Transcription automatique (Whisper), non relue — cliquez pour aller au passage.
Annonces et pourquoi dire « sciences du sujet »
0:30 Philippe, merci Philippe, et merci à vous d'être fidèle au rendez-vous. Donc c'est mon premier direct depuis 15 jours puisque c'est notre nouvelle périodicité. J'en profite, bien que ça ne concerne pas tout à fait notre site, ni même notre asso, mais je sais qu'il y a beaucoup d'entre vous qui suivent aussi ce feuilleton-là, mais j'ai eu le bonheur de m'entretenir avec Aymeric Monville ce matin par téléphone, qui est donc en revenu des vacances scolaires chez les enfants en province, et qui m'a dit que nous reprenions dès lundi prochain notre prochain Musicosophie, voilà, toujours aux mêmes heures matinales.
1:22 Mais à raison d'une séance par semaine et non pas deux par semaine, voilà pour les quelques précisions. Autre petite précision préalable, j'ai un petit problème technique, en fait j'ai mon ordinateur principal qui est en panne pour l'instant, mais qui est en voie d'être réparé, grâce à un d'entre vous d'ailleurs, et qui me sera restitué vendredi. Et donc là je me sers de ma tablette qui a un petit peu un petit problème de charge. En principe on ne va pas avoir trop de problèmes, mais si par hasard, au pire, il y avait une rupture de charge, ne vous inquiétez pas, restez à l'écoute.
2:00 On va très rapidement avec Philippe, soit passer de Skype à Zoom, enfin je vais dire on vous retrouvera le plus rapidement possible. Voilà. Mais encore une fois c'est une hypothèse qui pour l'instant est faiblement étayée. Donc, comme nous travaillons maintenant en alternance, n'est-ce pas, tantôt le ring, tantôt le retour à l'épistémologie stricto sensu, enfin je parle d'épistémologie pour faire référence à des disciplines familières, mais en fait c'est épistémologie point d'interrogation, parce que justement, le principe d'épistémologie c'est la réflexion philosophique sur les sciences. Et voilà que là on se demande donc sur la mathématique, sur la physique, sur l'astrophysique, sur la biologie, peu importe. Et voilà que là c'est une réflexion sur des discours dont on se demande comment ils peuvent constituer une science. Il y a quelles conditions ?
3:08 Alors, vous avez remarqué que dans le plan qu'on vous a transmis sur notre page Facebook, vous avez remarqué que j'ai dit retour à la réflexion sur les sciences du sujet. Alors, je sais qu'il y en a parmi vous quelques-uns, et même quelques-unes, qui s'inquiètent de quelquefois que ça se complique de pas suivre. Bon, on avait compris que c'était les sciences de l'histoire, pourquoi maintenant il dit sciences du sujet ? Je vais dire, parce que facilite la tâche, ne tombez pas dans les fausses complications pour vous montrer que l'un sert de joker à l'autre. Les sciences du sujet, ou les sciences de l'histoire, ou les sciences de la culture, si vous préférez, si vous êtes plus anthropologique que marxiste, pourquoi pas ? Dans tous les cas, ça vient s'opposer aux sciences dites dures et surtout aux sciences de la nature, n'est-ce pas ? Nous avons rappelé la dernière fois que les deux ensembles ne se recoupent pas tout à fait, parce que dans les sciences dures, il y a la plus dure qu'est la mathématique, et non pas la plus dure au sens de la plus difficile. Je fais une petite parenthèse. La mathématique, c'est la science du simple.
4:13 Je ne veux pas dire que c'est la science facile, mais c'est la science du simple, du non mélangé, au sens des corps simples en chimie, n'est-ce pas ? Lorsque l'eau ne comporte que H2O, sans trace de jus de citron dedans. C'est un corps simple, par opposition à composé si vous voulez. Voilà, dans les mathématiques, l'objet mathématique, il est mélangé avec rien d'extérieur. Par contre, dès qu'il y a une mathématique appliquée à un objet extérieur, aux échanges entre les atomes, à la chimie, au temps que met la lumière à nous parvenir depuis les galaxies les plus montées.
5:02 Bon, là, on n'est plus dans le simple. Voilà, c'est un petit rappel. Donc, les sciences dures, soyons clairs, c'est un ensemble qui réunit, au sens mathématique, d'ailleurs au sens ensembliste, on ne veut plus rien laisser de côté, laisser de côté, les sciences de la nature et les sciences mathématiques. Quand je dis que je fais un retour aux sciences du sujet, au lieu de dire ici les sciences de l'histoire, d'abord je rappelle que c'est des choses que nous avons vues, donc je ne vais pas à chaque fois les étayer, n'est-ce pas ?
5:43 Tantôt il faut les démontrer, tantôt il faut les prendre comme un résultat, comme un marche-pied, à partir duquel on essaye de monter sur la marche qui est au-dessus tout de même. Or, mais comme il y en a qui prennent le train en marche, j'en profite pour rappeler ici, sans trop longue démonstration, que quand je dis des sciences du sujet, la notion de sujet, c'est à laquelle je vais revenir très souvent, ne vous inquiétez pas. Pour l'instant on retient que c'est ce qui fait face à l'objet, pour l'instant.
6:13 Ou alors, rappelez-vous, j'ai fait toute une série là-dessus, la logique du sujet, n'est-ce pas ? J'avais dit, si vous vous êtes perdus quand on parle de sujet, le mieux c'est de revenir à l'école primaire et de vous rappeler ce que disait votre instituteur, votre institutrice, le sujet c'est ce qui répond à la question qui est-ce qui, n'est-ce pas ? Voilà. Donc, le sujet, pourquoi les sciences du sujet et les sciences de l'histoire c'est équivalent, j'en suis là, dans mes préalables et dans mon introduction, parce que nous savons entre nous maintenant que c'est au cours de l'histoire, via l'histoire, via l'énorme labeur, la patience du concept, pour parler en termes hégéliens à la praxis, pour parler en termes plus marxistes.
7:02 C'est via l'activité, le procès de production, on dirait chez Marx. C'est par là que l'homme qui jusque-là procédait d'une espèce animale comme les autres devient tout d'un coup sujet. Et donc, je rappelle pourquoi j'ai préféré dire science du sujet aujourd'hui que science historique, pour rappeler que les sciences historiques, au centre duquel bien sûr il y a l'homme, donc c'est l'outil des sciences humaines, on va, l'essentiel c'est que ces différentes appellations regroupent les mêmes ensembles, les mêmes classes de réalité.
Compréhension et extension
7:44 C'est là qu'on voit qu'une notion est opératoire ou pas, n'est-ce pas ? J'en profite pour fournir une petite précision, c'est pas une parenthèse, on reste sur le même sujet, mais ni un détour. Mais vous voyez, on retrouve ici une dichotomie très importante en logique, en logique générale, qui est la dichotomie de la compréhension et de l'extension. Bon d'abord je vais parler abstraitement, puis après on va donner des exemples, mais la compréhension, c'est l'ensemble des prédicats que je peux imputer à un sujet.
8:24 Donc prenons n'importe quel sujet, X est, n'est-ce pas ? Donc X c'est le sujet, le chat est un mammifère, ici X c'est le chat. Prenons un sujet, X est, c'est ce qu'on appelle la copule, n'est-ce pas ? C'est pas un verbe d'action comme vous le savez, on vous l'a dit en grammaire. C'est bien l'école primaire, c'est un verbe d'état, et c'est grâce à ce verbe que le sujet va pas être tout seul, mais qui va être bientôt, n'est-ce pas, associé, couplé, d'où la copule, un objet, n'est-ce pas ?
9:00 Voilà. Donc, l'ensemble des prédicats, c'est l'ensemble de ce qui est à droite du verbe d'être. Le chat est un mammifère, il est gentil, il est câlin, il est paresseux, il est fourbe, je sais pas, et il est amateur de souris en peluche, je dis ça parce que la mienne passe son temps à déchiqueter une en peluche, voilà, et avec ravissement, et ainsi de suite.
9:33 L'ensemble des prédicats qui peuvent être appliqués à un sujet fournissent la compréhension de ce sujet, c'est pas compliqué. L'extension, c'est exactement l'inverse, c'est l'ensemble des sujets auxquels s'applique un prédicat donné. Par exemple, élève de la classe de terminale B4, je dis n'importe quoi, c'est pas, ou S2, a une extension de 32, s'il y a 32 élèves, vous voyez, c'est le nombre de sujets auxquels s'applique un certain prédicat.
10:04 Donc voilà, l'extension, la compréhension. Et maintenant faisons varier, comme dans l'analyse mathématique, faisons varier ces notions, d'une manière rigoureuse. Vous vous doutez bien que plus une notion est générale, plus son extension est considérable. J'ai dit un chat. Il y en a déjà, hein. Les couleurs peuvent varier, la taille, tout ce que vous voulez, l'espèce, la famille, peut venir d'Asie, du coup.
10:37 Bon, peut-être sauvage, domestique, peu importe. C'est un vaste ensemble, oui. Enfin, moins que les mammifères. Donc, on dira que le mammifère a plus d'extension que chat. N'est-ce pas ? Et seulement voilà. Non, continuons avant de dire seulement voilà, avant de poser un problème intéressant. Mais pour voir si on a bien compris. Si on le pousse, c'est-à-dire la variation, à l'infini, si je prends un mot qui exprime quelque chose qui peut s'appliquer pratiquement à tout, chose, par exemple, c'est quelque chose qui, n'est-ce pas ?
11:13 Donc, ça peut s'appliquer à une galaxie, à une tête d'épingle, n'est-ce pas ? Presque à Dieu. Bon, ce sera plutôt quelqu'un, maintenant, voilà. N'est-ce pas ? Et encore, il y en a qui ont une conception de Dieu qui serait quelque chose, la substance. Et donc, plus une notion a de l'extension, plus sa compréhension est pauvre. Parce que si vous me demandez qu'est-ce que c'est Schubert, et je vous réponds, c'est quelqu'un.
11:45 C'est quelqu'un, ça peut s'appliquer à des milliards d'individus, mais je ne vous ai pas dit grand-chose sur Schubert. Donc, vous avez compris aujourd'hui que l'extension et la compréhension de notions fondamentales en logique sont en raison inverse l'une de l'autre. Alors, pourquoi j'ai fait ce mon détour ? Parce que, je vous ai dit tout à l'heure, peu importe qu'on dit science de la nature, science sociale pour l'instant entre nous, science du sujet, science de l'histoire, formule que je trouve la plus précise, la plus appropriée, disons, mais je n'impose pas, pourvu que ce soit pour l'instant au pluriel.
12:23 Les sciences de l'histoire, parce que, je vous ai dit, elles s'appliquent à peu près à la même, elles ont à peu près la même extension. un spécialiste de l'histoire de l'Afrique subsaharienne fera partie de la discipline. On appelle ça les sciences de l'histoire ou les sciences humaines, vous voyez, ou les sciences de la culture, s'il est spécialiste de l'histoire de l'Afrique subsaharienne, vous pensez bien qu'on ne va pas parler de la géologie ici, de l'Afrique subsaharienne, sauf juste comme ça dans un cadre introductif, comme on le fait toujours, pour introduire une présence humaine.
La mathématique raisonne en extension ; l'Organon
13:06 Donc voilà, c'est pour ça que j'ai fait ce long détour par extension et compréhension, que je termine maintenant pour qu'on comprenne l'enjeu. Et après, je reviendrai plus précisément à notre sujet sur sciences de la nature et sciences humaines. sciences de la nature et sciences humaines, c'est une des forces des sciences dures, et en particulier de l'usage qu'elles font des mathématiques, autrement dit, ce qu'elles ressortent peut-être parmi de plus précieux des mathématiques.
13:42 Alors ne dites pas des mots vagues comme la rigueur, le machin, bien sûr, c'est la moindre des choses, non, non, c'est plus précisément, c'est que la mathématique raisonne en extension. Elle ne perd pas trop de temps à essayer de raisonner en compréhension. C'est tout le contraire du qu'appelles-tu. Voyez ? La philosophie, elle commence par la question qu'appelles-tu. On a vu que Socrate, c'est comme ça qu'il initie dans les rues d'Athènes la philosophie. En disant non pas qu'est-ce que c'est, mais beaucoup plus radicalement, fondamentalement, avant même qu'on sache si ça existe, si l'être est donné ou pas, qu'appelles-tu ?
14:20 En s'adressant à celui qui est censé savoir. Je lui ai demandé au sculpteur le plus en vogue dans Athènes, alors dis-donc, parce qu'il connaît en belle chose, c'est quoi la beauté ? Qu'appelles-tu la beauté ? Plus que plus radicalement que c'est quoi ? Qu'appelles-tu la beauté ? La philosophie, elle commence par une question qui vise la compréhension. Ce qui va répondre la beauté, c'est et hop, on va avoir un certain nombre de prédicats.
14:50 Alors que la mathématique, elle commence par dire j'appelle cercle et tac, on a une définition. Il perd pas de temps avec la compréhension. Il va immédiatement à des formulations qui lui donnent une extension considérable. Je vais vous donner un exemple plus précis, plus mathématique. C'est lorsque, même au niveau du second cycle du secondaire, on comprend ce que je vais dire, mais lorsqu'on fait ce qu'on appelle la partition d'un ensemble.
15:24 C'est-à-dire qu'on fait l'analyse de tous les sous-ensembles qu'il contient d'une manière ordonnée, si vous préférez. J'ai pris tout à l'ensemble de la classe de terminale S2. On peut déjà distinguer le sous-ensemble des garçons et des filles, n'est-ce pas ? Voilà, de ceux qui en ont une gine, de ceux qui en ont pas. Enfin, je veux dire, on peut faire des tas de sous-ensembles.
15:56 Ceux qui ont la moyenne et ceux qui en ont pas, etc. Les mathématiciens commencent tout de suite. La première partie qu'ils mettent de côté, c'est l'ensemble vide. L'ensemble vide est contenu dans l'ensemble de références. On commence par... Vous voyez, pour ne rien laisser au hasard, pour étendre la notion de partie à plus de choses possibles. La force des mathématiques, c'est ça. Voilà, ma petite parenthèse sur la notion, sur le couple extension-compréhension.
16:31 Retenez-le, parce que les outils, c'est fait pour qu'on s'en serve. Vous savez, je vous ai dit que ces deux termes empruntés à la logique générale. L'œuvre d'Aristote commence par la logique. Les débutants, la première année, vous préférez, chez Aristote, ils allaient en classe, on le disait à l'époque, d'Organon. La logique, c'est ce qu'on appelait l'Organon. Ça veut dire, là où on apprend, les outils. Ça veut dire organe, enfin... C'est des dépositaires de fonctions dans les deux cas.
17:01 Les organes comme les outils. Voilà. L'Organon, c'est les outils. Ceux qui sont en classe de travaux pratiques, maintenant je passe dans l'enseignement professionnel. Je suis un peu vieux, alors peut-être que les dénominations varient, n'est-ce pas ? Pas toujours dans le bon sens par les temps qui courent, mais enfin... On savent très bien qu'avant d'apprendre à servir d'une lime, par exemple, n'est-ce pas ? Dans un atelier de TP, on va limer un bout de fer avec une lime, un bout de fer bien enfermé, bien resserré dans un étau.
17:37 On apprend d'abord à servir de la lime avant de fabriquer un objet. On apprend à se servir des outils avant de fabriquer un objet. Oh ! Oh ! Quel rapport avec les logiques ? Et le voilà ! Avant de faire de la zoologie, de la géologie. Tu vois ? De la futurologie, il y en a qui font ça. Tu vois ? De -logie. Alors, partout où il y a -logie, on nous dit science de géologie, science de la Terre. Oui, bon...
18:07 Quand on parle de loin, ça peut aller, mais... Exactement, si on traduit le grec, logos, vous le savez bien, monologue, dialogue, c'est le langage. Ça veut dire discours sur la Terre. Et en principe, un discours qui n'est pas comme les autres, qui est un discours bien fondé, qui est un discours scientifique. Discours sur la Terre, géologie. Musicologie, discours sur la musique. Sur la musique. Je ne sais pas. Science, science de la musique, ça remet un peu au même.
18:37 Toutes les sciences s'expriment sous forme d'énoncés. Donc, ça remet au même. Donc, avant de faire de, je ne sais quoi, logique, il faut bien travailler sur l'outil dont nous nous servons dans toutes ces disciplines, qui est le langage. Et voilà pourquoi les débutants, chez Aristote, commençaient par apprendre la discipline où on n'étudie pas encore quelque chose d'appliqué, mais ce qui va s'appliquer à tout, la logique. Voilà, pour en terminer avec ce projet-là. Et bien, justement, on va rester dans l'Antiquité, parce que je voudrais, vous avez vu notre plan, j'ai utilisé, bon ça peut se discuter, mais j'ai utilisé une métaphore, une métaphore empruntée à la géopolitique, celle d'impérialisme.
Philosophie et sagesses ; l'école athénienne
19:21 Vous allez voir très rapidement pourquoi. Mais ce qui compte pour moi, le sujet qui va nous occuper là, c'est le rapport des sciences à la philosophie, le rapport des sciences en général, qu'elles soient dures, mathématiques, appliquées, pures, simples, composées, ce qu'on voudra, à la philosophie. Mais d'un point de vue diachronique, cette fois-ci, c'est-à-dire déployé dans l'histoire, comment on va évoluer les rapports des sciences à la philosophie.
19:53 Et là, pourquoi je prends cette métaphore de l'impérialisme ? Parce que nous étions Aristote, restons-y, restons à la philosophie stricto sensu, pas l'histoire de la pensée, je ne vais pas répéter mille fois. Il y a des pensées hindoues chinoises, d'une profondeur insondable, bien avant que Socrate ne parle dans les Rue d'Athènes, mais ce ne sont pas des philosophies.
20:23 Des fois, elles avoisinent le religieux, ce que vous voulez, ce ne sont pas des, ce sont des sagesses. Il y a des livres de philosophie chinoise, guillemets, philosophie chinoise ancienne, je regardais pour voir il y a longtemps, j'ai été surpris de voir qu'il y a quinze pages sur la manière de prendre le thé. À combien d'abord ? Au-delà de quatre, c'est le bine, s'ils ne veulent pas, les chinoises, ce n'est pas bien, donc il ne faut pas être plus de quatre. Deux, c'est conflictuel. Trois, il y en a deux contre un, donc quatre, ils disent bien.
20:55 Avec quelle eau ? Parce qu'il y a une hiérarchie, il y a l'eau de montagne, l'eau de source, l'eau de puits. Vous voyez, on ne se pose pas des questions, là, on vous donne des réponses à toutes ces questions-là. A quelle eau il faut choisir ? Ce sont des sagesses. Ce n'est pas la recherche philosophia de la sagesse. L'amour d'elle, donc le désir d'elle, donc la recherche d'elle. L'argent que je désire, ce n'est pas l'argent que j'ai dans la poche, c'est celui que je n'ai pas. Donc, on ne peut pas être à la fois philosophe et sage, je ne sais pas, et sophiste.
21:25 Je joue sur le mot exprès. Donc, il y avait des grandes écoles de sagesse. Le livre des morts tibétains est une merveille. Le livre des morts égyptiens, qui est encore plus ancien aussi, c'est ce qu'on disait à l'oreille du mourant, pour le guider dans le dédale, qui va lui permettre, s'il écoute bien ce qu'on lui dit, de passer de la vie d'ici-bas à une réincarnation le plus avantageuse possible. dont je ne dirais plus qu'une chose, comme ça, pour vous inciter, à vous renseigner dessus, le livre des morts tibétains, le Bardo Thödol, n'est-ce pas ?
22:01 À un moment donné, le plus dangereux, c'est les premières secondes, n'est-ce pas, de la mort. Les moines disent à l'oreille du mourant, attention, là tu es en présence de la lumière, de l'éternité. D'accord ? Cet instant est aussi bref que celui d'une épingle en équilibre sur un fil. Voilà, je voulais juste vous dire cette image magnifique, n'est-ce pas ? Essaye de tenir, n'est-ce pas, sur ce fil. Donc voilà, c'est un jugement de valeur, quand je dis à tous ceux qui commencent en Grèce, je ne fais pas de l'eurocentrisme.
22:34 Je veux dire, c'est ça qu'on appelle stricto sensu, peut-être c'est une chute par rapport à ça, allez savoir. Mais en tout cas, le qu'appelle-tu, question radicale, qui ne porte plus sur des choses, qu'est-ce que Dieu, qu'est-ce que la bonne conduite de la vie, qu'est-ce que le bien, mais sur les mots par lesquels nous désignons ces choses. Qu'appelle-tu ? Voilà, cette philosophie, donc qui commence dans les rues d'Athènes avec Socrate, qui a comme élève Platon, qui va consigner pas mal déclarations de son maître en rajoutant son magnifique talent de metteur en scène.
23:07 Combien de fois je vous ai dit que c'est le plus grand artiste, c'est peu contesté de l'histoire, de l'écriture philosophique. C'est dommage que s'il n'y a pas existé à son époque, il aurait bien manié la caméra, celui-là. Et donc, c'est ça parce qu'en Cégalo, il y a des prologues, des intermezzo, des intermezzi, des épilogues comme ça, délicieux. Et très imagé, très riche, très concret et très narratif.
23:37 Donc, je pense en particulier dans le banquet, quand on va arriver à la fin du banquet, quand la discussion sur le beau et sur l'Éros est finie, Alcibiade venant porté par des joueuses de flûte complètement soûl, avec feuilles de lierre comme ça autour de la tête. Bon, Platon nous laisse le premier système écrit, il a comme élève Socrate, un disciple, Platon, il y en a plusieurs, Platon, Platon a un disciple, Aristote, il va rester 30 ans à l'école chez lui.
24:09 Donc, il y a des grandes différences entre Platon et Aristote, tout ce qu'on veut, sans doute entre Platon et Socrate, il y a des nuances quelquefois un peu plus, mais tout ça, c'est quand même l'école athénienne, n'est-ce pas ? Ils ont les mêmes adversaires, les sophistes, qui disent que la recherche de la sagesse est inutile. Soit on est dogmatique, c'est parce que, moi je sais ce que c'est que la beauté, voilà, je suis un sculpteur, on ne va pas me la faire, donc pas besoin de la rechercher, et puis il y a le sceptique qui dit que ce n'est pas besoin de la rechercher non plus, parce qu'il n'existe pas la beauté, c'est relatif.
Métaphysique, livre Gamma : la science de l'être en tant qu'être
24:39 Donc, vous voyez, ni l'un ni l'autre, Platon et Aristote, ce qui est important pour eux, c'est la recherche. Et donc, je pars d'Aristote pour commencer ce grand déploiement des rapports sciences-philosophiques. Parce que Aristote aborde ce problème d'une manière on ne peut plus solennelle. Au quatrième livre, il y en a trois avant, il a pris du temps de sa métaphysique. La métaphysique, il dit que ce sont des chapitres, mais il y en a qui sont effrayés, parce que s'ils apprennent qu'il y a douze livres, je dis n'importe quoi, n'est-ce pas.
25:16 Comme il y a dix livres dans la République de Platon, il y en a qui se dit, dites-donc, c'est dix chapitres. Or, voici que dans le livre IV, comme ils sont numérotés par des lettres grecques, le livre Gamma, G, si vous préférez, tout d'un coup, ce livre Gamma, première phrase. Alors jusque-là, Aristote faisait une compile des opinions de ses prédécesseurs sur cette notion de philosophie première, parce qu'on ne disait pas métaphysique.
25:52 On disait, la philosophie première, pour la recherche des fondements, des principes, qui sont à la base de toute réflexion. Et l'appellation est restée longtemps, puisque quand vous voyez le titre de Descartes, de son œuvre la plus importante, avec le discours de la méthode « Les méditations métaphysiques », qui est écrite en latin, le discours de la méthode pour des raisons politiques voulues par Descartes, donc c'est le maximum d'extension, a été publié en français.
26:22 « Les méditations métaphysiques » destinées aux doctes de son temps, le titre en latin, c'est « Meditationes de prima philosophia », « Meditation de philosophie première », il reprend la grande désignation d'Aristote. Alors, pourquoi on est passé de philosophie première à métaphysique ? Eh bien, vous allez rire, oui, parce que c'est une anecdote. Lorsqu'Aristote est mort, ses disciples ont rangé sa bibliothèque et ils ont placé tous les ouvrages qui traitaient de la philosophie première, la recherche des principes et des fondements, après la physique.
26:59 « Metaphysica ». Voilà d'où il y a la notion de métaphysique. Donc, vous voyez, au début, pendant les trois premiers livres, tous ses prédécesseurs, je ne m'attarde pas parce que c'est d'une richesse extraordinaire d'abord, et puis pour nous c'est une chance, vous savez, je vous le dis souvent, que les présocratiques, les penseurs auxquels il fait allusion, on n'a aucun ouvrage complet venu d'eux, on a des fragments épars, dont, justement, heureusement, par exemple, ce qu'en dit Aristote, qui avait encore leurs ouvrages sous la main à l'époque.
27:37 Les Empédocles, les Démocrites, les Héraclites Parménides, j'en passe, c'est pas, et Anaxagore, et Pythagore, donc, pour ne parler que des plus importants. Et voilà que, une fois qu'il a parlé de ses prédécesseurs, il entre en scène au quatrième livre, par ces phrases solennelles, « Il y a une science qui étudie l'être en tant qu'être ». Et là commence l'histoire de ce qu'on va appeler dans, l'histoire de la pensée, en Europe, l'ontologie, « on » c'est l'être en grec, tout simplement.
28:12 Il y a une science qui étudie l'être en tant qu'être, et non pas en tant qu'être mobile, ça c'est la physique, c'est lui qui parle, non pas en tant qu'être mobile, ayant une âme, des êtres vivants, les grecs c'est pas du tout une âme au sens chrétien, c'est pas l'âme opposée au corps, non, non, au contraire, c'est l'animal, animal ça veut dire qu'il y a une anima, une âme, je sais pas qui est animée, qui n'est pas inerte, une plante, ça fait partie du traité de l'âme d'Aristote, on en dit la psychologie, l'étude de la psyché, l'âme, dont le premier traité est le « de anima »
28:55 en latin d'Aristote, la psychologie équivaut pour les grecs à ce qu'on appellerait nous la biologie, même si ce serait une biologie pas du tout mécaniste comme la nôtre, mais enfin voilà, soit dit en passant. Donc, une science qui étudie l'être en tant qu'être, pas l'être animé, ça c'est la psychologie, la science de l'âme, pas l'être en mouvement, ça c'est la physique, dans laquelle il y a l'astronomie, tout ce que vous voulez, la mécanique, la dynamique, etc.
29:31 Non, mais l'être en tant qu'être, vous voyez pourquoi j'ai parlé de l'extension, on commence à cliquer, car ce qui est commun à tous ces domaines, c'est qu'ils sont dans l'être, et Aristote ajoute, même du néant, même de ce qui n'est pas, on peut parler du néant, quand on dit, il y a l'être, et il y a le non-être, on donne une extensité, tout d'un coup, au non-être, il n'y a pas plus extensif, que cette notion-là. Je continue, cette affirmation solennelle, cette science ne ressemble à aucune de celles, à aucune des sciences dites particulières, car chacune des sciences particulières, découpe une certaine partie de l'être, et les attributs qu'appartiennent à cette partie, je vous cite mot pour mot là, dans la traduction de Tricot, chez Vrin, par exemple, parce que tout le monde a travaillé, la plupart des étudiants ont travaillé en France, sur cette édition, bien ancienne maintenant, qui est un appareil critique énorme, des fois vous avez la page ça de notes, et puis il y a deux lignes d'Aristote au-dessus, n'est-ce pas, avec ça de notes en dessous.
30:42 Donc, toutes ces sciences découpent une partie de l'être, et les attributs qui lui appartiennent, comme on a vu là, par exemple, les êtres qui ont l'attribut d'être mobiles, c'est la physique qui va mettre la main dessus. Plusieurs affirmations, il y a une, vous avez entendu, et une seule, science qui de l'être en tant qu'être, deuxièmement, elle ne ressemble à aucune des sciences particulières, troisièmement, et là je ne l'ai pas encore dit, c'est au philosophe, et à lui seul, enfin à lui ès qualités, n'importe quel peu de philosophe, qu'il appartient d'étudier l'être en tant qu'être.
31:25 Les autres auront des excuses de ne pas s'en occuper, de s'occuper de cette partie de l'être qu'il découpe et sur laquelle ils étudient les attributs qui lui appartiennent, et le philosophe, lui, serait inexcusable de ne pas aborder la science de l'être commune à tous les êtres. Alors vous voyez, quand je dis que chacune des autres disciplines font partie de l'être, et comme le philosophe est spécialiste, lui, de l'être en tant qu'être, eh bien tous les domaines de la connaissance sont des parties de la philosophie.
Toutes les sciences, parties de la philosophie
32:02 Et voilà pourquoi je parle d'impérialisme philosophique. J'espère que c'est beaucoup plus clair. De nos jours, c'est impensable. La faculté des sciences, à Jussieu, on n'est pas en philosophie quand on étudie les mouvements du spin de l'électron, je ne sais rien. Vous voyez ? Non, on n'est pas en philosophie. Alors pour Aristote, on est en philosophie, dans une partie de la philosophie qu'il appelle la physique.
32:34 Il y a un préambule, un vestibule dans le palais de la philosophie, que j'ai vu tout à l'heure, avec vous, c'est la logique. On commence à travailler les outils, les mots dont on va servir tout au long des disciplines philosophiques. Puis après, on entre dans les pièces principales, la physique, les sciences de l'âme, la psychologie, originaire, psyché, l'âme, dont je vous ai dit qu'elle ressemble souvent à une biologie, n'est-ce pas, chez les Grecs, la science du vivant, de l'animé, la politeia, la science de la cité, la politique, la poétique, qui jouera le rôle d'une esthétique, si vous voulez.
33:15 C'est la Poétique qui dit que la fonction principale de la tragédie, c'est d'inspirer la terreur et la pitié. Esprit encyclopédique, c'est l'enfure, mais il y a ce côté, vous comprenez, pour comme un métaphore de l'impérialisme. Le philosophe prend tout. la philosophie annexe tous les domaines de la connaissance.
Socrate fait descendre la philosophie du ciel
33:46 Ce qui n'est pas du tout le cas, vous vous rappelez, une petite séquence, Socrate, Platon, Aristote. Vous me direz, oui, mais c'est la famille. Oui, mais quand même, ça a un peu divergé depuis Socrate. Socrate ne s'occupe pratiquement jamais, on n'est nulle part dans son enseignement, s'il a tranché en savoir si la terre a une forme sphérique ou un cylindre, ou si à l'origine du monde, il y a l'eau, le feu, le sec, l'humide. Ça, c'est les travaux des présocratiques qu'on appelait à l'époque, pour la plupart, les physiciens.
34:24 Bien avant que la physique n'exista comme science. Il faudra attendre 15 siècles à Galilée pour que la physique que nous connaissons aujourd'hui commence à balbutier et à s'affirmer. En passant par une première culmination avec Newton, par exemple. Mais à l'époque, on les appelle les physiciens. Pourquoi ? Parce qu'ils ont tous publié un ouvrage qui avait pour titre de la nature. L'objet n'est pas celui du philosophe.
34:55 C'est les météores. Souvent, ils écrivaient sur les météores. Quelle est l'origine de l'arc-en-ciel ? Mais oui, je suis sérieux. Vous me direz, oui, d'accord, pourquoi pas ? Oui, comme vous dites, pourquoi pas ? Mais il ne faut pas les appeler philosophes. Aujourd'hui, on n'appellera pas philosophes. Ceux qui étudient comment, je ne sais pas, l'arc-en-ciel, pourquoi il y a un arc-en-ciel qui apparaît lorsque le diable bat sa femme. Vous savez, quand il pleut et qu'il fait soleil, on dit le diable bat sa femme. Je vous dis ça parce qu'en Afrique de l'Ouest, on dit la panthère a accouché d'un nid bas.
35:29 C'est joli, comme image. Pas quand il y a la pluie et le soleil en même temps. Donc, on n'est pas en philosophie, là. Qu'est-ce qui s'est passé depuis le moment de l'initiative socratique ? Et là, je vous rappelle une citation importante qu'on trouve déjà chez Diogène Laërce. Cet écrivain, vous n'êtes pas obligé de retenir tous les noms, mais Diogène Laërce, on y doit cette compil, cette précieuse, n'est-ce pas, où il le recueille.
36:00 Il est tardif, il est de la décadence romaine, il est grec, bien sûr. Mais il a fait une espèce de première, petite histoire, peut-être pas de la philosophie, mais des philosophes, disons, quoi. Il faut savoir qu'une compil, où il y a des choses très inégales, n'est-ce pas ? Et on met parfois des choses, il développe un assez long, comme pour Platon, par exemple, très intéressant. À propos de Socrate, il dit ceci. On dit que, lui, il recueille toutes les opinions qu'il entend faire à personne dont il nous parle, que Socrate a fait descendre la philosophie du ciel sur la terre.
36:37 Ah, mais là, attendez, parce que ça, c'est le genre de formule pompeuse, on peut hausser les épaules, on a envie de dire... Non, non, c'est très précis. Ça veut dire que Socrate ne s'occupe plus de l'arc-en-ciel. Il faut prendre le ciel à la lettre. Il ne s'occupe plus de savoir comment notre univers s'est formé, le Big Bang. Non, non, ce n'est pas son problème. C'est là que vous comprenez qu'il y a un grand enjeu. La philosophie ne commence pas par le cognitif. Vous comprenez pourquoi je m'attarde, là ?
Philosophie analytique et cercle de Vienne
37:08 Parce que là, on est à 2500 ans et on est en plein dans l'idéologie d'aujourd'hui. Et je ne vous parle que de ça. De quoi que je parle, je ne parle que de l'idéologie dominante. Une des écoles de philosophie les plus importantes aujourd'hui, ce n'est pas un jugement de valeur, une des plus influentes, dans le corpus philosophie contemporain, c'est la philosophie dite analytique, qui est principalement anglo-saxonne.
37:47 Comme elle est anglo-saxonne, et avant que l'Amérique ne commence à compter, c'est-à-dire jusqu'à l'entre-deux-guerres à peu près. Ce sont les guerres menées par l'Europe, par lesquelles elle s'est suicidée, qui ont fait émerger les États-Unis et l'Union soviétique à l'époque, à la fin de la dernière guerre, et qui ont presque définitivement ravalé l'Europe en un rôle de suiviste. Mais laissons cela. Donc, l'école analytique, on dit anglo-saxonne, parce que c'était surtout l'Angleterre, il y a des fondateurs comme Bertrand Russell, Russell, non, c'est mathématicien, attention, attention, je ne parle pas de son ouvrage mathématique, je parle de lui comme philosophe, fondateur de la philosophie analytique et de la logique mathématique, avec son collègue et ami Whitehead, la tête blanche, Whitehead et Russell, oui, qui est bourré d'humour, d'ailleurs, Russell.
38:44 lui, il était anglais, et il y a souvent une petite guéguerre entre cette philosophie dite analytique anglo-saxonne et la philosophie qui restait, n'est-ce pas, trop encombrée de métaphysique pour nos analystes, pour nos analytiques, qui est la philosophie dite continentale, l'Europe, je ne suis pas moi, Kant, Hegel, Descartes, on va dire que c'est la philosophie continentale, n'est-ce pas, et les attardés, dont je fais partie, ou Sartre, ou Nietzsche, ou peu importe, c'est la philosophie continentale, et puis ceux qui laissent tomber le langage de tous les jours, comme ont fait les mathématiciens il y a 2500 ans, et qui disent P implique Q, la proposition P implique la proposition Q, ça c'est la logique dite formelle, vous voyez, on ne retient que la forme des énoncés, je ne simplifie pas, et énormément, regardez ça de plus près, vous avez, si il me permet de simplifier, c'est parce que vous n'avez pas une heureuse époque, vous pouvez vous documenter sur le net,
39:55 ou ça, une philosophie analytique, et pas seulement en Wikipédia, donc, mais je n'en parle que pour dire ce qui va nous retenir, c'est que un des principaux moments, un des plus féconds aussi, de cette philosophie contemporaine, a été constitué par ce qu'on a appelé pendant l'entre-deux-guerres, le cercle de Prague, pardon, excusez-moi, je suis revenu à la linguistique, ça c'est en linguistique, le cercle de Vienne, excusez-moi, l'école de Vienne, le cercle de Vienne, centré autour de gens assez différents, un des plus connus, c'est Carnap, par exemple, tous en général de formation mathématique, logique, scientifique, Husserl est un mathématicien à l'origine, par exemple, les philosophes du cercle.
40:52 Bon, alors pourquoi j'en parle ? Parce que, eux, ils ont assez vite fait de penser le rapport de la philosophie aux sciences. Non, non, je ne dis pas ça. Ils ont vite fait, ils ont fait écrire des volumes et on ne s'en consacrait toute une vie, c'est une façon de parler. Mais je veux dire, ils n'ont jamais pensé autre chose que la philosophie. Son but était le même que celui de la science, c'était de connaître. Sauf qu'elle, elle visait des connaissances plus générales, plus extensives, plus fondamentales peut-être que des sciences particulières.
Entre le sujet et l'objet, pas de dialogue
41:29 D'accord ? Eh bien, on voit qu'Aristote était déjà sur cette pente, car c'est une pente par rapport à Socrate. Socrate nous a réveillés, il a fait descendre de la philosophie du ciel sur la terre. Laissons aux savants. C'est important, c'est important, de savoir, pour voir la météo, pour l'agriculture, pour la navigation. Non, non, mais c'est important. Laissons la science aux savants. La science de quoi ? Vous voyez pourquoi je parle des sciences du sujet ? Parce que là, on n'y est pas. Là, on est dans la science des objets.
42:00 La terre, l'arc-en-ciel, l'eau de mer, les étoiles, le rayonnement, les objets. c'est pas des quelqu'un, c'est des quelque chose. Et voilà, Socrate se répand dans la cité, là où il y a les quelqu'uns. Il dit, mais bon sang, qu'appelles-tu ? Tous les jours, on fait comme si on se comprenait, et puis en fait, dès que je pose une question, ça bafouille. Qu'est-ce qui se passe ? Est-ce que c'est bien sûr qu'on pense la même chose avec les mêmes mots ?
42:31 Vous voyez, l'initiative socratique, je l'ai dit souvent, mais je le répète ici, partage avec celle du poète une des fonctions que Mallarmé, qui s'y connaissait tout de même en poésie, on pourra discuter de ses autres compétences, assigne au poète donner un sens plus pur aux mots de la tribu. Et pour ça, il fallait que la réflexion descende du ciel, sur la Terre.
43:07 Car lorsqu'un astronome, que ce soit dans l'Antiquité ou aujourd'hui, n'est-ce pas, essaie de penser, de réfléchir, de mettre au point les déterminations, les lois, comme on voudra qu'il vous vienne, par exemple, les étoiles, ne serait-ce que le Soleil, par exemple, qui en fait partie, il ne s'adresse pas à quelqu'un qui lui répond et qui parle. parce que ce n'est pas un quelque chose de muet.
43:37 Il n'y a pas de dialogue, là, entre les scientifiques, oui, heureusement. Ce qui est magnifique de la science, c'est cette recherche d'un consensus, c'est le fait qu'elle progresse par des critiques mutuelles, et ça, c'est très bien. Mais, entre le sujet et l'objet, il n'y a pas de dialogue. Alors que Socrate a pour objet, je joue sur le mot cette fois, ce n'est plus la chose qui est en face de moi, n'est-ce pas, mais c'est le but, c'est quand on dit « mais quel est l'objet de votre visite ? »
44:07 Je veux dire, le but, son but, Socrate, c'est de rencontrer quelqu'un, d'instaurer un dialogue, n'est-ce pas, un dialogue qui permettra de faire émerger un « dialogos », une « dialectique ». Et on en voit des choses à travers ça, à travers le… comment on est arrivé à l'impérialisme philosophique d'Aristote, où finalement, tous ceux qui cherchent à connaître, le biologiste, le physicien, etc., sont des philosophes pour Aristote.
44:37 Pas au sens très, qui n'est pas idiot, c'est une des plus grandes intelligences qui ne soient jamais apparues, je ne vais pas le caricaturer non plus. Mais vous voyez, il y a une pente insensible qui fait que le philosophe va commencer à s'occuper de ce qu'il ne devrait pas trop le regarder. Je dis ça parce que j'ai des désaccords avec des gens dont je me suis très proche par ailleurs, qui renouent un petit peu. Comme je vais conclure par là, je ne m'y attarde pas pour l'instant. mais vous voyez que dans mon plan, à un moment donné, je dis bien, à la fin, vous voyez bien que je parle d'une régression, d'une tentation naturaliste qui fait qu'on opère une régression.
45:23 Mais pour l'instant, retenons ceci. De Socrate à Aristote, donc pratiquement, vous voyez, dans la même époque, pas la même génération, mais en gros la même époque. Déjà, le message socratique a tendance à se perdre. C'est pour ça que j'essaie de rallumer le flambeau avec les modestes moyens. Les grandes étapes de l'histoire de la philosophie, c'est quand cet aspect des choses revient. par exemple, avec Descartes, on va retrouver un cognitivisme omniprésent.
L'arbre de Descartes, l'indépendance de la mathématique, Marx
46:03 Descartes aussi va penser le rapport des sciences et de la philosophie. Et il va nous proposer, c'est-à-dire, j'ai retrouvé mon portable, le fameux arbre de Descartes. Toute la philosophie, dit-il vrai, comme Aristote, Toute la philosophie est un arbre dont les racines sont la métaphysique, c'est lui qui parle, dont le tronc est la physique et dont les branches, c'est ce qui prend le plus de temps, parce que, chronologiquement, on commence par les racines, et par les graines et les racines, et dont les branches sont la médecine et la morale, l'application finale, la médecine pour soigner les corps et la morale pour les âmes.
46:50 C'est pas mal ! C'est pas mal, mais il y a encore ce côté, vous voyez, encore un peu impérialiste. Enfin, je vais trop vite au restaurant Aristote pour bien comprendre l'enjeu. Pourquoi ? Avant de le quitter. Pour garder ma métaphore de l'impérialisme. Qu'est-ce qui se passe quand il y a une puissance impériale, la France coloniale et l'Empire Petit à petit, il y a le risque que ça devienne la peau de chagrin, c'est-à-dire que les colonies, une à une, vont demander les indépendances lors desquelles on a l'occasion à la faveur des guerres, par exemple, qui mettent leur puissance coloniale en difficulté.
47:30 Par exemple, vous voyez, l'importance qu'a eue la Deuxième Guerre mondiale par la décolonisation de l'Afrique, les discours de Brazzaville, le discours ne répétons pas une histoire apparemment connue, mais ce qui est bien connu parce que le bien connu n'est pas connu. Donc, un impérialisme qui est guetté par des déclarations d'indépendance, écoutez, ma métaphore, elle semble marcher parce que la première a déclaré l'indépendance dès l'époque, pas exactement de Platon, mais pas longtemps après, la fin du IVe siècle, autour d'Euclide, de ce qui est désigné par ce nom, sans doute une équipe et on a surtout le nom d'Euclide, de Mégare, la mathématique se constitue comme discipline qui n'a plus rien emprunté.
48:23 Mais qui n'aurait peut-être pas existé sans la recherche socratique et platonicienne de la définition qu'appelles-tu ? Parce que ça commence comme ça, Euclide. Ça commence par des notions premières, ce qu'on appelle des notions premières, des axiomes, des définitions, à partir de quand on va pouvoir faire des théorèmes et des démonstrations, etc. Mais en tout cas, il n'y a plus besoin de répondre.
48:53 C'est là qu'on voit l'ombre de Kant réapparaître à la question « Que dois-je faire ? » On peut être un saint et être un mathématicien, on peut être la pire des crapules et être un immense mathématicien. Bien comprendre ici la relation de découplage, de divergence entre la visée purement théorique, cognitive, j'insiste, sur les mots, où je ne cherche qu'à connaître, non pas à faire le bien ou le mal d'ailleurs, mais d'abord à comprendre comment ça se passe.
49:28 quand Marx publie le capital, il vient de faire un énorme travail cognitif. Il ne cherche pas à faire la révolution, il dit « Non, non, non, ça va servir à ceux qui veulent la faire, n'est-ce pas ? » Il faut voir comment ça fonctionne si vous voulez vous en débarrasser du capital. Alors, il a passé sa vie à essayer de comprendre comment ça fonctionne. l'histoire en général, les sciences de l'histoire, qui est celle de la lutte des classes, rappellent, voire le manifeste, et surtout, son histoire contemporaine, car Marx ne s'appelle pas Robinson.
50:08 Il dit ça parce qu'il a fait une célèbre allusion à ceux qui ne passent leur temps à imaginer comment les premiers hommes se sont assemblés pour la chasse, ils ont pensé que c'était peut-être mieux d'être en société plutôt que tout seul, comme si les hommes étaient déjà des hommes quand ils étaient tout seuls. Alors que Rousseau lui avait déjà vu, lui qui fut le chantre de la nature disait que dans l'état de nature, l'homme n'est qu'un animal stupide et borné, je cite, qui devient seulement dans l'état civil, parce qu'il forme une communauté, que ce soit une tribu, un clan, une horde, ou une cité, peu importe, et qui devient à ce moment-là un animal, un être intelligent et un homme.
50:52 Donc, vous voyez qu'ils se sont en même temps, la relation sociale, le langage, l'être intelligent, l'homme, c'est-à-dire, c'est quand on a une rupture avec ce qu'on appelle l'état nature. Or, Marx, vous voyez, se ironise sur ceux qui imaginent comme ça les origines de l'humanité ou son futur, très à la mode aussi, n'est-ce pas, bref, le passé ou l'avenir de l'humanité, alors que lui, il étudie son présent historique, le capital.
51:24 Ce qui détermine son présent historique. Vous vous rappelez la phrase de Hegel ? Encore, encore, quelque chose de positif dans le rapport Hegel-Marx, quand Hegel dit sur un carnet intime « Tu ne pourras jamais être plus que ton temps, mais au mieux, tu seras ton temps ». Alors, quel rapport avec Robinson ? Il dit « Mais ces hommes-là, ces individus qui décident de s'associer pour mieux courser le mammouth, ça ressemble tellement au présent.
51:54 Ils croient penser le passé, en fait, ils sont déterminés par le présent. C'est-à-dire la libre entreprise, vous savez, chacun dans son île, vous voyez Robinson, dans sa bulle, dans son entreprise, qui ne doit rien à personne, et puis qui se met en relation, contractuel ou pas, n'est-ce pas, avec un autre. Il y a une projection du présent sur le passé. Je crois imaginer le passé et je suis en train de penser à mon insu, le présent.
52:26 Ça explique bien des délires d'aujourd'hui. Comme je vais terminer par une allusion aux régressions que nous connaissons. Je ne dis pas comme ça vous avez les régressions, ce n'est pas une condamnation définitive, mais voyez le politiquement correct, par exemple, quelle régression on ne peut plus aborder certains sujets sans qu'on s'entende dire « tu n'as pas le droit de parler comme ça ». Quand il s'agit surtout des choses sociétales, si vous regardez bien.
52:59 Vous savez, je ne les aborde pas très souvent, sauf pour en dire ce qui suit. Or, tu ne peux pas parler comme ça, attendez, on a des gens, on a entendu ça, c'est religieux, parce que ça veut dire du blasphème. On vous accuse de blasphème. Quand vous parlez des racialisés, des femmes en général, des hommes en général, comme si la femme malienne, qui s'exténue à trouver de l'eau, et Madame Lagarde, ex-patrone du FMI et de l'Europe, comme si Madame Lagarde, ou Madame Bettencourt, que la terre lui soit légère, je n'ai pas l'habitude de tirer sur les corbillards, ou Condoleezza Rice, qui est à la fois femme et noire, n'est-ce pas, qui a écrasé l'Irak sous les bombes, enfin, sous son administration, aux côtés de Bush, comme si on devait parler à ces femmes-là, il ne faut pas en dire du mal, ou alors c'est parce que c'est des femmes, il ne faut plus, vous voyez, c'est religieux, les identités.
De la cité à l'empire : optimisme et conscience malheureuse
54:09 Comment on en est arrivé là ? Alors justement, il y a un optimisme, je reviens à Aristote, plus pour très longtemps, de la connaissance, chez Aristote, presque tout devient connaissable, il faut le mettre dans l'ordre, voilà, le philosophe est celui qui va s'appliquer, même s'il n'y a que lui qui aborde l'être en tant qu'être, il n'empêche que parce qu'il connaît l'être en tant qu'être, il peut parler plus intelligemment que les autres, de l'être mobile, la physique, de l'être mobile, qui a une âme, la biologie, etc.
54:47 Il y a un optimisme de la connaissance, ce n'est pas des consciences malheureuses, c'est des époques où la conscience se sent portée, n'est-ce pas ? Et puis, vous savez que cette belle cité s'est effondrée historiquement, là je redeviens marxiste, je quitte le terrain de la philosophie, des sciences, je suis dans l'histoire. et cette cité grecque, n'est-ce pas, est devenue progressivement une dépendance, une colonie, une partie d'un empire.
55:21 La cité est passée à l'empire, je saute des générations. Déjà, Aristote lui-même, je le rappelle parce qu'il y en a beaucoup qui ne le savent pas, était le précepteur, donc le professeur privé, de qui ? D'Alexandre. Celui qui a mis fin, je ne sais pas, c'est son papa, le premier, un Philippe de Macédoine, je ne sais pas, qui a porté des coups de boutoir à Athènes en venant du nord, là, les tribus barbares, là, au nord, là, qui disent, mais, il y a une jolie fille à Athènes, un joli garçon, je dis ça parce que c'était plus important pour les Grecs de cette époque-là.
55:56 Et puis, il y a de belles statues, il y a des belles choses, là, il fait froid, là-haut, un peu comme les Vikings plus tard, les Macédoniens, les guerriers farouches, je payais, qui, pendant que les sophistes grecs discutaient de l'être, de l'un, du multiple, de savoir à partir de combien de cheveux on peut parler d'un chauve, à partir de combien de cailloux on peut parler d'un tas, pendant ce temps, les Macédoniens, en silence, dans le nord, aiguise, les lances, affûtent les armes, ceux dont Démosthène, le grand orateur grec, essayait d'avertir ses concitoyens qu'il n'écoutait pas, n'est-ce pas ?
56:37 Dans une série de prédications qui remonte à l'époque du père d'Alexandre, Philippe de Macédoine, et c'est pour ça qu'on appelle l'essentiel de son œuvre les Philippiques. Démosthène, quelqu'un qui parlait la bouche pleine, comme a dit un émou, c'est vrai, parce qu'il était bègue, et on mettait des petits cailloux sous la langue pour éviter de bégayer. Un des plus grands orateurs de tous les temps, si ça peut vous rassurer, n'est-ce pas ? Il est devenu orateur pour surmonter son bégayement.
57:08 On est passé de la cité à l'Empire. L'optimisme de la génération de Platon, d'Aristote, est devenu la conscience malheureuse, pour parler en termes hégéliens. Vous avez des écoles essentiellement morales, les stoïciens, les épicuriens, les arts de vivre, et sagesse. On n'avait plus la recherche de savoir si c'est l'un ou le multiple ou si l'être continue ou discontinue. Vous voyez, cette alternance de périodes où c'est le théorique pur qui compte et ce où c'est les valeurs, la morale.
De Descartes à Pascal
57:42 Je m'attarde un peu là, je vais prendre d'autres exemples que je l'ai signalés en d'autres temps dans d'autres contextes mais qu'on retrouve ici. Regardez le XVIIe siècle, comment on passe de l'optimisme d'un Descartes qui, en ce sens, il n'y a pas de limite à la connaissance une fois qu'elle est partie sur un bon rail avec la bonne méthode qu'il propose, ne se voit plus assigner aucune limite sinon la faible, la brièveté de ma vie comme il dit, mais voilà, mais d'autres prendront le relais.
58:13 cet optimisme de la connaissance fait que Descartes est un des derniers de la Renaissance. On trouve chez Ronsard, grand poète de la Renaissance, une génération avant Descartes, deux générations même, un poème qui commence par, je veux lire en trois jours, l'Iliade d'Homère, il y a une soif de se cultiver, de revenir aux sources, d'étendre ces connaissances qui n'étaient pas la préoccupation première de la société médiévale, première, qui a des connaissances très profondes, très sérieuses, mais très spécialisées et très souvent en rapport avec la stricte théologie.
58:51 Donc, Descartes, on l'a vu, la philosophie, la physique, c'est le tronc de l'arbre, la médecine, la morale, je ne sais pas, c'était les années 1630, prenez les repères, c'est important, il y en a qui parlent, 1636, condamnation de Galilée. Galilée est obligée de retirer ce qu'il a dit, non, ça va, c'est pas la terre, ne tourne pas, bon, il n'a pas voulu finir comme Giordano Bruno sur le bûcher, c'est pas, il a préféré composer, 1636, 1637, voilà pourquoi les dates parlent, il y a l'ordre entre elles, l'apparition du discours de la méthode de Descartes, vous comprenez pourquoi il est très prudent, parce que toute l'Europe savante est au courant du procès de Galilée, et lui qui est de ce côté-là, de côté de la mécanique galiléenne, dont il va être le premier penseur systématique, ainsi le principe d'inertie est découvert, en gros, par le physicien Galilée, il est formulé par le philosophe Descartes, un corps qui n'est soumis
1:00:02 à aucune force, est soit au repos, soit animé d'un mouvement rectiligne, uniforme, il n'y a plus de principe interne au mouvement, allez, ne nous attardons pas, on aura d'autres occasions d'y revenir, mais, ça c'est l'époque de Descartes, des années 1630, allez, voilà, je vous l'ai dit, donc c'est le début du XVIIe siècle, c'est Louis XIII, c'est les mousquetaires, Versailles n'est encore qu'un petit pavillon de chasse, Louis XIII aime bien, et que le fiston dit, quand le père lui dit, on n'est pas bien ici, oui, si, mais je vois ça, plus grand, génération d'après, le plus long règne de l'histoire de France, plus question des révoltes, la lutte, la Fronde, mise en question par les derniers grands, les féodaux, de contester le pouvoir du roi comme il le faisait avec Louis XIII, les duels ont été interdits par Richelieu, c'est terminé, le challenge des grands, des grands féodaux, c'est terminé, il y a un seul patron, le primus inter pares, le premier entre ses pairs, le seigneur le plus puissant parmi les seigneurs, conscience malheureuse,
1:01:13 et on passe de Descartes à Pascal, Pascal qui dit, écrire contre ceux qui développent trop les sciences, pense, en une génération, on est passé d'un autre optimisme, d'un Descartes qui dit que c'est former une méthode où l'on peut monter comme par degrés jusqu'à la connaissance des plus composée, et je ne citerai que la quatrième règle de la méthode, que quatre principes, toute sa méthode, on est très loin de la scolastique aristotélicienne, n'est-ce pas, où il y a des tomes et des tomes de la logique, de l'Organon, méthode, Organon, c'est pareil, c'est des outils, d'un Descartes, je me contentais des quatre suivants, le premier principe était de ne recevoir aucune chose pour vrai que je ne la connusse, évidemment, être telle, la règle dite de l'évidence, de ne recevoir aucune chose pour vrai que je ne la reconnusse, comme évidemment, être telle, c'est-à-dire éviter soigneusement la prévention et la précipitation, dans tout ce qui est avant et préjugé, pré, pré, pré, prévention, précipitation, et ne rien comprendre de plus en mes jugements
1:02:23 que ce qui s'est présenté si clairement et si distinctement que je n'eus aucune occasion de les mettre en doute. C'est le premier. Le deuxième, la règle de l'analyse, diviser autant de parties, diviser une difficulté, un problème, un objet d'autant de parties qui seraient requis pour le mieux connaître, c'est la règle de l'analyse, puis, au contraire, la règle de la synthèse, conduire par ordre mes pensées, en commençant par les plus simples, ceux qui a fourni l'analyse, quand on arrive vraiment aux molécules, par exemple, c'est un jeu de Lego, en commençant par les plus simples, les plus aisés à connaître et en montant comme par degrés vers la connaissance des plus composés, et là, qui montre ce que j'appelle l'optimisme de la connaissance, supposant même l'ordre entre ceux qui ne s'entre-suivent de façon naturelle.
1:03:27 Ça veut dire même si je ne vois pas encore aujourd'hui, à l'époque où nous vivons, le passage qui permet, par exemple, de mesurer le courbe avec le droit, mais pas l'un oui du temps. Après, on a trouvé le nombre pi, les Égyptiens, on a un oui du temps, et prenez un double décimètre essayer de mesurer la circonférence. Ce n'est pas simple. Descartes dit qu'il y a toujours un passage supposant même de l'ordre entre ceux qui ne s'entre-suivent point de façon naturelle.
1:04:01 Il y en a qui disent « La science progresse, mais jamais on ne perçoit le mystère de la vie de la vie. » Il y a un ordre qui conduit des mathématiques à la physique, de la physique à la chimie, de la chimie à la biologie, de la Véacier, et ainsi de suite, et qui fait dire à Claude Bernard qui a fondé la biologie, la vie, c'est la mort Là, on voit l'optimisme et puis voilà qu'il y a la génération d'après, Pascal, qui était beaucoup plus angoissée que Descartes, qui vit une autre époque. Ça a été admirablement travaillé dans l'œuvre magistrale d'un sociologue marxiste que vous connaissez, que Lucien Goldmann, que certains d'entre vous connaissent, est une des rares influences que reconnaît Clouscard, qui a écrit sur l'époque de Pascal, celle de Racine, celle des jansénistes, « Deus absconditus, le dieu caché. »
1:04:51 Le dieu caché, Louis XIV. Inconsciemment, complètement. Cette classe, je ferme ma petite parenthèse, sur le XVIIe siècle, là-dessus, cette classe qui était l'élite, avec les protestants, l'élite de l'artisanat, l'élite de la part, c'est les jansénistes, les grands savants, les grammariens, les logiciens, son ascension sociale est bloquée par la culmination de la monarchie absolue. Circuler, il n'y a plus rien à voir, c'est moi le patron, l'État, c'est moi.
1:05:22 Ce qui introduit une limite, une impuissance, et donc, quelque part, un désespoir. La preuve, c'est que l'optimisme reviendra dès la mort de Louis XIV, avec le siècle de lumière, il y a de nouveau l'importance du cognitif. Vous voyez que tout ça est beaucoup plus ordonné qu'il n'y semble, les sciences de l'histoire.
Physique, chimie, biologie ; pourquoi quinze siècles ?
1:05:52 Je ne veux pas m'attarder, je crois qu'on a bien compris ici la métaphore. Je continue les déclarations d'indépendance, pour en finir, parce que je suis en train de vider le système d'Aristote de sa substance. Au début, il y avait tout dedans, la mathématique est la première qui a déclaré son indépendance. Après, il faut attendre quinze siècles. Il est vrai. Mais c'est la physique qui déclarait son indépendance à partir de Galilée. On peut être physicien, n'est-ce pas, sans faire de la philosophie, même s'il y a un poids des mots, historiquement.
1:06:24 Newton, quand il publie son traité qui a fait autorité, qui fait encore autorité pour la plupart des objets qui ne vont pas trop près de la vitesse de la lumière, qui ne sont ni dans la microphysique, ni dans les vitesses excessives, Newton donne comme titre à son ouvrage « Principia, principia philosophiae naturalis, de philosophie naturelle, physis, c'est la nature en grec. » « Principe de philosophie naturelle. » Vous voyez, c'est restant de temps à mieux souvenir.
1:06:54 Bon, mais enfin, vous ouvrez le bouquin, il y a beaucoup de philosophie, il y a l'attraction, la répulsion, le blb, blb, blb, la dérivation, ça c'est important, ce n'est pas le calcul infinitésimal, les fluxions, comme on disait à l'époque. Voilà. Donc, la physique déclaration d'indépendance, il a fallu attendre quinze siècles. Un siècle après Newton, Lavoisier fonde la chimie, après les intervalles se raccourcissent.
1:07:28 Quelques générations, deux générations après Lavoisier, Claude Bernard fonde la biologie. Et c'est terminé, enfin, pour les déclarations d'indépendance des sciences de la nature. Elles n'ont pas cessé de progresser depuis, mais on a fait le tour des sciences de la nature. Enfin, quand je dis la physique, c'est un continent dans lequel vous pouvez distinguer après les régions, les pays que vous voulez, n'est-ce pas ? La physique des surfaces, la physique des solides, la mécanique des sols, je ne sais rien, moi je vais dire l'astrophysique, la microphysique, bon, ce n'est pas la spécialisation qui manque, au contraire.
1:08:07 Et en mathématiques, pareil, on va dire les sciences mathématiques, la théorie du nombre, la topologie, bon, allez, je ne veux pas faire comme si je m'y connaissais, je m'y connais très peu, je parle dans la pratique, n'est-ce pas, de la façon mathématique et du calcul mathématique. Donc, on s'arrête au moment où les sciences humaines vont entrer en scène. vous remarquez. Mais avant de les aborder, je reviens en arrière.
1:08:38 Et si j'étais en classe avec vous, si je puis dire, si on n'a été pas séparés par la distance, les grands et le confinement, si vous étiez dans la salle de Goscinny où nous avions le plaisir de nous retrouver régulièrement il n'y a pas si longtemps, et donc j'espère que nous nous retrouverons bientôt, parce que tout de même, la convivialité, un petit repas après, tout ça, c'était sympa quand même. Puis de mettre un visage, comme ça a été le cas à notre Assemblée Générale, il y en a quelques-uns, je les remercie, qui ont participé, et j'ai pu mettre enfin des visages sur des gens que je connaissais par courrier, ça m'a fait un immense plaisir.
1:09:11 Donc, si nous étions ici en direct, je vous dirai, vous vous poserez la question, mais qu'on ne pouvait pas répondre là instantanément, vous allez voir que la réponse prend réduite après tout. Comment se fait qu'on a 1500 ans pour passer de la mathématique grecque qui était très développée à sa première application à la physique de Galilée 15 siècles plus tard ?
1:09:41 Pourquoi cette immense lapse de temps ? C'est intéressant comme question. Et vous avez remarqué qu'après, ça se rétrécit les intervalles de la physique à la chimie, de la chimie à la biologie. Alors, comme j'ai dit que vous n'étiez pas là pour poser les questions quand on n'est pas en direct, je vous donne des éléments de réponse. Je n'ai pas la réponse, des éléments de réponse.
1:10:11 soyons humbles. Mais, les plus intéressantes, philosophiquement parlant, parce qu'on va parler du sujet dans la réponse. On va enfin voir réapparaître le sujet, parce qu'avec toutes ces sciences-là, on était dans les objets. c'est que quand on passe des mathématiques à la physique, on comprend que le saut est important, c'est que c'est la première fois qu'on n'est pas seulement dans les mots, mais dans les choses. On s'engage dans le réel.
1:10:42 Autrement dit, ça se rapproche de nous. Parce que nous, on est dans la réalité. Nous, notre corps, on vient bientôt s'occuper de la biologie, de la médecine, de la chimie. Il y a donc, c'est intéressant, philosophiquement, une énorme résistance, complètement inconsciente. Vous voyez, vous avez dit, au savoir absolu, s'oppose en permanence à un non-savoir absolu qui n'a peut-être pas intérêt à savoir, on avait vu ça surtout quand on a travaillé sur...
« Inutile », le mot vulnérable de la question
1:17:41 Merci. Je suis heureux de vous retrouver. Je suis navré pour cet incident. On m'informe que l'incident vient du réseau lui-même. On n'y est pour rien. C'est une maigre consolation. J'espère que ça ne va pas recommencer. On me prévient que le signal est faible sur le réseau. Peut-être qu'on est nombreux à tirer dessus ce soir.
1:18:13 Je reprends ma dépossession progressive de l'Empire aristotélicien, puisque chacune des disciplines scientifiques qu'il voulait inclure dans la philosophie a pris le large. Quand on arrive au XIXe siècle, pratiquement, les choses sont réalisées. Et donc, la philosophie, finalement, se réduit à une peau de chagrin.
1:18:47 Et ainsi, on arrive à ce genre de sujet qu'on peut donner en classe de philosophie, bandée, discipline, dans des séries scientifiques, dans le style. Pensez-vous que de nos jours, le développement des sciences et des techniques a rendu la philosophie inutile ? Ça a l'air tout simple, ce genre de questions. C'est au cœur de notre problématique. Si on pose cette question, je ne sais pas si on la pose sérieusement, parce que tant qu'on la pose, ça va.
1:19:21 C'est le bon élève est celui qui voit à quel point ça pose un problème. Mais celui qui tout de suite dit, ben oui, qu'est-ce qu'on a besoin encore ? Ben, on n'en a plus besoin. Enfin, maintenant, je ne sais pas, on s'adresse aux sciences cognitives et on voit tout de suite ce que c'est que la pensée, la mémoire. Je ne sais pas, tout c'est le langage. Tout ça, il y a affaire de stimulus, réflexes, enzymes, je ne veux pas caricaturer, mais enfin, c'est plus de cet ordre-là, n'est-ce pas, que du capeltus socratique.
1:19:52 Ou de la dialectique. Ou donc de la dialectique. Où je veux en arriver. Je veux en arriver au fait que nous allons traiter ça comme si on était en train de faire la disserte. Je ne sais pas. J'avais déjà dit, mais pour ceux qui s'en souviennent, que le bon élève est celui qui repère immédiatement le mot vulnérable de la question.
1:20:23 Le mot vulnérable en philosophie, c'est celui qui est le plus intéressant philosophiquement, celui qui pose le plus de problèmes. Et qui en pose autant plus que c'est le plus inaperçu, celui qui semble en poser le moins. Parce que si je demande à chacun, à chacune d'entre vous, de donner les définitions de la philosophie, on pourrait être intimidé. Qu'est-ce qu'une science ? On pourrait être intimidé. Donc les mots lourds dans ce sujet de disserte là, le développement des sciences et des techniques a-t-il rendu la philosophie inutile ?
1:20:54 La technique c'est quoi ? La science, la philosophie. Et puis on ne fait pas attention parce que ça on connaît. Inutile on sait ce que ça veut dire, on l'entend tous les jours. Laisse tomber, c'est inutile. C'est le mot le plus important. Pourquoi ? Parce que utile c'est ce qui sert à quelque chose, vous savez bien ça apparemment. Autrement dit c'est un mot qui n'a aucun sens. On ne peut, de rien on ne peut décider qu'il est utile ou inutile, si vous le devinez, on n'a pas précisé dans quel but.
1:21:28 Est-ce que c'est utile d'avoir de la glace sur le stade de foot ? Non, mais sur le stade de hockey sur glace, oui. Est-ce que la pluie, on va remplacer la philosophie par la pluie, est-ce que la pluie est utile ? Il y a plein d'entre vous qui sont assez futés pour me dire tout de suite, mais ça dépend, c'est une catastrophe pour le plagiste, qui a une paillote sur la plage.
1:21:59 Et c'est une providence pour l'agriculteur qui attendait ça depuis un mois de sécheresse. Donc des mots comme utile, donc inutile, expriment à leur insu, là on n'est pas en science, ni en mathématiques, ni en physique, ni en biologie. On est dans le chemin ouvert par Socrate, et qu'on perd de temps en temps, on en est en train de le retrouver, à toutes les grandes articulations, les grandes étapes de la progression philosophique.
1:22:32 Quoi ? On est en train de faire un jugement de valeur, alors qu'on croyait faire un jugement d'existence. On croyait parler de ce qui est, et on parle de ce qui doit être. Une valeur, c'est ce que c'est, le bien, le beau. Je prends souvent cet exemple, parce que j'en discutais avec un ami, un athlète. Ce stade, il est bien fait, ça ne veut rien dire, selon justement qu'il a été conçu pour le hockey sur glace ou sur le foot.
1:23:05 Ce ne sont pas les mêmes exigences, ce ne sont pas les mêmes cahiers de charge, si vous préférez parler de manière technique. en tout cas, qui s'adresse à ceux qui vont le construire, le réaliser, les entrepreneurs par exemple, en bout de chaîne, et aux terrassiers et aux maçons. Rien n'est utile et inutile en dehors d'une fin. Pour un caillou, il n'est rien d'utile et d'inutile. Est utile tout ce qui me rapproche de la fin que je poursuis, là je prends la fin dans tous les sens, de la plus élémentaire, du but poursuivi par le félin qui se dirige en silence vers sa proie, sans faire le moindre bruit, ce n'est pas le prédateur.
1:23:48 Chaque fois qu'il se rapproche de sa proie et qu'elle n'a pas détalé, parce qu'il a fait tout ce qu'il faut pour progresser en silence, il fait des choses utiles pour lui, pour le but qu'il poursuit. Et fatal pour la proie bien sûr. Mortel, pas inutile, mortel pour la proie. Donc voyez, allez, c'est simple. La pluie est une catastrophe pour le plagiste, et une providence pour l'agriculteur. Bon sang, la même chose. Ce n'est pas des qualités.
1:24:21 Ce n'est pas comme la lumière, elle est polarisée ou pas, elle est blanche ou elle est colorée. Ce n'est pas ça. On n'est pas en train de parler des propriétés des choses et de l'être, on est en train de parler de nous. Un sujet est revenu. C'est pour ça qu'on est en philosophie. Car c'est seulement pour un quelqu'un, vous l'avez deviné, que quelque chose peut être utile ou inutile. et non pas pour le caillou ou pour la montagne.
1:24:57 Et donc, poursuivre une fin, être un sujet, faire un jugement de valeur, on sent que tout ça, en plus, c'est le même champ sémantique. vous regardez bien. Or, je vous demande un effort de réflexion, le jeu en vaut la chandelle. cette notion de fin, elle est au cœur de l'articulation entre notre première partie et la seconde.
Le scientisme : le médecin de campagne
1:25:27 Je crois que, vu l'importance du plan, et des problèmes qui sont agités, on n'aura peut-être pas, ce ne serait pas trop vous demander est-ce que la prochaine fois, on continue à développer ce plan. et on est à combien là, Philippe ? Je crois, parce que je ne me suis... Voilà, on est à une heure et demie, vous voyez, chaque fois que je pose la question, on est dans les parages de l'heure et demie. Et donc, je vais quand même dire ceci, c'est que la seconde partie, c'est l'impérialisme scientiste.
1:25:59 Je ne dis pas scientifique. La science n'est pas une idéologie. Le scientisme est une idéologie. Le discours de bien des scientifiques, quand ils quittent leur domaine de compétences, ils cessent d'aligner des équations et qu'ils donnent leur avis sur la vie, la mort, le bien, le mal, c'est leur droit. Mais à ce moment-là, il ne faut plus qu'ils se prévalent de leur compétence.
1:26:29 Il faut être honnête. Il y en avait qui faisaient ça à une époque, c'était ce qu'on appelait, une espèce qui a, en voie de disparition, le médecin de famille, vous savez. Surtout dans les villages, le médecin de campagne, le médecin de famille, campagne-arbre. Illustré par un film, célébrissime, c'est le docteur Knock, n'est-ce pas, celui qui vous demandait si ça vous gratouille ou si ça vous chatouille, n'est-ce pas, qui faisait déjà son marketing, et n'est-ce pas, en terrifiant ces populations pour leur faire comprendre qu'ils avaient besoin du médecin.
1:27:03 Bon. Mais je ne suis pas en train de dire du mal de la médecine, c'est admirable. Mais il y a des voyous partout. Or, si l'on prend juste cet exemple, je me suis arrêté à la biologie exprès, parce qu'après, on a fait le tour des sciences dites de la nature. Mais justement, le scientisme, je reviens à mon médecin de famille de campagne, c'est quelqu'un qui, heureusement qu'il était là, enfin, vous savez, avoir une occlusion intestinale dans une ferme perdue en Auvergne, ou chez moi en Corse, je veux dire, ou même pas très loin de Paris, il y a des endroits, vous savez, qu'il ne voyait pas souvent le médecin.
1:27:51 Et, quand c'était fini, quand il avait rassuré les gens, qu'il avait donné un remède ou prescrit, que ce n'était pas grave, la discussion commençait. Mais dis-donc, tu vas voter pour qui, toi, dimanche ? Eh, le médecin ? Là, il y a de l'arnaque. Parce qu'il se sert de son prestige cognitif, qui est indéniable, un domaine qui est le sien, pour faire comme si ça octroyait une compétence, non plus pour répondre à la question « Que puis-je savoir ? » « Qu'est-ce qu'il a, mon mari ? »
1:28:21 « Mais que dois-je faire ? » Non, pas « Que puis-je faire ? » Enfin, le médecin va vous dire « Prenez les antibiotiques. » Non, non, « Que dois-je faire ? » Vous voyez ? Je vais en arriver qu'on passe à l'impérialisme exactement symétrique inverse. Quand on dit « La philosophie est devenue inutile les sciences sont là, les voyages, c'est pas que je crains le chômage, je fais la retraite. »
Savoir et sagesse ; Kant et la crise
1:28:54 Non, non, c'est pas ça. C'est que, je rappelle le mot essentiel que nous a appris le mot inutile quand on l'a exploré, c'est que ce sont des mots qui n'ont de sens comme tous les jugements de valeur que par rapport à un but, une fin. Dire que la philosophie est inutile à cause du développement des sciences et technique implique, là je ne suis plus dans les jugements de valeur, je suis dans la logique pure, je ne suis plus proche des mathématiciens, implique, on fait comme si philosophie et science avaient le même but, à savoir, science, scio, scire veut dire savoir en latin, connaître, comme si le savoir était le but unique du philosophe et non pas aussi la sagesse, c'est-à-dire répondre à la question « que dois-je faire ? »
1:29:48 Je me marie ou je reste célibataire ? Je me marie avec une coquette mais dont je suis éperdument amoureux ? Je dis une coquette, c'est un terme arcaïque, je ne prends pas au sérieux. Mais c'était des problèmes qu'on se posait dans le temps, n'est-ce pas ? Ou j'épouse la sœur de Martin qui possède quand même 40 vaches et qui a accès à la rivière avec une petite dénivellation, on peut avoir de l'énergie.
1:30:19 Ça, ce n'est plus des problèmes de connaître, c'est des problèmes de valeur. Qu'est-ce qui vaut mieux Ça suppose déjà qu'on poursuit un but dans la vie, je vous l'ai dit une fois, mais il n'y a rien qu'on oublie aussi vite. Demandez à quelqu'un qui est proche, à quelqu'un qui est scolarisé à nouveau, à vos camarades de classe, pourquoi tu veux passer le bac ? Ah bon, c'est marrant, toi, je passe le bac parce que pour avoir du taf, les temps qu'il court, ce n'est pas trop le bac, c'est nécessaire et pas suffisant.
1:30:58 Et pourquoi tu vas avoir un taf ? Enfin, c'est pour avoir de la thune. Pardon, je parle comme la rue, comme certaines rues. Et pourquoi tu vas avoir de la thune ? parce que ça s'embrouille. Au bout de 4-5 questions, c'est pour qu'on vit. Et on vient d'apprendre que ce n'est pas parce qu'on n'avait pas le temps de se poser la question.
1:31:29 On aurait pu commencer par là, vous voyez. Question de la fin. De la valeur. Socrate a fait descendre la réflexion. On dit la philosophie de la pensée du ciel sur la Terre. Il n'a pas dit que c'était inutile de penser le ciel. Mais que ce n'était pas son boulot à lui de philosophe qu'il y avait des météorologistes qui sont là pour ça. Des astrophysiciens qui pouvaient penser le ciel d'une autre manière.
1:32:01 Des poètes, pourquoi pas ? Qu'est-ce qu'il y a plus beau que la voûte étoilée ? Pensez une nuit d'août incomparable dans le désert ou dans la haute montagne. Les étoiles fourmilles. C'est Kant qui disait qu'il ne pourra rien lui arriver de grave tant qu'il y a la voûte étoilée au-dessus de sa tête et la loi morale dans son cœur. Ça, c'est un philosophe. Lui, il a les deux. C'est à l'extérieur de lui, n'est-ce pas ? Et la recherche de l'impératif catégorique de la loi morale.
1:32:32 Voilà, je rappelle que l'histoire de la philosophie est ponctuée par ses allers-retours entre une tendance cognitiviste où la philosophie oublie un peu son essence. Je ne dis pas qu'elle oublie ce qui est le plus important. Comment je peux décider que l'essence n'est pas le plus important, c'est pas moi de décider ? Mais pour le philosophe, si. c'est-à-dire il n'a de spécificité que s'il y a autre chose précisément que de savoir le diamètre du Soleil.
1:33:11 N'est-ce pas ? Ou les réactions atomiques qui se produisent en son noyau. N'est-ce pas ? Si c'est de la fusion ou de la fission ou les deux. Je m'arrête là pour que je dis des bêtises. Ça, c'est des problèmes très importants dont peut-être notre destin dépend avec les applications que ça peut avoir. Regardez, puisqu'on est en train d'essayer de reproduire ce qui se passe à l'intérieur du Soleil à l'identique entre Orange, Pierrelatte, Avignon avec le projet ITER.
1:33:42 Qui s'il est réussi ? Il devrait résoudre tous les problèmes énergétiques puisque là, le matériau est propre et sans radioactivité puisque le matériau utilisé, ce ne sera ni le charbon, ni le gaz, ni le pétrole, ni l'uranium, mais l'hydrogène. Premièrement, ce n'est pas radioactif et deuxièmement, alors c'est un truc qu'on ne risque pas de manquer parce que 98% de l'univers est fait d'hydrogène. Vous voyez ? Mais oui, il n'y a pas que des mauvaises nouvelles tout le temps.
1:34:12 Il ne faut pas écouter que les apocalypseurs. Je me moque un peu là. Eux, ils nous inquiètent beaucoup, je me moque un peu. Ça va. C'est important ce qu'on vient de voir. La philosophie aussi est selon les époques contre le moment où elle revient à ce qui fait sa spécificité. Peut-être que sa spécificité n'a pas d'importance, mais enfin quand même. On peut continuer à se dire je ne pose aucune question, je ne fais plus une table, pourquoi pas ?
1:34:43 J'ai fait comme ça pendant longtemps. Mais à ce moment-là, il ne faut pas se plaindre quand vous recevez un coup sur la tête. C'est là que vous retrouvez toutes les origines de nos entretiens. La philosophie est fille de la crise. Tant qu'on n'est pas en crise, on peut ignorer ces questions. Tant que ça marche, qu'est-ce qu'on va s'embêter avec des questions ? D'accord ? Tais-toi et mange, c'est bon. Il y a de quoi manger, c'est bon. Qu'est-ce qu'on va avoir des...
1:35:15 Tais-toi et marche. Va te baigner. Non, mais... Et quand il y a une crise, d'un coup, il y a des interrogations. Eh bien oui. Et des fois, c'est un peu tard. Et je terminerai là-dessus aujourd'hui, au moment où j'allais passer de l'impérialisme philosophique à l'impérialisme scientiste, qui fait un retour fantastique aujourd'hui, alors qu'on l'avait dépassé dans la coexistence pacifique, puis j'y reviendrai comme troisième partie. À partir de Kant, pour aller très vite, à partir de Kant, on va distribuer les tâches.
1:35:47 Les sciences ont un domaine infini, je ne sais pas les limiter, mais qui s'occupe de la relation cause et effet. Et dans le domaine de la nature, les sciences de l'histoire, il ne dit pas comme ça Kant, il ne dit pas encore les sciences humaines, mais la philosophie pratique, comme il dit, vous voyez quelle action. s'occupe de répondre à la question que dois-je faire, mais de manière rigoureuse, pas au café du commerce. Voilà. Et donc, je termine sur cette magnifique phrase d'Aristote, à qui je vais rendre justice, quand même, lorsqu'il dit la mathématique unit les hommes, la politique les divise.
Thèses sur Feuerbach, Bachelard et le théorème de Pythagore
1:36:23 Vous voyez, on retrouve déjà nos deux domaines. Eh bien, nous verrons la suite la prochaine fois. Pour l'instant, je m'arrête au bord de la coexistence pacifique. Oui ? Oui, je t'en prie. Ah ben bien sûr. D'abord, je salue Bastien, qui est fidèle et qui pose toujours des questions très pertinentes. Sauf que là, je me demande s'il n'y a pas une petite confusion avec les thèses sur Feuerbach. Parce que s'il y a quelque chose que Marx réhabilite, y compris contre ses propres premiers travaux, contre son époque Feuerbachienne, car les thèses sur Feuerbach sont souvent des thèses contre Feuerbach, on regarde ce qu'il y a des...
1:37:07 il y a la vérité de Feuerbach, la critique du religieux. Mais par contre, l'aliénation religieuse, et c'est bien ce que reproche Marx à Feuerbach dans les thèses sur Feuerbach, le fait que tout ce qui nous est propre ou le génie humain, on l'a mis en Dieu, tout ce qui est positif, on a gardé, nous, le négatif, il faut donc... Je parle à la place de Feuerbach. Il faut donc nous réapproprier tout ce qui nous avons placé en Dieu, en particulier à la liberté.
1:37:38 Magnifique ! Et donc, au profit de quoi ? Et c'est là la faiblesse Feuerbach de la nature. Laissons le surnaturel où nous avons placé nos trésors et revenons à la nature. Autrement dit, Marx dit, il fait l'impasse sur des millénaires d'histoire. Et là, je rejoins ce que dit Bastien, l'histoire, c'est l'histoire de la praxis. par contre, attention à ne pas faire du critère de la pratique une espèce de nouvelle religion.
1:38:16 Il ne faut pas dire qu'une connaissance n'est pas une connaissance quand elle est en dehors de la pratique. Il y a un magnifique, une magnifique étude de Bachelard dans un ouvrage qui s'appelle Le rationalisme appliqué dans les presses universitaires de France. qui est une réflexion sur l'épistémologie des mathématiques où il réfléchit sur le théorème de Pythagore. Je ne vais pas vous embêter, mais dans la démonstration, c'est très grossier, donc pas très compliqué.
1:38:48 La démonstration était purement géométrique, presque visuelle il y a bien longtemps. Vous construisez un carré qui a comme longueur de côté l'hypoténuse. Vous faites la même chose avec chacun des côtés. Vous avez donc trois carrés, un grand carré sur l'hypoténuse et deux carrés inégaux dont chacun a la longueur des deux autres côtés du triangle comme unité. Et puis, les petits triangles qui sont à l'intérieur avec les diagonales et tout, vous les assumez, les vite et vous voyez que vous prouvez le théorème de Pythagore.
1:39:22 Et Bachelard cite un certain Bouligand, un logicien mathématicien, qui disait « Mais bon sang, ce n'était pas la peine de sortir du triangle et de construire tous ces carrés. Abaissez la hauteur simplement. Vous voyez ? Abaissez la hauteur de A, A, H, E. Vous divisez votre triangle en deux triangles semblables. Premièrement, et vous pouvez à l'intérieur du triangle démontrer ce que Bachelard appelle la pythagoricité intrinsèque, sans sortir de lui, du triangle rectangle.
Pourquoi les Grecs n'ont pas eu de physique
1:39:57 Pourquoi je parle de ça ? Pour répondre à Bastien, parce qu'il conclut, Bachelard, apprenez à faire comme les dieux, à travailler sans rien. Si, il y a une visée théorique, la mathématique, c'est ça chez les Grecs. Et c'est pour ça qu'ils n'ont jamais fait de physique. Non pas parce qu'ils étaient ignares. Si Bastien dit « Une connaissance n'est pas une connaissance, il n'y a pas une visée pratique », c'est démenti par l'extraordinaire.
1:40:27 floraison théorique, en philosophie, en linguistique, en mathématiques, en géométrie des Grecs. Mais, il n'y a pas de physique. La physique, ça a été vite suivi la révolution scientifique, c'est comme ça qu'on désigne le passage 16e, 17e, par la révolution industrielle. Parce qu'il a fallu attendre la puissance des théories physiques pour qu'on quitte la technique millénaire et qu'on arrive à la technologie.
1:41:02 C'est-à-dire, revenir à la technique après ce grand détour par les mathématiques. « Mais pourquoi voulez-vous qu'on ait besoin de machines ? » Aristote disait, et là, ça vise directement la question de notre ami Bastien, notre camarade, si les navettes tissaient toutes seules, nous n'aurions pas besoin d'esclaves. Donc, je fais appel ici, visiblement, à la connaissance pertinente du marxisme de l'ami Bastien pour lui dire que ce qui bloque le développement de la physique en Grèce, ce n'est pas le fait que le cerveau de Aristote ou des mathématiciens grecs, des scientifiques grecs était limité.
1:41:46 C'est parmi les plus grands qu'on ait jamais vus. Non, c'est une raison socio-économico-politico-historique. C'est une relation entre hommes qui bloque la relation à la chose. Un bel exemple d'une loi marxiste fondamentale, c'est que les rapports de production sont un obstacle lorsqu'ils s'éternisent au développement des forces productives, lorsqu'ils ne s'adaptent pas aux nouveautés apparues.
1:42:20 grâce au développement des forces productives. Voilà. Il y a une deuxième question ? Non, oui, je croyais que c'était une question. Merci en tout cas beaucoup pour la question de Bastien. Mais encore une fois, il ne faut pas en arriver au pragmatisme anglo-saxon. La vérité du pudding, c'est qu'on le mange. Il ne faut pas que ce soit ça notre rapport à la pratique.
1:42:51 À quoi je répondrais comme Althusser ? Vous voyez, je le critique souvent, mais là, il a raison. Et il fait une allusion à des marxistes qui se laissaient prendre souvent à ce piège, des gens qui se croyaient marxistes, mais qui prenaient un petit peu le théorique à la légère. Or, ce que Marx réhabilite dans les thèses sur Feuerbach c'est l'activité théorique, il dit, il rend hommage à l'idéalisme allemand d'avoir développé la Tätigkeit, l'activité théorique de l'esprit. Et là, c'est un sillon qui va de Marx à Lénine qui dira sans théorie révolutionnaire, pas de pratique révolutionnaire.
1:43:29 Donc, il ne faut pas dire il faut agir, il faut agir. Action, oui, l'action n'est pas l'agitation. Retiens, retiens bien la phrase de Bouligand, mathématicien, quand il abaisse la hauteur, fait comme les dieux, apprends à travailler sans rien faire, après tout. C'est pour ça qu'on a besoin de machines à développer les forces productives. Voilà. À la prochaine fois, j'espère, et merci beaucoup Bastien. La fidélité nous réchauffe le cœur. Car c'est en, on en a bien besoin.
1:44:00 Merci Philippe. Et donc, le même plan, ça vous sera comme on l'a fait d'une manière très univoque. Très bientôt sur notre page Facebook et je vous remercie.