ; les tournures impersonnelles
20:11 Les gens qui disent, les juifs, les pédés, les communistes, les francs-maçons, ça, c'est à équilé. Ça, vous en trouvez, vous en cherchez l'Allemagne nazie, vous en trouvez dans les bistrots de France et de Navarre à 2h du matin, vous êtes d'accord. Il y a des braves gens autour, il y a vous et moi, il y a vous et c'est ça, Arthur, allez, va te coucher. Ce n'est pas grave quand c'est un mec qui est marginal. Vous voyez, statistiquement, je parle, je ne me permettrais pas de faire un jugement de valeur. quand il y a 75% des Allemands qui votent tout d'un coup pour eux, c'est qu'il y a autre chose.
20:42 Ne vous laissez pas avoir par l'accusation de populisme et que le fachisme, c'est bon pour des pauvres mal renseignés, mal éduqués, mal instruits. M. Heidegger était très instruit. Celui qui a dit, nous avons un devoir d'Eros à l'égard du Führer. C'est une de ces meilleures, quand même, celle-là, si le cœur vous en dit. faire des partouzes avec le Führer. Bon, bref. Et quand il a dit que la création des Panzer Division n'était la plus grande invention de la métaphysique occidentale.
21:20 Bon, mais il n'empêche que tout Paris discute pour dire que, mais non, mais ce n'est pas un nazi, vous ne comprenez pas, sa pensée, c'est profond, c'est compliqué. Je vous laisse juger. Renseignez-vous. s'il n'y avait pas des Heidegger qui donnent des feux verts, qui donnent des garanties, vous voyez, de culture, d'honorabilité, on passe de Arthur allez, va te coucher, à tout d'un coup, des masses énormes de populations. C'est pour ça que je fais ce développement. Donc, oui, le sujet, comment distinguer le sujet quoi du sujet qui ?
22:01 Je rappelle que, quand j'ai dit, j'ai pris mon exemple du vent qui agite les arbres, puisque je suis dans la météo, je rappelle que des expressions dans la langue comme il pleut, il neige, vous vous rappelez qu'on appelle des modes impersonnels en grammaire, étaient autrefois personnels. Il y a une grande sédimentation temporelle dans la langue. C'est-à-dire qu'autrefois, si on met un pronom personnel pour quelque chose qui n'a rien à voir dans la cause, n'a rien à voir avec des personnes, il fasse une température de pression de demander à Erwan.
22:37 et un autre, il y a plein d'excellents physiciens ici. Si on met un pronom personnel à la place de ces choses et de ces quelque chose, c'est parce qu'à une époque, on croyait qu'il y avait des divinités qui faisaient pleuvoir, qui faisaient venter, Éole. Voilà, la tempête c'était Poséidon et ainsi de suite, vous voyez. Moi, je l'ai vu actualiser ça en Afrique subsaharienne encore, où c'est, je vous l'avais dit, c'est Dongo, je n'ai fait que le nommer le Dongo, le dieu des orages en pays songhaï et djerma sub-désertiques.
Le substantiel, l'aliénation et les Correspondances de Baudelaire
23:22 Donc, si vous êtes un teint, il n'y a pas Chakamak, c'est le dieu du soleil. C'était des personnes, tout ça. Alors, aujourd'hui, je vais faire intervenir un concept nouveau, à partir de là, je suis obligé de faire ces rappels avant de l'amener. Ça se brouille entre sujet et objet, on en était là, non ? Entre quelqu'un, un sujet, et quelque chose, un objet. Et voilà que je fais intervenir un troisième terme qui va nous aider, ce n'est pas pour vous embrouiller, au contraire, c'est pour y voir plus clair. Je vais parler de ces objets qu'on prend pour des sujets.
23:53 ça s'appelle l'aliénation, soit dit en passant, c'est une aliénation, le sujet, ce qui est propre à lui, ça va être un quelqu'un qui poursuit des fins, ce qui n'est pas le cas de ça, ça ne peut pas s'y aller. Aucun but. La chute, c'est tout. Il y a un terme pour ça, c'est substantiel. Voilà ce que je fais intervenir aujourd'hui. Une relation substantielle. Alors, je précise que c'est particulièrement chez Hegel que ça a cette acception.
24:24 D'accord ? Ce n'est pas tout à fait la substance, c'est le substantiel. Même si des fois, il prend l'un pour l'autre. La relation substantielle au monde, c'est la relation au monde comme étant personnalisée, divinisée, etc. Tout ce qu'on a vu jusque-là. Mais attribuée et imputée à des choses qui sont gouvernées par l'inertie. Et vous voyez qu'il n'y a pas grand-chose à faire en termes de pensée.
24:55 Je vous fais confiance pour faire le lien entre cette définition de substantiel que je viens de donner et l'ordre symbolique si important. On a fait des développements sur Freud et sur Lacan. On va être amené à faire encore hors atelier. L'ordre symbolique, c'est ça le symbolique. C'est un objet qui se fait passer pour un sujet. Vous voyez, dans Les Fleurs du Mal de Baudelaire, c'est une œuvre qui a eu une importance énorme en histoire littéraire parce qu'on dit qu'il inaugure la modernité poétique, littéraire, etc.
25:32 Vous voyez, Rimbaud, Baudelaire, premier des voyants, roi des poètes, un vrai dieu, etc. Je ne peux pas empêcher d'ajouter la suite mais la forme si vantée chez lui est mesquine. Il a vécu dans un milieu trop artiste. Baudelaire, dans son sonnet, qui est pratiquement le manifeste de cette nouvelle esthétique, les correspondances, les fameuses correspondances. On n'a pas le même symbole déjà. première strophe dit ceci. La nature est un temple, déjà, vous voyez, la sacralisation, la nature est un temple où, accent grave, de vivants piliers, deuxième imagination, laisse parfois sortir de confuses paroles.
26:15 l'homme y passe à travers des forêts de symboles, merci, de symboles, bravo, qui l'observe, attention, L'apostrophe, qui observe, c'est les symboles qu'observe l'homme, c'est inquiétant. L'homme y passe à travers des forêts de symboles qui l'observent avec des regards familiers. Les symboles regardent l'homme avec des regards familiers. Ça veut dire que l'homme, lui, il est ébahi par les symboles, c'est des énigmes pour lui, ce qu'a découvert l'Egypte antique, la sphinx, la figure de l'énigme, être un sphinx, c'est poser des énigmes, non ?
26:51 Pour l'homme, les symboles, c'est une énigme, mais pour les symboles, l'homme est familier, c'est extraordinaire, fort Baudelaire, l'homme y passe à travers des forêts de symboles qui l'observent avec des regards familiers. C'est ce rapport à l'être symbolique qui donne des merveilles en esthétique, en poésie, en ce que vous voulez. D'accord ? On n'est pas en physique. Et encore moins en politique. Mais si on n'en tient pas compte, si on ne tient pas compte de l'ordre symbolique, alors on est condamné à tout interpréter comme des sciences cognitives par le mécanisme universel.
Cause et effet, signe et sens : signal et signe
27:29 Voilà pourquoi mon sujet, ce n'est pas le sujet cette année. C'est la logique du sujet. J'essaie de justifier une formulation que j'essaie de pousser à la précision, malgré toutes les éternelles ambiguïtés de la langue dite naturelle, n'est-ce pas, de la langue que nous employons tous. Donc, pourquoi j'insiste sur la logique du sujet ? Pour proposer, si à la fin de notre cycle de causerie et d'entretien sur la logique du sujet, on pouvait avoir progressé jusqu'à ce résultat que je voudrais anticiper là maintenant, selon lequel, en faisant intervenir la notion de sujet, et c'est pour ça que j'y tiens face à la reconstitution du nazisme.
28:11 Voilà le rapport. La notion de sujet peut nous permettre de créer une scientificité distincte de celle qui est à l'œuvre dans les sciences dites aujourd'hui dures, sciences de la nature, sciences exactes, ça dépend des époques et des périodes et des lieux. Physique, chimie, biologie, etc. J'ai plus grand respect comme on le sait, je ne parle pas des mathématiques, sans lesquelles rien de cette discipline ne serait possible. donc autant de rigueur, mais pas la même.
28:44 Donc je reprends pour ceux qui n'étaient pas là dans les années précédentes, la grande différence c'est que dans les sciences dites dures, le couple décisif c'est celui de... Excuse-moi, je fais une interrogation orale. Qu'est-ce que c'est ? Cause et effet. Ah, ça fait plaisir. Bon sang. On ne pisse pas dans une contrebasse. Pardon, l'expression de jazeux. Et alors que dans les sciences humaines il devrait y avoir le couple sens, signe, bravo, signe, sens.
29:16 Et là on n'est pas loin du symbole comme vous voyez. Il y a des nuances à faire entre signe et symbole parce que le signe est souvent conventionnel. On va faire un pas de plus encore, un deuxième pas de plus aujourd'hui, vous allez voir. alors que le symbole est un peu plus ambivalent. Le signe, bon voyez, quand vous apprenez le code de la route, c'est clair, c'est conscient, vous n'avez pas intérêt à ne pas vous tromper dans la formulation, sinon il faut repasser le code, vous savez ce que c'est, c'est vraiment dans la tête. Voilà. Moi je l'ai raté la première fois à cause d'un lapsus de langue.
29:50 Parce que le panneau interdit de tourner à droite n'est plus facile. J'ai dit interdit de tourner à gauche. D'accord, il m'a repris. J'ai dit oui, vous voyez bien que c'est un lapsus. On dit ça, puis on se retrouve à l'hôpital. Voilà. Ça c'est le signe. Ce qui est commun à tous les signes, quels qu'ils soient, c'est que le lien entre le signifiant et le signifié n'est pas naturel. Ce n'est pas d'ordre causal. Lorsque c'est le cas, lorsqu'il est naturel et causal, on emploie le terme de signal.
30:21 C'est un petit rappel que je fais au passage qui permet d'y voir clair. La fumée signale le feu aux animaux, dans la brousse. La fumée signale le feu à l'animal. Ça, ce n'est pas l'homme qui a décidé, ce n'est pas une convention qui fait qu'il y a un lien entre la fumée et le feu. C'est une loi. N'est-ce pas ? Et en plus, il y a consécution à chaque fois dans l'empirie, dans l'expérience sensible, dans l'ici et le maintenant, il y a consécution du feu et de la fumée.
30:52 Alors que, quand je vous dis fumée, ça n'a rien à voir pour l'oreille avec smoke. Là, on est tombé dans le signe. Voyez ? On s'est élevé au signe. Je dis tomber, je ne sais pas pourquoi. revenons vers le haut. On s'est élevé au signe. C'est-à-dire, vous me direz pourquoi élevé, pourquoi je me demandais tout à l'heure. Si, si, il y a une libération énorme. C'est qu'on n'est plus lié à l'ici ou maintenant. Il n'y a rien dans l'ici et le maintenant qui oblige à dire smoke plutôt que fumée. C'est entre hommes que ça se passe, ça.
31:23 C'est la langue. Voyez ? Ça, c'est le signe. Donc, le signal est naturel. On va prendre les oppositions classiques. Le signe est conventionnel. Ça va comme ça. Là, vraiment, on suit. Le symbole, c'est un peu plus compliqué. Et pour le faire comprendre, je vais revenir à la convention, au conventionnel. Ceux qui travaillent dans des boîtes savent ce que c'est qu'une convention.
Convention, contrat et pacte : le moyen terme
31:56 Vous bénéficiez de la convention cadre, mon ami ? Oui. Demandez à Friot. Vous connaissez bien ces histoires-là. la convention. C'est important. Donc, de la convention, il n'y a pas loin jusqu'au ? Quel est le terme le plus fort ? Oui, merci. Le contrat. Hé, mais tu es professionnel, hein ? Ça m'intimide, j'ai l'accent africain. C'est comme ça. Oui, le contrat, dans lequel vous retrouvez toujours, comme dans convention, le même préfixe, de cum, qui veut dire en latin avec.
32:26 Ce qui suppose une relation entre sujet. je rappelle au passage. Là, on est pour l'instant dans la convention, dans le contrat. Eh bien, entre le naturel et le conventionnel, je vous demande d'imaginer un moyen terme. Vous vous rappelez qu'entre le cru et le cuit, il y a le ? Le pourri. Oui, le pourri, le fermenté, c'est-à-dire le meilleur. Le roquefort, tu n'aimes pas ? Ben alors, tu exagères aussi.
32:56 Je tombe sur quelqu'un qui n'aime pas le roquefort. On n'a pas idée. Oui. Et s'il n'y a pas les petits alvéoles vertes, c'est du pourri. Du moisis, non ? Et la bibine, si elle n'était pas fermentée, ce serait du jus de raisin. C'est pas mal non plus. C'est pas pareil. Je ne joue pas au poker avec des allumettes. Une marinade de sanglier, si vous allez encore, c'est bon. Une marinade, oui, c'est cuit chimiquement. Il y a un peu de vinaigre, il y a des choses, il y a des aromates.
33:27 Le poisson, la tahitienne, il y a des citrons pendant toute une nuit. C'est bon. Vous connaissez ? Mais comment ? Ça va vraiment. On m'a demandé le chéquier à la réception, hein, monsieur le trésorier. Donc, il y a un intermédiaire entre le cru et le cuit. Vous voyez, que je rends hommage à Lévi-Strauss, après l'avoir attaqué, quand même. J'essaie d'être équitable. C'est une grande trouvaille qu'il a là. Et bien, tout ce qui est profond dans l'ordre humain est dans ce milieu.
34:00 Si on sépare totalement le naturel et le conventionnel, on tombe dans l'idéalisme. Ça vient d'où, quoi ? Le conventionnel, le contrat, ça tombe du ciel, de Dieu. Ben, c'est ce qu'on nous dit dans les livres sacrés. Vous montez sur le Sinaï et là, on vous donne la loi. Vous êtes d'accord ? Dans la nature, sur le rapport de force chez les hommes, tu ne tueras point, tu ceci, mais ça suppose Dieu. Pas bon pour la démonstration, ça, il manque un... Alors que là, le poisson à la tahitienne ne peut pas dire vraiment que c'est cru.
34:33 C'est cuit chimiquement, sans flammes. Vous voyez ? C'est intéressant. Où je vais en venir ? Vous allez me trouver dans la langue, il y a un mot, dans toutes les langues, mais en français aussi. un mot qui n'est ni contrat ni naturel entre les deux. Plus obscur que le contrat et quand même qui suppose des sujets. Bravo. Et les pactes, vous voyez, c'est un peu plus sombre. Les pactes. On a fait un pacte.
35:04 Ça veut dire, il ne faut pas trop en parler. Il peut pas parler que le contrat, la convention, ça peut être consulté, c'est le journal officiel. Pacte. On dit toujours le pacte, il y a des clauses secrètes, mais que tous les pactes se sont secrètes. Or, le langage que nous parlons tous les jours ressort beaucoup plus du pacte que de la convention. Vous n'avez pas appris à parler comme vous avez appris le code de la route. Soyons clairs, c'est là où je vais en arriver. Les parents ne vous ont jamais dit voilà le signifiant, voilà le signifié.
35:35 Ça, c'est le code de la route. J'avais un père sympa, parce qu'une fois, je lui ai dit c'est quoi le communisme. J'avais, vous voyez, on en parlait tout le temps, c'était la guerre d'Indochine, le communisme, on nous chassait de notre paradis terrestre, moi je suis né là-bas. Sans ces salopards de communistes je serais encore. Enfin, je leur dois d'avoir connu la France, moi, c'est reconverti mon père. Donc, il m'a répondu, c'est assez honnête, mais ça veut dire tout en commun.
36:06 Il réfugie dans l'étymologie, c'est bien. Après, j'ai dit, c'est vachement bien alors. Alors, il me dit, oui, mais ça suppose des contrôles, une bureaucratie. Voilà, oui, dans la langue, c'est pas clair, c'est mignon comme exemple. Voilà, on n'a jamais appris nous parlons sans permis. Ce qui nécessite le surgissement tôt ou tard d'un Socrate ici, d'un Descartes là-bas, d'un Kant, nous parlons sans permis.
36:36 Jusqu'à ce que le poète ou le philosophe viennent essayer de donner un sens plus pur aux mots de la tribu, pour citer Mallarmé. Voilà ce que je rappelle. Vous voyez, tout se tient. Je sais qu'il y en a qui sont fatigués de mes rappels, mais il y en a qui sont importants. C'est que le philosophe a toujours ce compagnonnage, vous voyez, il est flanqué à gauche du mathématicien, on voit à droite, mon roule, je puisse le retourner, c'est pareil, et à droite, du poète.
37:07 C'est ça, le philosophe, il veut la rigueur du mathématicien. C'est pour ça que je vous disais, il faudrait qu'on arrive à une logique du sujet, pas une intuition, pas un feeling du sujet, c'est important tout ça, mais il faut aller au-delà, surmonter l'intuition dans le concept, et en même temps, tenir compte du fait que nous parlons le langage naturel dans lequel tout est à faire, tout est à élucider, parce que rien n'est entièrement explicité dans le langage naturel.
Lacan, Chapoutot et la révolution culturelle nazie
37:38 C'est ça, il faut faire comprendre. S'il a surgi, et j'y reviens, parce qu'il y en a qui ne comprennent pas pourquoi j'ai consacré tant de temps à Lacan, excuse pas de te regarder, à Lacan, c'est vrai, je me suis permis à ceux qui s'étonnaient un peu que je développe du Lacan, tout en me réclamant de Clouscard, qui est un farouche adversaire, comme vous le savez, de la lacanitude, plus que de Lacan d'ailleurs, c'est pas du snobisme, l'époque, vous pouvez même pas imaginer ce que c'était, Lacan c'était le prince de Paris, du Paris culturel, du Paris intellectuel.
38:23 Une jeune fille qui fait des études et qui n'était pas allée au séminaire de Lacan, elle n'était pas épousable, je vous ai rappelé. Et un mec qui n'était pas allé, il ne pouvait pas être prétendant non plus. A great pretender. C'est vrai que Lacan, le personnage lui-même, est un conservateur qui ne s'est jamais caché de l'être, il a au moins cette honnêteté, il ne serait pas passé pour à gauche du PC, lui. Comme ceux qui maintenant sont à droite de De Gaulle, vous savez, les ex-Jospins, et l'autre.
39:02 C'est vrai que Freud était un conservateur de l'Autriche, de la Vienne bourgeoise, plutôt conservateur comme valeur au pluriel. ça ne veut pas dire mon beau, ne confondez jamais, les gens cultivés, je vous ai dit, la droite a travaillé dans les 30 dernières années, ne confondez jamais. Je vous conseille un ouvrage, je ne sais pas si j'ai pensé à l'apporter, qui s'appelle, non, la révolution culturelle nazie.
39:33 Vous qui c'est ? C'est un historien qui s'appelle Chapoutot. Ce n'est pas un marxiste, ce n'est pas quelqu'un de bon bord, mais c'est peut-être des dix personnes les mieux renseignées au monde sur, événementiellement, au niveau archive, ce qui s'est passé dans le Troisième Reich. Tu me connais, Catherine, même à toi que j'ai emprunté le livre. Je n'ai vu que ça, ce qu'il en dit sur YouTube. C'est qu'il passe son temps à insister là-dessus, il dit surtout oublier la phrase qu'on impute à Goebbels et qui est apocryphe, c'est quand j'entends le mot culture, je sors mon pistolet.
40:11 Ils ont fait un énorme travail culturel, les nazis. Ils ont tout refondu, ils ont fait une histoire, une nouvelle histoire. Les Grecs, ils récupèrent tous les Grecs, Platon, bien sûr. Pourquoi ? Parce que les Grecs sont des Germains, ça, vous ne saviez pas. Écoutez, c'est dans les documents, ça. Oui, les Scandinaves sont descendus parce que là, on se les gèle là-haut. Caricature à peine, mais ils sont descendus, etc. Ils ont donné cette exception géographique, historique, ce miracle, parce que c'était des Germains.
40:42 Ça, c'était des races. Ils montent d'abord que la notion de race, qu'est-ce qu'il y a de commun à la logique du sujet ? Et au retour du nazisme, je le répète, pour ne pas qu'on l'oublie, le naturalisme. Je vais être clair avant que tu perds dans les détails. Pas la nature, la nature, rien de politique. Le naturalisme. la tendance à imputer à la nature, ce qui ressort en fait d'autre chose que de la nature. De la culture, de l'histoire, de l'artifice, de l'outil, de la praxis.
41:16 Voilà. J'aurais d'autres occasions de vouloir préciser, j'espère. Donc, la nature, c'est la valeur suprême de la culture nazie sur laquelle ils fondent toutes ces nouvelles disciplines. La nouvelle biologie, la nouvelle histoire, la nouvelle sociologie, le nouveau droit, Schmitt. Vous voyez ? Alors Schmitt, pareil. Et avec, bien sûr, la notion de race qui est décisive. Vous me direz, je ne vous apprends rien. Faites attention parce que, vous savez, il y a, comment il dit Macron ?
41:49 Il y a les progressistes comme moi, comme lui, Macron. Et puis, j'avoue, le populiste, les régressifs, les beaufs, quoi. Parce que, vous savez, quand on critique l'Europe et qu'on dit que l'État-nation, c'est quand même un recours qu'on n'a plus avec ce super État-nation que l'Europe. Je profite pour dire au passage que lorsqu'il y avait les guerres de Yougoslavie, n'est-ce pas, ceux qui étaient pour bombardés la Serbie et ça a été un carnage, pensez à ce train.
42:25 Renseignez-vous. Ça n'a pas été une partie de plaisir pour les populations civiles en plus. Ils disaient, vous défendez l'État-nation, ils ont le droit, les Croates, les Machines, les Corses, les Bretons, qu'est-ce que je n'ai pas dit ? Résultat, on a créé sept États-nations nouveaux. C'est intéressant, ceux qui se prétendaient contre l'État-nation, ils ont créé sept États-nations, là où il n'y en avait qu'un, ils ont eu vos Corses.
42:57 Qu'est-ce que je n'ai pas dit ? Voilà, je retourne à la parenthèse. On ne dit jamais, c'est pourtant simple. Donc, je reviens, pourquoi j'en parle ? Parce que Hitler dit à un moment donné, à, comment il s'appelle, celui, l'ingénieur, Speer, celui qui était chargé des bâtiments, de la logistique du Reich, dit à Albert Speer, qui le dit dans ses mémoires, pour moi, la nation, bon, c'est important, la nation allemande et tout, mais ce n'est pas l'essentiel, c'est la race, vous voyez ? La nation, on peut annexer le Danemark, l'Ukraine, la Russie, on s'en fout, ce qui compte, c'est la race.
43:33 Il était prévu, qu'on liquide tous ces sous-hommes, les slaves, la cabine dans ces régions-là, qui sont des inédits, ou qu'on ne garde que ceux qui sont capables de travailler, en esclavage, et on les peuple, vous savez qu'il y avait des trains entiers prévus avec des écoles qui apprenaient aux Allemands comment vivre en Ukraine, comment parler avec les gens, mais c'était comme ça, c'était programmé, ils étaient partis pour le fameux Reich de mille ans, c'est Göring, on en a pour mille ans, ils sont travaillés, il y a une culture, et dans cette culture, ça fait drôle à dire, ce qui est au centre de la culture, c'est la nature, vous voyez ?
44:11 Ouh là là, mais je ne rigole plus, parce qu'actuellement, il y a des idéologies dominantes qui disent, mais c'est démodé, la séparation nature-culture, vous n'entendez pas ça ? Par-ci, par-là ? Par des philosophes qui se disent d'avant-garde ? Oui ou non ? On ne parle jamais au hasard. Le point commun, j'insiste, entre la réflexion sur le sujet, qu'est-ce qui fait quelque chose est sujet, et la problématique essentiellement philosophique, et la problématique politique de la reconstitution sous nos yeux, sous vos yeux, surtout, du nazisme, le lien, c'est le naturalisme.
Popper et Kant : législation par nature, législation par liberté
44:55 On n'a pas évoqué les sciences cognitives tout à l'heure, je pense à un Karl Popper, qui a une énorme influence avec les anglo-saxons, qui a inventé cette trouvaille extraordinaire qui est la falsi... j'ai envie de dire salsifie. Comment ? C'est-à-dire, la falsifiabilité, c'est-à-dire la falsifiabilité d'une théorie qu'on mesure sa valeur scientifique, n'est-ce pas ?
45:26 C'est entendu, il y a des choses, on ne peut pas démontrer que c'est faux, comme un collégeux, donc. T'es venu trop tard, je t'ai rendu hommage. Et, donc, ce Popper-là, pour lui, il n'y a rien. Les choses scientifiques, son modèle, ce sont précisément les sciences dures que j'évoquais tout à l'heure, contre lesquelles vous ne me verrez jamais, vous ne m'entendrez jamais dire un mot contre ces sciences-là. Je suis contre leur extension à un domaine où règne une autre législation.
45:59 Je rappelle ici qu'il y a deux ans, j'avais lu un extrait d'un texte difficile, non, non, il n'y en a pas que chez Hegel, c'est l'introduction à la critique du jugement, le testament, pratiquement, de Kant, le dernier gros ouvrage, parce qu'il a fait des opuscules un peu après, de Kant, la critique de la faculté de juger ou du jugement, ça n'est pas des traductions. Le passage le plus important où Kant fait tout le bilan de toute son œuvre critique, de la raison pure, l'œuvre théorique, qui se mesurent avec Newton, surtout et Hume, de la raison pratique, là, c'est la morale.
46:37 La première, c'est que puis-je savoir, la seconde, que dois-je faire, tout ça, pour que je vous le rappelle, je vais vite. et le résultat qui fait qu'il fallait une troisième critique, c'est que ce qui n'était pas satisfaisant, c'est qu'entre le domaine où la science est indubitable, la physique, par exemple, et la question que dois-je faire, eh bien, l'une n'aide pas l'autre, quoi. C'est ça, la grande conclusion de Kant jusqu'à la critique du jugement. Tout ce que je peux savoir en mathématiques, en physique, ne me sert de rien pour savoir ce qui est d'ordre strictement moral, humain, etc.
47:12 On parlait tout à l'heure de savoir si on doit achever nos proches quand ils sont malades, quand ils ont une maladie inguérissable, ou si on doit les laisser vivre, comme à mon avis, dans 500 ans, on en discute encore, et ce n'est pas une question qui dépend, ce n'est pas le médecin, d'ailleurs, le médecin appelle la famille dans ces cas-là. Qu'est-ce qu'on fait ? Ce n'est pas de son ressort, il a raison. Il n'est pas lui de décider, ce serait grave. Donc, on a été là quand il y a ce qui est démontrable, scientifique, etc., science, qui nous en mettraient processus de la nature dans la lumière de Descartes, et puis il y a le domaine des valeurs.
47:51 Vous savez, je n'aime pas trop ce mot-là. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais je l'ai indiqué une fois. Parce que nous avons des dirigeants politiques, je ne dis pas, nous sommes en France, on est en France, où quand ils disent, ce n'est pas conforme à nos valeurs, nos valeurs, c'est les bombardements. Quand ils commencent à parler de valeurs, il y a un peuple qui va douiller. Donc, je n'aime pas trop ce mot. Enfin, disons, pour prendre des mots un peu plus nobles, tout ce qui est axiologique, il y a un axe, il y a une direction qui est privilégiée, un axe, en tout cas, direction de l'espace, une femme, le point.
48:26 Bon, je préfère le terme de Kant, la philosophie pratique, celle où il ne s'agit plus de savoir ce qui est, mais de changer, d'agir, c'est pas seulement de savoir. Donc, ce n'était pas satisfaisant, parce qu'il dit, il y a un infranchissable abîme entre les deux, et puis tout d'un coup, il se dit, il y a peut-être une frêle passerelle qu'on pourrait jeter entre les deux. Et cette passerelle, c'est l'objet, l'édification de cette passerelle, c'est l'objet de ce chef-d'oeuvre qu'est la Critique du jugement, la critique de la faculté de juger.
48:59 Donc, je sors de nouveau cet extrait de l'introduction, qui est longue, quand il a fait tous ses rappels, où il dit, l'ensemble de notre faculté de connaître peut se diviser en deux si l'on appréhende leur manière de légiférer. Il y a deux manières de légiférer au sens des lois. Loi de la chute des corps, la chaleur dilate les corps, c'est une loi.
49:29 Il y a la législation par nature, je viens d'en donner deux exemples. Et il y a la législation par liberté. Je dois manger parce que pour vivre, c'est législation par nature. Mais au lieu de manger, je dis, mais servez-vous d'abord, madame, je vous en prie, alors que je crève la dalle, mais je ne veux pas montrer que je suis un bouignafié. Donc, là, c'est la législation par liberté, ça veut dire que je pourrais, si j'étais un animal, je ne vais pas me gêner. Mais parce que la relation à l'autre me semble ici avoir priorité sur la relation à la chose.
Besoin et désir : Saint-Exupéry dans le désert
50:07 Pas trop longtemps. Il y a eu des scènes de cannibalisme, je vous avais appris ça. Vous savez, dans les Andes, l'avion qui était tombé, c'était... Vous n'avez entendu parler de ça, là. Ils sont tombés, ils sont restés sans secours dans la neige à des milliers de mètres d'altitude. Comme ça, tu te rappelles, c'est notre génération, ça. Heureusement qu'on n'était pas dans l'avion, on nous aurait mangé. Avec moi, ils n'auraient pas été gâtés. Et il faut des cas extrêmes pour que ce soit vraiment le rapport à la chose qui soit décisif. C'est intéressant ce que je suis en train de dire.
50:37 Pour le rapport entre le besoin et le désir. Il y a un très beau texte, Saint-Exupéry, je le cite presque jamais. Parce qu'il a dit trop de bien de pétain. Enfin, de toute façon, il y a des choses magnifiques. Donc, dans Pilote de guerre, qui est un livre admirable, il... Je reviens au Vol de nuit. Excusez-moi. Dans Vol de nuit, il parle d'une expérience où il est tombé en panne dans le désert, avec son petit avion. Et jamais il ne s'est passé si près de la mort.
51:10 Une des morts les plus atroces qui soit, que je ne vous souhaite pas, c'est la mort de soif. Autant la mort de froid est paradisiaque, autant la mort... Oui, oui, si, si. Le froid, c'est pénible, mais la mort de froid... Et oui, c'est parce que... Vous savez, quand vous avez les cheveux comme ça, gelés, mon beau-père allemand, disait qu'il pouvait se casser la moustache comme ça sur le front russe, là, le matin. Plut ! Comme du verre. C'est que ça insensibilise. Vous n'avez plus froid. Vous ne sentez plus rien.
51:40 C'est le coma qui commence. Ça, c'est... Il n'y a plus de douleur, il n'y a plus rien. Par contre, la mort de soif, c'est terrible. C'est qu'on a trouvé, je ne veux pas être voyeur, mais on a trouvé des voitures où on voit que les victimes avaient de la soif, avaient ouvert le radiateur pour boire l'eau du radiateur. Vous voyez, quand on a... Bref. Donc, il est tout près de passer à la mort de soif et il se réveille. Il tombe dans les pommes et quand il se réveille, il est dans les bras d'un Touareg qui est en train d'humecter ses lèvres.
52:14 Avec de l'eau, bien sûr. Et il dit, pour la première fois de ma vie, je ressentais le besoin de boire. Jusque-là, j'avais eu désir. Vous voyez, quand vous avez soif, vous avez une représentation. Une représentation qui suppose de la culture, je ne sais pas, un coca en buée, je ne sais pas ce que vous voulez, un mojito, je n'en sais rien. N'importe où les goûts. Ce n'est pas de l'eau fraîche, comme on dit encore, c'est de l'eau fraîche, simplement. L'eau de source, c'est très bien. on a des représentations.
52:45 Mais là, ce qui n'est plus de l'ordre du désir accompagné de représentations, c'était le besoin d'eau. Oui, pardon. Le besoin d'eau. Voilà. Il faut vraiment des situations extrêmes pour que ce soit la nature qui nous détermine entièrement, je veux dire, qui emporte la décision. Voilà. C'est pour ça que je faisais ce rappel-là. Donc, résumons-nous.
La volonté abstraite chez Hegel ; entendement et raison
53:16 Le sujet, c'est ce qui s'oppose à tous les objets. Vous vous rappelez mon projecteur. Il éclaire tout sauf lui-même. Sauf s'il a un miroir devant. Mais si on en reste là, ça risque d'être abstrait. Donc, un sujet qui ne se définit que négativement, je suis tout ce que... Je ne suis aucun objet. Alors, qu'est-ce qu'on va faire du corps, par exemple ? Parce qu'on va dire que c'est clair, le sujet, c'est le moi, c'est quelqu'un. C'est moi, c'est toi, c'est lui, c'est un soi, quoi.
53:47 Je ne sais pas. Là, je vous lis un extrait de Les principes de la philosophie du droit de Hegel. Tenez. Pour montrer où peut conduire cette vision un peu abstraite du moi. sans doute, l'aspect de la volonté définit ici, cette possibilité absolue de m'abstraire de toute détermination où je me trouve ou bien où je me suis placé. Vous voyez, il est rigoureux. cette fuite devant tout contenu, je parlais d'objet, devant tout contenu, comme devant une restriction.
54:24 Et comme quand on fait le jeûne à Pâques, au carême, pardon, le ramadan, le jeûne hindouiste, les yogas, on peut jeûner pour une période très longue. c'est une manière de prendre une distance avec la détermination naturelle de montrer. C'est un bon réflexe du point de vue strictement anthropologique. Parce que sinon, je répète, cette fuite devant tout contenu, la fin, par exemple, comme devant une restriction, sans doute, c'est ce à quoi la volonté se détermine, ce sont entendus pour premier abord.
55:03 C'est ce que la représentation, chez Hegel, ça veut dire toujours le sens commun peu instruit, c'est ce que la représentation, la force des lumiens, pose pour soi comme liberté et ce n'est ainsi que, écoutez bien, la liberté négative ou liberté de l'entendement. Ce n'est pas la liberté de la raison. C'est les grandes distinctions kantiennes. C'est la liberté de l'entendement. L'entendement, c'est ce qui nous fait dire si A égale B, B égale A. Ce qui est inévitable. Mais ce n'est pas la raison, ça.
55:33 Ça ne s'applique pas aux valeurs, aux fins. Vous voyez ? Donc, quand je dis une logique du sujet, vous devinez que j'appelle de mes voeux ensemble, comme nous essayons de l'entrevoir, une logique non pas seulement intellectuelle, je traduis littéralement intellectus, l'entendement, mais une logique rationnelle, ratio la raison. Je fais des rappels importants pour, je ne fais pas souvent l'histoire de la philosophie, les auteurs, mais quand même, vous voyez, quelqu'un comme Kant a humilié la raison tout au long de son ouvrage, peut-être sans doute le plus connu, La Critique de la Raison Pure.
56:16 Il a humilié la raison en montrant qu'elle ne fait qu'enfanter des fantasmes, des chimères, qu'elle veut absolument faire de la métaphysique. Je caricature un peu, Victor. Je caricature un peu, mais ce qui est à l'œuvre pendant ce temps dans les sciences, c'est l'entendement. Il ne faut pas que la raison pousse l'entendement à en savoir plus que ce qu'il ne peut savoir avec sa collaboration avec l'expérience, je résume à l'essentiel du kantisme.
56:46 Mais la raison que Kant humilie dans le domaine cognitif, il la réhabilite dans le domaine moral, parce que c'était ça, elle n'aurait jamais dû sortir de son domaine, qui est de répondre à la question que dois-je faire et non pas la question que puis-je savoir. Quand je parle d'une logique rationnelle, je prends ratio, raison en latin, dans ce sens-là, dans le sens de ce que Kant appelle faculté des fins. C'est le mot fin ici qui m'intéresse, le mot faculté, on peut laisser de côté, c'est un peu le point faible de Kant.
57:18 Comment ça se fait qu'on a l'entendement et la raison ? Parce que notre raison est ainsi faite qu'on a la faculté de... Il y a Nietzsche qui a un joli passage à ce niveau-là, vous savez, quand il critique la notion de faculté chez Kant, il dit que ça rappelle un peu Molière. Molière s'était moqué des médecins de son temps, il avait raison. Aujourd'hui, il faut respecter, mais son temps, c'est un peu des charlatans. Il vous aie 14 saignés quand vous avez une émoire. Bon.
57:48 Lorsqu'on leur demandait pourquoi l'opium fait dormir, qu'est-ce qu'ils répondent ? Bonsoir. Qu'est-ce qu'ils répondent ? Les vertus dormitives. Tu connais bien, c'est bien, oui. Parce qu'il y a... Non, non, non. Tu réponds en français. Eux, c'est des... Comme c'est des ignars, il faut que le plein des mots remplace le vide de la chose. Donc, ils répondent en latin. Quia est in eo virtus dormitiva. Parce qu'il y a en lui, dans l'opium, une vertu dormitive.
58:19 On pourrait s'épargner toutes les subtilités de la mécanique rationnelle, comme on appelle ça en physique, en disant, pourquoi la voiture se déplace ? Parce qu'il y a en elle une faculté motrice. Ça veut dire qu'il y a quelque chose qui l'a fait bouger. Ça s'appelle comment ça, en logique ? Tautologie. Bien, une tautologie. Pourquoi la voiture bouge ? Parce qu'il y a quelque chose qui l'a fait bouger. Ah ben oui. On a reposé la question d'une manière différente. Vous voyez ? Donc, je me méfie un peu des facultés. Je referme cette petite parenthèse. Qui rappelle quand même, si je me suis permis de la faire, parce qu'il y en a un tas de choses à dire sur Kant.
La limite de Kant et la prohibition de l'inceste
58:55 C'est parce qu'on voit ici la limite de Kant. Sa limite, c'est l'histoire. Kant, c'est quelqu'un qui ne veut rien savoir des genèses. D'où ça provient ? Comment ça a été engendré ? Notre raison est ainsi faite que vous n'allez pas chercher à savoir. Après, il tire très rigoureusement les conclusions. Mais quant à la genèse, il ne veut rien savoir. Vous savez, c'est la petite boutade de Goussard que j'aime bien citer. Kant, il a tout vu, mais il a tiré le rideau. Il a tout vu, mais il a tiré le rideau aussi tôt.
59:25 C'est bizarre, hein ? Voilà. Enfin, il a bien vu quand même que là où la raison avait sa raison d'être, c'est la faculté des fins. Sauf que, il nous renvoie à l'inconnaissable, à la chose en soi. Vous voyez ? Alors que moi, j'essaye avec vous de transgresser cet interdit kantien, je vais revenir à son introduction, je ne sais pas de l'essentiel, de dire c'est inconnaissable, la liberté, tout ça. Moi, je voudrais, au contraire, qu'on fasse une logique du sujet. Alors, je reviens à ces grandes distinctions de l'introduction à la Critique du jugement Il y a la législation par nature et la législation par liberté.
1:00:05 Très bien. Ces deux domaines, j'emploie son vocabulaire qui est extrêmement précis à Kant. C'est l'époque, vous savez, où Bougainville, Cook, découvraient les mers du Sud, l'Australie, la terre du Sud, l'Australie. Et donc, il y a beaucoup de métaphores géographiques chez Kant. Domaine. C'est moi, il dit, les deux n'ont rien à voir. Elles sont même opposées. Je l'avais illustré avec mon hélicoptère.
1:00:37 Je ne sais pas s'il y en a qui se rappellent. Prenez un hélicoptère. Vous le tenez dans la main, c'est bon, montez dedans. On survole l'Amazonie. Tout ce qu'on voit là, les cimes des arbres, ce qu'on appelle la canopée, peut s'expliquer par la physique, la chimie, la biologie. Par la législation, par nature. Vous voyez que Kant, ça marche. Et puis tout d'un coup, clairière, village, bororo, case des hommes, case des femmes, rite d'initiation, prohibition de l'inceste.
1:01:10 C'est pas la nature, ça. Mettez des lapins en Australie, il y en a un million dix ans après. Tout ce consanguin. Incestueux, ben oui. J'insiste. Lévi-Strauss l'a vu, ça. Les lois sont générales dans la nature. La loi de la chute des corps, elle est la même, sur la planète Neptune et chez nous. Alors que, ici, il y a polygamie, là, il y a monogamie.
1:01:40 Ça, c'est des règles. On a bien distingué les deux. Vous voyez ? Les règles, ça se passe entre sujets, mais qui est logique du sujet. Or, l'exception, c'est la prohibition de l'inceste, aussi universelle dans toutes les sociétés humaines qu'une loi physique, bien que n'étant pas naturelle. Ça, c'est un peu plus, un peu moins immédiat à comprendre. C'est très facile, très facile à démontrer. La preuve, c'est que les animaux pratiquent tout le temps l'inceste.
1:02:11 Si vous regardez bien, et c'est comme la bombe maternelle chez les animaux, oui, tant qu'il y a une hormone qui est là, après, la lapine, elle dévore, c'est la pro, une fois que la période de l'hormonagie est terminée après la mise bas. Je n'ai pas dit l'accouchement. Il n'y a pas de couchette. Donc, voilà, une exception. Vous voyez encore quelque chose qui est comme le pacte entre la nature et la culture, la prohibition de l'inceste. C'est pour ça que je m'attarde un petit peu aussi universelle que la nature.
1:02:44 Donc là, ça touche au domaine de la nature, et en même temps, c'est intersubjectif. Donc là, ça touche à l'histoire, à la culture. Exactement ce que Kant appelle ce qui est homogène à deux choses qui s'opposent. un schème. C'est un schème, si tu regardes bien, entre nature et culture. Voilà. C'est le pourri entre le cru et le cuit. Le fermenté.
1:03:16 Jusque-là, on suit à peu près Kant. Et là, il y a le plus important qui arrive. Ces deux législations dont vous voyez bien qu'elles sont non seulement distinctes, mais même opposées. Quand je dis « servez-vous d'abord », je vais dire « je vais contre la fin qui m'anime et qui vaut à plutôt raccourcir le temps qui entre la satisfaction et le besoin. » Ces deux législations opposées se disputent un seul et même territoire.
1:03:46 Encore une métaphore géographique mais agraire. Un seul et même territoire. Bon sang pour qu'il y ait le village et les cases et la clairière, il a fallu couper des arbres. Nature et liberté, c'est la division kantienne. Lui, il ne dit pas nature-culture, il ne dit pas nature-esprit comme chez Hegel, il ne dit pas nature-praxis comme chez Marx, il dit nature-liberté. Ce qui marche quelque part, potentiellement.
1:04:20 J'y reviendrai pour les gens que ça tracasse et faire un lien entre liberté et praxis. Mais, pour l'instant, remarquons que la notion de territoire est capitale. Parce qu'il n'y a qu'un seul territoire que Kant définit très bien, c'est l'ensemble des objets de toute expérience possible, c'est-à-dire ce qu'il appelle le phénomène. Nature et liberté se disputent le territoire du phénomène. sauf que la nature, elle n'a pas besoin d'agir pour l'occuper le territoire.
1:04:55 Alors que si l'homme veut s'y faire une place, il faut qu'il fasse reculer d'autant ce qui était là. D'abord, pour qu'il y ait un champ en agriculture, il faut soit abattre une partie de la forêt soit assécher un marais si c'est en Hollande. Je le dis parce qu'il y en a qui voudra le beurre et l'argent du beurre. Il y a aussi un tragique de la dialectique, de la contradiction.
Le corps, de l'instinct à l'institution
1:05:26 Pour que ceci soit, il faut qu'autre chose ne soit pas. Donc, je relis maintenant le commentaire de ce que dit Hegel de la volonté abstraite. C'est la liberté du vide. Celle qui dit le moi profond c'est tout ce qui n'est pas objet. Ce n'est même pas mon corps. La preuve, c'est que je fais le carême pour montrer que mon corps ce n'est pas moi. Vous voyez, par exemple, où je le macère, où je mets les scarifications, des diamants.
1:06:01 Ça revient très à la mode de marquer le corps. Ceux qui le font d'une manière le mieux de valeur esthétique au monde, c'est à mon avis subjectif. Je ne m'insisterai pas. C'est les papous. Je ne sais pas si vous essayez de mettre peinture rituelle papou sur Google Images. La peinture du corps, c'est extraordinaire. Extraordinaire. Comme créativité. Dans la parenthèse. L'homme aime bien ne pas laisser le corps tel qu'il est.
1:06:34 Et contrairement à une idée préconçue que nous avons, nous, pays développé au sens économique du terme, pour qu'il n'y ait pas du moins de valeur, plus les sociétés sont dites primitives, plus c'est sophistiqué le travail sur le corps. Je ne parle pas des africaines des plateaux, des cous, vous savez, des cous de girafe, à force de mettre des anneaux, ce serait dangereux parce que quand vous enlevez les anneaux, la nuque, tout se casse.
1:07:04 Oui. Allez, soyons clairs. Le corps, c'est le lieu de la détermination naturelle. J'ai faim, non ? J'ai soif. Je dois me reproduire. Je dois avoir une descendance. Tout ça, ça passe par le corps. Je parle de principaux instincts. Respirez. Pourquoi m'enviez-vous l'air que vous respirez ? C'est dans Bérénice de Racine. Il faut le sortir, ça, quand même. Pourquoi m'enviez-vous l'air que vous respirez ?
1:07:36 Or, c'est laisser le corps tel qu'il est, c'est laisser la détermination naturelle vous envahir. Donc, pour prendre une distance et affirmer sa liberté et surtout, pour me faire reconnaître par l'autre comme un être humain, je dois montrer que je peux prendre des distances, vous comprenez, servez-vous d'abord. Je peux prendre des distances avec la première impulsion instinctive.
1:08:07 et c'est ainsi que de l'instinct on passe à l'institution. Vous voyez, comme les mots jouent dans la langue. Ce n'est pas du tout pareil. C'est même inverse. La sexualité est un instinct de reproduction. Le mariage est une institution. la prohibition de l'inceste est une institution dont on vous fait croire qu'elle est instinctive. Ah oui, il y a une horreur instinctive de l'inceste. Pas du tout.
1:08:37 Mettez ensemble, il y a des tas de romans, des pièces de théâtre où c'est un frère et une sœur qui ont été séparés à leur naissance par des naufrages. Je ne sais pas quoi. Si on ne le sait pas, tout peut arriver. Il n'y a pas la voix du sang n'en déplaise aux néo-nazis La voix du sang. Donc, j'explique ici d'une manière plus concrète que d'habitude pourquoi il y a cette insistance dans toute société humaine. Ici, je suis dans l'universel.
1:09:08 Encore un mot démodé. Démodé par les idéologies redoutables qui sont en train de revenir. Oui, je le dis, les nazismes attaquaient l'universalisme. Les nazis, pardon, pas les nazis. Attaquaient l'universalisme. C'est très important à savoir mais de manière acharnée. L'universalisme, c'est une création des juifs et de la révolution française. C'est en toute lettre sur des milliers de pages, ça. C'est le même combat. Oui, parce que je vous ai parlé de la race germanique tout à l'heure qui avait fondé Athènes et Sparte.
1:09:38 Je suis dans le délire mais ce n'est pas moi. comment ça se fait qu'on n'est pas allé en ligne droite de l'Athènes du IVe siècle avant Jésus-Christ au IIIe Reich. C'est qu'entre-temps, il y a eu le christianisme. Encore un coup des juifs. Écoutez, historiquement, Marx, Freud, les deux plus grandes avancées dans la logique du sujet sont le marxisme et le psychanalyse.
1:10:12 Ça me doit se trouver dans tout cas. Ce n'est pas un hasard si ce sont les deux pensées les plus combattues dans l'idéologie dominante aujourd'hui. Au point que dans le programme scolaire on supprime en philosophie le travail comme sujet, ça c'est pour Marx, et l'inconscient. Écoutez, j'invente rien. Je colle à l'actualité. C'est pas pareil, Marx et Freud. Mais il y a ça de commun. Sacré juif, il bosse, c'est l'époque où les juifs c'était pas sionisme.
1:10:45 C'est la version de l'Avril. Pas le moins vite, t'entends mal. Le travail et l'inconscient ont été remis, c'était la version d'Avril. Et dans la version définitive de juillet qu'il y a, je vais être en plein de bons sujets, la culture est disparue, ça a été remplacé par la nature. Non. La politique est disparue, c'est été remplacé par l'État. Et la morale est disparue, elle a été remplacée par le devoir. Merci beaucoup pour cette actualisation. J'essaie de suivre, mais je suis déjà lourné. Merci beaucoup. Voilà.
1:11:15 Ouais, ben c'est pas rassurant tout ça. Donc, je suis un peu plus concret aujourd'hui sur toutes ces raisons qui font que je suis un homme dans la mesure où je suis reconnu par un autre homme comme étant un homme. C'est ça la dialectique de la reconnaissance. C'est ça qui est à la base de la dialectique du maître et de l'esclave chez Hegel qui va tellement inspirer. de Hegel à Marx, vous savez, la lutte des classes au rapport maître-esclave Mais ça commence pas à Hegel, ça commence à...
La reconnaissance, le maître et l'esclave : The Servant
1:11:51 Aller un peu avant. Oui, merci Rousseau. Qui a dit ? Merci pour lui. Et pour nous. Oui. Rousseau. S'il y a des esclaves par nature, il y a des mentalités serviles, il y a des gens, des mentalités de larbin. C'est parce qu'il y a eu à l'origine des esclaves contre nature. Oui, Rousseau. Et quand Rousseau dit que la liberté consiste moins à faire ce que l'on veut, à faire ce qui vous plaît, qu'elle ne pas dépendre du travail de l'autre.
1:12:24 Vous savez, c'est lourd d'avenir, des phrases comme ça. Il suffit qu'il y ait la grève des éboueurs, on comprend ce qu'il veut dire. Le plus malheureux, c'est celui qui n'a jamais... qui ne s'est jamais occupé de ses propres ordures. Tu connais un film qui est basé là-dessus. Sur les ordures. Pour passer les méchants. Les ordures à l'intérieur de l'appartement, à les portes vidées. Sur les ordures. Un chef d'oeuvre. C'est un instant anglais. Ah ! Ah, tu parles de...
1:12:55 Ah oui, Joseph Losey, la... Oui, The Servant. Si ce film repasse, allez le voir. Alors, si vous avez envie de craquer, il ne faut pas... Ça enregistre. Et tout ça. Il faut... C'est un chef d'oeuvre. En plus, au niveau de l'image, la qualité de la photo. Et puis, c'est Faudet Marx, pour le coup. Ah, tout y a les deux. Servant, comme son nom l'indique, c'est un domestique qui travaille pour un jeune anglais, un jeune lion, comme on dit en Angleterre. Ça va être de l'establishment qui a jamais fait... C'est un fait... The Servant. Le boy, quoi.
1:13:25 Mais le boy en livré, tu sais, avec les rayures jaunes, le maître d'hôtel, qui est joué par Dirk Bogarde, c'est lui qui joue dans Mort à Venise. Et qui vit avec son jeune maître qui est célibataire, qui amène des copines de temps en temps, qui a un château, un manoir en Écosse, tout ça. Bref. Et un appartement à Londres, bien sûr. Et qui a un ascendant sur lui parce qu'il est pratique, ce type, il connaît la vie, le servant. Il sait où se procurer ceci, cela. Et l'autre pousse son ascendant comme ça jusqu'à exaspérer le maître à un moment donné.
1:14:09 Et le servant se met en grève. C'est le tournant du film. Le maître le supplie de revenir. Parce qu'au bout de quelques jours, il y a des cendres sur la moquette. Il a fait une partie le soir. Il est débordé, le pauvre maître. Il n'a jamais rangé tout ça. Il supplie de revenir. Il est moins libre. Vous voyez, c'est ça la dialectique hégélienne du maître et de l'esclave. C'est là, on le voit bien ici. C'est quand la production s'arrête qu'on s'aperçoit à quel point elle me détermine.
1:14:40 Regardez ce mot pied là. Ce mot pied. tout ce qui passe en canalisation, en métro, en RER, en gaz, en flotte, en conduit électrique. Tout ce qui... je ne perds pas mon fil. La logique du sujet, c'est pour vous préparer à une image un peu inquiétante. Non, mais, jugez vous-même. Je suis en train. Je vois l'horizon. J'admire les Alpes.
1:15:13 Le Vercors, devant moi, je descends, je vais vers le sud-est. Gare de Lyon. Et petit à petit, je rapproche mon regard. Jusqu'à regarder, non plus à l'horizontale, vers les montagnes, quasi immobiles, mais presque à la verticale. je vois une vitesse effrayante. C'est ça le sujet. C'est la vérité du sujet qui est là. Je me croyais là-bas. Non. C'est ça le sujet. Vous voyez ?
1:15:43 C'est... Tout ce que nous consommons sans nous apercevoir, tout ce qui travaille pour nous, c'est tout ça. D'accord ? Ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave si tout ça se fait dans des bonnes conditions, d'une manière contractuelle, n'est-ce pas ? En rétribuant d'une manière juste, n'est-ce pas, ce qui nous détermine. Voilà. Donc, il fallait faire cette... Il est 20 heures. Merci. Il fallait faire cette longue parenthèse. Je finis juste le texte de Hegel. Merci de me prévenir.
La liberté du vide et la furie de destruction
1:16:14 Cette liberté, celle qui dit « Moi, c'est tout ce qui n'est pas moi. » Le « Moi, c'est tout ce qui refuse ce qui n'est pas moi. » Je ne vois pas. Je suis obligé. Montrez que le sujet, ce n'est pas ça non plus. On va y arriver. C'est la liberté du vide. Elle peut se manifester, là je continue, sous une figure réelle, et non plus théorique, dans ma tête, et devenir une passion. Alors, on a tous fait ça, adolescents. Ce que je suis moi, c'est ce que personne d'autre n'est. Vous voyez, il faut passer par là aussi.
1:16:44 Il faut passer par la révolte pour être un révolutionnaire. Il ne faut pas y rester. Mais voilà. Donc, elle peut se manifester avec une figure réelle et devenir une passion. Alors, si elle reste simplement théorique, c'est le fanatisme religieux de la pure contemplation hindoue. Tiens, vous pouvez faire les hindous, là. Vous savez, c'est l'affirmation de l'absolu, comme moi, dans la philosophie, dans l'hindouisme. Vous savez, vous n'avez pas connu les sixties, les hippies qui restaient pendant des heures en train de dire « Om, Om » la syllabe sacrée en sanscrit.
1:17:16 Je ne rigole pas. Si, je rigole un peu. Quand même. J'ai donné un peu là-dedans, mais j'avais 15 ans. Bon. Alors, si elle reste simplement théorique, c'est le fanatisme religieux de la pure contemplation hindoue. Si elle se tourne vers l'action, parce que là, on était dans la contemplation. Ça va. Ça fait de mal à personne. Si elle se tourne vers l'action, c'est, écoutez bien, c'est la première fois que je vois une théorie de génocide comme les Khmer rouges.
1:17:47 Culture bouddhique. En bas du coup. Alors, si elle se tourne vers l'action, c'est en politique comme en religion le fanatisme de la destruction de tout ordre social existant et l'excommunication de tout individu suspect de vouloir un ordre et l'anéantissement de toute organisation voulant se faire jour. C'est l'anarchisme qui se poussent à sa limite. Je ne suis pas en train de viser des personnes. Personne n'est vraiment anarchiste. Personne n'est vraiment étatiste.
1:18:20 Même aux États-Unis, vous savez, s'il n'y a pas les commandes de l'État, l'économie, elle s'écroule. En gros. Je parle de la NASA, je parle de la défense, surtout, bien sûr. ils ont beau dire, on est pour le privé, heureusement qu'il y a le Pentagone, heureusement pour l'économie américaine, parce qu'il n'en restera pas grand-chose. Chaque fois qu'on vous dit, ça y est, ils ont recréé 200 000 emplois, oui, c'est un mec qui a eu du travail pendant une semaine à la plonge dans un resto, c'est ça, je caricature à peine. Et inversement, dans les sociétés les plus collectivistes, on ne me demande pas de donner ma femme à tout le monde, je suis platon un peu, et ni de vous filer ma brosse à dents, je veux dire, elle n'est pas nationalisée encore.
1:19:08 Voilà, donc, c'est des limites, ça c'est des concepts, je n'attaque personne, mais l'anarchisme au sens strict, anarché, aucun, aucun principe, anarché, c'est principe. Comme dans les sociétés anciennes, c'est les anciens qui connaissent les principes, archaïque, arché, ça prend ça. Archaïque, les principes. Vous le retrouvez dans l'archéologie, donc c'est lié au passé. Si on le prend à la lettre, c'est un hyper-individualisme, si vous voulez, voilà ce que je veux dire.
1:19:38 Et même, je dirais, un singularisme, il faudrait dire, parce que l'individu, c'est compliqué comme notion. chez Hegel, l'individu, c'est la synthèse du particulier et l'universel du collectif et de ce qu'on appellerait aujourd'hui l'individuel. Mais prenons l'individuel au sens courant pour ne pas compliquer. cette position antipale, elle est rigoureusement, anarchiste, l'excommunication de tout ordre, vous voyez, voulant se faire jour. Vous allez voir, c'est explicite.
1:20:08 Ce n'est qu'en détruisant que cette volonté négative a le sentiment de son existence, pas la démonstration, pas le savoir, le sentiment, c'est terrible. Vous vous rappelez le prince de Rimbaud, c'est exactement ça. Il fallait qu'il détruise pour avoir le sentiment d'exister. Alors, ce n'est qu'en détruisant que cette volonté négative a le sentiment de son existence, elle pense qu'elle veut un état positif. Par exemple, l'état de l'égalité universelle, les Khmers rouges, ou de la vie religieuse universelle, des communautés mystiques, comme ça, des gourous.
1:20:43 Mais en fait, elle n'en veut pas de la réalité positive, car celle-ci introduit la réalité positive, donnée dans le réel, car celle-ci introduit aussitôt une détermination singulière. Qu'est-ce qui va faire la vaisselle, par exemple, dans les communautés, dans l'Ardèche, à l'époque, des hippies. C'est toujours les mêmes nanas qui faisaient la vaisselle, constamment. Pendant que les messieurs disaient « Oh ! » C'est vrai, je l'ai vu, ça, vous êtes marrant. Je ne rigole pas, je pense que ça, la vérité.
1:21:15 En fait, elle n'en veut pas la réalité positive, car celle-ci introduit aussitôt un ordre quelconque, une détermination singulière, aussi bien des institutions que des individus, alors que c'est en niant cette spécification et cette détermination objective que précisément la liberté négative devient consciente de soi. ainsi, je finis, ce qu'elle croit vouloir, c'est intéressant, c'est des sanctions entre le conscient et l'inconscient, même de bonne foi, ce qu'elle croit vouloir peut n'être pour soi qu'une représentation abstraite et sa réalisation n'être qu'une furie de destruction.
Pourquoi le corps est-il plus travaillé dans les sociétés sans écriture ?
1:21:51 C'est à demeure des questions que j'ai grignoté deux minutes. Voilà. Oui, Léo ? C'est juste une question sur un point précis de l'exposé, je n'ai pas tout à fait compris, enfin c'est vrai... Pourquoi il y a beaucoup de points imprécis ? Je te fais marcher. Non, non, il y en a plein, mais il y en a un que je n'ai pas compris. C'est exactement ce qu'il faut poser comme question.
1:22:23 C'est vrai qu'empiriquement, on constate que dans les sociétés primitives, plus les sociétés sont primitives, moins elles sont développées, plus le corps est... Travaillé. Esthétisé, on va dire. Et en fait, je ne comprends pas pourquoi c'est dans ce sens que ça se fait et pas dans le sens contraire parce qu'on pourrait croire que plus on s'éloigne de la nature, plus on éloigne notre corps de sa détermination. Oui, c'était très simple parce que la dernière question que tu avais posée rejoint un peu ça. même si c'était sur un autre sujet apparemment. Tu vois, je te rappelle ce que je veux dire. C'était très intéressant la question, comme celle-ci d'ailleurs.
1:22:57 Et oui, alors, ça te semble paradoxal. Je ne vois pas la contradiction si tu essayais la formuler. Oui, Pauline. Moi, je ne sais pas, moi j'aurais dit que c'est parce qu'on a tellement... On s'est tellement éloigné de la nature de façon visible et dans plein de domaines et aussi des vêtements et autres que c'est moins concentré sur le corps. mais en fait, c'est plus dilué dans le plein. C'est pratiquement ça. On n'en a plus besoin. Les instruments. Ah, d'accord. On n'en a plus besoin. OK. D'accord. C'est tellement évident, plus visible.
1:23:28 Tandis que là, c'est des sociétés que j'admire énormément, justement, tout ce qu'elles ont sur les épaules. si nous sommes ce que nous sommes, c'est grâce à ces sociétés-là quand nous sommes passés toutes par là. Il ne faut pas oublier société que je désigne comme étant sans écriture. C'est comme ça. C'est la manière la plus objective d'en parler. Si vous êtes primitif, on ne sait jamais si vous faites un jugement de valeur. Elles peuvent être primitifs technologiquement et être bien supérieures à nous esthétiquement. regardez, même les peintures sur les cavernes, les chefs-d'oeuvre que ça peut donner.
1:24:03 Besoin de démontrer l'importance qu'a eue la plastique africaine sur le cubisme, sur les arts d'avant-garde au début du XXe siècle, par exemple. Modigliani ou Picasso, bien sûr. Donc, c'est un jugement de valeur. Mais, ce qui est sûr, c'est que la production, maintenant, je vais répondre à ta question et Pauline nous a ouvert la voie, exactement, est tellement faible à la production matérielle, c'est là qu'on revient dans le marx à fond, que je n'ai pas 36 manières de poser à ma liberté autrement que sur le mode et un mot important chez Freud, magique.
1:24:40 L'usage magique du langage. Plus on est faible, ça, ça répond à ta question, c'est dans Freud, ce que je suis en train de dire. Plus on croit à la magie. L'enfant adore les contes. Parce que l'enfant n'a pas au niveau psychomoteur, les moyens, d'assouvir ses désirs et ses besoins comme vous et moi. Encore que, on aimerait bien assouvir un peu plus, mais vous voyez, il est un peu dans la détresse à ce niveau-là. donc, l'usage magique du langage, c'est simple, d'ailleurs je le prends dans un conte, c'est sésame, ouvre-toi et la porte s'ouvre, c'est ça, l'usage magique du langage.
1:25:14 Il suffit de parler et puis la réalité vous obéit. Eh bien, ce serait le rêve. Je pense que je vais dire, voilà, là on y est. Donc, l'importance de l'ordre symbolique éclate dans ces sociétés, précisément, et c'est leur supériorité sur nous, alors là, je dis du point de vue philosophique, c'est qu'elle ne le cache pas. Elle montre à chaque instant l'importance de l'ordre symbolique. Par exemple, si je vous parle du complexe d'Œdipe, c'est une construction à Freud, moi j'ai lu mon Freud, tout ça, c'est des fariboles, c'est des conneries.
1:25:47 Freud, c'est un mec qui trompait sa femme avec des maîtresses, c'est un mec qui gnole. Je peux vous garantir, pardon, je peux vous garantir qu'en Afrique subsaharienne, j'allais dire dans la société traditionnelle, mais c'est pas la peine, excusez-moi. Les 9 dixièmes de la population sont, pour des raisons économiques, dans la société traditionnelle.
1:26:19 C'est encore une autre manière de répondre à ta question. Un enfant, à qui sa mère a dit, va demander, mais il fera un papa parce que je vais au marché, il ne va pas regarder son père en disant, maman te demande mille francs, il regarde par terre. Maman vous demande mille francs. Parce que regarder un père dans les yeux, c'est un défi. À cet âge-là, vous voyez, ça répond à ta question, tout ce que je suis en train de dire.
1:26:49 On voit bien l'ordre symbolique. C'est que si, si on n'introduit pas un certain ordre, d'accord, à ce moment-là, c'est la révolte, je ne sais pas si vous avez lu, totem et tabou, ou Moïse, non, ou Moïse et le monothéisme, c'est la révolte des jeunes mâles contre le mâle dominant, contre le babouin. C'est peut-être ça qui fait dire à Heidegger. Nous avons un devoir d'Eros à l'égard du Führer. Le Führer, c'est le babouin en chef, en fait. Non, non, mais j'y ai pensé souvent dans l'inconscient complètement de Heidegger.
Grèce et christianisme : l'eau et la charge symbolique
1:27:19 C'est des vieilles résurgences. C'est vrai. Oui, tu voulais dire quelque chose, pardon. Est-ce que ça veut dire tendanciellement que les symboles vont disparaître ? Est-ce que ça veut dire que plus on développe les forces productives, plus on va les symboles ? Non, tout le langage que nous parlons maintenant, je me tue à vous dire qu'il est d'ordre symbolique. Oui, mais il est probablement moins que, je ne sais pas, est-ce que plus on pousse les forces productives, moins l'importance symbolique... Non, le symbole change de registre. D'accord. Ah non, c'est quelque chose qui ne disparaît pas, qui s'enrichit au contraire. C'est comme si tu me disais, à partir, disons, la Renaissance, on n'a plus besoin de musique.
1:27:54 L'histoire de la musique commence. Mais oui, c'est intéressant. J'avais... J'avais opposé, enfin, ce n'est pas moi seulement, c'est pas... Toujours l'opposition Grèce-Christianisme, je m'attarde souvent sur cette opposition parce que c'est la nôtre, surtout à nous, Européens.
1:28:24 Je parle de civilisation, ici, Européens. Rappelez-vous, quand il y a eu le référendum sur le projet de constitution européenne, la droite libérale, en particulier Giscard, qui était le maître d'œuvre de l'opération, n'oubliez pas, de la rédaction de cette constitution, voulait introduire la référence au christianisme dans la constitution européenne, si vous vous rappelez bien. Je trouve ça scandaleux. Non pas, je ne dis pas de la calotte, là, ce n'est pas ça que je veux dire. Mais à ce moment-là, on ajoute aussi la dimension grecque.
1:28:55 Aller visiter Versailles, n'est-ce pas, essayer d'oublier la Grèce, c'est impossible. Elle vous saute au visage tous les dix mètres. la plastique, l'architecture, la sculpture, tout est grec. La littérature, la littérature, je dis Racine, la scène se passe à Trézène, ville du Péloponnèse. C'est ce que Racine dit pour les cinq actes de Phèdre. Je m'acquitte de voir littérés en passant dans le théâtre après, c'est-à-dire du XIXe siècle romantique puis moderne, vous avez deux pages d'indications de Didascalie, comme on dit en littérature, pour dire ici il y a un guéridon à gauche, il y a un escalier qui monte et puis il parle avec une voix un peu étranglée chez Racine pour les cinq actes.
1:29:38 La scène se passe à Trézène, ville du Péloponnèse. Point. Allez, mettez une colonne à rideau. Ce n'était pas le règne des metteurs en scène à l'époque. Voilà, je reviens dans la parenthèse. C'est une petite rancune d'amateur d'opéra. Donc, voilà, ça répond à la question. Cette opposition Grèce et Christianisme fait qu'on a dédivinisé la nature. On l'a désubstantialisé pour apprendre le tabulaire régulier. Donc, on pourrait dire que ça y est, nous, on sait qu'il y a H2O.
1:30:08 Pas du tout. Parce que le fait d'aller prendre une douche, d'aller faire sa toilette, de goûter les premiers bains de mer après un hiver à les avoir désirés, ça a une autre vertu que les simples effets mécaniques et indubitables par ailleurs, de l'eau qui nettoie les pores, la respiration, ce que tu veux. Il y a quand même, allez, je cite Rimbaud, dans l'océan que j'aimais comme s'il eût dû me laver d'une souillure. Ah, ça, c'est pas biologique, ça.
1:30:41 Ça purifie l'eau de mer, vous voyez. Et le baptême, ça consiste, quoi, à arroser avec de l'eau. Hop, tous les péchés sont... Vous voyez, il y a une fonction symbolique qui accompagne toujours. Donc, la publicité pour les congés payés ou pour les plages va reprendre l'ordre symbolique, n'est-ce pas, Léo ? Ça ne s'éteint pas avec le monde hélénique. Drink Coca-Cola is good for you avec les glaçons, les trucs, les underlocks.
Pourquoi ce détour : Platon et le rationnel effectif
1:31:19 Il y a une époque aussi, c'était Hollywood, Hollywood chewing-gum, vous voyez. Il y a toujours une bande de jeunes dans des endroits superbes avec des motos, des rivières, vous voyez. Tout ça pour un chewing-gum, non. C'est un peu réducteur, ça. Je ne suis pas contre, c'est plus dur, je vais me citer, mais voilà. Question. Si je n'ai compris, la logique du sujet, c'est pour faire face à la reconstitution du nazisme. Bien sûr. C'est qu'il faut retrouver en fait des articulés de façon, comme le font les scientifiques, en fait, facilement, mais il faut le faire dans le domaine de la liberté, enfin, dans le domaine...
1:32:02 Dans le domaine... Tu parles de manière qu'ancienne, c'est bien. Le camp que Hegel et les autres ont gardé, hein. Mais pourquoi ne l'exprimes-tu pas... Alors, d'accord, détour, je sais, mais pourquoi ne l'exprimes-tu pas directement dès le départ ? Ça ne fait plus. On a besoin de reconstruire, de construire, enfin, de faire la logique du sujet pour dénoncer, là, cette reconstitution du nazisme qui se fait sous nos yeux. Ben, pas dire ça, pour peur.
1:32:33 Faut des arguments qui convainquent. Enfin, tous ceux qui l'ont convaincu de penser comme lui, ça en fait un paquet, hein. D'accord ? Je vous répète que j'ai fait une conférence il n'y a pas si longtemps à Norvège. Et qu'on m'a dit là-bas, attention, quand tu dis philosophie là-bas, tout le monde pense néopositivisme, philosophie analytique, positivisme logique, bref, calcul de prédicats, tout ça, je veux dire... Mais Popper, sinon, il a quand même, c'est un penseur très important, tout de même, c'est pas seulement...
1:33:03 Enfin, je sais, il y a, par exemple, effectivement, c'est bien lui qui dit pour que la science il faut qu'elle puisse être réfutable, c'est ça ? J'ai vous disait tout à l'heure, j'aurais dû HV. Mais depuis Aristote, on le sait, ça. Comment ? Depuis Aristote et Euclide, on sait bien... Enfin, quand même ! Ouais... Si, Platon, c'est ça, ce que Hegel appelle la révolution mondiale produite par Platon, c'est que c'est plus le rapport de force ou bien le champ, ou bien la sophistique, ou bien la séduction, les effets de manche, comme on dit chez lui, qui doivent emporter l'assentiment, c'est la démonstration froide et rationnelle et la non-contradiction.
1:33:42 Mais c'est... C'est le b.a.-ba du scientifique depuis toujours ! Sauf que, à l'époque de Platon, le scientifique n'était pas encore intervenu dans le domaine physique, encore moins chimique, encore moins biologique, mais il était déjà dans les mathématiques. Ce qui a permis à Platon d'établir une rationalité quand Hegel dit dans la préface à la philosophie du droit dont je vous ai lu un extrait que j'appelle l'extrait sur les Khmers rouges, ça c'est personnel, il dit cette fameuse citation « Le réel est rationnel, le rationnel est réel », cette fameuse qui vaut mieux traduire par « effectif »
1:34:21 je crois qu'on dit maintenant. Oui, « Effectif » ce qui est effectif, parce que réel, il y en a qui croient que le réel c'est ce que je vois, ce que je touche, c'est sensible ça, parce que ça, vous savez, rappelez-vous Descartes, je peux toucher ça en rêve, je vous dis, après c'est réel, je le vois, oui, mais je le vois en rêve, je vois, je vois ma grand-mère, je ne sais pas combien d'années qu'elle est morte, mais moi, je veux que ça meure, les grands-mères. Et en fait, elle n'est pas là, elle n'est pas présente, c'est une forgeté longue, une représentation.
1:34:51 Donc, soyons clairs, quand Hegel dit « Ce qui est rationnel est effectif », c'est mieux la réalité effective. Justement, ça revient un peu à ta question, on peut effectivement prouver « Effective » où le traducteur, en l'occurrence ici, il peut dire, par exemple, essaye de traduire « Wirklichkeit ». Or, vous êtes anglophone, si vous n'êtes pas germanophone, ce sont des langues germaniques, tout ça, de dire pour l'anglais.
1:35:21 « Work », « Wirk », c'est le même, il y a un « i » à la place du o, ça veut dire qu'il y a un travail. C'est la réalité qui suppose non pas d'ouvrir ses yeux, c'est pas un travail, parce que j'ouvre mes yeux, je vois que le sol ne bouge pas, alors qu'il bouge, il bouge, il y a une vitesse effrayante autour du soleil, c'est effrayante, je rajoute. Voilà, je fais comme Pascal. Et, donc, réalité effective, la réalité auquel on arrive après un long détour par l'abstraction scientifique, je suppose, qui fait dire à Leibniz cette magnifique phrase épistémologiquement, « Il n'y a de concret que par l'abstrait », et qui fait dire à Marx que si l'essence et l'apparence des choses étaient confondues, toute science serait inutile, si suffisait pour comprendre le réel de ramasser dans le caniveau, ça se saurait, ou sur le plateau télé, le caniveau, c'est mieux.
1:36:17 Donc, c'est à ce moment-là qu'il cite Platon, c'est pas un hasard. Quand il dit Platon, il a été réactionnaire, il ne le dit pas comme ça, il dit, il a senti venir un nouveau monde, le monde que Hegel va appeler dans son code le monde moderne, chrétien, machin, etc., où c'est la liberté infinie que plus rien ne peut arrêter, qu'une fois qu'elle est intervenue, Platon a essayé dans la République de juguler ça, quand Platon dit par exemple que personne ne doit sortir de la cité idéale avant l'âge de 50 ans, des fois qu'on ira prendre des idées nouvelles ailleurs, ça ferait du changement, ça ne va pas, non ?
1:36:55 Par exemple, société substantielle, vous voyez, justement, un peu archaïque. Bon. Hegel dit, pourtant, il a prouvé qu'il était un grand esprit parce que l'idée autour duquel tourne sa réforme est, et là je cite mot pour mot, le pivot autour duquel a tourné la révolution mondiale qui se préparait alors, deux points, l'effectif est rationnel et le rationnel est effectif. Il ne doit être considéré comme vrai, comme réel que ce qui sera passé par un détour rationnel, c'est-à-dire par la falsifiabilité et tout ça, bien sûr, par la démonstration qui a commencé en mathématiques et que Platon a récupéré après Pythagore et Thalès en philosophie.
1:37:41 Voilà. Tout en essayant de l'appliquer, et c'est ça qui est compliqué, au langage de tous les jours, alors que Euclide a commencé par l'abandonner. Progressivement. C'est une question intéressante. Pas de question de physicien, ça m'étonne. Oui, Romain ? Oui, j'ai une question parce que... Ingénieur, quand même.
Le corps montré ou caché : blancheur, Kafka, Zadig
1:38:11 En l'occurrence, ce ne sera pas là-dessus que porte ma question. Il me semble qu'un élément de réponse aussi à la question de pourquoi, finalement, on ne doit pas davantage cacher le corps lorsqu'il nous détermine davantage. Je t'interromps. Je suis ravi que vous répondiez à ma place aux questions. Pour moi, c'est l'idéal. J'arbitrerai éventuellement. Est-ce qu'un élément de réponse, ce n'est pas, comme dans la lettre volée, c'est que pour le cacher, quand on n'a pas vraiment les moyens d'apaiser le corps, puisqu'on n'a pas encore les moyens de le soigner, le meilleur moyen de le cacher, c'est de l'esthétiser, justement, de le rendre ostentatoire, de le montrer, mais de cette manière de le transformer, et que, justement, c'est que, il y a des siècles aussi où, ensuite, on a caché le corps, et c'est que, depuis très peu de temps, finalement, qu'à la plage, etc., on peut le montrer, mais c'est parce qu'exactement, ça fait très peu de temps que...
1:39:13 dans sa nudité, si je puis dire, même au sens propre, au point d'inverser les valeurs, on est d'accord, très content de ton intervention, au point d'inverser les valeurs, une fille jolie, à l'époque, à l'ancien régime, avant les bains de mer, c'est une fille qui avait la peau blanche, c'est-à-dire qui ne travaillait pas, travailler, c'était travailler au soleil, parce que ce n'était pas l'industrie, pas de la production, c'est l'agriculture, c'était la noiraude, la bergère, qui se sentait mauvais, je vous raconte une histoire, mais elle est vraie, pendant que je regarde avant, mais Victor Emmanuel, le premier, le roi du Piémont, vous savez, c'est son fils qui a fait l'unité italienne, mais lui, c'est un coureur, c'est un souverain, et alors il allait souvent dans le grand paradis, aussi, vous connaissez un peu dans le nord de l'Italie, c'est pas une magnifique réserve, forêt de haute montagne, les Alpes, et ses conseillers prévenaient une ferme avant, préparée d'une bergère, voilà, c'est comme ça, c'est le droit de cuissage, souvent, et alors les parents, ben, d'où ça existait pas,
1:40:23 ben, machin, eau de Cologne, je sais pas ce qu'ils ont pris, comme onguent, etc., et Victor Emmanuel, elle est authentique, l'histoire, il s'est approché, il a senti, il a dit, Me l'hanno guastata, vous comprenez l'italien ? Ils me l'ont gâté, lui, il aurait voulu, l'odeur de chèvre, c'est un cours, il a que ça, des pâtes, j'adore cette histoire, bon, oui, mais on revient au corps, là, on est en plein dedans, pourquoi, le blanc comme un cachet, la blancheur, qui est la couleur de la séduction et de la beauté par excellence, les roses et les lys, la fille qui est blanche et qui rougit avec émotion, l'idéal, la poésie du Moyen-Âge, rouge sur fond blanc, qui donne le rose, pourquoi, tout d'un coup, ça s'inverse, et qu'on dit, la fille qui dit à sa copine, mais tu es blanche comme un cachet d'aspirine, ma fille, tout d'un coup, c'est une contre-valeur, parce que, c'était un luxe, c'était les premiers, à Deauville, au bain de mer, au début, etc., tout d'un coup, ça s'inverse, et d'aller à, les trois S, sex, la base du film X, avec des palmiers en plastique, avec un soleil électrique,
1:41:35 pour le travailleur immigré, on a besoin de se fatiguer. Donc oui, c'est important de voir l'ordre symbolique, comment il s'inscrit à chaque génération dans le corps par des voies détournées, changeantes et variantes, mais le sens ne change pas. Le sens, c'est de se faire reconnaître comme libre, à tort ou à raison, celui qui a de l'argent a plus de facilité à paraître libre, détaché. Il y a une nouvelle de Kafka que je vous recommande, qui s'appelle Une visite à la mine.
1:42:07 Je crois que c'est quatre pages, même pas. C'est un mineur qui parle, il dit aujourd'hui, nous avons vu la visite d'ingénieur, mais on dirait qu'il parle des dieux. D'accord ? En tout cas, à la fin, c'est un phrase, ça nous a tellement troublé, cette visite, une visite de routine, une technique, qu'on est devenu incapable de travailler pendant une heure. Il décrit, les ingénieurs, on a l'impression que c'est une autre espèce.
1:42:38 Ils ont une peau différente, ils ont, vous voyez, ils sont des dieux, au sens grec. je présume que ce n'est pas les bergers que visaient les Grecs quand il parlait d'Apollon, même si Apollon s'ennuie à l'Olympe et ne fait que draguer les bergers. Ça, c'est la mythologie. Mais voilà, c'est important l'ordre symbolique. Il faut se faire reconnaître comme étant libre, comme étant dégagé de la contrainte. Et comme, je le répète depuis tout à l'heure, la contrainte est d'abord naturelle, manger, boire, se reproduire, plus je prends des distances ou je donne l'impression de prendre des distances.
1:43:16 En fait, je fais travailler les autres pour ça le plus souvent. Mais c'est le travail de l'autre qui me permet de prendre des distances avec la nature. Ça peut être des domestiques, ça peut être maître-esclave, ce que vous voulez. La lutte des classes, tout simplement. Donc, les modalités changent, mais le fond est toujours le même. C'est la liberté. Dernier exemple, Zadig de Voltaire, vous voyez ? À un moment donné, vous savez, Zadig, c'est le conseiller et à un moment donné, on lui dit, bien, il est insupportable, il est vaniteux, il faut tout le temps lui faire des louanges, etc.
1:43:48 Si tu peux intervenir, parce que c'est terrible, on a toujours l'impression de le vexer. Et Zadig dit, laissez-moi faire. Vous vous rappelez du conte, non ? Le premier matin, il paye un orchestre avec le meilleur musicien pour jouer de la musique et chanter au réveil du roi, du prince, sourire, quelconque, en question, satrape, parce que c'est une nouvelle orientale. Et l'autre est ravi, parce que j'en sais, la louange, qui est le plus grand, qui est le plus beau, donc, les pharaons, c'était rien, à côté.
1:44:21 Voilà, je ne suis pas très bon dans la louange donc je m'arrête. et le manche des princes. Et deuxième jour, troisième jour, il était pareil, un peu moins. Votre plat préféré, je vous en fais manger tous les jours, à la fin, il vous écœure. si vous ne mangez que ça pendant tous les jours, pendant les semaines et les semaines. Et ça devient cauchemar. Et il demande qu'on débarrasse les musiciens. Voyez, voyez, tu vois la formule. C'est que, quand c'est musgoire, ça ne marche pas définitivement, il faut renouveler tout le temps la charge symbolique.
Adam et Ève : la vérité symbolique de la Genèse
1:44:57 D'accord ? Et je terminerai pour ce qui est du symbole, oui, c'est juste l'heure, très rapidement, sur une référence qui a l'avantage que vous la connaissez toutes. C'est le premier jardin Adam et Ève. D'accord ? Vous savez, en gros, je rappelle quand même. Avant la faute, après la faute, c'est ça qui m'intéresse. D'accord ? Avant la faute, ou plutôt, plaçons-nous tout de suite après la faute. Au début, rien n'est de l'ordre de la causalité la seule que connaît Popper.
1:45:31 Les serpents, ça ne parle pas aux bonnes femmes, en principe. Ni aux hommes. Est-ce que ça parle même ? Comment dire ? Les gens. Donc, tout ce récit-là, pour un athée médiocre, c'est-à-dire, tout ça, c'est des conneries à la Voltaire, si vous voulez, excusez-moi, mais Voltaire, il n'a jamais eu... Pour lui, la religion, c'est une connerie, une erreur. Il n'a jamais compris la vérité de l'erreur comme Marx, vous voyez, l'aliénation. Donc, après la faute, qu'est-ce qui se passe ?
1:46:02 Quels sont les changements ? Ils s'aperçoivent qu'ils sont nus Bien. Création de l'habit. Dans le corps, on est en plein là. Oui ou non ? C'est Dieu appelle Adam. Adam ! Comme tous les jours. Pourquoi tu... Je me cache parce que je suis tout nu. Ah, attends, tu as mangé le fruit. passage de l'animalité à l'anthropologie. Et puis, deuxième différence, jusque-là, tout pendait aux arbres, il suffisait de se pencher.
1:46:38 Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. Création de la praxis. Et tu accoucheras dans la douleur. Car c'est vrai, la religion n'est pas idiote. Hein ? Rimbaud, je cite tout le temps la théologie est sérieuse. Hein ? C'est vrai que dans l'espèce humaine, mais ça, ça n'a rien à voir avec les conventions, c'est vrai que l'accouchement est beaucoup plus problématique et difficultueux que dans la quasi-totalité des autres espèces animales. beaucoup l'expliquent par le passage à la station bipède qui aura fait un rétrécissement des os du bassin.
1:47:14 Bref, je veux dire, mais c'est une catastrophe qui a produit des catastrophes et qui fait que le petit d'homme met un temps fou à se tenir sur ses deux jambes là où une petite antilope, au bout de quelques heures, arrive à fuir un danger en suivant sa mère dans la savane. Donc, tous ces changements-là, si vous ne faites pas intervenir l'ordre symbolique, on dit, mais c'est des conneries, ça, ça n'a jamais existé, ça, un jardin, un paradis terrestre. Non, c'est vrai, il n'a pas existé au sens phénoménal, il n'y a pas une antériorité comme ça.
1:47:45 Mais c'est vrai que le paradis est entouré d'eau. Ça commence comme ça, il est entouré d'eau. Oui, il y a plein de fleuves qui entourent le paradis, n'est-ce pas ? D'abord, c'est dans des pays déserts qu'on a inventé ça. Le paradis, c'est de la verdure et de l'eau. Croyez-moi, quand vous voyez ce que c'est que le court printemps arabe, les premières pluies, cette terre qui n'est jamais exploitée, donc qui est très fertile en fait, s'il y avait de l'eau. Il explose, il y a des milliers de fleurs tout à l'un coup, là, c'est pas longtemps, mais c'est magnifique.
1:48:16 On sait, l'ordre symbolique, c'est ça. C'est quoi, entouré d'eau ? Je n'ai jamais été autant au paradis que dans le ventre de ma mère. C'est un jeu collectif, c'est un restaurant ou femme. Température idéale ? Oui, si vous voulez, je vous dise, à peine tu as un désir, il est satisfait, bon, pas de distance, pas de temporalité, d'éternité, puisque je n'attends pas la nourriture.
1:48:47 Elle est là. Mais on ne peut pas y revenir. Eh bien, qu'est-ce qu'elle dit ? Allez, dernier détail. On ne peut pas revenir au paradis terrestre parce qu'un ange a l'épée de feu qui garde l'entrée maintenant. Il ne fallait pas faire la faute. Eh bien, voilà. Je suis désolé, messieurs, pour cette mauvaise nouvelle, mais, qui est une bonne nouvelle, c'est que nous avons à produire, n'est-ce pas, mieux que ce que nous avons quitté. Voilà.
1:49:17 J'espère que la logique du sujet progresse entre nous. Voilà. Merci à vous. Applaudissements